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jeudi 9 octobre 2014

Bonnie Prince Billy - Singer's Grave A Sea Of Tongues (2014)


Cette « rentrée » n'a vraiment rien pour elle. L'air est encore un peu tiède, mais le ciel reste désespérément bilieux. Rayon musique Il y a bien des albums qui sortent, mais ils sont pour la plupart d'un intérêt quelconque (beaucoup de vieux chevaux boitillants sur le retour, rien de bien sautillant du côté des jeunes en couple slim/casquettes). De toutes les façons le rock est mort et il n'y a plus vraiment grand-chose à attendre de la « musique populaire », alors à quoi bon ? Restent deux trois choses vaguement intrigantes et parmi celles-ci cet assortiment de chansons proposé par Will Oldham. Vous allez me dire encore un disque de Will Oldham ? Je vous répondrais un gros OUI ! ( si cela vous pose un problème vous pouvez tentez de vous battre avec moi c'est où vous voulez quand vous voulez).  Celui-ci est presque parfait, notre barde barbu préféré du Kentucky y a une nouvelle fois l'outrecuidance de se reprendre lui-même, c'est une idée pas si idiote que ça, on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même. Nous voilà donc posés devant une collection de chansons que nous connaissions ailleurs – principalement dans l'album Wolfroy qui en passant par le tourniquet du changement de costume prennent une bien belle et toute nouvelle allure. Des arrangements plus conséquents, plus de confort, de jolies diaprures et moins de sécheresse pour un résultat tout bonnement épatant. Oldham ne semble jamais avoir chanté aussi bien, son murmure délicat, ce frisson modulé qui se brise dans de l' aiguë est de mieux en mieux. Toutes les ballades portées par cette voix magnifique sont formidables, quant au reste il n'est pas piqué des hannetons non plus. Pour vous faire une idée du toutim écoutez Whipped un raccommodage mid-tempo qui vous piquera le creux de la poitrine, une vraie « grande chanson bouleversante » qui aurait pu flotter dans le No Other de Gene Clark, dans ma bouche assez blasée ce n'est pas un mince compliment.


samedi 25 janvier 2014

Thee Oh Sees - Floating Coffin (2013)


John Dwyer a une tête toute bizarre. Je ne lui confierai pas la garde de mes neveux. J’imagine qu’il serait pire que moi, qu’il leur ferait boire moult bouteilles de Romilar à même le goulot tout en leur faisant écouter un machin de Roky Erickson où il est question d’un chien à deux têtes. Bon j’exorcise tel un diacre tatillon, car nonobstant sa tête toute bizarre et ses faibles capacités de garde-chiourme John Dwyer continue d’être un drôle de musicien azimuté qui sort des choses et des bidules tout à fait aimables de ses deux guitares (une orange avec 6 cordes et une verte/noire avec 12 cordes). Tiens son dernier disque Floating Coffin est par exemple très bien. Il suinte indubitablement l’ergot de seigle frelaté pire qu’à Pont-Saint-Espritt et on y sautille allègrement entre des bousculades garage raides rouillées et des bidules aussi singuliers qu’une rencontre entre Can et les Byrds sur une table de dissection (comme si c’était possible). Si l’on ajoute que la petite troupe de similis toxicomanes qui accompagne John est parfaitement à l’unisson, l’euphorie n’est pas loin. En définitive un disque, rouge, raide, crispé et presque sauvage. Comme être presque sauvage c’est toujours être à moitié fou vous voyez certainement où je veux en venir…



jeudi 15 novembre 2012

Donald Fagen - Sunken Condos (2012)

 

