dimanche 17 juin 2018

David Bowie - Heroes (1977)



En 1981 j'ai traversé deux fois la Manche. Une fois pour me rendre en Angleterre du Havre à Portsmouth et une autre fois pour revenir d’Angleterre de Portsmouth au Havre. Ma première traversée se déroula sans anicroche, la mer était d'huile et je me souviens avoir écouté tout au long de mon tranquille périple un spicilège assez exhaustif des Kinks sur un antédiluvien magnétophone Philips (vous savez celui qui était pourvu d'une touche Rewind-Fast Forward foutrement sybarite). Ma seconde traversée fut bien plus périlleuse la mer était très agitée et la plupart des voyageurs incommodés par des creux indubitablement lunaparkesques. Ainsi, on voyait de grandes rangées, d'hommes et de femmes et même d'enfants, se vomir sur les pieds avec des airs bien gris ce qui il faut l'avouer est un spectacle guère ragoutant.
Quant à moi j'étais tout juste dérangé et presque assez amusé par la situation proposée jusqu'au moment où prenant l'air sur le pont j’eus l'infortune de croiser un jeune sujet britannique blanc comme un cachet d'aspirine égaré dans une conférence de Maurice Blanchot. Ce foutriquet d'aspect chétif était à une dizaine de mètres de moi lorsqu’il se mit à vomir un long et généreux jet jaunâtre qui, je vous le donne en mille, finit sa course sur ma joue droite fraîche, rose et encore imberbe. J'avais mal estimé la force du vent et mon inexpérience me coûta beaucoup en terme d'amour propre. Assez courroucé par la situation, après avoir vilipendé le jeune émétique insulaire et nettoyé ma joue qui ne demandait rien à personne, je retournai dans les tréfonds du navire où sur un fauteuil sentant la fesse ramollie j'écoutai en boucle Heroes une musicassette pleine de berlinades synthétiques que j'avais dérobée trois jours plus tôt dans une échoppe de Carnaby Street.


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mardi 12 juin 2018

Syd Barrett - The Madcap Laughs/Barrett (1974)



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Le jeune Barrett était un peu ailleurs, il vivait dans un monde peuplé de gnomes, de démons et de bicyclettes roulant toutes seules dans un décor truffé de couleurs mélangées. Pour compliquer un peu plus les choses, le jeune Barrett qui avait les cheveux bien longs portait un gilet afghan et se maquillait les yeux avec du khôl, une sorte de poudre minérale d'origine arabe qui lui donnait une allure très belle, mais un peu maléfique. À l'âge de vingt ans, et après avoir écouté une quantité non négligeable de chanteurs noirs plaintifs, il monta avec quelques camarades pour le moins instruits un orchestre de pop-music où quand il ne chantonnait pas de courtes comptines enfantines il jouait à la guitare, et parfois d'une seule main, de longues litanies abracadabrantesques. Après un 45 tours rappelant le souvenir d'un travesti chapardant quelques menus effets féminins sur une corde à linge et un album plein de trucs astronomiques et lucifériens ses camarades de jeu commencèrent à le regarder de travers tout en se poussant mutuellement du coude. Visiblement le jeune Barrett posait plus d'un problème et son éviction fut donc décidée au débotté entre deux earl grey tout juste attiédis. Plus confus et désorienté que courroucé notre jeune ami retourna vivre chez sa mère quant à ses ex-camarades de jeu ils commencèrent une fructueuse seconde carrière qui fit leur bonheur financier tout comme celui d'une pétulante cohorte de vendeurs de chaînes haute fidélité.

**
Paru en 1974 ce recueil à quatre faces rassemble les deux albums « composés » par le jeune Barrett après son inopportune xénélasie. Sur le recto de la pochette, il y a une orange, un grain de raisin, une boite d'allumettes et notre héros est assis en tailleur avec l'air un peu absent. À l'intérieur de la pochette on peut le voir tout nu et accompagné par une jouvencelle un peu maigrelette et aussi nue que lui, le parquet semble bien ciré. Au recto de la pochette, il est encore plus dépeigné que d'habitude et semble presque chagrin. Sur la première face du premier disque, les musiciens d'une clique molle recrutée dans la ville de Cambridge accompagnent le jeune Barrett, il y a une chanson admirable qui s'appelle Terrapin. Sur la seconde face, ses ex-camarades de jeu jouent aux infirmiers. L'ambiance est un peu lugubre, mais très belle, l'auditeur est ravi. L'autre disque est moins sombre, on rigole avec un éléphant effervescent, on boit de la limonade pour bébé. Il y a une romance consacrée au rat, cette bestiole très intelligente que l'on regarde bien à tort de biais et une belle chanson qui pleure sur les Dominos... On ne cessera jamais de réécouter tout ça.

***
Après avoir enregistré ces deux disques, le jeune Barrett ne fit plus grand-chose. Il s’enferma dans une cave où, un jour, il tenta de passer la tête à travers le plafond. Les saisons, les années passèrent et bientôt il n'y eut plus de gnomes, de démons et de bicyclettes… Le caillot d'un soupir, la transe électrique d'un soupir... plus de jeune Barrett, plus rien...


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jeudi 7 juin 2018

The Rolling Stones - Sticky Fingers (1971)



1.

C'est le premier album des Rolling Stones paru sur leur propre label. La pochette est réalisée par Andy Warhol un escroc américain d'origine slovaco-ruthène assez fameux au début de la fin du 20e siècle. Brian Jones, ce Playmobil noyé à l'insu de son plein gré, n'est plus là depuis deux ans et nous ne perdons rien au change puisque son remplaçant le dénommé Mick Taylor et presque plus talentueux et en tous les cas moins « compliqué ».

2.

Quelques esprits retors pourront dire qu'avec ce disque la clique satano-brittanique commence à capitaliser sur ses arpents mauvais garçons, qu'elle se contente de faire guincher son côté drogué, ambigu et maléfique et que bon voilà quoi hein ! Sachez que tout cela n'est que roupie d'étourneau, ce disque est formidable, un point c'est tout !

3.

Brown Sugar qui ouvre le toutim est un titre presque capricant où il question d’esclavage de sexe interracial et de virginité perdue, le riff de guitare est assez fameux. Le reste de l'album est moins sautillant, plus délabré et plein de sous-entendus sombres. La moitié des chansons parle plus ou moins explicitement de l'usage de drogues. Dans Sister Morphine un type agonisant sur son lit d’hôpital réclame une dernière dose de morphine (les paroles sont à moitié écrites par Marianne Faithfull, une héroïnomane notoire et la guitare slide est tenue par Ry Cooder, un cocaïnomane cool). Wild Horses est une fausse vraie balade country où le lippu futur jogger Mick Jagger poétise autour d'une overdose aux barbituriques, c'est une chanson sublime forcement sublime qui, selon certains de mes informateurs aurait été vraiment écrite par Gram Parsons (un cow-boy cosmique qui finira tout bleu dans un motel miteux). Dead Flowers est une autre chanson country où l'on peut entendre de mesurables échos de Merle Haggard ou Buck Owens, mais en vachement plus toxicomane. Can not You Hear Me Knocking est une formidable usine à riff qui vire au jazz puis au rock quasi sudiste sans crier gare, il y a un beau solo de Mick Taylor. Moonlight Mile qui est le résultat retravaillé d'une jam session entre Mick Jagger et Mick Taylor est une conclusion parfaite.

4.

Je ne voudrais pas ouvrir un débat inutile mais il me semble qu'entre 1969 et 1972, les Rolling Stones étaient indubitablement les meilleurs.


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samedi 2 juin 2018

The Monochrome Set ‎– Eligible Bachelors (1982)




1.

Après avoir manigancé deux trois choses raides avec Adam Ant, Ganesh Seshadri (un vrai prince hindou), Thomas W.B. Hardy et Andy Warren montèrent le Monochrome Set, un machin plus douteux que mon omoplate gauche où les trois loustics jouaient une espèce de post-punk anguleux avec guitare surf, crooning bancal et paroles nonsensiques à prédominance cochonne. Ganesh Seshadri qui était très malin se fit appeler BID, c’était quand même plus commode et le groupe devint assez vite l’objet d’un petit culte auprès d’une courte troupe de génuflecteurs assidus.

Pour le reste, en tant que génuflecteur assidu, je dirai que pour moi BID et son Monochrome Set étaient tout à fait charmants, ils vous donnaient l’impression de vouloir jouer avec la queue des tigres tout en buvant des quantités raisonnables de boissons importées. On les imaginait sans peine pratiquer le golf indoor dans les couloirs d’un hôtel fané tout en faisant des clins d'oeil ancillaires. L’un de mes informateurs m’a même affirmé les avoir vus jouer une interminable partie de cricket les pieds dans la boue. Il faut bien dire que tout cela tenait du charme anglais, creamy English charm… si vous voyez ce que je veux dire dans le sens de Ray Davies...

2.

Saki laisse imaginer de longs après-midi paresseux, des thés bus dans des porcelaines les plus fines possible, des sandwiches au concombre, de l’humidité insulaire et de la cruauté comme s’il en pleuvait... Chez lui il n’y a que les enfants et les bêtes pour être vraiment innocents. Les « autres », cette haute société édouardienne qu'il griffe en sautillant n’est qu’un aréopage de duchesses trop précieuses, de tantes acariâtres, de femmes légères et d’hommes si ternes qu’ils pourraient virer au beige clair sans crier gare. Il y a bien quelques dandies, mais ils sont plus cyniques et détachés que vraiment compatissants. Bref, voilà un monde de coupables indifférents où règne une antipathie non ostentatoire, toujours légère et sans semelles de plomb.

3.

