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samedi 7 mai 2016

The Go-Betweens - 78 'til 79 the Lost Album (1999)



Hum ! L’album perdu des Go-Betweens ? Pas vraiment puisqu'il est composé des premiers simples du groupe et de quelques fluettes démos enregistrées en vitesse sur un 4 pistes plus sobre qu'un chameau ascétique. Même si le son est globalement rachitique (avec de gros pains dans la compression et un souffle permanent certifié no dolby ) l’ensemble reste tout de même diablement aguichant. On y retrouve ce côté trottinant maraudé au Velvet, cette basse tourbillonnant autour des riffs assenés par une guitare raide comme on aime, cette manière même pas nostalgique de regarder les sixties au fond des yeux (« People Say » et son farfisa piqué chez ? Mark et ses mystérieux) et le goût de Forster et McLennan pour les histoires nonchalantes, le romantisme aigre-doux et la littérature de haut-vol (Hemingway, Brecht, Joyce, du Dylan austral).



samedi 19 mars 2016

Roger Rodier - Upon Velveatur (1972)



Alors, voilà le beau temps ! Fini le brutal, les mauvaises sueurs et la rancune des sentiments étalés, les tripes sur la table : non merci! Fini ce pesant sirocco que Nietzsche voyait marauder au-dessus du désert chez le lourd et lent Wagner. Fini le génie impoli, place à ce qui n’est que léger, car chacun sait que ce qui est bon est léger et que tout ce qui est divin marche d'un pied délicat.
On s’explique alors sans peine à soi même ce qui pousse son propre goût vers cette somme de légèreté représentée par Roger Rodier, une sorte de nostalgie de la nostalgie, ce léger regret en arrière et cette tristesse tranquille pas si enfouie là. Alors, restons pensifs et le front aux vitres, observons le tissu uni de l’existence et la légère mélancolie monter. Restons pensifs et écoutons cette musique suspendue, comme celle de Nick Drake comme certaines mélopées brésiliennes formant sensualité sans les corps. Regardons tranquillement le ciel bleu de l'abstraction et cette lumière si forte qu'elle pourrait faire apparaître le filigrane des choses; les « grands problèmes» si loin que...


samedi 29 novembre 2014

Karen Mantler - Farewell (1986)


« Moi, j'aime les chats. Les chats sont les tigres des pauvres diables. »

Karen Mantler est la fille de Carla Bley (fameuse cheftaine de clique brinquebalante) et de Michael Mantler (avant-gardiste itératif labellisé ECM). Farewell est une courte chose, son troisième album, assez formidable où elle évoque la mort de son chat Arnold ( l'une de ses plus grandes sources d’inspiration), et divers aspects de sa vie sentimentale. En l'écoutant on pourrait presque penser à une nouvelle Blossom Dearie accompagnée par le Robert Wyatt mid eighties (Robert est un ami de la famille). Percussions chantourneuses (c'est papa qui tambourine), petite fanfare désolée (maman est dans le coup), piano liquide, harmonica cherchant une hypothétique note bleue, voix de petite fille réveillée par le chagrin ; le bonheur d'être triste ou presque. Et puis les chats que voulez-vous..


mercredi 3 septembre 2014

Bobby Charles - Bobby Charles (1972)



