Ce spicilège est consacré aux débuts de Pere Ubu. On y retrouve les titres « séminaux » sortis sur le label Heartan (30 Seconds Over Tokyo, Heart Of Darkness, Final Solution…) et quelques bricoles biscornues parues ailleurs. Inutile de préciser que l’ensemble frôle plus qu'à son tour les rivages du tout à fait excellent (la voix cornegidouilleuse de David Thomas marmonne, se fait candide puis monte dans la colère pour mieux s'écrouler dans les sanglots tandis qu'une troupe de mélodies angulaires et plus croquignolettes qu'un congrès de satrapes en goguette volette dans l'air, j'ai connu de pires témoins de Jéhovah.)
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samedi 28 novembre 2020
vendredi 27 novembre 2020
Can - Soundtracks (1970)
Un fan de Keith Richards et de Stockhausen, un adepte de musique vietnamienne portant des gants blancs, un intello au cerveau un peu embrouillé par l'ergot de seigle, un japonais azimuté qui finira témoin de Jéhovah, un américain effarouché qui rentrera chez lui sur les conseils de son psychiatre. Avouons le tout net les types de Can formaient tout de même une sacrée belle bande de croquignolets !
Dans cette fausse vraie compilation, l'américain effarouché chante sur deux titres, le japonais azimuté chante sur les autres, le reliquat de chevelus teutoniques sautille dans le fond, tout est parfait dans le meilleur des mondes capricants possibles. Comme j'ai d'autres chats à triturer et une haie à tailler je ne m'étendrai pas plus que ça, sachez simplement que les deux derniers titres sont les meilleurs : Mother Sky une cavalcade kraut que l'on retrouve au fond d'une piscine lugubre chez le polonais mal pensant Skolimowski (les Polonais sont souvent mal pensants) et She Brings the Rain une belle petite chose toute simple... une chanson, en somme.
Dans cette fausse vraie compilation, l'américain effarouché chante sur deux titres, le japonais azimuté chante sur les autres, le reliquat de chevelus teutoniques sautille dans le fond, tout est parfait dans le meilleur des mondes capricants possibles. Comme j'ai d'autres chats à triturer et une haie à tailler je ne m'étendrai pas plus que ça, sachez simplement que les deux derniers titres sont les meilleurs : Mother Sky une cavalcade kraut que l'on retrouve au fond d'une piscine lugubre chez le polonais mal pensant Skolimowski (les Polonais sont souvent mal pensants) et She Brings the Rain une belle petite chose toute simple... une chanson, en somme.
mercredi 18 novembre 2020
The Jesus and Mary Chain - Psychocandy (1985)
À l'instar de Louis Pasteur, Pierre et Marie Curie ou Albert Einstein, ces jeunes toxicomanes écossais auront trouvé quelque chose. Oh pas un vaccin, rien sur le radium et encore moins de théorie relativiste, non simplement un son, un style, cette coalescence incongrue entre les murs de son spectoriens, la pop-pop de Brian Wilson et les crincrins distordus du Velvet Underground. Dans Psycho Candy, leur fameux premier album, ce ne sont que petits pans de bruits blancs qui soutiennent en feedback des chansons qui célèbrent les conventions pop tout en les subvertissant par la moelle. Le batteur tambourine dans le genre bancal de Moe Tucker, les guitares sèment la violence sonore et le chaos tandis que le chanteur psalmodie des choses désaffectées autour des filles, de la drogue, de la vitesse et de l'ennui. Just Like Honey sonne comme la rencontre fortuite des Ronettes et des Stooges au fin fond d'un canyon très encaissé, le bourdonnement sucré de Never Understand vire au frénétique… Bref, je n'en dirai pas plus, mais sachez que tout est parfait.