La précision est une chose importante et Donald Fagen est toujours précis. Certains diront qu’il est même trop précis, qu’il manque totalement d’accident, d’anicroche et de tous ces obstacles obligatoires que l’on pose devant soi lorsque l’on se risque à vouloir trébucher dans l’émotion. Pourtant, il y a de l’émotion chez lui. Oserais-je dire qu’elle est plus longue à monter, subtile à percevoir et problématique à ressentir que chez bien d'autres ? Certainement un peu de tout cela. Avec Fagen nous n'avons jamais vraiment  mal (forcément il est loin de l’accident), il nous fait plutôt du bien, mais toujours par la bande et un brin perfidement. Disons que l’émotion rencontrée en l'écoutant a tout de la satisfaction retorse. J’y vois personnellement le triomphe du peaufiné, une régularité incroyable, une assurance, une harmonie entre l’esprit et la matière sonore à triturer si lissée, que tout ce déploiement de savoir-faire semble, à la longue, me conduire vers les rives ensoleillées d'un radieux étourdissement.
Pour le reste en dehors d’étourdir radieusement l’auditeur par sa précision, Donald Fagen est toujours ce New-Yorkais dépressif qui a incontestablement reçu une bonne cargaison de falbalas jazz-rock seventies sur le coin de  la tête. Cela ne l’empêche pas d’être encore l'un des meilleurs. L'un des meilleurs parce qu’il ne revendique rien, parce qu’il ne fait pas semblant d’inventer quoi que ce soit (à son âge forcement), parce qu’il se contente de faire très bien ce qu’il a toujours très bien fait. Avec ses chansons millimétrées faussement simples et vraiment futées, ses mots au cordeau et comme tirés par la ficelle de l’âge, Sunden Condos pourrait bien être son plus sautillant album depuis le multiplatiné Nightfly en 1982. Production impeccable, chaque chose à sa place, ponctualité métronomique qui vire singulièrement au sensuel (Sunden Condos est un disque précis et sensuel qui pétille d’énergie), foule d'accords. Comme la clique qui entoure Donald est parfaitement professionnelle et bien à même de faire mousser l'ensemble tout en évitant de le faire déborder dans les affres pépères du Steely Dan amoindri, il y a beaucoup de plaisir à prendre dans tout ça, presque du bonheur.
Voilà pour la musique, voilà pour la précision.



jeudi 18 octobre 2012

Bob Mould - Silver Age (2012)

 

Tiens le nouveau disque de Bob Mould est sec et nerveux comme un disque de jeune homme. Enfin comme pouvaient l’être les disques de jeune homme il y a belle lurette lorsqu’ils n’étaient pas mous et glandulaires avec des airs brinquebalant de babioles néo hippie. À ce sujet, je me demande si le gout néo-hippie n’est pas le pire de tout ce qui nous entoure. Quand je parle de gout néo-hippie, je parle de la clique indie-pop, de ces presque trentenaires barbus que l’on imagine portant des Converses tout en écoutant tardivement Nick Drake. Bref, ces gars ne m’inspirent qu’un morne mépris et pourtant je méprise très peu. Pour en revenir au vrai sujet de cette faible notule il faut bien dire que l’on ne pourra jamais suspecter Bob Mould d’être un néo hippie et puis il ne sera jamais glandulaire, lui. Disons que c’est un ours nerveux que l’on imagine bien incapable de porter une barbe fictivement négligée et des baskets absurdement cools. Donc sec, nerveux,  Power trio comme au premier jour. Sautillant sur les grondements d’une pop broyée pilée, les muscles usés, mais saillants et puis cet air de dire qu’il ne sera jamais trop vieux pour contenir une rage à jamais juvénile. Bref un type que l’on aime, que l'on aimera certainement ad vitam aeternam comme d’autres aimeront ad vitam aeternam l’autre grand songwriter du Minnesota (Bob Mould c’est un peu notre Dylan à nous). Les trentenaires peuvent toujours s’accrocher, il n’y a que les petits jeunes et les vieux et presque vieux pour valoir vraiment quelque chose. Voilà pour la musique.



mercredi 23 mai 2012

Daughn Gibson - All Hell (2012)



Printemps automnal, humeur maussade, inspiration en berne, veuillez me pardonner le maigre alinéa qui suit.