Cet été n'aura vraiment rien eu pour lui, des averses plus que de raison une quasi-froideur prenant de sournoises habitudes et une humeur globalement maussade entre les montées d’humidité.
À défaut de soleil heureusement que pour nous il y eu la musique et quelques disques chaleureux écoutés comme ça au débotté. Des bidules de vieux grigous seventies, le premier album de Bobby Whitlock (avec Clapton dans le fond), Nobody's Fool de Dan Penn (une merveille), le premier album de Doug Sahm sans le Sir Douglas Quintet (avec Dylan dans le fond), le Yes We Can de Lee Dorsey (une autre merveille) et cet album de Bobby Charles qui dans le genre tranquille se pose là.
Résumons : Bobby Charles est un drôle de gars aux racines un brin croquignolettes, un petit bout cajun, un petit bout syrien, un petit bout tout ce que vous voulez. C'est le premier blanc à avoir eu la « chance » de chanter pour les disques Chess et quelques-unes de ses compositions ont été reprises avec un certain brio par Bill Haley ou Fats Domino. C'est en 1972 sa carrière d'artisan déjà un peu derrière lui, qu'il enregistre son vrai premier album. Il y est accompagné par une clique tout à fait impressionnante : quelques échappés du Band (Rick Danko, Levon Helm, Garth Hudson et Richard Manuel), un ancien acolyte de Neil Young  (Ben Keith), un ancien acolyte de Bob Dylan  (Bob Neuwirth), l'éminent Dr John, Geoff Muldaur, plusieurs autres...
Avec tout ce beau monde-là, on pourrait imaginer un résultat hétéroclitique, une sorte de jam-session à la coule, un machin tout juste agréable concocté par des musiciens venus pointer le bout de leur nez enfariné. Il n'en est rien, le tout est cohérent et porte incontestablement la patte de l'ami Charles. Tranquillité, détachement et moiteur. Des blues non cruciaux, des ballades panthéistes pleines de tiédeur sudiste (le magnifique I Must Be In A Good Place Now ), du R&B extirpé du bayou, de la soul blanche aux yeux bleus, des trucs mid tempo frôlant le bénitier (Save Me Jesus). 10 chansons pour oublier la pluie ; allongé dans un vieux rockin chair, avec un soleil déjà bas sur le front.  




lundi 26 mai 2014

Trees - Sleep Convention (1982)


J’ignore tout de Dane Conover (aka Trees) mais j’imagine qu’au début des années 80 il devait être un drôle de croquignolet. Il suffit de le voir gigoter sur quelques vidéos très amateurs qui trainent sur Internet (réalisées par Kim Fowley !) pour s’en convaincre. Son seul et unique album est vraiment très bien. Produit par Earle Mankey (20/20, Runaways,  The Long Ryders, The Three O'Clock …) il regorge « d’idées musicales futées » et a tout pour réjouir l’auditeur. Imaginez des petits bidules west-coast enrobés de sucre et chantés par un Gary Numan décongelé et vous ne serait pas loin du compte. Mélodies ramenardes, paroles rigolotes en bien et utilisation astucieuse de l’électronique, que du bon ou presque.




mercredi 21 mai 2014

Todd Rundgren – Faithful (1976)


Cette petite chose de Todd Rundgren date de 1976, une époque où il y avait encore des disques avec deux faces. Nous parlerons donc en face comme on parle en anciens francs. La première face, la face A, est assez croquignolette. Todd rend hommage à ceux qui l’on inspiré en les reprenant à la note prés, allant jusqu’à utiliser les mêmes instruments et amplificateurs que lors des enregistrements originaux. L’exercice frôle la mode du rétro avant l’heure légale, mais le résultat est assez bluffant. On commence par une cover des Yardbirds qui tient relativement bien la route, manque seulement un peu de patine dans le son un peu de gravier dans les voix et deux trois chichis incandescents typiques de la bande à Beck. On poursuit avec un Good Vibrations si fidèle à l’original que pour un peu on ne ferait pas la différence. Ondes Martenot en mode Rank Xerox, orgue tout juste un poil moins vibrionnant et voix (Rundgren overdubé ?) cristallines comme il faut. Les deux titres qui suivent, une version de Rain des Beatles avec batterie proéminente et une cover de Dylan (Most Likely You Go Your Way And I'll Go Mine) qui vire au numéro d’imitateur palmipediste sont un peu moins convaincants et donnent l’impression d'avoir été enregistrés par un genre d’ado attardé jouant avec un grand Mecano musical. Restent deux quasis réussites : If 6 Was 9 (Hendrix) où l’ami Todd peut faire monter en neige ses envies de guitar héro et un Strawberry Fields Forever arrangé et chanté un peu différemment de l’original.
Voilà pour la face A, dispensable, mais assez amusante. La seconde face, la face B l'est un peu moins. Pour la première fois depuis Something /Anything Rundgren écrit et enregistre de simples chansons pop et s’éloigne des fatigants  bidules expérimentaux échafaudés avec Utopia (farcissez-vous Todd Rundgren' s Utopia et Another Live l’un à la suite de l’autre et on en reparlera). Rien d’extraordinaire, des chansons aux arrangements parfois glutineux, mais un sens de la mélodie que l'on sent là pas très loin, prêt à caresser l'auditeur dans le sens du poil.