lundi 30 mars 2020
Tim Buckley - Happy Sad (1969)

Claquemuré à domicile Jean-Hervé Bordenave s'ennuie. Pour s'occuper il peigne son catogan, joue à Donjons et Dragons, monte une maquette du porte-avion USS Nimitz à l’échelle 1:720, relis Tolkien et slappe quelques lignes sur sa basse sans frets ni mécaniques apparentes. Comme il n'est pas plus bête que tout le monde il écoute aussi de la musique, du rock progressif issu de la tendance Canterbury, beaucoup de jazz-rock : John Mclaughlin, le Mahavishnu Orchestra. Ah oui, aussi et surtout, Jean-Hervé Bordenave continue la rédaction de son fameux carnet d'audionaute de fond. En voilà un extrait :
« Ce troisième album marque un nouveau départ pour le barde éclectique du sud de la Californie. Après le succès du très folk et non moins acclamé Goodbye and Hello, il décide cette fois-ci d'explorer ses racines jazz et blues. La troupe d’instrumentistes qui l’accompagne est ultra compétente et la suite de titres qui composent l'album est diablement intrigante. Jugez par vous même : Gypsy Woman est une merveille tribalo-éthérée, Buzzin 'Fly et Strange Feelin, tissent une tapisserie minimaliste tandis que la voix de Buckley flotte tel un instrument souple souverain et complètement hypnotique. La très longue composition allongée au milieu du disque, Love From Room 109, est pleine d'embruns et de poésie hôtelière, sa grande complexité harmonique me semble très peu usitée par les tenants du rock ordinaire. Les mots me manquent pour parler de Dream Letter, la chanson qui ouvre la seconde face, je dirai simplement que c'est un miracle et certainement le chef-d'œuvre de son auteur. Pour le reste, l'album est soigneusement sous-produit par Jerry Yester et Zal Yanovsky, et il restera certainement comme l'un des meilleurs des late sixties finissantes. ».
mercredi 13 novembre 2019
The Pale Fountains - Pacific Street (1984)
En 1984 je cheminais benoîtement vers mes 18 ans quand mes rares, mais précieux amis commencèrent à me regarder de biais tout en effectuant d'indélicats et rotatifs mouvements d'index sur leurs belles tempes d'audiophiles avertis. Que voulez-vous à leurs yeux j'étais devenu à peu de chose près cinoque puisque, laissant choir Spear of Destiny et autres Red Lorry Yellow Lorry il me prenait le goût soudain d'écouter des choses pour ainsi dire inqualifiables. Par exemple, les freluquets de Pale Fountains (les Fontaines Pâles n'importe quoi !) et leur premier album Pacific Street (Rue Pacifique, re n'importe quoi !). Un assortiment de chansons, oui des chansons, avec des trompettes, oui des trompettes, où flottait parfois quelque chose de Burt Bacharach. En somme presque quelque chose de Sacha Distel ! J'étais donc parvenu à franchir le rubicon du supposé bon goût et savoir si une bonne âme pourrait un jour me récupérer n'était même pas une possibilité envisageable. Évidemment, mes amis se fourvoyaient dans l'erreur, d'une part parce que Sacha Distel outre son sourire très russo-carnassier fut en son temps un jazzman hyper conséquent (écoutez son album en binôme avec John Lewis et vous m'en direz des nouvelles), d'autre part parce que Burt Bacharach restera ad vitam aeternam un génie en dentelles, ensuite par ce que cet album des Pale Fountains, était, aussi et quoiqu'on puisse en dire un fichu album de pop music (pour ne pas dire un fichu album de rock tout court ). Du Bacharach-David plein de violons avec un gandin liverpuldien qui aurait remplacé Dionne Warwick au débotté (l'épatant Michael Head dans le non moins épatant Thank You), de la Muzak de haut vol (Palm of my hand), la nonchalance hispanisante de Love et Arthur Lee un peu partout, du quasi-jazz sorti du ravin, de la bossa-nova brumeuse, du rhythm and blues blême, des arpèges de guitare sèche, des cuivres et des violons en veux-tu, en voilà. Que demandait le peuple ?
mardi 3 septembre 2019
XTC - English Settlement (1982)

J'ai retrouvé cette musicassette indubitablement obsolète en faisant un ménage très approfondi. Dans mes souvenirs, l'auditeur averti peut y entendre un fameux agoraphobe britannique en manque de Valium connaître quelques joies vaguement campagnardes tout en apprivoisant une toute nouvelle guitare à ni plus ni moins que douze cordes (ce qui fait beaucoup de cordes il faut bien l'avouer). Il me semble que l’ensemble du toutim, qui est tout de même de-ci de-là et cahin-caha encore un peu électrique, reste sans cesse très bon et ne déparerait pas dans un vaillant top 1982. Comme je suis assez fainéant et que mon satané aspirateur m'attend avec des airs frugalement impatients je n'en dirai pas plus.
