C’est seulement l’insondable inertie, la pesanteur de la raison, qui s’oppose à la création d’un monde en dehors des corps – et Brian Wilson voulait être en dehors de son corps. Cela fut certainement l’un de ses problèmes : comment s’extraire de cette enveloppe de chair, et comment tenter de flotter au-dessus ? Comment tenter de conserver un minimum de distance face à son propre corps, avec cette somme de désirs dedans, cette somme de candeur, aussi ? Expérience périlleuse, expérience qui ne laisse rien de sauf en dessous de soi.
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dimanche 15 juin 2025
samedi 17 septembre 2022
jeudi 26 mai 2022
Chambre verte - Cathal Coughlan
"Say goodbye to sadness, now each heartbeat matters, say goodbye to beauty, ruin, rainbows, springtime, death..."
mardi 18 mai 2021
Chambre verte – (Ian Curtis)
Le 18 mai 1980, Ian Curtis prenait la drôle d’idée de se pendre au fil à linge de sa cuisine. Manque de pot il en est mort et est devenu un genre de christ post-punk presque à l’insu de son plein gré. Pourtant, sa suspension fatale ne visait aucune aura mythique, c’était plutôt le geste désespéré d’un type ordinaire simplement rattrapé par ses démons… Ce type ordinaire on peut l’écouter dans l’interview qui suit, je crois que c’est la seule ou tout du moins l’une des seules, pas de tragique, aucun sacrifice sur l’autel des eighties, rien de vraiment christique, beaucoup de factuel, la vie est encore là, la vie c’est parfois pas si mal que ça.
lundi 18 mai 2020
Chambre verte - (Ian Curtis)
Le 18 mai 1980 - il y 14610 jours, 2088 semaines, 480 mois, 40 ans, 4 décades - Ian Curtis a pris la drôle d’idée de se pendre au plafond de sa cuisine à l’aide d’une corde à linge qui ne demandait rien à personne. C’était au petit matin, la météo n’était pas si désagréable que ça pour Manchester et le nord-ouest de l’Angleterre, une alternance de soleil et de nuages, 9°C à 6 heures, pas de vent, une humidité de 71% qui descendra à 49 % sur le coup de midi lorsque Deborah, la femme de Ian, découvrira le corps de son mari suspendu. On imagine que cette découverte fut un poil tragique... Le temps avance bien vite, il n’a jamais avancé aussi vite. 40 ans plus tard que reste-t-il de Ian Curtis ? Un petit sac d’os oublié au fond d’un cercueil enterré dans le modeste cimetière de Macclesfield, une trentaine de chansons à la poésie adolescente un peu pesante, le souvenir d’un type ordinaire dépassé par les événements : un mariage trop précoce, une maîtresse inaccessible et frôlant le pellucide, les intermittences du cœur, la maladie, l’épilepsie, ce « mal noir »... Que reste-t-il de Joy Division ? Une curieuse coalescence, la rencontre fortuite autour d’une table de mixage de quatre punks mal dégrossis et d'un toqué de studio (l’entité fulminante Martin Hannett), le flair de deux entrepreneurs post-situs (Tony Wilson et Alan Erasmus), le savoir-faire et le goût d’un graphiste hors normes (Peter Saville). En somme loin d'un quelconque culte idiot, il reste de l’alchimie.