 


samedi 10 mai 2014

Mu – Mu (1971)


En 1963 Merrell Fankhauser fricote avec Jeff Cotton et John French deux futurs musiciens chez Captain Beefheart (l’un guitariste anguleux, l’autre cubiste tambourineur de peaux). Les trois sont encore jeunes et on peut les voir gigoter comme des satrapes ubuesques en plein milieu du désert de Mojave. En 1966 Merrell Fankhauser joue avec Fapardokly un groupe folk rock qui lorgne du côté des Byrds et du toutim psychédélique naissant. En 1968 il forme H.M.S Bounty un joli bidule acidulé rempli de mélodies aériennes et de petits bouts indiens dans le sens de Ravi Shankar. En 1969 il crée Mu, son troisième groupe en trois ans, ce qui est beaucoup. Un premier album sort en 1971 et dans le genre hippie toqué il est bien possible que ce soit un must. L’esprit est aventureux, mais léger et à bonne distance de la bourbeuse queue de comète de l’ère psychédélique. Il y a un saxophone en pleine progression modale, une clarinette fureteuse (Jeff Cotton) une slide guitare habilement glissante et des tambours plus tribaux que ceux du Bronx. Fankhauser chante comme un Captain Beefheart qui aurait avalé un pot de miel tout entier et il n’y a pas lieu de s’en offusquer.
Après ce premier opus, Merrell et sa nouvelle troupe partent vivre en communauté sur l’île hawaïenne de Maui. Ils y deviennent végétariens, produisant bananes et papayes tout en discutant soucoupes volantes au clair de lune. Il y aura d’autres disques et Fankhauser deviendra « culte », mais toujours souriant. Voilà toute cette histoire mériterait un peu plus que cette faible notule vaporeuse, mais comme je suis un fieffé fainéant je ne m’étendrais pas plus que ça. Écoutez Mu il est meilleur que moi.



mercredi 26 mars 2014

Charanjit Singh - Ten Ragas to A Disco Beat (2010)


Vous allez me regarder de guingois en pensant que je force un peu trop sur les smarties, mais je dois quand même vous dire que L’Acid-House a été inventée en Inde, en 1982 !
L’inventeur de tout le toutim ? Charanjit Singh, un musicien de Bollywood plus bricoleur que mon coude gauche. Un type qu’on imagine un brin Hrundi V. Bakshi sur les bords. Sa famille propriétaire du plus grand magasin de musique de Bombay lui permet de trifougner à sa guise dans tout un tas d’instruments plus high-tech les uns que les autres (les indiens sont assez high-tech). Avec tout ce matériel qui lui tend les bras, que voulez-vous il lui vient des idées ! Un jour, en pleine fête de Ganesh, il entre en studio et enregistre, comme ça au débotté, une petite dizaine de Ragas classiques en les faisant passer dans une moulinette disco. Drôle d’idée, bonne idée. Le résultat est magnifique. Les deux coquines de chez Roland, les fameuses TB 303 et TR808 sont là avec tous leurs petits boutons, un Jupiter-8 globalement coruscant les accompagne. Le minimalisme est de bon aloi, les filtres passe-bande picotent les oreilles, les patterns pirouettent insensiblement dans l’acidulé, l’hypnose extasiée n’est pas loin. L’Acid-house avant l’heure légale non plus ! On écoute ça les pupilles dilatées et un air ravi au coin des oreilles. On imagine des palais abandonnés, des mausolées impassibles et des vaches sacrées qui tournent autour; certaines énormes, toutes blanches avec un air penaud, d’autres plus sybarites, avec des pattes en surplus, cinq, six pattes voyez-vous !
Une petite odeur de crémation monte. On se souvient d’un fakir en bord de fleuve, d’une jolie Indienne avec de grands yeux noirs. On se souvient de tout ça et soudain on entend, au loin, monter le bruit confus des tambours, des cymbales et des conques sacrées. Le disque est fini. Une petite troupe de brahmanes passe. L’Inde est une autre planète.