Bonjour chez vous.
vendredi 12 juillet 2019
The Velvet Underground - White Light/White Heat (1968)

En 1987 J'ai acheté cette musicassette au foyer du soldat du 74e régiment d'artillerie de Belfort. Cela devait être en été, en août peut-être, et en tous les cas entre deux grandes manœuvres où moi et mes acolytes de rang avions faussement combattus d’hypothétiques ennemis rouges, forcement rouges (l’adjudant Mercier faisait moins dans la litote, il parlait quant à lui de « putains de cocos » , il faut dire que le « fameux » mur de Berlin n'était pas encore tombé). Tout cela reste certes un peu flou et assez estompé par les strates d'années empilées, mais je me souviens tout de même assez bien que ma première écoute de ladite musicassette sur le modique magnétophone de ma chambrée avait laissé plus d'un de mes camarades de nuitées perplexes. Le canonnier Mollen, un brave et solide breton qui donnait l’impression d'être le résultat d'un croisement improbable entre un dolmen coriace et un bovidé pas trop futé, me regardait avec des airs homicides, le canonnier Vallet, un type à moitié manchot et pourvu d'un seul testicule - il avait réussi le tour de force de ne pas se faire réformer -, tremblait comme une feuille de rhododendron et menaça même de partir en sanglots au moment où montaient les premières notes de The Lady Godiva's Operation. Quant au Brigadier Astic, un BAC+2 égaré au milieu des barbares, je pense qu'il préférait Styx ou Whitesnake à tout ça.
Pour le reste, et pour en revenir au sujet censé nous occuper, vous n'avez pas besoin de moi pour savoir que White Light/ White Heat n'est pas la meilleure chose à être sortie de l'avant bras plissé des fameux drogués New-yorkais. Les férus d'expérimentations diverses et variées et autres zélateurs de crincrins en tout genre on beau l'adorer c'est surtout une collection de chansons corrodées et de « bœufs », certes parfois épatants, mais tout de même un peu pâteux. À mon humble avis et à celui plus intuitivement pertinent des canonniers Mollen et Vallet le meilleur du Velvet est ailleurs.
mardi 18 juin 2019
Iggy Pop - Lust For Life (1977)

Dans Lust for Life, publié moins d’un an après The Idiot, Iggy a visiblement décidé qu’il était temps de se bouger le popotin et d'échanger l’introspection un peu midtempo de son premier album contre quelque chose de plus vibrionnant Musicalement, Lust for Life est donc beaucoup plus batailleur que ne l'était The Idiot. En grande partie grâce à une section rythmique du tonnerre tenu par les deux frères Sales (Hunt aux fûts et Tony aux quatre cordes non jacopastoriusiennes). Difficile de résister à leur groove barloquant (Tonight) ou à leur sens de l'abordage sec sur l'os (Neighborhood Threat). Comme Ricky Gardiner et le très fameux Carlos Alomar les deux guitaristes qui les accompagnent ne sont pas en reste nous avons donc affaire à un orchestre de rock & roll gaillard et cogneur, certes encore un peu loin des éjaculats primitifs proposés par les Stooges initiaux, mais capable de remettre définitivement Iggy dans le game. (David Bowie produit et joue du piano, assis et debout, à l'alternat entre deux lignes de coke). Pour le reste, rien de vraiment nouveau à l'ouest de Ann Arbor, il est question de drogue (Tonight, Lust for Life), de décadence (ce Passenger qui ne tombera pas par hasard dans l’oreille avisée de Cookie Dingler), de haine de soi-même (Some Weird Sin). Le ton est souvent arrogant, parfois blasé, toujours drôle et il n'y a pas vraiment lieu de s'en plaindre.
dimanche 2 juin 2019
Roxy Music - Roxy Music (1972)

Formé autour de Bryan Ferry, un dandy britannique à la mèche sybarite qui avait parfois le tort de remonter ses manches de chemises jusqu'aux coudes, et Brian Eno un keyboardiste à moitié chauve, mais plein de fanfreluches, Roxy Music fut l'un des groupes anglais les plus fameux de la première moitié des années soixante-dix. Sur cette musicassette à la couverture étonnement glamour on peut entendre les deux zigotos triturer des machins et des trucs avec l'aide de trois, quatre autres comparses plus ou moins suspects, un guitariste à moitié colombien, un saxophoniste proto adepte de la coupe de cheveux dite « nuque longue », un batteur qui finira dans un orchestre skinhead, un bassiste kleenex… L'amateur averti remarquera que ce curieux aréopage sonne très anacréontique et super arty. La guitare du demi-Colombien est vive et lapidaire quand elle n'est pas imprévisible, le saxophoniste à nuque longue frôle l'atonalité, les « traitements synthétisés » de Brian Eno sont pleins de textures dérangeantes, Bryan Ferry croone ou vitupère à l'alternat tel un vampire très bien habillé, pour tout dire on se fiche un peu du bassiste. Bref, tout cela est très bien.