« … un gentleman, un vrai, c’est bien près d’être, voyez-vous, le type le plus sympathique qu’ait encore produit l’évolution du pitoyable groupe de mammifères qui fait en ce moment quelque bruit sur la terre. Dans l’effroyable méchanceté de l’espèce, les Anglais établissent une oasis de courtoisie et d’indifférence. Les hommes se détestent ; les Anglais s’ignorent. Je les aime beaucoup. » (André Maurois, Les silences du Colonel Bramble)


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mercredi 30 mai 2018

New Order ‎– Blue Monday (1983)



a/

Paru en mars 1983 chez Factory Records sous le nºde catalogue FAC 73 ce maxi 45 tours est le plus vendu de l'histoire de la musique populaire. La pochette crée par le « graphic designer » Peter Saville, est pourvue de trois trous (un gros en plein milieu et deux plus petits). Ces trous ne sont pas là par hasard puisque la pochette représente une disquette 5 pouces 1/4, un vieux support numérique que les godelureaux de la génération Z ne connaissent certainement pas, mais qui était pourvu de trois trous. Il est communément admis de dire de cette pochette qu'elle est « géniale » quant à ce qu'elle cache dans son fourreau, c'est-à-dire une galette de polymère chloré et tout du moins sa face A et la chanson Blue Monday, il y a peu de peine à constater que le « séminal » n'est pas loin de brandiller.

b/

Blue Monday est donc une « chanson séminale », un mètre étalon dans lequel des cargaisons entières de bidouilleurs, souvent drogués et même parfois noirs, viendront puiser leur inspiration. C'est une « chanson séminale », mais c'est aussi une désarmante chanson pleine de mélancolie avec une merveilleuse ligne de basse éclopée trouvée par hasard ( ne pas oublier de saluer l'accidentel, les maladresses de Gillian Gilbert et ses joues roses).

c/

Chose plus ou moins importante, en 1983 Blue Monday fut la seule chose capable de me faire danser un twist incertain. C'était au Whisky à gogo de Juan Les Pins, je n'ai pas dansé depuis.


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samedi 26 mai 2018

Richard Thompson - Mirror Blue (1994)



Mirror Blue est le septième album solo de notre soufi préféré (je ne compte pas ses cinq albums « conjugaux »), son quatrième produit par Mitchell Froom et son troisième paru chez Capitol Records. Pour tout dire, il n'a pas très bonne presse, les gens qui savent lui préfèrent son précédent Rumor and Sigh un quasi-succès commercial. Mirror Blue serait trop produit, les chansons seraient un peu uniformes on y sautillerait pas assez sur le dos de Margaret Thatcher… Quant à moi je dois dire que je me fiche un peu de tout ça, que je le trouve très bien et pour l'essentiel foutrement à mon goût. Pete Thomas l' ex-Squeeze et tambourineur en chef chez Elvis Costello s'occupe du rythme, le fidèle Danny Thompson trifougne sa contrebasse comme aux plus beaux temps de Pentangle, il y a des titres un peu jazz-folk (rien d’inquiétant rassurez vous), quelques élans country, des choses un brin romanichels d'autres tout à fait folkloriques. Il y a surtout le jeu de guitare de Thompson qui ne manque pas d'être sensationnel plus qu'à son tour. Pour s'en convaincre il suffit d'écouter l'extraordinaire quatrième titre The Way That It Shows, avec son solo qui monte dans les limbes c'est certainement l'un des plus beaux pics de l'ami Thompson.


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vendredi 18 mai 2018

Chambre verte - Ian Curtis



Dans les mémoires de Peter Hook Ian Curtis est presque un type normal, un lad du nord capable d'enquiquiner son entourage avec les pires blagues potaches. Il jette des asticots et des souris en l'air bois plus ou moins quelques pintes de pisse et fait manger un sandwich rempli de merde à l'un des roadies de Joy Division. Comme tout bon rocker bas de plafond, il casse un peu ce qui traîne autour de lui tout en rigolant comme un dératé. Pendant les sessions d’enregistrement d'Unknown Pleasures saisie par l'humidité ambiante il s’assoit sur un radiateur et attrape des hémorroïdes grosses comme des poings de crémière, tout le monde trouve cela très drôle… Bref, c'est un type souvent assez loin du christ post-punk que l'on est censé « célébrer » tous les 18 mai que Dieu fait. Peut être qu'après tout sans son épilepsie (son haut mal), les intermittences d'un cœur pour qui l'amour était beaucoup plus que l'amour et un goût un peu saumâtre pour les films de Werner Herzog il serait devenu un anglais rougeaud et bedonnant à l'instar de ses anciens camarades de jeu. J'ai quelques doutes, mais c'est une piste à creuser.


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jeudi 17 mai 2018

Talking Heads - 77 (1977)



Je suis né en 1966 et si mes calculs ne me trompent pas je devais donc avoir 11 ans en 1977. C'était une année heureuse et non ostentatoire, en Juillet Bernard Thévenet gagnait son second Tour de France (le très élégant Dietrich Thurau finissait meilleur jeune). Quant à moi je n'avais gagné aucun Tour, mais le 15 août j'avais roulé ma première « pelle » pas loin de La Baule, à Pornichet (je me souviens parfaitement de cette date, car Elvis Presley est mort le lendemain). En dehors des techniques labiales j'étais encore un agneau qui avait beaucoup à apprendre et notamment tout des choses musicales et particulièrement des Talking Heads, j'écoutais plutôt Rockcollection de Laurent Voulzy et Ma Baker de Boney M. J'avais bien du entendre Psycho Killer passer dans une quelconque radio, mais sans m'en inquiéter plus que ça. En somme, j'étais un enfant… J'ai acheté ce disque compact à la couverture très rouge bien plus tard, ce devait être en 1990, dans ces eaux là. Les disques compacts venaient d’apparaître. Ils offraient une technologie toute nouvelle et forcement formidable, un support fait pour durer des millénaires, on allait entendre ce que l'on allait entendre !
Voulant le réécouter pas plus tard qu'il y a quelques jours, je n'ai pourtant pas pu, figurez vous qu' il sautait tel un vieux cabri fatigué, 30 années lui avait fait la peau. Cette technologie numérique là ne vaut décidément pas bézef !. C'est fort dommage, car dans mes souvenirs 77 était un très bon disque (l'année est bien, aussi). Il commençait par une drôle de chanson vaguement caraïbéenne qui virait au blême, le deuxième titre était plus intriguant, c'était une sorte de gigue capricante qui changeait de tempo plus d'une fois. Les autres titres étaient tous plus ou moins sortis de ce moule là. David Byrne chantait avec un drôle de falsetto étranglé des paroles qui semblaient provenir d'un patient étendu sur le divan d'un psychiatre attentif. Même vingt ans plus tard tout cela sonnait diablement raide et moderne, mais raide et moderne en bien si vous voyez ce que je veux dire. Avec son refrain en français lacanien et sa ligne de basse imparable Psycho Killer était le formidable tube que tout un chacun connaît comme sa poche de Chino percée, No Compassion l'une des quatre cinq plus belles chansons des Talking Heads. Peut-être ?


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dimanche 13 mai 2018

Tim Hardin - Bird on a Wire (1971)



Sur le recto de ce Digipack Tim Hardin porte un chapeau, la moitié de son visage est dans l'ombre, le reste est en pleine lumière. Sa barbe est mal entretenue, il semble torse nu et un peu préoccupé, tout cela ne présage rien de vraiment sautillant. Au verso de ce Digipack Tim Hardin a perdu son chapeau il est imberbe, mais sa tignasse est dangereusement revêche. Son regard fixe l'appareil photographique jusqu'au fond de l'obturateur et nous donne l'impression que le combat a déjà eu lieu, que l’effroi est derrière lui et qu'il a laissé place à une lassitude un brin désespérée. À l'intérieur de ce Digipack il y a encore une photographie, elle est a été prise par Tim Hardin lui-même, le garçonnet qui tient deux marguerites, l'une cachant l'un de ses yeux, est Damion, son fils. Le père et le fils se ressemblent beaucoup, la photographie est magnifique (Damion est au recto d'un autre album Suite for Susan Moore and Damion, un bel oratorio familial).
Bird on a Wire n'est pas le meilleur disque de Tim Hardin, on préférera les deux premiers, le troisième (live avec une extraordinaire version de Lenny's Tune), son dernier : le bouleversant The Homecoming Concert enregistré pour une émission de télévision et qui sortira un an après sa mort en 1981. Non Bird on a Wire n'est pas son meilleur disque, mais il est tout de même souvent vraiment pas mal. C'est autant un disque d’interprète que d'écrivain de chanson puisque l'on peut entendre Tim reprendre Hoagy Carmichael, Leonard Cohen ou John Lee Hooker. C'est aussi son disque le plus « jazzy retro satanas », Joe Zawinul taquine l'ivoire et l'ébène tandis que le reste des musiciens maîtrise la pulsation binaire tout en laissant la première croche durer plus longtemps que la deuxième croche. Je ne voudrais pas vous embêter plus que ça, mais sachez qu'en somme, ça swingue plus qu'à son tour.


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jeudi 10 mai 2018

Psychogeographie indoor (82)
















« L’art consiste à faire éprouver aux autres ce que nous éprouvons, à les libérer d’eux-mêmes, en leur proposant notre personnalité comme libération particulière. L'impression que j'éprouve, dans sa substance véritable qui me fait l'éprouver, est absolument incommunicable : et plus je l'éprouve profondément, plus elle est incommunicable. Pour que je puisse par conséquent, transmettre ce que je ressens à quelqu'un d'autre, il me faut traduire mes sentiments dans son langage à lui, autrement dit exprimer exprimer les choses que je ressens de telle façon qu'en les lisant, il éprouve exactement ce que j'ai éprouvé » (Fernando Pessoa, Le Livre de l'Intranquillité)


1.