N. B. Pour le factuel il faut que vous sachiez que le disque de Charanjit Singh ne s’est quasiment pas vendu et qu’il a été redécouvert vingt ans plus tard par un DJ hollandais. Ce qui ne s’invente pas.



lundi 13 janvier 2014

Dalek I Love You - Compass kum'pas (1980)


Comme beaucoup de petites troupes mémorables de l'ère post-punk les Dalek I Love You venaient de Liverpool, en Angleterre (la ville des Beatles et de Bill Shankly ). En fait de petite troupe, il s’agissait plutôt d’un duo éphémère et plus aléatoire que mon coude gauche. Alan Gill tenait la guitare sommaire, c'était le principal entrepreneur du « projet », Dave Hughes l'accompagnait au synthétiseur globalement roide. Ce drôle de duo se séparera assez vite et fricotera un peu partout par la suite. Alan Gill chez les toxicomanes de Teardrop Explodes, Dave Hughes chez les dialecticiens en Burlington de chez Orchestral Manoeuvres In The Dark. (Il est intéressent de noter que l’une des particularités de la scène de Liverpool était de voir tout un chacun fricotant avec presque tout le monde dans une presque parfaite coalescence consanguine.) Mais trêve de digression et de factuel mousseux, revenons au disque qui devrait nous occuper. Sorti en 1980 le premier album de Dalek I Love You est une bien belle chose avec de jolies guirlandes synthétiques capables de ligoter toute la pop synthétique d’outre-Manche voire toute la pop synthétique du Commonwealth, ce qui n’est pas rien vous en conviendrez. Une musique un brin aboulique, mais parfois dansante avec un synthé déprimé, une guitare angulaire et des passages vocaux enveloppés dans un épais nuage de mélancolie. Le plus étonnant au milieu de ce climat pour le moins désolé c’est que les chansons sont de vraies chansons qui tiennent toutes seules, montent et descendent avec une belle complexité harmonique même si elles peuvent donner la fausse impression de pouvoir se laisser siffloter sous la douche comme ça au débotté. Dans son indispensable dictionnaire du rock, Michka Assayas (je cite mes sources) évoque Elvis Costello accompagné par une bande de freluquets synthétiques. Il y a certainement un peu de ça, mais en mieux qu'il n'y parait. Le disque est vraiment très bon. L'un des incontestables must-have d'une période pourtant dorée.




mercredi 8 janvier 2014

The Replacements - Let it Be (1984)


Double Nickels on the Dime, Zen Arcade, Let it Be, triplette imparable. Pourquoi vouloir réécouter ces trois disques trente ans plus tard ? Allez savoir ? Peut-être parce qu’ils sont un peu chiffon et benzédrine et que nous sommes nous-mêmes toujours un peu chiffon et benzédrine ? Des trois Double Nickels est le plus sautillant, Zen Arcade le plus mélancolique Let It Be le plus malpropre en bien, le plus chiffonné. En 1984 Westerberg et sa petite bande de gamins dépeignés sont encore capables de saloper volontairement leurs chansons en les faisant tournoyer toujours trop vite, trop fort. Leur secret est évidemment dans ce gâchis qui n’en est pas un, dans ce désordre qui n’est que le désordre perché chez tout adolescent qui se respecte un brin. Oh rien de sinistre, rien du jeune Werther, plutôt quelque chose de palpitant, de joyeux, de plein de promesses. Avec cet état d’esprit là on peut tout faire, déplacer des montagnes, réinventer Big Star (Sixteen Blue, Androgynous), inventer les Pixies (Seen Your Video, Tommy Gets His Tonsils Out) écrire un classique instantané (I Will Dare), reprendre Kiss sans maquillage (Black Diamond). Faire tout simplement un disque de rock, car faut-il encore le rappeler ici : le rock ce n’est souvent qu’un truc d’adolescents dépeignés.




dimanche 5 janvier 2014

The Everly Brothers - Songs Our Daddy Taught Us (1958)



2014 commence mal. Phil Everly est mort. Dans le drôle de couple incestueux formé par les deux frères c’était le plus jeune, le plus blond, certainement le plus féminin et le moins apte aux frasques diverses et variées. Il préférait laisser les solos, la mauvaise humeur et les amphétamines à son aîné le faux petit dur de la fratrie, le baryton. Tiens  en  « hommage » histoire d’accompagner Phil dans sa toute nouvelle chambre verte vous pourriez réécouter Songs Our Daddy Taught Us, le second album des frangins cristallins. La guitare de Don, une contrebasse, un formidable spicilège de standards country and western et puis cette symbiose extraordinaire entre ces deux voix d’enfant de cœur seulement séparées par un quart de ton. Des voix qui montent, qui s’entremêlent pour ne devenir plus qu’une. Presque un miracle à écouter seul à l'abri de la pluie, mais avec une petite larme au coin de l'œil.