jeudi 23 mai 2019
New Order – Ceremony (1981)

Je retrousse mon jean à hauteur de chevilles, laissant sournoisement apparaître une paire de chaussettes noires prolongées par d’assez peu reluisantes Doc Martens en peau retournée marron. Je porte cette petite veste cintrée bleue électrique avec des épaulettes qui laissent croire que je pratique la profession peu usitée de groom saturé post atomique dans un hôtel désaturé. Rue de la République non loin de la FNAC j’achète un paquet de Pall-Mall sans filtre. Le paquet souple et très rouge tranche superbement en dépassant nonchalamment de la poche de ma veste tellement bleue IKB. Sur cette veste facilement colorée, j’ai accroché un badge verdâtre de New Order reprenant les couleurs, la typographie de Ceremony le premier EP à s’être échappé de chez Factory Records après la mort de Ian Curtis. Plus loin, rue Mercière, au milieu des affiches lacérées, je croise G. Nous discutons un moment avec les filles de petite vertu du coin. G fume des Camel, les filles rigolent… Un peu plus tard devant la vitrine de S.. (Le nom m’échappe) au moment même où nous regardons avec convoitise un tee-shirt des Stranglers, un skinhead vient nous chercher des noises. Le pauvre garçon, une boule de haine bondissante, nous traite de pédales, de bougnoules en vestes bleues, de mods ! J’essaye de dulcifier le dialogue, mais peu finement G crache à la gueule du tondu qui bientôt sort un pistolet à eau plein d’un liquide incertain. Un peu inquiets rapport à la nature de ce liquide ( en fait de l’urine !) nous détalons derechef le débile à nos basques. Après une course peu commune qui nous voit traverser à toute berzingue la place des Terreaux, nous semons le monospore raz du tif dès les premières pentes de la Croix Rousse atteintes (il faut bien dire que le pistolero tondu est généralement peu sportif en plus de nazillon.) Pour nous remettre de nos émotions, nous achetons une commune Jeanlain chez le premier arabe du coin et redescendons vers les quais de Saône en devisant doctement sur les mérites comparés d’Echo and the Bunnymen et de Killing Joke. Plus tard le Pont Bonaparte traversé, G roule un petit joint dans une pissotière voisine de la cathédrale St Jean, petit joint que nous allons gaillardement mégoter sur le quai devant le palais de justice. Après avoir balancé deux trois cailloux sur les péniches qui passent, nous remontons dans la circulation... vers le monde... de ventrus nuages sombres trouent le bleu pâle, l’orage guette. À présent je porte des pantalons souples et marron, je me chausse de fonctionnelles baskets avec des rayures orange, sans chaussettes. Je ne fume plus rien depuis longtemps. La rue Mercière n’est plus qu’une accumulation de « bouchons » vulgaires et faussement locaux. Il n’y a plus de prostituées elles se sont déplacées plus loin derrière la patinoire, elles ne parlent plus la langue du pays, ce qui ne favorise pas les discussions. La place des Terreaux à été relookée par Jean Nouvel, il n’y a plus de pissotière et le parvis de la cathédrale Saint-Jean est envahi par une triste cohorte de « Punks à chiens ». Sur le quai devant l’ancien palais de justice il y a maintenant un parking. On a jugé Klaus Barbie, mais il y a toujours des skinheads. G la dernière fois que je l’ai vu, était quasi chauve et père de trois enfants. L’orage journalier s’annonce.