2 janvier 2018.- Nuages (9°C). Lombalgie carabinée et ulcère escagassant, l‘année commence très bien. Les festivités plus ou moins obligatoires endurées depuis deux semaines étant entrées en hibernation jusqu'à l'année prochaine je ressaute dans les livres avec la grâce d'un plongeur Acapulquénien. Nouvelles acquisitions : Musique infidèle et encre sympathique - Elvis Costello, Unknown pleasures - Peter Hook, Manifeste incertain (Tome 1) - Frédéric Pajak, Journal - Matthieu Galey, L'âme insurgée - Armel Guerne, Charles dégoûté des beefsteaks - Pierre Girard, Œuvres complètes - Georges Perros.

4 janvier 2018.- Douceur fourbe, humidité très peu relative (15°C). Mort de Paul Otchakovsky-Laurens, éditeur conséquent, mort d’Aharon Appelfeld écrivain tout autant conséquent. De ce dernier lire Le temps des prodiges : du brumeux du fantomatique, l’antisémitisme vu comme une maladie insidieuse, grand livre parfois presque digne de Kafka.

5 janvier 2018.- Nuages et grande douceur, toujours (15°C). Grosse fatigue, manque d'envie, j'ai bien failli laisser choir ce redondant journal au milieu du gué. J'y retourne sans grandes certitudes par doses homéopathiques.
Relu le magnifique entretien entre Philip Roth et Aharon Appelfeld qui était au cœur de Parlons travail (2004). Bel exemple de cooptation littéraire. Intuition brumeuse : Appelfeld n'était pas un « écrivain de la Shoah » c'était un Kafka sans tuberculose qui aurait vécu après avoir coudoyé la barbarie, ce n'est pas rien : « Aujourd’hui encore, on s’accorde à prendre les Juifs pour des créatures habiles, retorses et pleines de finesse, qui auraient engrangé toute la sagesse du monde. Vous ne trouvez pas fascinant de voir comme il a été facile de les berner ? Il a suffi de subterfuges simplets, pour ne pas dire enfantins, pour les parquer dans des ghettos, les affamer des mois durant, les leurrer de faux espoirs, et finir par les faire monter dans les trains de la mort. C’est cette ingénuité qui s’imposait à moi lorsque j’écrivais Badenheim. J’y trouvais la quintessence de l’humanité. Leur aveuglement, leur surdité, leur nombrilisme faisaient partie de cette ingénuité. Les assassins, eux, étaient pragmatiques et ils savaient ce qu’ils voulaient. L’ingénu est toujours un shlemazl, un lourdaud victime du malheur, qui n’arrive jamais à entendre à temps les signaux de danger, qui s’embrouille, se prend les pieds, et finit par tomber dans le piège. Ces faiblesses m’ont enchanté, je m’en suis épris. Le mythe qui veut faire des Juifs des manipulateurs tirant les ficelles du monde s’est révélé quelque peu surfait. »
Demain je compte entamer le Manifeste incertain de Frédéric Pajak. Le premier volume libère de beaux effluves d'encre, il y a beaucoup de dessins, je l'imagine par avance très bien.

6 janvier 2018.- Belle matinée, nuages de plus en plus nombreux par la suite (14°C). Je ne connaissais Frédéric Pajak que de nom, vaguement, et de loin. En tous les cas, je n'avais jamais rien lu, ou vu, de lui. Ce matin j'ai entamé le premier tome de son Manifeste incertain et je dois dire que je ne suis pas prêt de le lâcher (et que je suis même capable de le rouvrir plus d'une fois avec mes grandes pattes gourmandes). Pour tout dire, c'est une entreprise épatante, tellement épatante qu'elle pourrait bien être en fait magnifique ! Ce mélange de mots, d’intime et d'extime, d’autobiographique et de biographique (Walter Benjamin, surtout), ces dessins à l'encre de Chine toujours admirables, parfois saisissants ont tout pour faire frémir lecteur, le regardeur… Comme Beckett, qu'il cite, Pajak n'est pas un intellectuel, ses textes et dessins son toujours porté par la sensation, c'est un passeur frémissant. Tout cela est essentiel puis qu'évidemment tout ce qui compte vraiment en littérature, et ailleurs, c'est surtout et avant tout la sensation, la touche plus que l'analyse, l’inspiré, l’irraisonné, l'ingénu contre les idées ? Peut-être… 

« C'est le propre des timides que de rire ou de sourire niaisement au mauvais moment, et de ravaler leur salive pour tout à coup laisser échapper un flot de formulations hasardeuses qui passent pour de l'injure, du mépris, de l'arrogance. La parole nous devrait être interdite, à nous les timides ; elle devrait s'étrangler en nous. Nos vies et la vie des autres en seraient adoucies. »

7 décembre 2017.- Grisaille dominicale (9°C) France Gall faisait partie du vert paradis de mes amours enfantines. Aujourd’hui elle a rejoint la vaste communauté des trépassés, c'est dire si la perte est grande.
Bref retour dans les petits papiers de Jean Paulhan (Traité sur des figures ou la rhétorique décryptée). Me suis un peu perdu entre périphrases, antiphrases, allégories, proboles, métaphores, hypallages, métonymies, pléonasmes, hyperboles, syllepses, ellipses, syncopes, redoublements, paragoges, apocopes, contrepèteries et autres tropes divers et variés.

8 janvier 2018.- Ciel gris pendaison (9°C). Rien (ou presque) L'époque étant assommée par toutes les formes de morales il n'est guère étonnant qu'il ne s'y passe rien de bien éclairant.
Quand il n'y a plus de transgression, c'est la perversité qui croît

10 janvier 2018.- Weather still cloudy (10°C). Lever 5H00, labeur (je suis un bon petit soldat du post libéralisme avancé), sieste (prolongée), lecture (trois poèmes d'Henri Thomas, la préface du pavé Perros chez Quarto-Gallimard). Nothing else

11 janvier 2018.- Nuages, encore, toujours (10°C). Perros Oeuvres Quarto-Gallimard. Dans un court préambule explicatif l'éditeur nous avertit : « Georges Perros écrivait sur des carnets, des cahiers, de simples bouts de papier – tout ce qui se trouvait à porter de main… ». Tiens, si je ne me trompe pas voilà un point commun avec Robert Walser.
La lumière, et l'inspiration, venant à manquer cela sera tout pour aujourd'hui.

12 janvier 2018.- Nuages, nuages, nuages… Et si le soleil ne revenait pas ? (5°C). Quelques mots sur Louis Hémon :
Louis Hémon est insaisissable. Quelques manuscrits, c’est tout ce qu’il laisse. Pas un ami, pas une lettre aucune confidence, rien du coté des anecdotes, une suite de disparitions. Néanmoins deux faits saillants : il est né en 1880, mort en 1913…
Son œuvre sera entièrement posthume, déterrée, exhumée. Maria Chapedlaine est son livre le plus connu, écrit au Canada où il s’était fait bûcheron entre deux emplois de bureaux. Rédigé pendant ses heures de loisir, c’est un récit sans action sur la vie dure et nue de personnages très frustes qui se débattent au cœur d’un interminable hiver. Rien de bien sautillant tout du terriblement terrien jusqu'à l’apparition de l’amour qui transperce l’héroïne, apportant au livre un intérêt jusqu’alors insoupçonné. Pour tout dire, Maria Chapedlaine est un roman globalement plombé-plombant où le gris et le tristounet ne prennent jamais les couleurs et la saine méchanceté du « vrai » Louis Hémon écrivain. Celui qui baguenaudait dans les rues de Londres entre 1903 et 1911. Voilà c'est dit, de Louis Hémon il faut surtout préférer les romans londoniens, Battling Malone pugiliste et Monsieur Ripois et la Mémésis.

Battling Malone raconte l’ascension d’un jeune plébéien qui initié au « noble art » par la grâce de quelques gentlemen philanthropes, se fait une place dans la société, rencontre l’amour et tutti quanti… Bien évidemment, tout cela n’est qu’illusion. Les barrières sociales ne sont pas si faciles à franchir. La femme élégante qui tombe amoureuse de lui n’est séduite que par sa force animale et la chute ne peut être que terrible. Tout dans ce roman est admirablement précis et plein d’une saine vélocité, l'humour en sous-main est presque gelé, et les mots frappent comme autant de coups assénés par un boxeur vif. Le chef-d’œuvre de Hémon son livre le mieux écrit, celui où il se déploie le mieux est certainement Monsieur Ripois et la Mémésis (que l'on publiera seulement en 1951). M Ripois est un français médiocre qui vivote à Londres et qui par nécessité séduit, puis abandonne, des Londoniennes de tous milieux. C’est un personnage assez détestable : sec, cynique, parfois féroce, toujours lâche. Sa futilité et son insanité ne peuvent l’emmener que vers une catastrophe annoncée, balisée par tout le récit. Quand il s’affronte à la pureté, quand sa conscience s’éveille enfin, il est trop tard et la fin du livre, pleine de sentiment, ne peut être que bouleversante.

Hémon se réfugie à Londres en 1903, que fuit-il ? Sa famille bourgeoise et compassée, peut-être ? Comment subsiste-t-il ? Dans de médiocres emplois de bureau. Il se serait marié, une épouse hypothétique serait morte en 1911, on n’en sait pas plus. Sa biographie manquante se niche dans ses romans, et la force de ses derniers comme toujours tient de la lente transformation de l’intime vers l’expression pleine et entière ; vers l’œuvre en somme

En 1911 donc il se réfugie au Canada, se fait bûcheron, écrit Maria Chapdelaine. Attiré par l’ouest il prend la route à pied, longeant une voie ferrée, le 8 juillet 1913 il est tué net par le Transcanadien, voilà.



2.


