Affichage des articles dont le libellé est Rivages du factuel. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Rivages du factuel. Afficher tous les articles

samedi 29 novembre 2014

Karen Mantler - Farewell (1986)


« Moi, j'aime les chats. Les chats sont les tigres des pauvres diables. »

Karen Mantler est la fille de Carla Bley (fameuse cheftaine de clique brinquebalante) et de Michael Mantler (avant-gardiste itératif labellisé ECM). Farewell est une courte chose, son troisième album, assez formidable où elle évoque la mort de son chat Arnold ( l'une de ses plus grandes sources d’inspiration), et divers aspects de sa vie sentimentale. En l'écoutant on pourrait presque penser à une nouvelle Blossom Dearie accompagnée par le Robert Wyatt mid eighties (Robert est un ami de la famille). Percussions chantourneuses (c'est papa qui tambourine), petite fanfare désolée (maman est dans le coup), piano liquide, harmonica cherchant une hypothétique note bleue, voix de petite fille réveillée par le chagrin ; le bonheur d'être triste ou presque. Et puis les chats que voulez-vous..


jeudi 9 octobre 2014

Bonnie Prince Billy - Singer's Grave A Sea Of Tongues (2014)


Cette « rentrée » n'a vraiment rien pour elle. L'air est encore un peu tiède, mais le ciel reste désespérément bilieux. Rayon musique Il y a bien des albums qui sortent, mais ils sont pour la plupart d'un intérêt quelconque (beaucoup de vieux chevaux boitillants sur le retour, rien de bien sautillant du côté des jeunes en couple slim/casquettes). De toutes les façons le rock est mort et il n'y a plus vraiment grand-chose à attendre de la « musique populaire », alors à quoi bon ? Restent deux trois choses vaguement intrigantes et parmi celles-ci cet assortiment de chansons proposé par Will Oldham. Vous allez me dire encore un disque de Will Oldham ? Je vous répondrais un gros OUI ! ( si cela vous pose un problème vous pouvez tentez de vous battre avec moi c'est où vous voulez quand vous voulez).  Celui-ci est presque parfait, notre barde barbu préféré du Kentucky y a une nouvelle fois l'outrecuidance de se reprendre lui-même, c'est une idée pas si idiote que ça, on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même. Nous voilà donc posés devant une collection de chansons que nous connaissions ailleurs – principalement dans l'album Wolfroy qui en passant par le tourniquet du changement de costume prennent une bien belle et toute nouvelle allure. Des arrangements plus conséquents, plus de confort, de jolies diaprures et moins de sécheresse pour un résultat tout bonnement épatant. Oldham ne semble jamais avoir chanté aussi bien, son murmure délicat, ce frisson modulé qui se brise dans de l' aiguë est de mieux en mieux. Toutes les ballades portées par cette voix magnifique sont formidables, quant au reste il n'est pas piqué des hannetons non plus. Pour vous faire une idée du toutim écoutez Whipped un raccommodage mid-tempo qui vous piquera le creux de la poitrine, une vraie « grande chanson bouleversante » qui aurait pu flotter dans le No Other de Gene Clark, dans ma bouche assez blasée ce n'est pas un mince compliment.


mercredi 3 septembre 2014

Bobby Charles - Bobby Charles (1972)



Cet été n'aura vraiment rien eu pour lui, des averses plus que de raison une quasi-froideur prenant de sournoises habitudes et une humeur globalement maussade entre les montées d’humidité.
À défaut de soleil heureusement que pour nous il y eu la musique et quelques disques chaleureux écoutés comme ça au débotté. Des bidules de vieux grigous seventies, le premier album de Bobby Whitlock (avec Clapton dans le fond), Nobody's Fool de Dan Penn (une merveille), le premier album de Doug Sahm sans le Sir Douglas Quintet (avec Dylan dans le fond), le Yes We Can de Lee Dorsey (une autre merveille) et cet album de Bobby Charles qui dans le genre tranquille se pose là.
Résumons : Bobby Charles est un drôle de gars aux racines un brin croquignolettes, un petit bout cajun, un petit bout syrien, un petit bout tout ce que vous voulez. C'est le premier blanc à avoir eu la « chance » de chanter pour les disques Chess et quelques-unes de ses compositions ont été reprises avec un certain brio par Bill Haley ou Fats Domino. C'est en 1972 sa carrière d'artisan déjà un peu derrière lui, qu'il enregistre son vrai premier album. Il y est accompagné par une clique tout à fait impressionnante : quelques échappés du Band (Rick Danko, Levon Helm, Garth Hudson et Richard Manuel), un ancien acolyte de Neil Young  (Ben Keith), un ancien acolyte de Bob Dylan  (Bob Neuwirth), l'éminent Dr John, Geoff Muldaur, plusieurs autres...
Avec tout ce beau monde-là, on pourrait imaginer un résultat hétéroclitique, une sorte de jam-session à la coule, un machin tout juste agréable concocté par des musiciens venus pointer le bout de leur nez enfariné. Il n'en est rien, le tout est cohérent et porte incontestablement la patte de l'ami Charles. Tranquillité, détachement et moiteur. Des blues non cruciaux, des ballades panthéistes pleines de tiédeur sudiste (le magnifique I Must Be In A Good Place Now ), du R&B extirpé du bayou, de la soul blanche aux yeux bleus, des trucs mid tempo frôlant le bénitier (Save Me Jesus). 10 chansons pour oublier la pluie ; allongé dans un vieux rockin chair, avec un soleil déjà bas sur le front.  