mercredi 15 mai 2019
Donald Fagen - The Nightfly (1982)

Jean Hervé poussa finalement le compact disque dans le compartiment puis son regard glissa du blanc des rideaux vers la cime des arbres. La musique là, sans ostentation, il pénétra bientôt dans le domaine du peaufiné. Cette quiétude indifférente, cette dextérité qui glisse sans anicroche et avec précision l'attachant à son écoute, il se retrouva comme lié avec au fond de la gorge une saveur de salive propre … C’est ainsi que bien attaché il parvint assez vite à trouver quelque chose de commun avec lui-même et qu’il osa finalement avouer son goût prononcé pour l'artisanat musical millimétré. Pour vous, et pour vous seulement, voilà un court extrait de son carnet d’audionaute de fond, Jean Hervé est parfois de bon conseil :
« Dans The Nightfly Donald Fagen prend les habits d'un animateur de radio ultra cool et se souvient avec nostalgie de la césure fifties/sixties, de la vie américaine sous Kennedy, et de son adolescence passée dans ces temps insouciants là. Les chansons offrent, des tranches de vie provenant directement des american suburbs, on y parle de conquête spatiale (l'impeccable IGY) de guerre froide et d'espoir néo-démocrate, de Tuesday Weld et de Dave Brubeck (le fantastique New Frontier ). La production de Gary Katz est pleine d'élans cinématographiques, avec de belles touches luxuriantes quand elles ne sont pas chatoyantes. La musique en elle-même reste dans les teintes pop-jazz fluides trouvées dans les derniers opus de Steely Dan et comme Fagen est accompagné par un sacré aréopage de musiciens en goguette (Jeff Porcaro, Michael et Randy Brecker, Rick Derringer.) Il n'y a pas vraiment lieu de bouder son plaisir. (9.78/10)»
mardi 7 mai 2019
The Durutti Column - The Return of the Durutti Column (1980)

Assez fan de Joy Division et de Factory Records, je me souviens avoir acheté ce disque avec l’appétence d'un petit soldat post-punk et en tous les cas sans vraiment me méfier. Avec sa pochette à la texture granuleuse1 qui rappelait celle d' Unknown Pleasures, un nom pareil et sur ce label-là cela devait forcement être du post-punk raide et de bon aloi. Évidemment, je me fourvoyais dans l'erreur, j'avais choisi ce disque par réflexe envers mes goûts un peu au « doigt mouillé » et sans même le regarder. En le regardant vraiment ou tout du moins en regardant sa pochette de plus près j'aurais constaté qu'au-delà du granuleux un esprit dégourdi (en l’occurrence le très arty Peter Saville) y avait reproduit trois petites aquarelles complètement impressionnistes de l'ami Raoul Dufy. Rien de vraiment joy disionesque en somme 2. La musique gravée sur la galette de celluloïd était comme ça elle aussi : complètement impressionniste. Pas grand chose de raide, des instrumentaux plutôt rêveurs et occasionnellement désolés soulevés par les arpèges en spirale d' une guitare pas vraiment sommaire et assez bien jouée. Parfois une boite à rythmes ou des percussions un peu barloncantes dans le fond et le tour était joué. La production de Martin Hannett (le fou furieux toxicomane responsable du son de Joy Division) donnait à l’ensemble un éclat juste et mystérieux et pour tout dire, même si je m'étais trompé sur la marchandise, cette marchandise eut tout pour me ravir. Pour preuve quelques semaines après l'avoir acheté, ce disque ne quittait plus ma platine. Comme rien ne va jamais sans rien et que tout va surtout par capillarité, je sus assez vite qui était Raoul Dufy (un peintre qui n'en se faisait pas trop) et Buenaventura Durruti (avec deux R et un T). Par contre, j'ignorais encore tout de Viny Reilly, le « responsable » de ce discret chambard. Personne ne parlait de lui et surtout pas Best et Rock & Folk. C'est à la faveur d'un entrefilet paru dans le NME que j'appris deux trois choses sur le bonhomme. A priori, c'était un grand type légumineux et vaguement autiste, un rescapé punk ami du « fraîchement » pendu Ian Curtis et un guitariste très conséquent. Une sorte de Bert Jansch after-punk, ou quelque chose d'approchant. Je ne savais pas qui pouvait bien être ce foutu Bert Jansch mais ma petite lumière était tout de même un peu éclairée et je pouvais écouter The Return of Durutti Column tout en me disant que mon doigt mouillé et mes œillères ne m'avaient finalement pas si trompé que ça. Un disque pouvait donc oublier un peu la raideur être assez impressionniste et finalement de bon aloi
1 La « vraie » pochette originale composée de papier de verre endommageait le disque et fut un gouffre financier pour le label Factory.
2 Les experts me crieront que la seconde face de Closer est globalement impressionniste et ils auront raison de crier.
lundi 29 avril 2019
Scott Walker - Tilt (1995)
L'ami Scott Walker vient de rejoindre la vaste communauté des trépassés et je me demande s'il faut vraiment aimer ce bonhomme-là. Tout du moins, je me demande s'il faut vraiment aimer ses tentatives tardives et en tous les cas ses trois deniers albums : trois aérolithes barloquants et funambulesques qui ont tout pour inquiéter l'auditeur.