Si vous n’appréciez pas le récent virage psychédélique pris par Richard Hawley, si vous cherchez un crooner acceptable alors ce disque est peut-être fait pour vous. Daughn Gibson vient de Pennsylvanie c'est-à-dire qu’il vient de presque nulle part, il a été chauffeur de poids lourd, il a une gueule et une chemise capable de faire la couverture de Têtu, mais il a surtout une belle voix de baryton ; une voix tellement abyssale que l’on pourrait y perdre ses i grecs. Bon son disque n’est pas toujours concluant, il est inégal avec des remontées mode-dubstep, mais les meilleurs titres sont très bien. On y entend barytonner un genre de Dirck Curless post-atomique, un neo truck driver irradié qui raconte des histoires de ploucs et de petites bourgades endormies. Dans un genre plus urbain, on pourrait presque parfois penser aussi à Scott Walker. Ce  n’est pas rien, c’est déjà ça.

 

lundi 2 janvier 2012

Peaking Lights - 936 (2011)


Esprit des Raincoats est-tu là ? Si tu es là, frappe trois fois ?! Toc, toc, toc ! Bon il me semblait bien que l’esprit des Raincoats rodait dans ce bidule post machin truc. Les Raincoats avec derrière elles, le bassiste en chef déplanté de chez Public Image Limited, je veux bien évidemment parler de l’isthme menaçant Jah Woble (je parle pour les « spécialistes »). Bon je me demande si tout cela nous donne finalement quelque chose de confusément intéressant. Des chansons certainement pas, un vrai disque, peut-être à la rigueur. Des chansons ? non, car il est plutôt question ici de long mantra bricolés avec du dub au rabais qui monte sur la litanie. Un vrai disque ? Peut-être parce qu’il est constitué de tout ce que je viens d’énumérer plus haut et que ce tout à la longue forme quelque chose de quasiment homogène et de paradoxalement cohérent (ça se tient en bancal). En somme et pour le reste, c’est plus ou moins la recette des Raincoats (on y revient) qui est réutilisée, des « textures mousseuses » ce côté bricolo ethnographique avec des petites filles blanches dépeignées qui chantent par-dessus. La différence, c’est que les Raincoats étaient là les premières, qu’elles inventaient sans le vouloir, que l’accidentel était de leur côté et que par miracle il y avait presque de vraies chansons chez elles. Les Peaking Lights non pas de vraies chansons, elles ont un faux Jah Wobble et des « textures mousseuses » à la place, c’est déjà ça, c'est déjà pas mal. Voilà pour la musique.



jeudi 8 décembre 2011

Bosco Delrey - Everybody Wah (2011)



Réécrire quelques mots sur la musique ? Oui, mais écrire sur la musique ne m’intéresse plus. On en a vite fait le tour de la musique, on rabâche toujours la même chose, on tourne autour de deux trois idées, et puis ces deux trois idées ne sont pas toujours si brillantes que ça (pour ce qui me concerne : la voix, le corps…). On devrait pouvoir se contenter d’écouter et puis de simplement signaler ce que l’on trouve écoutable. Bref, on devrait pouvoir se contenter d’être un informateur zélé, et rien d’autre et surtout pas un type qui a des idées sur la musique. Voilà cette chose est bien, machin chante et truc tambourine. Il suffit de ne pas se tromper sur ses choix. Enfin quand je parle d’informateur zélé, disons que pour paraitre moins glutineux il faudrait que je parle plutôt de passeur, ce qui est plus honorable, plus noble, tiens passeur dans le sens de Félix Fénéon, qui lui ne se trompait jamais dans ses gouts même s’il avait la manie de vouloir penser par-dessus. Enfin, il avait bien le droit puisqu’il parlait de littérature, de peinture, ce genre de bidules toisant.
Tout ça pour vous dire qu’il faut écouter ce disque du petit Bosco Delrey il est presque très bien, très Buddy Bolan Suicide Vega (si vous voyez ce que je veux dire). Voilà pour la musique.