vendredi 18 juillet 2014

Antonio Carlos Jobim – Urubu (1976)



C'est le disque le plus tourneboulant de Tom Jobim. Le plus sombre et le plus mélancolique aussi. Une face chantée, une face instrumentale, loin de la plage et des reflets mordorés d'Ipanema. L'auditeur attentif constatera que les habituels arrangements orchestrés par Claus Ogerman, l'homme des cordes élégantes, deviennent ici presque dissonants. L'ensemble donnant l’impression d'avoir été conçu par un genre de Ravel amazonien tout juste un peu moins toqué, mais tout de même assez emporté par les vents intérieurs du Brésil. Dans la première chanson (Boto) il est question d'un dauphin d'eau douce folâtrant entre Amazone et Orénoque pendant que deux trois autres bestioles assurément sybarites, un crabe, des perroquets et une perruche lui tournicotent au-dessus du museau. Ethno-musicologiquement parlant, cette chanson commence par un solo de bérimbau (un arc musical à une seule corde ) et se transforme en une toada brinquebalante. Le titre suivant (Ligia) est une parfaite love-song aux arrangements luxuriants (paroles coécrites avec Chico Buarque). Je ne vais pas m'enquiquiner à disséquer le reste du disque titres après titres, sachez simplement qu'il y a une autre chanson à fibre écologiste où Jobim chantonne encore autour des bestioles (Correnteza (The Stream)), une autre love-song pleine de cordes embrumées (Angela). La seconde face avec ses airs de suite symphonique est une pure merveille, le travail de Claus Ogerman est fantastique avec pour point d'orgue une valse amazonienne qui tirerait de vraies larmes à un authentique crocodile. Bref, c'est un disque à écouter, croyez-moi.





lundi 30 juin 2014

JB Lenoir. The Parrot Sessions, Vintage Chicago Blues (1989)


Ces sessions ont été enregistrées entre 1954 et 1955. JB Lenoir à 26 ans il est encore jeune, joue de la guitare vraiment électrique, porte de biens saillants costumes rayés et chante avec cette voix de tête assez bizarre qui le ferait presque passer pour une jeune fille en goguette. Le Big bang bancal qu’il dirige est pour ainsi dire parfait, les cuivres oscillent et les tambours d'Al Gavin - le plus étrange de tous les batteurs de Chicago - tanguent imperturbablement vers une jolie dérive africaniste. Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Écoutez Mama Talk to Your Daughter et son fameux solo de guitare sur une note, Eisenhower Blues et ses lyrics conscients des nombreux problèmes politiques et sociaux environnants. Des merveilles, des perles… Le reste est à l’avenant.