« Faut- il aimer le Scott Walker tardif ?» Grande question non ? La réponse n’est pas si simple que ça. Comment aimer ce comble de plombé plombant sans être considéré par le commun des mortels comme un « paraphile » un peu louche ayant pour principal loisir l’écoute répétée et prolongée de musiques sinistres à l’horizon assez peu dégagé ? Prenons l’album Tilt, c'était le premier de Walker après plus de dix ans d'un silence que l'on pourrait qualifier de monacal (pour ne pas dire cénobite). Force est de constater que nous avons affaire à une chose qui ne laisse jamais vraiment son mélomane en paix. De Farmer in the city à The Cockfighter ce ne sont que douleurs et souffrances, tensions et écroulements, décombres et gravats... Le tout formant un continuum attristé, un tædium vitæ désolé, qui passant dans nos esgourdes atterrit on se demande bien où ? Assurément dans ses endroits pour le moins spleenétiques et assez peu ragoûtants que nous avons tendance à cacher au plus profond de notre moi le plus enfoui. Je conclurai doctement en constatant que si le Scott Walker terminal est si effrayant c'est certainement pour la bonne et simple raison qu’il nous ramène sans cesse à nous-mêmes. Savoir s’il faut l'aimer ou non me semble donc une trop vaste question. Autant nous interroger sur les raisons de nos déprimes. Vaste programme !
lundi 25 mars 2019
Bob Dylan - Highway 61 Revisited (1965)

Figurez vous que pour cet album Robert Allen Zimmerman un folk-singer originaire de Duluth (Minnesota) a embauché ni plus ni moins qu' un orchestre de rock’n’roll au grand complet ! Batterie, basse, piano, orgue, harmonica, guitare acoustique, guitare ÉLECTRIQUE, tout le tremblement ! Comme rien ne nous est vraiment épargné les musiciens jouent de leurs divers instruments avec une appétence sauvage et quasi wagnérienne (le pire étant le guitariste ÉLECTRIQUE, un certain Michael Bloomfield) et les neuf chansons que nous devons subir alternent grossièreté à sapidité britannique (Like a Rolling Stone), blues petit-bourgeois (It Takes a Lot to Laugh, It Takes a Train to Cry. ) folk impur faussement engagé (Desolation Row) et rocks à la mode tout juste dignes d'être joués dans un garage éventé ( Buick 6, Tombstone Blues). Je conclurai cette courte notule en disant que je ne prévois pas un grand avenir pour cet artiste qui a indubitablement perdu la saine simplicité de ses débuts. Sacrifier talent et engagement sur l'autel du cynisme branché et du rock’n’roll ne mènera jamais quiconque bien loin.
jeudi 21 mars 2019
Scott Walker - Scott 3 (1969)
C'est le troisième album solo de Scott Walker. Dix des treize morceaux sont des originaux. Les trois autres ont été écrits par Jacques Brel, un auteur-compositeur-interprète belge un poil grandiloquent pourvu d'une bouche fort spacieuse et de très grandes dents. Il y a des moments très intéressants : Big Louise une chanson qui parle du corps lourd et lent d'une prostituée rencontrée au débotté (les paroles assez explicites pourraient choquer les plus bilingues des audiophiles), Copenhague qui ressemble à du primo David Bowie/Bing Crosby mais en mieux et Funeral Tango une chanson bien cruelle écrite par le belge évoqué plus haut et traduite par le très moustachu Mort Schuman. La chanson la plus intrigante reste peut être We Came Through une très courte cavalcade qui sonne comme la rencontre improbable entre un baryton abyssal et et une production western spaghetti du très réputé transalpin Ennio Morricone. Pour le reste, les arrangements de cordes sont globalement coruscants, et même si l'on se perd parfois dans quelques brumes liquoreuses, il n'y a pas vraiment lieu de bouder son plaisir.