samedi 18 mai 2019
Chambre verte - Ian Curtis

« Love’s fire heats water, water cools not love. »
Une première version de Love Will Tear Us Apart avait été enregistrée le 8 janvier 1980 aux Pennine Sound Studios d'Oldham (il y 14375 jours) mais c'est celle enregistrée début mars 1980 aux Strawberry Studios de Stockport qui fera date et finira par sortir le 20 juin 1980 (il y a 14211 jours). Ian Curtis s'était pendu le 18 mai 1980, 33 jours plus tôt, au petit matin, au petit gris et c'est cette vraie chanson, cette réponse torturée au Love Will Keep Us Together de Captain & Tennille qui restera le seul tube de Joy Division valable sur le marché. Comme aujourd’hui, 14244 jours après la fameuse suspension tragique de qui vous savez je suis un peu sans mes mots je n'en dirai pas plus. Je laisserai plutôt parler une Marguerite (pas Marguerite D, mais l'autre) à ma place. Rien de post-punk, il n'est pas question de rupture amoureuse, la chambre remplace la cuisine, la lame remplace la corde à linge, mais le ton est là : « Ainsi respire un coureur épuisé qui atteint au but. La nuit était tombée, sans qu’il pût savoir si c’était en lui ou dans la chambre : tout était nuit. La nuit aussi bougeait : les ténèbres s’écartaient pour faire place à d’autres, abîme sur abîme, épaisseur sombre sur épaisseur sombre. Mais ce noir différent de celui qu’on voit par les yeux frémissait de couleurs issues pour ainsi dire de ce qui était leur absence : le noir tournait au vert livide, puis au blanc pur ; le blanc pâle se transmuait en or rouge sans que cessât pourtant l’originelle noirceur, tout comme les feux des astres et l’aurore boréale tressaillent dans ce qui est quand même la nuit noire. Un instant qui lui sembla éternel, un globe écarlate palpita en lui ou en dehors de lui, saigna sur la mer. Comme le soleil d’été dans les régions polaires, la sphère éclatante parut hésiter, prête à descendre d’un degré vers le nadir, puis, d’un sursaut imperceptible, remonta vers le zénith, se résorba enfin dans un jour aveuglant qui était en même temps la nuit. »
vendredi 17 août 2018
Chambre Verte - Aretha Franklin
Aretha, Spooner Oldham, Dan Penn, Chips Moman, Peter Guralnick, Sweet soul music...
« Spooner Oldham, le gringalet qui jouait des claviers, connu pour ne jamais jouer les mêmes lignes musicales et pour être peu enclin aux superlatifs, ne tarit pas lui non plus d'éloges sur cette session. "J'avais été engagé pour jouer du clavier. Elle se tenait devant le micro et chantait. Elle nous montrait cette chanson, alors que Wexler était en train de monter les quelques marches qui menaient à la salle de contrôle, elle a joué cet accord magique au piano, et je suis resté paralysé. J'ai dit à Wexler : ' Écoutez je ne cherche pas à me défiler, je sais que j'ai été engagé pour jouer du piano, mais j'aimerais que vous la laissiez en jouer, et je pourrais me trouver un orgue électrique.' C'est comme ça que ça s'est passé. C'était un geste honnête, bon, et sans doute une des meilleures choses que j'aie jamais faite – et j'en ai fait, des choses.. " C'est alors, selon Dan Penn, que Spooner inventa "ce petit bourdonnement tout bête joué avec trois doigts" sur son épinette Hammond. Ils travaillaient sur une chanson qu'avait apportée Aretha, I Never Loved a Man (The Way I Love You ) œuvre d'un songwriter excentrique de Detroit nommé Ronnie Shannon. Elle n'avait à sa disposition qu’une démo de Shannon en train de chanter en s'accompagnant au piano, sans mètre ni mélodie discernable. Aretha était apparemment la seule personne dans la salle à savoir où elle voulait aller avec cette chanson, car, d'après Spooner, "personne, moi y compris, ne pouvait la jouer. On s'est vraiment pris la tête dessus. Finalement j'ai trouvé un petit riff au piano électrique.l Chips a tout de suite compris qu'on touchait au but. Il s'est écrié : 'Il a trouvé, il a trouvé !' Et à partir de là, il n'a fallu que quelques prises pour que le morceau devienne cohérent."