13 janvier 2018.- Pas de nuages, belle journée hivernale, enfin (6°C). Il y a quelques jours je pense avoir été injuste avec la quasi intégrale Perros (manque la correspondance, replète). Le volume sent bon et le travail d'édition n'est pas loin d'être considérable. La préface est très bien et la partie Vie et Oeuvre rudement informée. On y apprend une foultitude de choses un peu ignorées : une collision motocycliste avec une vache (bras cassé), un court passage en prison après avoir défendu deux marins-pêcheurs face à la maréchaussée (me suis souvenu de Jacques Rozier et Marcel Petitgas), les débuts lettristes de l'ami Poulot que j'avais pour ainsi dire oublié… La Table des matières est un peu touffue (il est difficile de s'y retrouver, d'où mon court courroux), l'iconographie est bien choisie et assez présente En fin de volume il y a un bel index des personnages cités (chaque nom est équipé d'une notice biographique assez conséquente). Bref, c'est du solide et du beau boulot. Après les diverses préfaces et préambules, j'ai commencé l’ascension de cette montagne éditoriale par le début (qui n'est peut-être pas la base). Quelques poèmes, trop classiques écrits entre 1940 et 1945, Perros était apprenti comédien et peut-être plus avec les mots des autres qu'avec les siens. Ses textes lettristes qui viennent sont déjà plus sérieux, même si l on sent qu'ils sont une sorte d'impasse de laquelle Poulot (et pas encore Perros) sortira bien vite.

14 janvier 2018.- Moins de nuages, quelques trouées lumineuses (8°C). Lu Gardavu. Dans ce court récit, l'ami Poulot raconte comment après avoir traité de « brute » un policier qui houspillait deux marins pêcheurs douarnenistes (mais avinées) il se retrouva en garde à vue vingt-quatre heures. Voilà un petit texte plein de fausse candeur, très moqueur et pour tout dire assez drôle. On navigue dans des eaux un peu kafkaïennes, mais avec plus de grain que de brume, tout en se demandant pourquoi Paulhan refusa ce texte qui fut publié cinq ans après la mort de Perros : « Ne parlons pas de  Gardavu. On ne devrait jamais écrire quand on est contrarié, mais c'est généralement le moment qu'on choisit pour se raccrocher à l'écriture, qui se venge. »

16 janvier 2018.- Averses (11°C). Trois poèmes d'Henri Thomas. Sonst nichts.
Rien (ou presque) : L'activiste n'est qu'un badaud du surmoi.

18 janvier 2018.- Ciel plombé-plombant (10°C). Perros lecteur chez Jean Vilar. Tout flotte, je vous laisse.

19 janvier 2018.- Weather still cloudy. No words for me.

20 janvier 2018.- Pluie glacée, nous frôlons la neige (4°C). Dans Libé(ration) beau papier de Philippe Garnier (sur Earl Thompson, mais le sujet importe peu). On a toujours l’impression que Garnier met ses informations, ses idées, ses mots dans un grand shaker qu'il secoue nonchalamment avant de le vider comme ça vient sur le papier. Voilà tout le charme, bancal un peu mariachi, du bonhomme (l'un des derniers « passeurs » existant sur le marché). Pour le reste, les notes de lectures que Perros adressait à Jean Vilar sont très drôles, très bien. Pour un peu on se croirait chez Félix Fénéon (pas un mince compliment) : « C’est du Mirbeau, 3 octaves au-dessous. ». Les notes écrites pour la NRF - et donc acceptées par Paulhan - sont elles aussi très bien, moins concises, moins fénéonesques quoique cet avis définitif sur l’Histoire de la littérature française de Kléber Haedens ne manque pas de sel… et de concision : « Plaisant au passé. Médiocre au présent. Sans avenir ». Perros se trompe, mais je suis ravi.
Rien (ou presque) : J'ai guéri un peu de ma timidité en laissant affleurer ma bêtise. C'est un bon remède.

21 janvier 2018.- Ciel désespérément gris. Nostalgie de la méditerranée, des îles… Donnez-nous du bleu, un peu de tiédeur, même un soupçon que diable ! (7°C). Toujours dans les notes de Georges Perros. Sages et éclairantes lorsqu'il s'agit de son petit panthéon personnel (qui n'est jamais décousu), Joubert, Léautaud, Renard, Valery… plus drôles et capricantes lorsqu'il lui faut faire avec des théâtreux second lot, voire avec des écrivains assez chanci sur les bords (Paul Guth, Elsa Triolet, ce genre-là). Au milieu de tout ça, un court lexique, sorte d'esquisse des futurs Papiers collés. On se régale : « COMÉDIEN : Le mauvais comédien indispose. Le bon comédien tranquillise. Le grand inquiète. »

23 janvier 2018.- Quelques belles éclaircies, vague douceur (12°C). Malade. Ulcère, œsophagite, lombalgie, tiercé gagnant.
À l'alternat entre le Journal de Maurice Garçon (que je tente de finir) et les Œuvres (quasi complètes) de Georges Perros. Pas plus résistant que collaborateur Garçon est le parfait témoin de son temps, et comme ce temps-là est horrible il ne peut être qu'horrifié. Les Anglais bombardent un peu trop, les miliciens ne sont pas en reste et fusillent à bout touchant, quant à la police (la police française) elle est un malléable auxiliaire parfaitement adapté aux rafles saumâtres. Pendant ce temps-là un médecin un peu diabolique, le bientôt fameux Dr Petiot, trucide à qui mieux mieux.
Gollo, le chien de Perros meurt, deux pages très émouvantes (enfin, pour qui aime les bêtes) : « Peut-on parler d'un chien ? Aime-t-on un chien ? Et le monde peut-il deviner quelle place tient un chien dans la vie d'un solitaire de mon espèce ? Le 1er mai, je l'ai vu partir flairant, cherchant on ne sait jamais trop quoi, me jetant un œil travers. Monsieur partait en vadrouille, comme chaque jour. Depuis plus de nouvelles, j'ai parcouru des bois entiers, sifflant, criant, appelant. Aujourd'hui, je rentre dans un café de la route des gardes, où je demande si par hasard on n'aurait pas entendu parler d'un chien, qui sait, écrasé. On me répond que oui. À cent mètres de là, le dimanche et qu'il a été emmené à Boulogne, à la société protectrice des animaux. J'y cours. Je décris mon petit fou. Nul doute. C'est lui. Et il est mort deux jours après l'écrasement. Voilà. Rien à dire. Mais les larmes montent, mais c'est terrible. Cessons d'écrire. »

24 janvier 2018.- Du vent, ciel dégagé, température très douce. On sent que cela ne va pas durer (14°C). Maurice Garçon est pour le moins désappointé. Réfugié depuis un court mois dans ses « terres provinciales », il ne vit pas la libération de Paris, mais seulement celle de Poitiers (c'est déjà ça). Poitiers sera libérée par une courte troupe d’admirables partisans bientôt rejointe par quelques soldats de la troisième heure. La foule bien vite passée de l'indifférence polie à la haine solide participera avec tout son savoir-faire. On fusillera beaucoup, on tondra beaucoup et pas toujours à bon escient. Garçon sera un peu affligé par tout ça, il faut bien le dire.
De son côté, Perros écrit toujours quelques notes de lectures pour Jean Vilar. Il donne deux trois articles à la NRF. Ses Papiers collés seront bientôt là.

25 janvier 2018.- Vent mauvais, bourrasque escagassantes (12°C). Still a little sick. Évidemment aujourd'hui les vues et idées de Maurice Garçon ne passent plus très bien la rampe. Dans son journal Il écrit avec les mots de son temps et les mots de son temps sont sans filtre. Ainsi le voilà pris de stupeur lorsqu'il aperçoit les premiers soldats américains. Imaginez que ce sont des nègres ! Des nègres « pas  purs », sans lèvres proéminentes, ni cheveux frisés. Des nègres mâtinés de blanc « assez fins, assez beaux, un peu gorille toutefois ». Ils portent un casque rond, posé un peu de travers sur la tête, un casque qui à l'occasion sert de pot de chambre ou « de cuvette pour se laver ou de petit banc pour s’asseoir ».
A Paris on juge et fusille Brasillach (qui l'a tout de même un peu mérité).

26 janvier 2018.- J'ai vu passer plus de trente parapluies devant mes fenêtres. Aujourd'hui il devait pleuvoir (4°C). Fini le Journal de Maurice Garçon (on annonce un second tome 1945-1967 pour bientôt). Butiné dans les Papiers Collés de Perros (pour la troisième fois). Entamé le Club des célibataires anonymes de P.G Wodehouse (je pense que c'est une lecture qui me déridera un peu, je suis assez ridé ces temps-ci).



3.


27 janvier 2018.- Weather still grey (5°C). Célibataires anonymes est l'une des dernières petites choses écrites par P.G Wodehouse Il avait 90 ans et cela ne se sent pas trop. Rien de vraiment cacochyme. Que du désuet heureux. Un pur antidépresseur qui ferait passer les comédies avec téléphone blanc de Lubitsch pour de lourds pensums pangermaniques. Tout est frémissant, léger, drôle, parfaitement obsolète et pour tout dire d'un temps que l'on voudrait voir refleurir (vous pouvez me traiter de réactionnaire, allez-y !) : « Une larme coulait sur la joue de Sally, et voir pleurer une femme lui faisait toujours l’effet de porter un pull de laine pendant une vague de chaleur. »

29 janvier 2018.- Labeur. Nuages (8°C). Perros me déprime un peu trop. Je vais le laisser de côté un certain temps. Il me faut sautiller.

3 janvier 2018.- Ciel mitigé, quasi froideur (3°C). Lu le Traquet kurde de Jean Rolin. Le traquet Kurde – une petite bestiole qui ne pèse pas plus de 25 grammes – est un joli facteur déclenchant qui permet de voleter au-dessus d'une multitude de choses : de la vie de Richard Meinertzhagen un colonel ornithologue britannique dont j'ignorais à peu près tout, de son compatriote Kim Philby dont je n'ignorais aucunement la Soviétique trahison, des guerres passées et présentes dans les zones frontalières entre Irak, Syrie et Turquie, de bien d'autres trucs et machins plus ou moins volailleux. As usual with Rolin tout est formidablement bien renseigné (c'est le journaliste), topographié (c'est le géographe), désigné (c'est l'ornithologue amateur). Le long passage consacré à Richard Meinertzhagen est formidable. Il faut dire que ce type était diablement intrigant. Voilà un homme qui parcourait le monde en compagnie de sa petite cousine, collectionnait oiseaux et poux (en volant quelques-uns au British muséum), traquait en dilettante quelques agents bolcheviques… Bref, un roman à lui tout seul !