mardi 1 novembre 2011

Wilco - The Whole Love (2011)


Tenez, le nouveau Wilco n’est pas foudroyant. Remarquez, il n’est pas désagréable non plus. En fait il est surtout plus Wilco digest qu’autre chose. Un coup Wilco krautrock, un coup Wilco americana, un coup Wilco à guitares. Un genre de condensé de tout ce que la clique de Jeff Tweedy a pu commettre depuis quinze ans, mais un condensé assez délavé et, surtout, un condensé sans vraies chansons. (Par vraies chansons j’entends des chansons qui tiendraient toutes seules sans les béquilles de la production et du gimmick entrecroisés). Bon il y a bien ce Black Moon qui pourrait frôler l’agréable, une potentielle vraie chanson presque aérienne avec de jolis arpèges, un genre de country rock ralenti avec une belle voix ad hoc. Sans ce creux dans la mélodie — allez siffler ça sous la douche —, ce serait presque du Wilco inspiré. Le reste du disque est beaucoup moins bien, guère émouvant, plus dans l’ersatz et vaguement agréable d’écoute. Voilà.



mercredi 12 octobre 2011

Chris Difford - Cashmere If You Can (2011)


Vous allez me trouver plus arthritique qui soit, mais après le très bon nouveau Nick Lowe j’ai bien envie d’affirmer que le nouveau Chris Difford est très bon lui aussi. Moins old-age et plus mid-age avec des préoccupations de cinquantenaire, des chansons vaguement conjugales avec des histoires sur ces enfants qu’il faut assumer, ce genre de trucs. Le tout pourrait sombrer dans la mollesse et l’apathie, mais non, car Difford est encore un peu saillant, se voyant tel qu’il est vraiment, avec une belle pointe d’auto dérision et pour tout dire pas mal de sentiment (pour lui-même et pour les autres). En fait, il y a de très belles choses dans ce Cashmere If You Can, des chansons qui pourraient en montrer beaucoup à certains petits jeunes. Elles sont le plus souvent simples, évidentes, pleines d’intuition et de savoir-faire, rien de plus, rien de moins. Je pense qu’il faut que vous écoutiez tout ça. Ensuite vous pourrez réécouter le Argybargy de 1980, le chef-d'œuvre, de Chris Difford (encore vert), de Glenn Tilbrook et donc de Squeeze ; un chef-d'œuvre de musique populaire tout court.



dimanche 25 septembre 2011

Nick Lowe - The Old Magic (2011)


Je ne referais pas l’histoire. Vous devez certainement déjà tout savoir de Nick Lowe. ses débuts chez Brinsley Schwarz. Son rôle de producteur mentor plus long que mon bras gauche (Dammed, Costello, Graham Parker, Pretenders). L’invention de Stiff records (premier label indépendant sur le marché), ses trois premiers disques solos, impeccables voire plus. Le non moins impeccable Rockpile en compagnie de Dave Edmunds. Son mariage avec Carlene Carter. Bref, je pense qu’il est inutile de vous rappeler tout ça puisque vous êtes tout autant informés que moi. Ce que je peux par contre vous signaler et que vous ignorez peut-être c’est qu’il faut aussi écouter, le Nick Lowe tardif. Le Nick Lowe tardif est moins couru, moins réputé, mais voyez-vous il est souvent très bon… Tenez son nouveau disque cet Old Magic frôle les limites de l’irréprochable. On y sent un type pas dérangé par le fait de vieillir, un type qui peut toujours faire ses tours de magie, certainement avec moins d’esbroufe, mais avec plein de maturité attentionnée à la place, ce n’est pas rien. Tenez pour confirmer mes dires, il faudrait que vous l'écoutiez ce disque, il est hors d’âge, plein de pop pré-Beatles, d’échos Brill Building, de fraicheur Everly bros. Il faudrait vraiment que vous l'écoutiez, vous auriez tort d’écouter autre chose.