samedi 9 mars 2019
Lou Reed And The Velvet Underground (1973)

Quand j’étais petit en vacances sur la costa brava il y avait un bar avec une grande banane super intrigante affichée sur la façade. Ce bar était régulièrement visité par des types massivement bizarres avec des cheveux très longs et gras et des yeux perpétuellement dans le vide. Moi je me contentais de nager dans la piscine en face du bar et de sa grande banane intrigante. Ensuite tout juste sec je descendais dans les petites rues vers la mer où il y avait des salles de jeu tenues par des Allemands antipathiques et des Catalans gominés qui faisaient claquer de bien réelles parties sur d’immenses pinballs en rut. Après et plus loin il y avait toutes ces Hollandaises le sexe caché par du blond comme du soleil avec du sable dedans et après encore plus loin le port de Cadaqués par les petites routes et le retour devant le bar à la banane avec des seringues là qui flottaient dans le caniveau et les types massivement bizarres qui titubaient hagards en sortant du bar avec des airs de décavés tout en traitant un certain Franco de salopard en langue locale. L'Espagne était vraiment un drôle de pays # Presque déjà jeune adulte des années plus tard j'ai compris le pourquoi de ma grande banane catalane en découvrant le Velvet Underground et leur mentor un escroc Rutheno Slovaque de grande envergure. J'ai tout d'abord acheté une compilation qui condensait les deux premiers albums des drogués new-yorkais en un seul. Il n'y avait pas de banane sur la couverture, mais quatre cygnes violets et un soleil très jaune sur une mer d'huile. Cette couverture semblait avoir été volée dans les poubelles des esthètes progressive rock de Jethro Tull et le son du disque était vraiment horrible et comme passé au laminoir. J'ai ensuite acheté le vrai premier album du groupe celui avec la grande banane intrigante que chacun connaît. Le son était toujours épouvantable, mais je m'étais visiblement accoutumé à lui. Quelques mois plus tard je repris même la chanson Sister Ray en me mettant une pince à linge sur le nez pour mieux imiter le drogué en chef Lou Reed quand il chante she's busy sucking on my ding-dong, mais c'est une autre histoire.
dimanche 3 mars 2019
The Stone Roses (1989)

À la toute fin des années quatre-vingts les Stone Roses étaient les leaders, lymphatiques, mais tout de même maximaux, de la scène britannique dite de Madchester (un mot valise agglomérant habilement ville de Manchester et folie douce, aucun rapport avec la schizophrénie et le fromage de chester, les plus malins et polyglottes d'entre vous m'auront compris avant moi et sans moi). En dehors du lexical nos drôles d'oyseaux s'habillaient très large tout en étant un genre d'espèce de phénomène de foire « rock indépendant » mélangeant les guitares des premiers Pink Floyd et autres Byrds (en somme l'early late sixties) avec de larges palanquées de musique de danse toxicomanisée (l'acid house, la rave music ce genre de choses frôlant l'illégalité la plus crasse). Pour tout dire, l'empilement de ces deux époques et de ces deux styles pourtant un poil oxymoriques était presque parfait, les mélopées tournicotaient dans une sorte de transe légère et le chanteur, un jeune gandin nonchalant nommé Ian Brown, marmonnait pas dessus l’ensemble avec une arrogance froide et détachée qui avait tout de la malveillance sans effort. Reni et Mani sorte de Rox et Rouky drogués s'occupaient de la section rythmique (outre le tambourinage Reni remettra au goût du jour le port du Bob ce qui était ultra cool il faut bien le dire), la guitare était tenue par John Squire, un peintre défroqué qui en dehors des riffs lysergo malingres était aussi responsable de la bien jolie pochette (du Pollock aux petits pieds). Trente ans plus tard (putain trente ans !) l'auditeur averti peut encore écouter cet album avec une pointe de satisfaction retorse. I Wanna Be Adored est toujours ce titre qui ne demande pas l'adoration, mais qui l'attend simplement (la basse rampe parfaitement, la guitare de Squire ponctue à l'avenant), I Am The Resurrection ne souffre d'aucun débat c'est une chanson formidable, She Bangs the Drums téléporte le Paisley underground sur le Dance Floor, This Is the One sonne comme un chant de football touché par la grâce... En dehors de l'extraordinaire single Fools Gold (un truc tribalo mancunien indépassable), les Stones Roses ne feront jamais mieux, on s'en fiche assez, l'essentiel était dit.