P.-S. Par la suite JB Lenoir oubliera, les cuivres et les Big Band et se produira en petit comité (pas plus d’une guitare ou deux.) Il trépassera inopinément d’une hémorragie interne, consécutive à un saumâtre accident d’automobile. C'est une autre histoire, assez triste il faut bien le dire.




jeudi 29 mai 2014

The Lost Jockey - The Lost Jockey (1982)



Ce Lost Jockey est un peu comme le jockey perdu de René Magritte un bidouillage, que l’on observe avec un brin de condescendance en se disant qu’il n’y a parfois pas plus vieillot que la vieille avant-garde.
Belles influences, Glass, Reich, Eno mais résultat aux petits pieds. On sauvera un titre, le troisième (Matters Of Theory), le reste fluctue dans un indécis ennuie itératif. Andrew Poppy (l’homme qui se cache derrière tout ça) fera mieux par la suite. On lui doit notamment quelques beaux accommodements de cordes chez Coil, Psychic TV ou les Strawberry Switchblade (joli triumvirat sybarite). Ce n’est pas grand-chose, mais c’est déjà ça.




lundi 26 mai 2014

Trees - Sleep Convention (1982)


J’ignore tout de Dane Conover (aka Trees) mais j’imagine qu’au début des années 80 il devait être un drôle de croquignolet. Il suffit de le voir gigoter sur quelques vidéos très amateurs qui trainent sur Internet (réalisées par Kim Fowley !) pour s’en convaincre. Son seul et unique album est vraiment très bien. Produit par Earle Mankey (20/20, Runaways,  The Long Ryders, The Three O'Clock …) il regorge « d’idées musicales futées » et a tout pour réjouir l’auditeur. Imaginez des petits bidules west-coast enrobés de sucre et chantés par un Gary Numan décongelé et vous ne serait pas loin du compte. Mélodies ramenardes, paroles rigolotes en bien et utilisation astucieuse de l’électronique, que du bon ou presque.




mercredi 21 mai 2014

Todd Rundgren – Faithful (1976)


Cette petite chose de Todd Rundgren date de 1976, une époque où il y avait encore des disques avec deux faces. Nous parlerons donc en face comme on parle en anciens francs. La première face, la face A, est assez croquignolette. Todd rend hommage à ceux qui l’on inspiré en les reprenant à la note prés, allant jusqu’à utiliser les mêmes instruments et amplificateurs que lors des enregistrements originaux. L’exercice frôle la mode du rétro avant l’heure légale, mais le résultat est assez bluffant. On commence par une cover des Yardbirds qui tient relativement bien la route, manque seulement un peu de patine dans le son un peu de gravier dans les voix et deux trois chichis incandescents typiques de la bande à Beck. On poursuit avec un Good Vibrations si fidèle à l’original que pour un peu on ne ferait pas la différence. Ondes Martenot en mode Rank Xerox, orgue tout juste un poil moins vibrionnant et voix (Rundgren overdubé ?) cristallines comme il faut. Les deux titres qui suivent, une version de Rain des Beatles avec batterie proéminente et une cover de Dylan (Most Likely You Go Your Way And I'll Go Mine) qui vire au numéro d’imitateur palmipediste sont un peu moins convaincants et donnent l’impression d'avoir été enregistrés par un genre d’ado attardé jouant avec un grand Mecano musical. Restent deux quasis réussites : If 6 Was 9 (Hendrix) où l’ami Todd peut faire monter en neige ses envies de guitar héro et un Strawberry Fields Forever arrangé et chanté un peu différemment de l’original.
Voilà pour la face A, dispensable, mais assez amusante. La seconde face, la face B l'est un peu moins. Pour la première fois depuis Something /Anything Rundgren écrit et enregistre de simples chansons pop et s’éloigne des fatigants  bidules expérimentaux échafaudés avec Utopia (farcissez-vous Todd Rundgren' s Utopia et Another Live l’un à la suite de l’autre et on en reparlera). Rien d’extraordinaire, des chansons aux arrangements parfois glutineux, mais un sens de la mélodie que l'on sent là pas très loin, prêt à caresser l'auditeur dans le sens du poil.

 


mardi 20 mai 2014

Brian and Dennis Wilson - The cocaine Sessions (1981)


Ces démos au son chiffonné  auraient été enregistrées en 1981 après que les deux frangins balnéaires eurent, selon la « légende », sniffé une montagne de cocaïne plus raide que le Kilimandjaro. Évidemment en les écoutant  nous frôlons l’impudeur, la crudité la plus absolue et l’oreille par le trou de la serrure. L'accompagnement musical à base d’orgue épuisé et de piano piqué de la tarentule tiens plus du grand chambard crissant que de la symphonie adolescente adressée à dieu. Les voix sont presque pires en mieux, rugueuses, parfois pithiatiques, toujours problématiques. Brian est totalement stoned, tandis que Dennis est déjà ailleurs, déjà noyé.
Au milieu de ce fatras parfois assez difficile à supporter je vous recommande  Oh lord un gospel terrifiant dans lequel vous pouriez bien ressentir la grande douleur qui chamboulait les deux freres  au début des années 80. Ecouter aussi le reste, mais écoutez surtout  Oh lord  c'est un conseil d'ami



vendredi 16 mai 2014

John Cale - Honi soit (1981)