dimanche 24 novembre 2013

Artery – One Afternoon in hot air balloon (1983)


À ses débuts Artery ressemblait à un genre de Joy Division amoindri. Pour certains c’était la réponse de Sheffield à Manchester. Il y avait certainement de ça. Sur une vidéo qui traine sur Internet, on peut voir Mark Gouldthorpe, le chanteur, imiter la petite danse épileptique de Ian Curtis. Il porte son pantalon très haut et ses cheveux sont coupés à la mode bien raide du pendu mancunien. La vidéo est très bien, la chanson est très bien mais cela ne vaut pas Joy Division. Artery quittera assez vide ses oripeaux blêmes forcés, son tropisme postpunk, pour se recentrer vers quelque chose de plus intrigant. One Afternoon in hot air ballon leur deuxième album est un bel exemple de music-hall brinquebalant avec piano de chez bastringue, guitare espagnole et xylophone thuriféraire. Comme on ne se refait jamais vraiment, le tout est globalement sombre, mais sans en faire trop, avec un petit gout John Cale, Peter Hammil et une curieuse accointance avec ce qu’aurait pu être un Jacques Brel plus crispé et moins belge. On concédera qu'au moment même où de petites hordes de garçons coiffeurs synthétiques envahissaient le Royaume-Uni tout cela put paraitre un brin bizarre. Le moins bizarre dans toute cette affaire-là n’étant pas Mark Gouldthorpe et les psalmodies azimutées qu’il faisait monter au-dessus du toutim. Ce type était visiblement tombé dans un seau de psychotropes divers et variés  et il tenait à le faire savoir au monde entier. Sourd le monde ne l’entendit pas et Artery resta comme un épiphénomène sympathique un genre de Pulp avant l’heure légale, mais en mieux voyez-vous.




dimanche 27 octobre 2013

The Barracudas – Mean Time (1983)


Reparler de musique ? L’envie et un minimum d’inclinaison me manquent. Trouver un subterfuge pour ranimer le moteur de mon inspiration. Laissez faire le hasard, ressortir deux trois albums au petit bonheur la chance, en parler comme ça au débotté et dans l’élan en espérant que les mots me coulent du cogito sans plus d’effort que ça. Tiens il y a ce disque, ce Mean Time des Barracudas, je vais (re) commencer par lui. Il ne porte pas trop à conséquence, il me semble même parfait. Voilà, allons-y…

S’agissant de ce disque il faut peut-être oublier le sympathique combo rétro surf que furent un temps les Barracudas. Il vaut bien plus que ça. C’est leur meilleur et le plus proche de la casquette de Cyril Jordan (je parle pour les spécialistes). Un bon disque de rock tout simple sans chichis ni plus de mariachis que ça. Belle guitare douze cordes, belles montées en neige digne des meilleurs Flamin Groovies (on y revient). Un chanteur pas forcément subtil, mais tenaillé par de bien belles certitudes. Bref que du bon, un peu pâteux, certes, mais du bon. On écoutera les deux premiers titres et leur combustion interne Power pop. Un peu plus loin on écoutera surtout Dead Skin et Hear Me Calling, les deux meilleures chansons des Barracudas. Rien de foudroyant, mais de la conviction. L'idéal pour une possible rééducation.



mardi 14 mai 2013

Jeff Lynne - Armchair theatre (1990)