4 janvier 2018.- Froideur (1°C). Malin comme je suis j'ai il y a quelques années volé les chroniques de Bernard Frank disponibles sur le site du Nouvel Observateur (à l'époque par encore L'OBS). J'ai ensuite transformé tout ça en un replet spicilège numérique (pas de loin de huit cents pages) que je consulte de temps à autre et toujours avec un bonheur égal sur ma liseuse (je suis finalement assez high-tech). Aujourd’hui Frank tournicotait autour de Stendhal, Daphnée du Maurier et quelques bonnes tables… Chez Frank nous ne sommes jamais à l’abri d'une bonne table.
Par ailleurs, lu vingt pages des Papiers Collés de l'ami Poulot. Toujours très Joubert de Douarnenez.

5 février 2018.- It’s snowing, a little, not a lot, but enough (1°C). Read three pages of Bernard Frank. The snow behind my windows, I remembered these few lines of Robert Walser :
« Sur le chemin du retour, qui me parut splendide, il neigeait à gros flocons, denses et chauds. Il me sembla presque entendre résonner de quelque part un air de mon pays. Mes pas étaient vifs malgré la profondeur de la neige dans laquelle je continuais à progresser avec ténacité. Chaque pas accompli fortifiait ma confiance ébranlée, ce dont je me réjouissais comme un petit enfant. Tout ce qui avait existé autrefois fleurissait et m’enveloppait gaiement d’une roseraie comme un parfum juvénile. Il me sembla presque que la terre entonnait un chant de Noël et presque aussitôt déjà un chant de printemps.
Dans l’obscurité, un grand personnage gris se dressa tout à coup devant moi sur le chemin. C’était un homme. Il me parut gigantesque. « Que fais-tu ici ? » lui demandai-je. « Je me tiens ici ! Cela te regarde ? » me répondit-il.
En le laissant là, lui que je ne connaissais pas et qui devait savoir ce qu’il avait à faire, je poursuivis mon chemin. Il me sembla parfois avoir des ailes, et pourtant j’avais bien assez de peine à avancer. Le courage et la confiance comblaient mon âme sur cette route difficile puisque je pouvais me dire que j’étais sur le bon chemin. J’étais confiant en l’avenir comme jamais, bien qu’en humiliante retraite. Je ne me sentais pourtant pas du tout vaincu, j’eus bien au contraire l’idée de me considérer comme un vainqueur, ce qui me fit rire. Je n’avais pas de pardessus. Je tenais la neige à elle seule déjà pour un manteau m’enveloppant d’une merveilleuse chaleur » (Retour dans la neige).
Enough for today…

6 février 2018.- Neige et pluie, petit couple humide (3°C) Chez Perros : « Saint-Exupéry était un homme très bien, je n'en doute pas. Quelques-unes de ses pages respirent profondément. Pourquoi les gens qui en font leur idole sonts-ils, la plupart du temps, des imbéciles ? »

9 février 2018.- Temps hivernal, mais sans plus (2°C). La semaine dernière j'ai bien cru faillir mourir. Thankfully je suis toujours là, frêle, morne et gère sautillant. Puisque je suis encore un peu vivant demain j'entamerai Charles dégoûté des beefsteaks, une petite chose de Pierre Girard que j'envisage très bien.

10 février 2018.- Grisaille hivernale (5°C). Voisins bruyants. Il y a des jours où l'on envierait presque la grande quiétude des sourds et malentendants.
Un gros lézard gobe une mouche, quelques écureuils font des cabrioles, un chien rentre chez lui, on ne sait comment, il semble avoir pris le train, et même, ensuite, le tram. Charles déprime, il ne mange plus ses beefsteaks, oublie son travail de banquier, s'écroule dans un dancing… Il se réveille entouré de femmes en blanc, on le pique un peu, il remâchonne ses beefsteaks, revient à la vie, tombe amoureux de sa nièce, cela ne se fait pas… Voilà la trame de Charles dégoûté des beefsteaks, courte merveille de Pierre Girard qui semble perpétuellement soulevée par l'hélium : « On croit les malades inertes, séparés du monde, insensibles. Au contraire, ils sont parcourus par ces lames de fond qui n'écument pas. À l’hôpital, tout ce qui tombe sous les sens est dégusté par les connaisseurs. Ce sont des égaux de Michel-Ange qui apprécient le clair-obscur. C'est l’œil de Léonard qui caresse le visage de l’infirmière, c'est le cœur de Rembrandt qui s'émeut quand les chirurgiens s'assemblent autour du lit. Tout est délicat, ailé, délicieusement vertigineux. Les sons qui viennent de la ville ont effleuré Mozart, les rumeurs qui montent de l'intérieur sont wagnériennes. Le patient, sur son matelas, est enfin un homme libre. Il est là, gisant, mais conscient d'être le lieu géométrique où toutes les forces de l'univers s'équilibrent et se neutralisent… »
En parcourant d'un œil distrait les pages littérature de Libé(ration) j’apprends que le chanteur Cali sort un premier roman de sa manche embrumée. Je suis un peu inquiet.


To be continued


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mercredi 9 mai 2018

Talking Heads - More Songs About Buildings and Food (1978)



J'ai toujours beaucoup aimé l'odeur des musicassettes. Que voulez-vous ce mélange de plastique, d'encre, d’oxyde de fer, de choses plus ou moins chimiques et cancérigènes a toujours tout eu pour réjouir mon odorat en quête d’effluves divers et variés. Je ne voudrais pas jouer aux Marcel Proust d’opérettes tout en trempant sans inadvertance ma musicassette dans mon troisième Earl Grey du jour, mais figurez vous que je me souviens avoir acheté cette version embobinée de More Songs About Buildings and Food au Foyer du 74e Régiment d'Artillerie de Belfort. C'était en 1987, j'effectuai mon service militaire dans cette sautillante contrée circonscrite dans une morne trouée entre les Vosges et le Jura. La trouée était assurément morne, mais la musicassette était vraiment bien. La reniflant aujourd’hui d'une narine distraite et un peu hasardeuse je dois avouer ne pas avoir été déçu, les senteurs d'encre se sont un peu évaporées, mais le reste est toujours là, tenace, prégnant et indompté… Vous allez me dire que je noie mon sujet comme un chinois madré pourrait noyer une carpe innocente, que je ne vous parle pas de ce qui est enregistré sur cette fameuse musicassette pleine d'exhalaisons synthétiques. Vous aurez raison, ce n'est pas grave vous savez déjà tout : le magnifique travail du déplumé en chef Eno, la parfaite brasure conjugale de l’ensemble rythmique, la voix et les mots de l'expert-comptable schizophrène Byrne, la charpente étonnamment brinquebalante des chansons, les rythmes saccadés… Vous savez tout ça, d'ailleurs, on ne vous la fait pas, vous êtes déjà en train d'écouter The Good Thing cette chinoiserie imparable, une merveille.


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dimanche 6 mai 2018

Milton Nascimento - Courage (1968)

C'est le premier disque de Milton Nascimento destiné au marché nord-américain. Il a été enregistré aux studios Van Gelder (encore eux) dans le New Jersey sous la patte experte de Creed Taylor (encore lui). Les orchestrations sont peaufinées par Eumir Deodato et les sidemans qui s'agitent en sous-main ne sont pas les derniers portes-flingues venus (Herbie Hancock, Airto Moreira et Hubert Laws). Cordes coruscantes, cuivres brasillants, orgue agnostique, c'est un disque qui pourrait de prime abord paraître un peu trop luxuriant, ce n'est pas un problème, car l'essentiel n'est pas là... L'essentiel c'est la voix de Nascimento, une voix extraordinaire dans tous les sens du terme, une sorte de plainte frôlant le surhumain, une voix blanche où l’absence de vibrato caractéristique de la Bossa Nova s’allie paradoxalement à un lyrisme débordant. Bref, une voix comme on en rencontre peu (et même dans les saumâtres télés crochets des temps qui nous occupent).


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mercredi 2 mai 2018

Neu! (1972)



En 1971 le guitariste Michael Rother et le batteur Klaus Dinger quittent Kraftwerk et créent leur propre entité brinquebalante qu'ils nomment Neu ! (Nouveau ! en langue germanique). Comme ces deux loustics ne sont pas les derniers des foutriquets venus Neu ! sera l'un des plus beaux fleurons du Krautrock naissant (choucroute rock in französisch). Leur premier album paru l'année suivante en 1972 est un parangon du genre. On peut y entendre une guitare bizarrement placée qui semble se répéter sans cesse (Gilles Deleuze, qui s'y connaît en toutes choses, me faisait remarquer pas plus tard qu'hier que cette guitare se répète certes, mais qu'elle est aussi pleine d'infimes différences), la basse n'est pas en reste et bisse plus qu'à tour, la batterie se contente d'une métronomie quasi helvétique et l’ensemble donne à l'auditeur une impression de flottement hypnotique, d'heureuse monotonie, ce flottement hypnotique et cette heureuse monotonie que l'on peu rencontrer en roulant le coude au vent sur les autobahnen de Rhénanie-Palatinat ou de Poméranie-Occidentale. S'agissant de Neu ! quelques esprits éclairés parleront de son «motorik», de musique faite pour les « croisières automobiles ». Tout cela est assez bien vu, il faut bien l'avouer. D'une nature pour le moins fainéante je n'en dirai pas plus, je laisserai simplement les béotiens écouter et découvrir Hallogallo l'un des plus fameux titres de ce premier opus, quant aux autres ils savent déjà.