C’est le septième album de John Cale et son premier album studio depuis Helen of Troy en 1975. La pochette est « réalisée » par Andy Warhol et il a été enregistré dans les studios CBS à New York. Le premier titre Dead or Alive ressemble à une chute punk de Paris 1919 son fameux album de 1973 (je parle aussi pour les béotiens). Le second titre Strange Times in Casablanca barbotte dans le marigot new wave de l’époque, mais sans grand charme il faut bien le dire, Cale est tout juste un poil excité et il tient à le faire savoir. Le troisième titre Fighter Pilot est un bel exemple de paranoïa para militaire avec des effets flanger un peu partout et une petite armée de filles qui chantonnent dans le fond (les Mo-Dettes) . Le quatrième titre Wilson Joliet est la vraie merveille du disque, un début gentiment raide, clavier rêche, tambour martial, guitare carillonnante et trame répétitive. Il faut attendre le milieu du toutim pour entendre le fou qui sommeille en Cale gigoter vraiment. La fin toute pleine d'exhortations diverses et variées est terrifiante et ne peut être que l’œuvre d’un agité du bocal sérieusement atteint. Après ce climax un poil névropathique, le reste du disque semble presque un peu trop sage. Il y a une belle version du classique country Streets of Laredo qui vire à l’épique, une ballade un brin glutineuse (Riverbank), et deux titres globalement englués dans ce que l’ami Cale peut parfois produire de plus dispensable : la pénible chanson titre, Honi Soit, chantée en français et Russian Roulette un « rock » assez pataud. 
 



mercredi 14 mai 2014

Crawling Chaos - The Gas Chair (1982)


C’est un disque Factory Benelux, c'est vous dire s'il est pointu tout en étant rond à l'instar du fameux Atomium de Bruxelles. Ajoutons qu’il n’est guère primesautier d’atmosphère, sonne comme la rencontre incongrue entre Status quo et Orchestral Manoeuvres in the Dark et pourrait être la douteuse bande-son d’une équivoque trépanation de marmottes. Les amateurs de dissonances diverses et variées seront ravis par un admirable déploiement de guitares gribouillées quant aux férus d’art lyrique ils seront certainement amusés par un chanteur qui semble avoir été recruté dans la rue cinq minutes avant l’enregistrement.



samedi 10 mai 2014

Mu – Mu (1971)


En 1963 Merrell Fankhauser fricote avec Jeff Cotton et John French deux futurs musiciens chez Captain Beefheart (l’un guitariste anguleux, l’autre cubiste tambourineur de peaux). Les trois sont encore jeunes et on peut les voir gigoter comme des satrapes ubuesques en plein milieu du désert de Mojave. En 1966 Merrell Fankhauser joue avec Fapardokly un groupe folk rock qui lorgne du côté des Byrds et du toutim psychédélique naissant. En 1968 il forme H.M.S Bounty un joli bidule acidulé rempli de mélodies aériennes et de petits bouts indiens dans le sens de Ravi Shankar. En 1969 il crée Mu, son troisième groupe en trois ans, ce qui est beaucoup. Un premier album sort en 1971 et dans le genre hippie toqué il est bien possible que ce soit un must. L’esprit est aventureux, mais léger et à bonne distance de la bourbeuse queue de comète de l’ère psychédélique. Il y a un saxophone en pleine progression modale, une clarinette fureteuse (Jeff Cotton) une slide guitare habilement glissante et des tambours plus tribaux que ceux du Bronx. Fankhauser chante comme un Captain Beefheart qui aurait avalé un pot de miel tout entier et il n’y a pas lieu de s’en offusquer.
Après ce premier opus, Merrell et sa nouvelle troupe partent vivre en communauté sur l’île hawaïenne de Maui. Ils y deviennent végétariens, produisant bananes et papayes tout en discutant soucoupes volantes au clair de lune. Il y aura d’autres disques et Fankhauser deviendra « culte », mais toujours souriant. Voilà toute cette histoire mériterait un peu plus que cette faible notule vaporeuse, mais comme je suis un fieffé fainéant je ne m’étendrais pas plus que ça. Écoutez Mu il est meilleur que moi.