mercredi 13 février 2019
Bernard Lavilliers - O Gringo (1980)

Bernard Lavilliers est plusieurs fois mon préféré. Tout d'abord, c'est mon Stéphanois préféré (croyez moi, il m'en coûte), ensuite avec Robert Wyatt et Alain Krivine c'est mon gauchiste préféré, je dois aussi dire que c'est mon bodybuildeur préféré et qu'il n'est pas loin d'être mon mythomane préféré. Bref, contre toute attente j'aime assez ce gars-là. Tenez, même si ses nombreux efforts discographiques me passent au dessus de la tête avec la régularité d'un train de luxe entrant en gare de Vladivostok, il m'est tout de même arrivé de presque beaucoup écouter cet O gringo à la belle pochette rigolarde signée Jean Baptiste Mondino. Je me souviens l'avoir acheté au Prisunic de Vénissy le centre commercial des trop fameuses Minguettes à Vénissieux dans le Rhône. À cette époque j'étais un jeune des quartiers populaires (cisgenre et non racisé) un peu « branché » et ce disque pour le moins tropical me changeait des brumes de Sheffield ou de Manchester. Il faut dire qu'avec ses pointures Reggae et Salsa (ni plus ni moins que Ray Barretto!), ses frangines portoricaines et ses bandidos sortis d'un pensum désertique de Glauber Rocha il y avait de quoi être saisi par l’exotisme. Comme l'ami Bernard n'a jamais été étanche à l'esprit du temps, il y avait aussi un titre quasi punk ( le très meatloafien Traffic) et comme c'est, et ce sera toujours un type fidèle il y avait une reprise un peu saumâtre de l'anarchiste monégasque Léo Ferré… Vous allez dire que je me gausse, que mon ton un peu badin me trahit un peu, vous aurez peut être un peu raison, sachez tout de même que grâce à ce disque j'ai découvert Blaise Cendrars et quoiqu'on en dise le globalement chaloupé la ganja les maracas et la prose du Transsibérien ne sont pas rien.
vendredi 1 février 2019
The Doors - Strange Days (1967)

Selon les dires du rédacteur du Guide du disque Akai 1984, la formule utilisée sur ce second album des Doors (en français Les Portes) serait la même que sur le premier album du groupe (sorti la même année en 1967). La musique serait tout à tour lascive et puissante et le chanteur, un certain Jim Morrison (†) serait quant à lui doté d'une voix si sensuelle et chargée d'émotion que ses mots sembleraient comme constamment jetés en défi au visage de l' auditeur, et ce, particulièrement dans la longue pièce qui clôture l'album (When the music 's over). En tant que musicassettophile plus ou moins averti, je ne suis pas tout à fait d’accord avec le rédacteur du Guide Akai du disque 1984 puisque pour ma part je trouve cette longue pièce mixant blues drogué et poésie adolescente assez assommante. Non ce qu'il faut peut-être préférer dans Strange Days (et peut être chez les Doors) ce sont les chansons courtes, ces vignettes frôlant la variété où Morrison croone tel un Sinatra amoindri et où la science du claviériste Ray Manzarek (†) se montre indéniablement à son meilleur. Il suffit d'écouter ces petits berlingots que sont You're Lost Little Girl , Unhappy Girl ou People are Strange pour s'en convaincre aisément.
vendredi 4 janvier 2019
Steely Dan - Aja (1977)

Comme aujourd'hui je suis un peu sans mes mots je laisserai parler Jean Hervé. Ce grand « passeur » jazz-rock salarié par la Fédération Nationale d'Achat des Cadres de Montbrison est un type qui s'y connaît :
« Aja n'a peut être pas pour lui le cynisme ni la musique délibérément stimulante qui distinguait les précédents opus de Steely Dan mais c'est tout de même un album mesuré et texturé, rempli de mélodies ingénieuses et de solos accomplis qui fondent adroitement sur des plans instrumentaux luxuriants. L'obsession de Walter Becker et Donald Fagen pour les détails sonores n'a peut-être jamais été aussi grande et la production impeccable laisse glisser d'une manière fluide et séduisante une belle collection de titres qui fusionnent jazz cool, blues et pop. Les harmonies vocales ne sont pas en reste et offrent, mine de rien, une complexité que l'on ne rencontre guère chez le vulgum pecus du rock ordinaire. Ne maîtrisant pas parfaitement la langue de William Shakespeare et Jaco Pastorius je n'évoquerai pas vraiment les paroles, mais selon l'un de mes amis parfaitement bilingue elles seraient très branchées sur les sourdes réalités du monde avec pour point d'orgue le titre Josie qui exprimerait parfaitement la violence d'un teenager moyen. Pour conclure, je dirai qu'Aja restera comme un brillant exemple de jazz-rock à son meilleur et l'un des seuls disques de l’année 1977 à pouvoir regarder l'horrible invasion punk rock dans les yeux ».
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