Drôle de printemps islandais. Lyon ressemble de plus en plus à Reykjavik. Manque seulement une petite armée de fumerolles au-dessus de la Saône pour faire bonne mesure. On conviendra sans peine que dans une telle atmosphère le quidam ordinaire éprouve le besoin d’écouter les primesautiers Sigur Rós avant de se pendre au premier réverbère qui passe. Bienheureusement je n'ai rien du quidam ordinaire, les courtes félicités apportées par le  trépas inopiné ne m'attirent guère et Sigur Rós, cette sinistre clique qui psalmodie dans un abominable esperanto nordique, ne m'inspire rien de plus qu'un vague ennui goguenard. En lieu et place de tout ça, je me suis donc mis à la recherche d’une musique capable d’atténuer la sourde neurasthénie qui m’accapare depuis bien trop longtemps déjà. Bon ma discothèque ne regorge pas tant que ça en disque joyeux (Pour un Bobby Lapointe, un Screaming Lord Sutch combien de Peter Ham et de Peter Hammill). Finalement, je me suis rabattu sur un disque semi-primesautier, le premier album solo de Jeff Lynne, sorti en 1990 et réédité récemment. Même s’il est de temps à autre alourdi par des arrangements bougrement fin eighties (cette fausse Linndrum), il se révèle être possiblement plaisant et en tous les cas capable de distiller un léger halo ensoleillé dans mes rideaux. Lynne n’est pas le premier venu, il n’est pas souvent morose et en tous les cas depuis ses débuts avec les Iddle Race jusqu’à ELO tout en passant par Move (très bien Move, Roy Wood est très rigolo) il sait concocter du simili Beatles au kilomètre.

Dans ce « fauteuil de théâtre », il y a une belle cohorte de pop beatlesque pleine de guipures chatoyantes, d’autres choses vaillamment situées entre les garçons de la plage et le mur du son construit par le cyclothymique en chef Spector ; des choses agréables et globalement joyeuses. Restent deux standards repris à la mode soyeuse de Willie Nelson (September Song et Stormy Weather) deux tristounets bouts de nostalgie. Et voilà que nous y revenons ! Le tristounet est décidément partout, il trottine dans les frimas, il vous saisit à la gorge, vous pince entre le cœur et l’estomac, c’est est un loup dépressif qui ne demande qu’à vous croquer ! Finalement, je crois que je vais réécouter Nick Drake en regardant tomber la pluie.



dimanche 3 mars 2013

The Beach Boys - The Beach Boys Love You (1977)

 

J’ai la très désagréable impression que l’un de mes indéfinis voisins vient de monter un orchestre. En effet, depuis bientôt une semaine, mes murs laissent assez fréquemment passer les roulements d’une batterie hasardeuse et les vrombissements d’une guitare basse tâtonnante. Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si les aubades produites par ledit orchestre ne taquinaient pas une bien incertaine contrée musicale située entre la sororité discordante des sœurs Shaggs et un genre de Krautrock hagard et lancinant. Imaginez l’inconfort de ma situation, imaginez ma grande peine ! En contre-mesure, je me suis permis d’écouter un vieux disque des Beach Boys, sans ouvrir mes fenêtres – car il faisait aux environs de –5 °C – et à un volume sonore raisonnable, car voyez-vous, je fais tout pour ne pas gêner mes voisins.

Pour en venir vraiment aux Beach Boys, il faut savoir que The Beach Boys Love You devait être le disque du retour pour Brian Wilson. On l’avait ressorti du bac à sable où il végétait depuis le début des années 70 ; il allait montrer au monde ce dont il était capable. Le monde allait trembler, il ne trembla pas. En fait de comeback, The Beach Boys Love You est plutôt un delayed slight return, un aérolithe incongru, le palais du facteur Cheval ripoliné par le douanier Rousseau, le fruit d’un cerveau partiellement détruit et un embarrassant retour vers la petite enfance. Coaché par son psychiatre gourou, le Dr Landy, Brian y affiche une touchante naïveté qui n’est plus de son âge. Les lyrics frôlent le ridicule tandis que quelque chose de cinglé se trame en sous-main. Ce côté cinglé, qui peut sembler sonner faux, ne sonne pourtant pas si faux que ça : il sonne simplement bancal. Les chansons que nous écoutons sont toutes de guingois, car elles sont l'œuvre d’un gamin de substitution, un alchimiste toqué et enfantin qui, lorsqu’on lui donne un studio, un synthétiseur krapouet, des voix, sait encore en faire de l’or, de l’or bizarre, mais de l’or tout de même. Il y a peu de disques aussi tranquillement dérangeants, de disques où l’on perçoit, au-delà des ravages et du quasi-babil, la persistance et la fidélité d’un génie endommagé envers son propre don.