jeudi 8 mai 2014

Manishevitz - City Life (2003)


Les Manishevitz n’avaient presque rien pour eux, le nom d’un vin casher et deux albums d’ indie-pop gentiment remplis de choses vaguement agréables et aimablement jolies.
Avec City Life c’est autre histoire, c’est un disque qui vous donne l’impression d’écouter le jeune Mark E Smith, Bryan Ferry, Captain Beefheart et Red Krayola tout à la fois. Ce n’est pas rien, c’est presque un tour de force. La voix du chanteur Adam Busch, jusqu’alors un peu mièvre, fanfaronne du côté du sarcastique et les chansons sautillent à présent comme si elles étaient saisies de spasmes divers et variés. En somme, on passe de la joliesse pelucheuse à la raideur bienvenue, de l’introspection pour rien à l’heureuse extraversion. On écoute ce disque en gardant au coin du bec le beau rictus de satisfaction qu’affiche immanquablement un amateur averti admirant une collection de beaux angles coupants. Dans le genre le premier titre Berreta est une excellente entrée en matière : riffs en carillon, solos extorqués, angularité et puis de bien beaux battements de mains.




mardi 6 mai 2014

Nico – Camera Obscura (1985)


C’est le dernier album de notre star warholienne préférée. Il est produit par un John Cale toujours pygmalion mais un brin boiteux. L’accompagnement musical est distillé par une bande de jeunes rescapés post-punk faisant dans le déstructuré et les rythmiques brinquebalantes. Nico semble déjà un peu ailleurs, chantant dans  une atonalité frôlant le manque de conviction, donnant l’impression d’être une rescapée lasse recueillie par une bande d’expérimentateurs sournois. Restent deux merveilles pour sauver l’ensemble, une ballade morose à l’harmonium qui rappelle ses meilleurs moments (Konig) et une version glaçante forcement glaçante de My Funny Valentine qui devrait mordiller la poitrine des âmes les plus sensibles. Un chant magnifique par un drôle de cygne.





vendredi 2 mai 2014

Robert Forster - I had a New York girlfriend (1995)


Un album de reprises par l’un de nos Australiens préférés. Le menu est assez hétéroclite, mais globalement alléchant. Randy California, Guy Clark, Dylan, Matha and The Muffins, Grant Hart, Neil Diamond, Mickey Newbury. Que du bon ou presque…
Forster est accompagné par une clique de vieux kangourous aguerris (dont Mick Harvey échappé des Bad Seeds) et tout est pour le mieux avec des moments un peu étonnants. La pop middle of the road de Heart prend des airs recueillis (Alone), la traditional country de Bill Anderson résonne comme un beau bidule outlaw (3 A.M.) quant à la version d'Echo Beach, ce parfait one shot New Wave de Matha and The Muffins, elle est vraiment épatante, avec son violon qui griche et la voix de Forster un peu à la diable, un peu à côté.




mardi 29 avril 2014

The Late Show - Portable Pop (1980)


Cet album enregistré « live en studio » est le seul de The Late Show un petit combo, plus obscur que mon tibia gauche, provenant d’Indianapolis (la ville des 500 miles et de John Dillinger). Si vous êtes allergiques aux babioles power-pop évitez-le comme la peste. Si au contraire vous êtes de tendres zélateurs du genre susnommé, écoutez-le sans attendre, car c’est un convaincant parangon qui sautille plus qu'à son tour.
Resserrement Beatles-Hollies survitaminé, riffs ad hoc, lumière à tous les étages et léger halo mélancolique, presque un petit bonheur pop, ce n’est pas rien

N.B. La pochette est aussi disgracieuse que le disque est bon.




dimanche 27 avril 2014

Future Islands - Singles (2014)


Tiens les Future Islands sont passés dans le Late Show de David Letterman. Samuel T. Herring s’est lancé dans un jerk improbable tout en se frappant très fort le torse tandis que le de plus en plus replet William Cashion triturait tranquillement ses quatre cordes avec la sérénité de celui qui sait. À vrai dire un joli moment de télévision avec de petits arpents croquignolets et de l’émotion, comme quoi les deux, l’émotion et le croquignolet ne sont pas incompatibles. Leur dernier disque Singles est vraiment très bien aussi. Le commensalisme entre la voix passée au papier de verre de Herring et la basse peterhookienne de Cashion s’y affiche à son zénith et les chansons sont presque à coup sûr accrocheuses. Sur Like the Moon Herring chante comme un Bryan Ferry qui aurait avalé Sam&Dave de travers. Seasons (Waiting On You) est une vraie merveille avec un refrain fatalement héroïque, Sun In The Morning est une « chanson d’amour » comme on en fait plus avec des paroles heureusement naïves et une conviction de tous les instants quant à Fall From Grace c’est le sommet de l’album, une ballade de pendu post punk tentée par le métal mortifère.