N.B. Le Nick Lowe semi-tardif est également fréquentable, écoutez l’Impossible Bird de 1994, il est très bon.



samedi 27 août 2011

Fruit Bats — Tripper (2011)

 

Il y a tellement de niches, il y a tellement de disques dedans. Tiens dans la niche americana amoindrie il y a celui-ci : le nouveau disque des Fruit Bats. Pas réellement mauvais avec deux trois « vraies » chansons dedans. Dans ses deux trois chansons Eric Johnson (le chef des Fruit Bats) se débarrasse un peu de son ton indie-pop apprêté geignard habituel pour être légèrement plus abrasif, plus nasillard en somme, nasillard sans être vraiment dylanien, mais les chansons existent, elles sont là, moins affectées et plus palpables, c’est l’essentiel. Tangie and Ray est par exemple presque bien, une mélodie éclairée sous un papier d’emballage un peu lourd, une vie interne et des points saillants. C’est ce qui manque souvent dans le reste de ce disque, une vie interne et des points saillants. D’ailleurs en règle générale, je me demande si nous ne manquons pas beaucoup nous aussi de vie interne et de points saillants.

Voilà pour les niches, voilà pour la musique.








jeudi 4 août 2011

Com Truise - Galactic Melt (2011)



Tiens j’aime assez ça ! Enfin, je ne sais pas tellement pourquoi j’aime ça, car intrinsèquement je ne devrais pas l’aimer, il faut dire que je suis à peu près déjà vieux et que ce truc est censément destiné aux « jeunes » et à leur raie des fesses apparente, je suis loin d’être le cœur de cible, je ne suis pas dans la niche, je suis un vieux croûton qui bronze à côté de la niche. Si j’ajoute que je suis bien incapable de décrire ne serait-ce qu’un petit peu de quoi il en retourne nous voilà bien avancé. Disons que j’ai encore l’impression d’être perdu au milieu d’une « installation » et que forcement parlant de celle-ci la tête en l’air je vais encore une fois trébucher sur cette petite murette invisible qui me fait toujours basculer dans les néons tête-bêche. Vous imaginez mon embarras et la consternation de l’assistance Bon, concernant Com Truise (l’anagramme est futée) le marigot connecté parle de dub-step américain, de Chillwave, le marigot connecté à certainement raison, personnellement je ne vois que du post bidule électro qui fait son malin, et finalement c’est ce que j’aime, ces années 80 fantasmées, ces patterns Klauz Schultz qui s’accrochent sur de la mollesse Italo-Disco, ce goût amniotique et rampant bourré de joie perplexe. Le genre de truc qui vous rend amnésique vaguement jeune et douteux. Finalement, je dois être suspect moi aussi.




jeudi 14 juillet 2011

John Maus - We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves (2011)


Je ne sais pas si je devrais vraiment aimer ce genre de disque. Il faut toujours se méfier des musiciens prétendument trop intelligents. John Maus est docteur en science politique, il cite Alain Badiou, Jacques Rancière et Albert Camus (comme Alan Vega !), il fait son conceptuel, son post plus post que post en mélangeant tout ce qui est un peu vieux, raide et vaguement synthétique (l’Italo disco et l’after punk, Giorgio Moroder et Joy Division…), il fait aussi son low-fi qui pourrait faire du vrai hi-fi, mais qui ne le fait pas, car, voyez-vous, il respecte son auditeur en ne le respectant pas. Bref, John Maus est un petit malin, un recycleur de plus, il y en a tellement…
Bon malgré tout cela ce We Must Become machin a de quoi intriguer, raisonnablement, mais sans plus, il suffit d’être un tantinet sensible au type de matériel récupéré. Tenez écoutez Cop Killer, une vraie bonne reprise factice d’Ice T (le rappeur réinséré de Law and Order …), un synthétoc au rabais une voix vivagel (John Foxx, bien sur) qui martèle la même phrase sans vraiment y croire avec toute la fausse maladresse de l’intello pervers qui se pense hésitant. « Tueur de flic, nous allons tuer les flics ce soir/ Cop Killer, tuez tous les flics en vue » ben, voyons ! Si j’étais encore un peu naïf, je pourrais presque aimer ça, disons que je ne le suis plus.