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vendredi 27 avril 2018

Antonio Carlos Jobim – Stone Flower (1970)



Ce disque a été enregistré en juin 1970 aux studios Van Gelder (New Jersey) sous la tutelle de Creed Taylor. Les arrangements et la « direction musicale » sont d'Eumir Deodato. Ron Carter tient la basse. João Palma est au tambour principal tandis qu'Airto Moreira et Everaldo Ferreira s'occupent des percussions auxiliaires. Il y a quelques solos de trombone exécutés par Urbie Green, des solos de violon de saxophone alto et de flûte traversière par Harry Lookofsky, Joe Farrell et Hubert Laws… Antonio Carlos Jobim chante et joue de la guitare acoustique et du piano électrique (c'est beaucoup pour un seul homme). En dehors du factuel disons le tout net c'est un disque sublime du sol au plafond. Expertise technique et lyrisme chromatique, rythmes capricants, piano glissant et cordes vaporeuses. L'ami Jobim chante avec une belle voix enfumée de fantôme échoué sur la plage et l’atmosphère est nostalgique, sensuelle et pour ainsi dire anacréontique. Écoutez Amparo cette merveille qu'aurait pu écrire Claude Debussy s'il avait eu la drôle d'idée de s'égarer sous les tropiques… Que demander de plus ?


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lundi 12 mars 2018

Psychogeographie indoor (81)




« Les relations avec les écrivains morts en particulier sont au nombre des relations les plus poignantes, les plus solennelles, les plus consolatrices aussi, qu’un esprit puisse entretenir : pour ma part je sais bien qu’il n’est pas de jour où plusieurs d’entre eux ne soient mêlés à ma vie avec un degré d’intimité qui mène au bord des larmes. » (Charles Du Bos, Journal)


1.


29 octobre 2017.- Appétence automnal, vent aigrelet (12°C) Pour la première fois depuis vingt-cinq ans vu une partie de « balle au pied » professionnelle ailleurs que dans une boîte à images quelconque. Au milieu de 55 000 quidams plus ou moins vociférant me suis souvenu que l'ami Giono n'aimait pas tout ça ; les stades, le football :  « Qui nous assure qu'en l'an 2000 les foules continueront à venir s'asseoir sur des gradins pour voir vingt-deux gaillards se disputer un ballon rond ? Peut-être qu'à ce moment-là le grand engouement populaire sera le saut d'une puce dans un dé de cristal, ou la mise sur orbite des masses populaires désireuses d'aller manquer d'air aux environs de la lune pour le week-end. »

30 octobre 2017.- Le froid est presque là (11°C). Figurez vous que mon dressing vient de déclarer son indépendance ! Vivant essentiellement dans mon salon couché à demi nu sur un canapé scandinave cela ne devrait pas trop me poser de problèmes, mais c'est tout de même un peu perturbant.

31 octobre 2017.- Nuages ocres, fraîcheur (12°C). Changement d'heure, nuit précoce… pourtant rien d'hölderlinien. Pour faire bonne mesure trois poèmes de Follain.
Rien (ou presque) : Voyez-vous, ce monde ingenré où tout vire au beige clair ne me sied guère. Je voudrais que cela sente un peu plus du cul, qu'il y ait de la féminité, de la virilité et surtout qu'il y ait moins de bars à céréales !

1 novembre 2017.- Grisaille post-mortem (11°C). Dans la fratrie Powys Theodore est posé bien au milieu et, voyez-vous, il sautille comme les autres. Lu son Fruit défendu dans la journée. C'est un court opuscule édité par l’Arbre vengeur, un presque roman encadré par deux brèves nouvelles. Une histoire vaguement biblique (le presque roman), deux histoires suspendues au-dessus d'une campagne du Dorset très verte où quelques jeunes filles en fleurs ramassent inconsidérément des pommes sous le regard émoustillé de deux bons bourgeois futurs pendus (les deux brèves nouvelles). Panthéisme, nympholeptisme, érudition, un humour plus désenclavant que mon omoplate gauche et un sens du raccourci tout bonnement épatant (la première nouvelle est un chef-d'œuvre).

2 novembre 2017.- Jour des morts (20°C). Grosse fatigue, ce poème de Jean Follain :

LA MORT

Avec les os de bêtes,
l'usine avait fabriqué des boutons
qui fermaient
un corsage sur un buste
d'ouvrière éclatante
lorsqu'elle tomba
l'un des boutons se défit dans la nuit
et le ruisseau des rues
alla le déposer
jusque dans un jardin privé
où s'effritait
une statue en plâtre de Ponome
rieuse et nue.

3 novembre 2017.- Exceptés quelques vagues rayons de soleil souffreteux, rien de vraiment notable. (16°C). Me suis endormi sur une chronique de Giono, il y était question de crottin de cheval ou de quelque chose d’approchant. Demain je retournerai dans les Exorcismes spirituels de Philippe Muray. Un type globalement omniscient qui aurait certainement aimé les temps qui nous occupent (I’m kidding).

4 novembre 2017.- Averses, nuit précoce, rien de bien réjouissant (16°C). Trop de bruit, le voisinage nous en veut décidément. Au milieu d'un brouhaha que je décrirai pas, il faudrait trois chapitres, eu beaucoup de mal à pouvoir retourner chez Philippe Muray. Lu tout de même une trentaine de pages (un exploit !). Simple constat : Muray n'est jamais vraiment en colère, il est calme et lucide, c'est le monde qui part à vau-l'eau. Simple question : certes les prémonitions de Muray, son côté Nostradamus, mais à quoi bon ?

5 novembre 2017.- Pluie légère (9°C). Trop de bruit, lecture impossible.

7 novembre 2017.- Vent parcimonieux et faibles averses, quasi froideur (7°C). Still sick. La nuit vient de tomber, je souffle astucieusement sur mon Thé chinois en espérant que cet adroit subterfuge géostrophique l'attiédira plus rapidement que ne le prévoient les trop fameux principes de la thermodynamique. En même temps je lis un poème de Jean Follain où il est question d'un moellon violâtre qui mal pris dans son ciment se fendra sous le gel. Tout cela est bien périlleux, il faut savoir vivre dangereusement.
Hier Prix Goncourt attribué à l’Ordre du jour d'Eric Vuillard. (Pour une fois?) la clique de chez Drouant ne s'est pas trop fourvoyée, c'est presque un bon livre.
Nouvelles acquisitions : Le sourire du Tao - Lawrence Durrell, Célibataires anonymes - PG Wodehouse, Kipling, une brève biographie - Alberto Manguel, L'Art et la manière d'aborder son chef de service - Georges Perec, A quoi tu penses - Henri Thomas.

9 novembre 2017.- Nuages (7°C). Mon thé refroidi, je referme Le sourire du Tao de l'ami Durrell tout en me souvenant de ces quelques mots, un peu pelucheux, de Kôbô Abé : « Quand je pense à de petites choses, je crois que j'aimerais continuer à vivre. Des gouttes de pluie… des gants trempés qui ont rétréci… Quand je contemple quelque chose de trop grand, j'ai envie de mourir… le building du Parlement ou la carte du monde… »
Ce sera tout pour aujourd’hui.


10 novembre 2017.- Froideur (5°C). Malade (Zona)

I -

Contre toute attente Jean Grenier était encore vivant, il est mort hier à l’âge de 95 ans. C'était l'un des plus vieux piliers de la NRF. De lui je n'aurais lu que deux ouvrages : Impressions Méditerranéennes (qui me laissa un peu mitigé) et Instantanés, un beau et court recueil de portraits littéraires. Dans ce dernier je me souviens d'un petit tombeau élevé à la mémoire de Valery Larbaud, il était très bien : « Ses livres sont peuplés de mendiantes baudelairiennes, de jeunes filles en fleur, quand ce n’est pas en bouton, d’adolescentes qui savent déjà tout de la séduction, de beautés sorties du pinceau de Dante Gabriel Rossetti, de “plébéiennes apprivoisées”. On les rencontre dans les poèmes Images et Stockholm. C’est comme un défilé : la gaiety girl de Barnabooth. Le souvenir du bras nu de Fermina Márquez quand elle jouait au tennis. Solange, petite fille vouée au blanc, sauf les jarretières qui sont aux couleurs de l’écurie de l’amant maternel, rouge et bleu. Trini, qui dit : “Emmenez-moi.” Sœur Pamphile, “soubrette de la mort”. Queenie, l’héroïne de Beauté, mon beau souci, et le « pays clair et tendre de ses yeux bleus ». Il convoque leur souvenir dans le miroir du café Marchesi, à Parme : “Celui qui a vécu dans de grandes villes, qui a parcouru beaucoup de chemins et s’est nourri du pain de plusieurs nations, — contemple sa moisson."»

II-

Aujourd’hui Lunel est un fief djihadiste particulièrement actif pourtant à 15 kilomètres de là j'irais bien faire un petit tour à Sommières. C'est dans ce vieux village que Lawrence Durrell vécut ses dernières années. Je l’imagine comme un paradis sudiste assez éloigné des brouhahas divers et variés, un îlot que ses innombrables toits multi centenaires protègent d'un monde trop global. Une belle carapace pour une drôle de tortue indolente. Tout cela pour dire que dans Le sourire du Tao l'ami Lawrence est lui aussi plus indolent qu'autre chose. Jugez sur pièces : Un ami chinois de passage, de belles interrogations autour du taoïsme, du sexe tantrique, de la cuisine chinoise, de franches parties de rigolade : « Il n'y a rien d'autre à dire, c'est ça le taoïsme, et dès que l'on tente de l'expliquer, on l'aime : comme un papillon rare que l'on essaierait d'attraper avec les doigts… »

11 novembre 2017.- Pluie légère (10°C). Le sourire du Tao n'est pas un livre vraiment sérieux et c'est très bien ainsi. Grâce à son ami chinois Durrell ne bois plus deux litres et demi de vin par jour, mais seulement cinq petits verres, le début d'une sagesse que l'on imagine un poil tibétaine. La seconde partie est merveilleuse, après quelques circonvolutions pleines de sagesse on passe d'un temple bouddhiste bourguignon aux bords du Lac d'Orta, Nietzsche et Lou Andreas Salomé prennent des teintes asiatiques et tout est d'une parfaite équanimité. Que demander de plus ?