mercredi 6 février 2013

Gene Clark - Two Sides to Every Story (1977)



C’est un fait acquis, une quasi-certitude, les gens qui savent vous l’affirmeront sans aucune crainte : Gene Clark après le terrifiant No Other n’est plus rien ou tout comme. Il y a bien quelques disques après, quelques courts cahots essoufflés, mais l’essentiel n’est plus là, l’essentiel est abandonné et dit dans No Other disque étrange et grand manifeste mid-seventies en forme de gueule de bois carabinée.
Eh bien figurez-vous que les gens qui savent se noient peut-être dans l’erreur ! Allez savoir et regardez par exemple ce qu'il y a dans le vrai cœur d’un disque plus tranquille et sans risques comme Two Sides to Every Story : beaucoup, encore.

Cherchons… voyons voir, écoutons... vraiment...

On dira cinq titres un peu quelconques country middle of the road avec le souvenir des yodelers dans la gorge, du bluegrass avec ce qu’il faut de banjos et de violons (on tape des pieds) un boogie sympathique Kansas City Southern… Voilà pour les titres les plus faibles, rien de bien transcendant.
Je sais bien que le commun des mortels n’aspire pas à être transporté vers le divin à tout bout de champ, mais néanmoins venons en au transcendant, et vite ! Oui dans le vrai cœur de Two Sides to Every Story il y a du transcendant et de l’élevé … Ces cinq ballades restantes, toutes aussi belles les unes que les autres aussi belles que les plus belles chansons de Mickey Newbury… Sister Moon , avec ce piano électrique doux et cet air décontracté même dans les montées en neiges sentimentales, Silent Crusade le ressac... la voix de Gene Clark n’est pas extraordinaire en elle-même, comme toujours c’est plus un ton et une inflexion singulière qu’une voix, un accent par où le chagrin est passé plus qu’un symptôme de chagrin redondant… Give My Love To Marie une chanson de gueule noire, un mineur qui espère pouvoir aimer avant de mourir les poumons embrumés , du Springsteen puissance mille…
Hear The Wind  merveille mid tempo panthéiste, mettez votre tête sur mes épaules séchez les larmes de vos yeux, regardez le soleil qui se couche, entendez comme le vent pleure.
Gene Clark était un type étrange, un entiché du chagrin comme dirait l’autre. Un flétrissement inflétrissable, un tourment épanoui, immortel, une timidité de rose et des plaintes. On ne sait quasiment plus rien de lui mais sa renommée trouble les nuages… Le ciel n’attend pas...



mardi 22 janvier 2013

The Raincoats - Odyshape (1981)

 
« En adaptant les notes aux instruments de musique, et en y ajoutant les boucliers et les haches, les plumes et les bannières, on obtient ce qu’on appelle la musique. » (Mémorial des Rites).
 
Les Raincoats étaient heureusement incompétentes, elles tripotaient leurs instruments au hasard, comme si elles les avaient découverts cinq minutes avant d’en faire sortir le moindre son. Il y en avait une qui jouait du balafon au pif, une qui faisait crisser un violon sommaire, une autre au piano boiteux. Les Raincoats ne savaient pas plus chanter qu’elles ne savaient jouer, la voix d’Ana Da Silva ressemblait à un croisement accidentel entre Nico et le mantra tibétain, c’était une voix détachée comme on en rencontre peu. Bref, les Raincoats ne valaient fondamentalement pas grand-chose. Elles étaient pourtant inestimables, leur fausse musique ethnologique enchantait l’âme. C’était un drôle d’assemblage biscornu qui montait dans le ciel pour mieux se disperser à des altitudes himalayennes. On écoutait tout ça dans une sorte d’ébahissement ravi tout en se disant que ces airs bancals avaient certainement pris naissance dans de bien surprenants cœurs humains. La musique sait se contenter d’un cœur humain surprenant, il est parfois suffisant à toute autre chose. Il bas de guingois, s’attendrit dans une drôle d’arythmie. Cette arythmie, l’émotion d’un cœur ému, se manifeste par des sons qui se répondent tant bien que mal entre eux. Ces sons donnent lieu à des différences ; des différences qui forment des notes ; des notes qui font des accords ; des accords qui font des chansons aussi brinquebalantes soient elles. Finalement, tout est assez simple. 
Voilà pour les Raincoats, voilà pour la musique.



dimanche 6 janvier 2013

Matthew Young - Traveler's advisory (1986)



I fell in love with the hammered dulcimer. Since I also play the banjo, I decided to explore my interest in folk and blues, with electronics accompanying and filling in for other traditional instruments.