samedi 7 mai 2011

Bill Callahan - Apocalypse (2011)



Sept titres, rien de plus, rien de moins. Ce disque est aussi beau que le Sometimes I Wish We Were an Eagle de l’année dernière, il y a peut être moins de chansons évidentes dedans, mais je ne pense pas que cela soit un problème. Callahan semble avoir trouvé sa formule : un narrateur, ému, parfois ironique, une voix placidement encaissée, des chansons tranquilles comme suspendues au bout de belles cordes en nylon… Enfin des chansons tranquilles s’il n’y avait pas ce machin hypnotique qu’est America ! America (!) c’est l’Amérique et ses marines chantants — Kris Kristofferson, Mickey Newbury ou George Jones — c’est l’Amérique un peu partout, au Vietnam, en Irak ou au Pakistan, cette diatribe en forme de faux blues est très bien, bancale, grinçante, politique sans être ostentatoire, chafouine dans le bon sens. Pour en revenir au calme apparent, l’Amérique c’est aussi l’Amérique du Big Bend National Park (la pochette de ce disque) ce pays encore un peu indompté, avec ses héros… ses mythes… sa nature… « un pays où les montagnes se prosternent, comme un ballet dans le soleil du matin ». Pour faire court, disons que c’est l’Amérique qu’il nous faut aimer parce c’est l’Amérique qui n’est pas ailleurs... Pour le reste, au-delà du « politique », du panthéisme, il y a cette dernière chanson, One Fine Morning, un genre de Sweet Jane campagnard sans saxophone où l’amour de la nature remplacerait les allusions sexuelles de l’affreux citadin Reed. Pour le reste et pour l’essentiel il y a surtout l’intime, l’universel plus que l’Amérique, les fils de la « vie vécue » qui remontent dans les deux plus belles chansons de ce disque, Baby' s Breath, et Riding for the Feeling, cette dernière, une valse confessionnelle magnifique, forcement magnifique, est certainement la plus belle chanson de l’année : « Il n'est jamais facile de dire au revoir » un bel adieu planté au milieu de ce beau disque qui sait ne pas être trop long.

P.-S. Pour mieux achever son Apocalypse Callahan récite en boucle un bien sibyllin « DC450 » qui n’est rien d’autre que le numéro de cet album au catalogue de Drag City… On dira que Callahan   n’est pas dupe et que cette soudaine distance ne nous gêne en rien, bien au contraire.



mardi 1 mars 2011

Radiohead - The King Of Limbs (2011)



Évidemment, il ne serait ici être question de chansons, mais plutôt de « textures rythmiques brinquebalantes » autant de bidules et de chcrountes sur lesquels Thom Yorke psalmodie avec cette voix d’alouette coincée sous la douche froide que nous lui connaissons tous.
Ne voyez aucune ironie dans mes propos liminaires, ce nouveau disque de Radiohead, ce « roi des membres » à beau être sans chansons et plein de machins rythmiques il parvient contre toute attente à frôler l’intéressant plus d’une fois. Par exemple, il flotte relativement bien dans l'air, là, en légère altitude, il fait très bien le canard atmosphérique en plastique. Et puis il est également très bien pour l’ameublement. D'ailleurs, on peut l’écouter en se disant que l’ameublement est une chose bien utile, que ce n’est pas rien, que nous ne serions pas grand-chose sans ces choses qui bouchent les trous non vitaux dans lesquels nous pourrions tomber par mégarde. On peut se dire tout ça, on peut aussi se dire que le silence des limbes est mieux…





mercredi 2 février 2011

Former Ghosts - Fleurs (2009)