2.

12 novembre 2017.- Ciel gris/jaune, brise faiblarde, relative douceur (15°C). Yesterday, social life, drank a little too much; what I should not have done since I’m still sick (Zona).
J'attaque l’ascension d'un massif conséquent : L'identité de la France de Fernand Braudel. Le premier volume, Espace est histoire, est plus géographique qu'historique. Les pages sont certes parfois un peu didactiques, mais elles ne sont jamais assommantes ; elles laissent même passer quelque chose d'indubitablement littéraire, j'espère que tout cela va durer : « Ainsi vous quittez les sapins noirs, les prés pentus et les routes encaissées du Jura et vous débouchez tout d'un coup, vers l'ouest, sur les bas et plats pays de la Bresse, herbeux, coupés de nappes d'eau, de lignes d'arbres ; en même temps, les grandes maisons trapues, massives, avec leurs hauts murs de pierre et les larges porches cintrés qui ferment les granges du Jura ont fait place à la brique, aux colombages des fermes bressanes, à leurs toits de tuiles retroussés où pendent, à l'abri, en longues files rousses, les épis de maïs. Vous avez brusquement changé d'univers ».

13 novembre 2017.- Quelques gouttes de pluie, du vent (6°C). Thomas, un volume de poésie préfacé par Jacques Brenner. Simplicité, fausse simplicité ?

14 novembre 2017.- Beau temps frais (6°C). Cette vague somme diaristique m'ennuie, il faudrait que je sache la laisser choir, que je change d'objet.

16 novembre 2017.- Nuages, froideur (2°C) Not in the mood. Thomas, poèmes.

17 novembre 2017.- Soleil glacé (5°C). Braudel, Thomas. I’m not there.

18 novembre 2017.- N'ayant pas hasardé le moindre orteil dans les extérieurs je ne saurai vraiment dire si cette journée fut belle ou pas, j'ai cru distinguer quelques arpents de ciel bleu à travers mes rideaux, c'est déjà ça ( 5°C). La France de Braudel est si merveilleuse qu'elle semble ne jamais avoir existé. Voilà un joli patchwork, une multitude de parlers, de patois, de langue même… L’absence de voie de communication apporte une distance si grande qui a tout pour ravir le villageois global assommé par ses voisins que nous sommes devenus. Il suffit de parcourir quelques kilomètres pour entrer dans un autre monde, une autre planète. Les toits des maisons ne sont plus les mêmes, les costumes de leurs habitants non plus. A-t-on le droit d'être un brin nostalgique de tout ça ?

19 novembre 2017.- Ciel globalement nuageux (6°C). Les structures de ce machin que l'on doit bien appeler France sont compliquées sans l'être vraiment. On part d'une maison puis c'est un hameau qui se transforme en village. On crée des chemins pour relier les villages entre eux et voilà un bourg qui plus tard deviendra une ville. On construit des routes qui relient les villes entre elles et voilà des « pays », des régions… Les maisons, hameaux, villages, bourgs, villes ont beau ne pas se ressembler, les us et coutumes, les langues des gens qui les habitent ont beau ne pas vraiment être les mêmes, voilà un début de nation… Reste que l'on tarde à défricher bois et forêts, là se cachent des bandits de tous poils, des résistants, des mavericks. Il faudrait que j'aille faire un tour en forêt, que j'oublie les routes. En attendant, je suis toujours chez Braudel.

20 novembre 2017.- Soleil, vent 5Km/h, humidité 81 %, pression atmosphérique 1024.00 hPa (Température ressentie 4°C). Lever 4 heures, labeur (rien de vraiment sympathique), sieste prolongée, un chapitre de Braudel, un épisode d'une série télévisée assez « addictive ». Rien d'autre.
Charles Manson est mort. Les jalons de la morale étant ce qu'ils se trouvent êtres aujourd'hui c'est Roman Polanski que l'on regarde de biais. Manson était quant à lui devenu une « icône cool ». Je suis dubitatif.

21 novembre 2017.- Grande variation des températures entre matin et après-midi, la moyenne des deux étant raisonnable pour la saison (-1°C → 14°C). Nuit précoce, humeur en berne, presque rien lu, rien pour moi.

23 novembre 2017.- Soleil, douceur fourbe (14°). Labeur, deux lignes de Jean Follain, une nouvelle cafetière (avec capsules, je sacrifie mes convictions les plus enfouies sur l'autel du modernisme). Pendant ce temps-là les scandales sexuels ne cessent de pulluler et la morale les regarde avec les doigts sur les coutures du pantalon unisexe. Nous vivons un temps de dame patronnesse, ce n'est pas la première fois, les repères ont seulement bougé.

24 novembre 2017.- Du soleil puis une petite troupe de nuages patibulaires, j'envisage le pire pour la suite des opérations (15°C). Braudel et Thomas, histoire et poésie. N'étant pas plus inspiré qu'un bout de bois, je n'en dirai pas plus.
Rien (ou presque) : J'ai mis trop de sucre dans mon Earl Grey, le monde tangue.

25 novembre 2017.- Quelques gouttes de pluie aurorale, un coup de vent puis un ciel bleu comme en rencontre rarement fin novembre (10°C). A priori comme ça au débotté Besançon et Roanne n'ont pas grand-chose pour elles. Chez Braudel, et dans son identité de la France, elles sont pourtant passionnantes. Il faut dire que Braudel a choisi ces deux villes pour modèle et qu'il étaye ses thèses en tournicotant prestement autour. Après cinquante pages diablement informées ont sait à peu près tout sur elles. L'immigration à Besançon depuis le haut moyen âge, ses fortifications des Gaulois à Vauban, sa seule vraie richesse le vin qui disparaîtra avec l'essor de la navigation et les importations languedociennes, l’apparition, finalement asse tardive de l'industrie horlogère… Quant à Roanne ce n'est pas pire. Ce gros bourg deviendra ville quand les routes la traverseront vraiment. Il est aussi question de navigation fluviale et de vin, de Lyon de Paris, de choses et d'autres. Braudel mène sa petite affaire de façon non chronologique, dans une sorte de méli-mélo thématique qui pourrait, à tout bien réfléchir, être la seule vraie façon de parler d'histoire avec ou sans grand H.

26 novembre 2017.- Froideur (3°C). Chez Braudel voilà les villes. Sans en avoir vraiment conscience, Lyon est la seule rivale de Paris. Elle est à la convergence des affaires et du pôle financier, c'est une ville de foires et de monnaies trébuchantes où se croisent des hommes d'affaires d'outre-monts, d'outre-Rhin, de Suisse et d'Italie. D'ailleurs, Lyon est une ville italienne, un Milan hors-sol, tout cela est très étonnant. Je ne parlerai pas de Bordeaux, Rouen, Marseille ou Nîmes, la nuit vient de tomber très fort et mon chai latte refroidi.

27 novembre 2017.- Jour tardif, nuit précoce, la saison nous en veut (9°C). Retour chez Stendhal et Cioran (diary, cahiers). L'un sautillant l'autre moins. Du plus roumain des deux ces lignes qui m'auront fait sourire en creux : « Je n'écris que pour me libérer de mes crises d'abattement. Ce n'est pas drôle pour les lecteurs. Mais je n'écris pas pour être lu. »
Rien (ou presque) : C'est la prière qui crée Dieu.

28 novembre 2017.- Pluie glacée, on annonce des chutes de neige pour demain. Vivant dans des altitudes pour le moins himalayesques (316 m), je m’inquiète (5°C). Lever 6H, labeur, sieste, pas le courage de lire quoi que ce soit ; j'en suis là…

30 novembre 2017.- Pluie glacée, neige ratée (1°C). Mon corps se sépare en multiples parties, la désagrégation n'est plus trop loin. Comme mon « âme » est déjà décomposée, corps et « âme » se rejoindront bientôt dans la disparition. Thomas, deux poèmes, nothing else.

1 décembre 2017.- Rares flocons, comme hésitants (1°C). Toujours très maussade, le manque de soleil, de lumière ? Mort d'Alain Jessua, réalisateur discret et singulier. De lui je me souviens surtout de la Vie à l'envers, une odyssée psychiatre lactescente où Charles Denner était à son zénith :  « Maintenant, je suis seul avec moi-même. J'ai chassé les hommes, j'ai chassé les autres, j'ai chassé leurs masques. Je me suis dépouillé. Mon corps ne me pèse plus. Comment décrire le vide, la paix, le blanc ? C'est devenu mon univers. Plus rien, plus rien que cette tranquillité. La poussière, la matière n'existent plus. Tout est transparent. »

2 décembre 2017.- Vent aigrelet et froideur inuite, pas de neige (1°C). Je bois un expresso un peu trop corsé, la nuit tombe et je viens d'achever la page 318 de l’ Identité de la France. Il y était question de Charles le Chauve de Louis le Germanique et du serment de Strasbourg (le 14 février 842). Un peu avant, aux alentours de la page 300, Braudel avait évoqué le destin de Lyon ; cette capitale régionale, puissante et en bonne santé, qui aurait pu devenir le centre économique de l'Europe si les choses s'étaient bien goupillées. Ce ne fut pas vraiment le cas, la banqueroute de 1557 passa par là, le Rhône, principale voie de communication avec des contrées plus méridionales, n'était pas si navigable que ça et Lyon restera ce gros machin provincial assoupi que nous connaissons tous ; on est toujours trahie pas sa géographie.