jeudi 24 avril 2014

Martin Rev - Martin Rev (1980)


« Avec Suicide, je ne jouais que d'une main, la seconde me servait à me protéger des détritus lancés contre Alan Vega »

« Je sais pas mec. On en avait vraiment notre claque de la politique comme du reste. Rev voulait tuer Nixon. Rev avait acheté un billet de train pour Washington, pour aller buter Nixon à la maison blanche ? J’ai dû l’enfermer dans une chambre pendant une semaine, il avait complètement flippé ; un type si tranquille … »

Un type si tranquille hum ! Si dans le duo suicidaire que vous connaissez tous Alan Vega est bien un croquignolet à fort potentiel Martin Rev m’a toujours paru tout autant gratiné. Il faut savoir se méfier de ce genre de types capables de porter de grosses lunettes noires tout en prenant des airs tempérés, ils sont souvent plus dangereux qu’une cargaison de pervers polymorphes autoproclamés.
Dans ce court Ep paru en 1980 Martin Rev est tout seul avec ses machines et on sent bien qu'il n'est pas si tranquille que ça. Il chantonne sur un titre et sa voix un tantinet monocorde vous donne la ravissante impression d'écouter un genre de serial killer prêt à toutes les folies faussement contrôlées. Le reste du disque vaut aussi que l’on y laisse une, deux voire trois oreilles pour les auditeurs les plus sybarites. Synthés tocs et sales, mélodies sombres, textures crapoteuses avec pour meilleur moment un petit épiphénomène itératif, le premier titre Mari, qui prend son temps presque joyeusement.




mercredi 23 avril 2014

Sylvain Sylvain – Syl Sylvain And The Teardrops (1981)


J' avoue une immense tendresse pour Johnny Thunders mais je crois que mon Dolls préféré restera le petit Sylvain. Que voulez-vous ses origines egypto sépharades, sa gouille de vrai faux titi montmartrois égaré en plein Manhattan ont tout pour me réjouir. Syl Sylvain And The Teardrops est son second album et même s’il l’a un peu renié par la suite, le trouvant surproduit, il est bien possible qe ce soit un disque épatant. Pop dans le bon sens, rock comme il faut, presque power-pop en somme. Sylvain est accompagné par une batteuse pétulante (Lee Crystal futur tritureuse de peaux derrière Joan Jett et ses Blackhearts) et un guitariste globalement twangant (le sémillant Johnny Rao). Les titres sont presque tous fougueux et pleins de charme et pour un peu on les écouterait en sautillant. I Can' t Forget Tomorrow vous titille le creux de l’hypogastre avec son petit mur du son, Teardrops ressemble à du Springsteen ultra light et sans débardeur quant à Formidable c’est bien simple c’est une chanson formidable. Un disque qui rend heureux.


samedi 12 avril 2014

Tom Verlaine – Words From TheFront (1982)



« Falling silent again. Silent agent. It turns like a key. Turns like a key in a lock. Turning at last, Turning »

La discographie solo de Tom Verlaine n’a rien de négligeable. Ses deux premiers albums, tout en overdubs cristallins et en mur de guitares, sont vraiment très bien. Ce Words forme The Front qui vient juste après est quasiment meilleur et vaut que l’on y jette ses deux oreilles sans aucune crainte. Postcard From Waterloo est une « ballade napoléonienne » lumineuse avec un refrain poignant (maintenant, nous devons dire adieu/je vais envoyer une carte postale de Waterloo), Lene Lovitch la pythie transylvanienne hulule dans le fond et tout est pour le mieux. Words From The Front, la chanson-titre frôle l’épique pour mieux tomber dedans quant à Days On The Mountain c’est certainement le titre le plus bizarre dans toute la production de Tom Verlaine. Un battement de tambour binaire, un synthétiseur primaire, le saxophone de Lene Lovitch en rafale, un drôle d’écho, une guitare qui à la longue devient transparente et puis cette voix qui s’élève, qui ne cesse de s’élever. Belle ascension, belle émotion.