« Nous vivions de fleurs. Voilà pour la sustentation »

En oubliera un instant la douceur, on préférera la douleur, on se complaira dans du glaciaire, du maussade… Pour mieux se complaire, se rouler dans ses propres ressentiments, pour mieux s’oublier doux, et se croire douloureux, on écoutera ce disque de Former Ghosts. On l’écoutera avec un plaisir contraint, on l’écoutera comme on gratte une plaie inutile tout en se disant que cette écoute est une « étape nécessaire », que si cette « étape nécessaire » est parfaitement concordante avec la saison elle est surtout parfaitement concordante avec l’humeur du moment. Bref, on restera glauque, démotivé face à tout, on regardera le plafond, la musique montera. Elle sera sinistre, on se complaira dans le sinistre, on fera semblant d’avoir mal…

Résumons : Former Ghosts est un genre de super groupe, un super groupe un peu ailleurs, une clique raide composée de Jamie Stewart (Xiu Xiu), Freddy Ruppert (This Song Is a Mess But So Am) et Nika Roza (Zola Jesus)… Ces trois-là n’ont rien de primesautier, on les imagine plus souvent à la crémation qu’à la queue leu leu, plus souvent crispés que sautillants… Deux faux vrais Ian Curtis et une fausse vraie Siouxsie Sioux, des glitchs et beats électroniques, des sons dissonants, des synthétiseurs trempés dans leur propre réverbération… Là-dessus Freddy Ruppert et Nika Roza psalmodient des histoires inquiétantes (Jamie Stewart, lui, se contente de constater et de tambouriner, il est là pour constater et tambouriner…) Tout cela est situé aux confins du lugubre et du sinistre, de la vraie raideur et de la souffrance palpable.
Reste à savoir si nous ne frôlons pas le forcé, le surjoué, le factice pour tout dire. Cette grande douleur n’est-elle donc pas feinte ? Y a-t-il quelque chose de tangible entre le grand guignol et la sincérité ? On a beau se dire que la sincérité n’est pas une valeur en soit (il y bien des crétins sincères) on a quand même l’impression que les trois raides qui nous concernent tanguent résolument du côté de la sincérité. En les écoutant, on a toujours l’impression qu’ils portent leur cœur sur la main, que leurs histoires, d’amours, de chagrin, de mort, sentent le vécu et que ce lyrisme qui leur monte n’est jamais feint… Disons que cela nous change des « gothiques pour rien » des faux désespérés qui encombrent trop souvent ce genre de réjouissances musicales.

Pour se convaincre vraiment, on écoutera Mother, une chanson où Freddy Ruppert semble entrer en contact avec sa mère morte ; contact glaçant s’il en est. On n’oubliera pas ce refrain désespéré, ce refrain où il « ne se sent nulle part comme à la maison », on ne l’oubliera pas et à notre tour on parlera à nos morts…

I can't believe it is almost five years
and so much has changed since you've been gone
there are a million things I wish I could tell you
like I've met a girl whose eyes draw me in
to a world where my heart beats faster


mardi 18 janvier 2011

Von Spar - Foreigner (2010)



Disons que je suis las sans être là, disons que l’inspiration est plate. Pour le reste et en attendant que du conséquent pointe, ou pas, vous pouvez écouter ce bidule teuton tout autant que spatial, il est plein d’air et plein de songes et il mélange le mieux et le pire : toute la clique à Klank mais aussi Pink Floyd, Drexciya, Tangerine Dream, Vangelis, J.M. Jarre, tout ce que vous voulez… L’approche est plus post-moderne qu’un LEM lunaire brinquebalant au rabais, mais l’atterrissage se révèle curieusement réussi.