3 décembre 2017.- Froideur (0°C). Fini le premier volume de l'Identité de la France (Espace et histoire). Rien de rébarbatif, un côté puzzle achronologique (et topographique) qui a tout pour réjouir le lecteur. Braudel se pose une seule et simple question : « La géographie a-t-elle inventé la France ? » et cela ne l’empêche pas de donner de multiples réponses. Je n'en dirai pas plus, il fait déjà nuit.


3.

4 décembre 2017.- Froid vif, mais tenable (1°C). Je passe à côté de ma vie comme certains passent à côté d'une petite chose de Sandro Botticelli sans même la voir. Peut-être faudrait-il que j'ouvre simplement les yeux ? En attendant, je suis toujours dans les Cahiers de Cioran : « L'homme comblé ne craint pas la mort ; seul l’aigri la craint. C'est qu'il est terrible de mourir quand on n'a pas tenu ses promesses. »

5 décembre 2017.- Morne appétence hivernale (4°C) Jean D'Ormesson est mort, d'un côté on célèbre l'écrivain prolixe, on se souvient de sa politesse et de ses bonnes manières, de l'autre côté les gérontophobes se poussent du coude tout en se pinçant le nez. Quant-à-moi n'ayant pas lu la moindre ligne de l'écrivain décédé, je ne sais pas sur quel pied sautiller.

7 décembre 2017.- Nuages, nuages (6°C). Mort de Jean Philippe Smet, chanteur français d'origine belge plus connu sous le nom assez anglo-saxon de Johnny Hallyday. Deuil national. Pour ce qui me concerne, je dirai que si le type était indéniablement attachant sa carrière dans le spectacle, ses épanchements pelviens et musicaux étaient quant à eux autant de moments gênants pour les sectateurs du bon goût. Ce n'est pas moi qui suis rude, ce sont mes oreilles et mes yeux qui se vengent. (Comme je ne suis pas totalement tartuffard, je lui concède quelques moments de grâce entre 1969 et 1973, il faut dire que la moitié des Small Faces gratouillent derrière lui et que ce n'est pas rien).
Par ailleurs, le président américain fait encore des siennes, je suis globalement dubitatif.

8 décembre 2017.- Temps hivernal (7°C). Décembre est là, mon carrelage est froid, dehors quelques grêlons tombent sur mes plantations. Aujourd’hui j'ai pensé à Claude Jade et Marie France Pisier, mon cœur s'est mis à battre un peu plus fort. J'ai aussi lu le premier chapitre du nouveau roman de Patrick Modiano. Il ressemble à une parodie, j'espère que cela ne durera pas.

9 décembre 2017.- Ciel globalement nuageux, froideur (2°C). Lu la moitié du nouveau Modiano (Souvenirs dormants). Brume mémorielle, ballet de souvenirs, petits matins gris de la France début années soixante, en fait ce n'est pas une parodie, plutôt de l'essence de Modiano.
Hommage populaire, JH est notre nouveau Victor Hugo. Je dis cela sans cynisme, j'ai lâché quelques larmes à l'unisson de la nation.

10 décembre 2017.- Vent et pluie (6°C). Tout m'ennuie, l'époque, les gens, les livres, presque. Il y a des jours où l'on pourrait se dire à quoi bon ?
Modiano, Souvenirs dormants. N'ayant pas d'inspiration que d'envie je laisserai parler l'artiste : « …j’ai aussi la mémoire de détails de ma vie, de personnes que je me suis efforcé d’oublier. Je croyais y être parvenu et sans que je m’y attende, après des dizaines d’années, ils remontent à la surface, comme des noyés, au détour d’une rue, à certaines heures de la journée… ». Nothing else.

11 décembre 2017.- Queue de tempête (6°C). Ennui, taciturnité, spleen, lypémanie, tædium vitæ, maussaderie, déréliction, retombement…
Je lis un mignard opuscule de Louis Nucera consacré aux petits félidés domestiques, comme le plus vélocipédiste des écrivains niçois j'aime assez ces petites bestioles, elles ont tout pour elles : «  La société est coupée en deux : les anti-chats, les pro-chats. Méfiez-vous de la première catégorie : les mauvais prophètes y coudoient les trafiquants d’espoir. Soyez confiants envers les saints qui peuplent la seconde. La bonté est leur lot. Leur credo est esthétique. Aimer les chats c’est être du bon côté une fois pour toutes. C’est abolir les vieilles superstitions. C’est réhabiliter les hérétiques. “ La fin des vérités anciennes commence ”, disait celui qui respirait l’air des sommets, bien au-dessus des idées reçues… »

14 décembre 2017.- Des nuages, plus de douceur (12°C). Le 11 septembre 1964 Emil Cioran est cafardeux. Il a le sentiment que tout ce qu'il entreprend est voué à l’échec. Il essaie bien de se raisonner, y réussit pour un moment, et puis la crise revient. Il faut dire qu'il a quelques raisons de se croire persécuté par le sort :  «  Je ne puis supporter l’idée qu’il y ait des gens – si peu nombreux qu’ils soient –, qui comptent sur moi. Je n’ai rien à apporter à personne. Oh ! que tout cela est lamentable !
Je n’accorde de valeur absolue qu’à la solitude. Tous mes jugements et mes sentiments mêmes sont fonction de ce critère limite. »
N.B. Simone Boué la compagne de l'ami Cioran est morte noyée le 11 septembre 1997.

15 décembre 2017.-Beau temps hivernal (7°C). Ayant trois jours sans labeur devant moi je me suis précipité sur les Mémoires de Guerre de Churchill et je les ai rouvertes là où je les avais refermées, c'est-à-dire à la page 463 du second tome (tout cela est bougrement excitant). Quelques pages plus loin, Mussolini (vous savez le dictateur) est renversé, il a l'air bien malin avec sa tête toute chauve et ses pantalons bouffants. Ensuite, l'ami Winston évoque la préparation de l'opération Ovelord et les ports artificiels (ne riez pas sans tout ça nous serions peut-être nazis ou communistes). Il est à bord du Queen Mary en direction de Québec, sa femme et sa fille l'accompagnent. Disons que l'on ne s'ennuie pas.

17 décembre 2017.- Quelques flocons matinaux (1°C). Ayant un peu trop bu hier soir je flotte encore dans les limbes.
Je constate sans malin plaisir que dans ses Mémoires de guerre l'ami Winston est assez souvent volant et flottant. Il boit bien quelques whiskys, mais sont activité principale reste le cabotage océanique et la navigation aérienne. D'un continent l'autre on le voit donc passer des bords de la Clyde (fleuve écossais féminin) à Québec, de Québec au Caire, du Caire à Téhéran (où il décide du sort du monde avec ses « amis » Josef et Franklin), de Téhéran à Carthage (où il trépasse presque d'une pneumonie inopportune), de Carthage à Marrakech (où il fomente la fameuse opération Overlord). Vous concéderez que même encore un peu ivre le souvenir de ces grands sauts de puce ne manque pas d’intérêt. Bref, on ne s'ennuie pas.

18 décembre 2017.- Trois flocons de neige et voilà tout un pays sens dessus dessous. Loin d'être désappointé je suis ravi, quand il y a désordre au moins il y a de la vie ! (2)C). Rien lu, ou si peu.

21 décembre 2017.- Crachin malvenu, solstice d'hiver (5°C). Il est là il s'est imposé l'indicible !

22 décembre 2017.- Brouillard (9°C). Churchill ses mémoires de guerre. La Grèce, la Yougoslavie, Tito et tutti quanti.

23 décembre 2017.- Temps gris (9°C). Le 10 juin 1944, Churchill débarque sur les plages de Normandie, il y a encore de drôles d’odeurs qui flottent, mais le temps est au beau fixe. Après avoir fait le point sur d'assez peu balnéaires broutilles il décide de changer un peu d'air en faisant un petit tour à la campagne. Là des vaches fort grasses le regardent passer les pattes croisées au milieu de pâturages luxuriants, la canonnade semble bien loin et Sir Winston est ravi. Suivent de multiples péripéties que je ne développerais pas. En gros, on se bat pas mal autour du monastère de Montecassino, un débarquement est organisé sur la Côte d'Azur (il y a de pires endroits pour débarquer), Paris est libéré… Bref, ça chauffe !

28 décembre 2017.- Trois flocons égarés (4°C). Malade depuis plus d'une semaine. Rien lu.

29 décembre 2017.- Pluie glacée (3°C). Moins malade. Bref retour dans les mémoires de l'ami Winston. Me voilà sur un front plus extrême-oriental, du côté des Philippines, de l’Île de Luçon et de ses Japonais en goguette (bien que souvent kamikazes).

30 décembre 2017.- Averses, hausse de la température extérieure (12°C). Churchill, Mémoires de Guerre. La situation grecque est assez compliquée (la situation grecque est souvent assez compliquée). Le pays s'est vaguement libéré par lui-même, mais il est aussitôt la proie d'une guerre civile pour le moins vigoureuse. Il faut donc pour les troupes de Sir Winston faire un peu de ménage en se battant assez vigoureusement contre des communistes de tout poil. Entonnement Staline ne moufte pas… Quelques chapitres plus loin, voilà la fameuse conférence de Yalta, il faut « réviser complètement les formes et la structure de l'Europe » , en somme il faut se partager le gâteau après la chute des vilains païens à flambeaux teutoniques. Staline est très à l'aise dans le rôle de l’hôte patelin, Roosevelt n'est pas au mieux et quasiment mort quant à Churchill il est logé dans une villa qui serait somptueuse si elle n'était pas pourvue d'une plomberie plus que déficiente et d'une literie infestée de punaises…

31 décembre 2017.- Beau temps, douceur étonnante (14°C) Achevé la lecture des Mémoires de Guerre de qui vous savez. Bombe H explosée et nazis vaincus, il faudra savoir se méfier du communisme, voilà le vrai ennemi…
Pour le reste, je me prépare pour les agapes du Nouvel An. Encore un peu malade je vais tenter d'être un peu sage.


To be continued.


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