 Random track notes: Objects in Mirror quotes selectively (but verbatim) from my old Toyota car manual. The version of Kyrie uses of tape delay to get a good rhythm going on a old plainchant. Werewolf : Michael Hurley has written some of the best and most eccentric songs of the last 50 years. Dummy Line is a traditional cautionary song my father used to sing. I always found the words much darker than the tune – it's a song about foolishness resulting in death – so I gave them my own musical setting. None Born Wise is my attempt at a composition for the santoor, the Indian version of the hammered dulcimer.

I hope this helps.
Matthew

P.-S. Chef-d'œuvre à domicile, compositions intimes, sentiments dans le plexus, cristal hypnotique, rêves récurrents, voyageur consultatif. Je suis tombé amoureux du dulcimer martelé. Depuis je joue aussi du banjo. Voilà pour la musique.




jeudi 27 décembre 2012

Ned Doheny - Hard candy (1976)



Cocaïne et bassin javellisé à l’ombre des palmiers. Grande oeuvre oubliée d’une caste patibulaire, mais presque, je veux évidemment parler de la caste des musiciens (musicos) de studio portant catogan et arborant une technique sûre d’elle-même. Un vrai cauchemar à punks, des basses (sans mécaniques apparentes) slappées et bichonnées en l'absence du plus élémentaire médiator, des guitares funky white soulful, des saxophones pro-anti Eric Dolphy, des voix aux yeux bleus délavés, des mélodies bien peignées, des lyrics adultes et concernés. Bref que du bon, voire du pire suivant l’axe de notre observation. Pas loin du meilleur Steely Dan (sans la perversité) et du plus écoutable des saloperies west-coast.
Pour information du côté des catogans, de la fameuse souplesse de poignet et loin de toute raideur, on notera la présence de quelques relachés sirs aux nez encombrés : David Foster, Don Henley, Glenn Frey, Tom Scott, Steve Forman, Linda Ronstadt (une auburn dans la bagarre), J.D. Souther, John Guerin, Steve Cropper, Hamish Stuart ou encore la section cuivre de Tower of Power, soit la crème de la crème californienne mid-seventies, une sorte de synarchie hâlée de la chemise à fleur que cette crème là.




jeudi 13 décembre 2012

Ronnie Lane - Ronnie Lane´s Slim Chance (1974)



Sur les photos des Small faces Ronnie Lane ressemble à une erreur de casting ; des airs de vilain petit canard, un genre de Ringo Starr en pire ; en plus inquiétant, en bassiste. En fait le prototype du bassiste louche, tellement louche que pour un peu et en comparaison le futur étrangleur binational Jean-Jacques Burnel passerait pour un gentil judoka effarouché par le karaté. Pourtant Ronnie Lane s’il était bien bassiste n’était pas plus louche que moi (qui le suis très peu). Tenez pour vous en convaincre prenez le Ronnie Lane mid seventies, il n’a vraiment rien de menaçant, il monte une sorte de troupe itinérante, avec jongleurs, danseuses et ménestrels (minstrels). L’aventure est singulière, mais l’aventure est belle. Entre deux tournées il enregistre trois albums tout autant fantaisistes que rustiques, des albums qui témoignent de tout le barnum et qui pourraient ressembler à des Basement Tapes décontractées. En les écoutant, l'envie subite de boire moult boissons fermentées avec Ronnie vous prend. On oublie la sinistre maladie qui l’emportera plus tard. On oublie presque les Small faces et cette descendance bienheureusement éthylique que furent les Faces. On oublie tout ça et on est gentiment charmé par des chansons toutes simples, une mandoline sur le contre temps, un Honky tonk with broken piano, des bluegrass, des effluves Western Swing. Ronnie Lane n’est pas un grand songwriter, ce n'est pas un grand chanteur non plus, c’est un simple artisan plein d’humanité et il n’y a vraiment pas de quoi être effrayé par lui.
Voilà pour Ronnie Lane, voilà pour la musique.