P.-S. On notera que « ces longues plages synthétiques aux constructions progressives » peuvent parfois cacher de vraies chansons. On prendra pour exemple le plausible single Lambda (incontestable Kraftwerk song of the last year). Évidemment, pervers et indolent comme je suis, ce n’est pas le vidéo-clip trop malin posté là en dessous, il vous faudra chercher ailleurs pour écouter cette presque « vraie » chanson.


dimanche 9 janvier 2011

Bruce Joyner and the Reconstruction - Elements (2010)



Saviez-vous que l’ami Bruce Joyner avait sorti un disque pas plus tard que cette année qui vient de s’achever là ? Il y est accompagné par une bande de graisseux un peu bourrins et, rassurez-vous, il joue toujours aussi bien de sa seule corde vocale valide. L’ambiance est plus wok'n roll que ma rotule gauche et Bruce (Bruce est un ami) est globalement assez en forme (c’est une bonne nouvelle). Les esprits fourbes diront que c’est un disque qui n’invente rien, les esprits sautillants leur rétorqueront que c’est un disque qui donne une incontrôlable envie de secouer la tête (c’est toujours un bon signe). Malgré mon manque de discernement (je suis foutrement idiot) il me semble que les esprits sautillants ont bien raison d’avoir raison dans toute cette histoire. Voilà.



mardi 28 décembre 2010

Clubroot - II - MMX (2010)



Le dubstep c'est très bien, le dubstep c'est – en gros – du speed garage qui s'amortit sur des infra basses aux alentours de 140 bpm, c'est un peu l'Air Bag des musiques électroniques speedées, un machin lourd, lent et plus atmosphérique qu'un mauvais Marcel Carné plein de pavés mouillés. Une musique globalement triste, globalement vaporeuse, une musique que l'on écoute en prenant des airs ténébreux en tirant sur une équivoque cigarette pleine de substances prohibées. Bref rien de bien réjouissant – pour le mieux un truc de jeune idiot, pour le pire un truc de vieux jeune idiot qui veut rester à la page (en d'autres temps pour se croire encore jeune on tâtait de la poulette, c'était mieux)–. Bon vous allez me dire que je tourne autour du bourdalou et que je parle beaucoup un peu quand même dans le vide, vous aurez raison... Sachez seulement que consommateur occasionnel de la niche dubstep susnommée plus haut j'ai beaucoup écouté cet album de Clubroot cette année. En fait, je l'ai beaucoup écouté en faisant le ménage (il est très bien pour), j'ai du l'écouter complètement ivre trois ou quatre fois (j'ai cessé l'illicite depuis des lustres), mais je ne l’ai jamais écouté en traquant la poulette. En tant que vieil idiot un peu pervers j'y ai trouvé pas mal de satisfactions, des satisfactions paradoxales, que voulez-vous aimer un disque plein de flûtes de pans, de chants ethniques et de nappes synthétiques new age c'est un peu aimer le pire du pire sans se l'avouer vraiment.



vendredi 24 décembre 2010

Squarepusher - Shobaleader One D'Demonstrator (2010)



Pervers comme je suis il me faut toujours faire semblant d’aimer un mauvais disque raté que tout le monde déteste. Disons que par exemple j’aime faire semblant d’aimer ce disque de Squarepusher, son goût Jaco Pastorius amoindri, ses faiblardes remontées javellisées, cette odeur de muzak conceptuelle qui rode… Bref le machin sensément assez nul d’un futur ex electro toujours un peu intello qui tourne autour du pot. Reste à savoir pourquoi n’ayant aucune tendance masochiste (je suis plutôt sadique en douceur) je fais semblant d’aimer ça ? (Ce factice étriqué, cette fausse west coast en plastique, ces vocodeurs d’occasions rachetés on ne sait où …) Reste à savoir pourquoi ce disque de petit blanc bec sans moustache qui se voudrait plus jazz-rock qu’il n’est, se retrouve dans ce bleugh ? C’est un mystère ! Peut-être qu’il n’est pas si horrible que ça après tout ? Allez savoir, hein !