(…) C'était l'un des morceaux les plus importants de l’histoire du rhythm & blues, et en fait de toute l'histoire de la musique vernaculaire américaine. Sous tous ses aspects, de la délicate introduction au piano électrique de Spooner et des éclats acérés de la batterie au sourd et omniprésent contrepoint de la basse et enfin à l'apparition du piano gospel d'Aretha, martelé par vagues sonores, cette chanson était un chef-d'œuvre, tant dans sa conception que dans les sentiments exprimés : elle employait les modulations dynamiques les plus subtiles pour suggérer des élans spontanés et abrupts, faisait se dresser l'un contre l'autre un chant d'une pureté et d'un transcendance absolues et un texte qui disait : "You're no good heartbreaker, / You're a liar and you're a cheat / I don't know why I let you do these things to me "... »
(Peter Guralnick, Sweet soul music : Rhythm & Blues et rêve sudiste de liberté)
vendredi 18 mai 2018
Chambre verte - Ian Curtis

Dans les mémoires de Peter Hook Ian Curtis est presque un type normal, un lad du nord capable d'enquiquiner son entourage avec les pires blagues potaches. Il jette des asticots et des souris en l'air bois plus ou moins quelques pintes de pisse et fait manger un sandwich rempli de merde à l'un des roadies de Joy Division. Comme tout bon rocker bas de plafond, il casse un peu ce qui traîne autour de lui tout en rigolant comme un dératé. Pendant les sessions d’enregistrement d'Unknown Pleasures saisie par l'humidité ambiante il s’assoit sur un radiateur et attrape des hémorroïdes grosses comme des poings de crémière, tout le monde trouve cela très drôle… Bref, c'est un type souvent assez loin du christ post-punk que l'on est censé « célébrer » tous les 18 mai que Dieu fait. Peut être qu'après tout sans son épilepsie (son haut mal), les intermittences d'un cœur pour qui l'amour était beaucoup plus que l'amour et un goût un peu saumâtre pour les films de Werner Herzog il serait devenu un anglais rougeaud et bedonnant à l'instar de ses anciens camarades de jeu. J'ai quelques doutes, mais c'est une piste à creuser.
vendredi 5 janvier 2018
Chambre verte - Aharon Appelfeld
« Aujourd’hui encore, on s’accorde à prendre les Juifs pour des créatures habiles, retorses et pleines de finesse, qui auraient engrangé toute la sagesse du monde. Vous ne trouvez pas fascinant de voir comme il a été facile de les berner ? Il a suffi de subterfuges simplets, pour ne pas dire enfantins, pour les parquer dans des ghettos, les affamer des mois durant, les leurrer de faux espoirs, et finir par les faire monter dans les trains de la mort. C’est cette ingénuité qui s’imposait à moi lorsque j’écrivais Badenheim. J’y trouvais la quintessence de l’humanité. Leur aveuglement, leur surdité, leur nombrilisme faisaient partie de cette ingénuité. Les assassins, eux, étaient pragmatiques et ils savaient ce qu’ils voulaient. L’ingénu est toujours un shlemazl, un lourdaud victime du malheur, qui n’arrive jamais à entendre à temps les signaux de danger, qui s’embrouille, se prend les pieds, et finit par tomber dans le piège. Ces faiblesses m’ont enchanté, je m’en suis épris. Le mythe qui veut faire des Juifs des manipulateurs tirant les ficelles du monde s’est révélé quelque peu surfait. »
vendredi 15 septembre 2017
Chambre verte - Grant Hart
Au début on était sans doute un groupe punk, et maintenant on joue plutôt bien...
jeudi 18 mai 2017
Chambre verte - Ian Curtis
Le 18 mai 1967, Emil Cioran croit fermement que s'il a pu tenir le coup jusqu’ici, c’est parce que devant chaque tristesse il aura opposé une tristesse plus grande encore pour la neutraliser, l’amadouer : « pour ne pas succomber au premier abattement, je m’en suis imposé un second plus fort ». C’est la salutaire politique du pire, – salutaire pour lui en tout cas. C’est une méthode qu’il est difficile d’appliquer, mais elle est la seule pour ceux qui se voient assaillis presque journellement par des accès de découragement : « En enfer, pour m’en accommoder, je demanderais qu’on me fît passer d’un cercle dans un autre et qu’on les multiplie indéfiniment : un autre pour chaque jour, avec toutes sortes de nouvelles tortures. »
Le 18 mai 1980, Ian Curtis s'est pendu, certainement parce qu'il n'aura pas su opposer une tristesse plus grande à l'une de ses grandes déprimes passagère, c'était il y a 37 ans, presque l'âge de notre nouveau président de la République.
mercredi 28 décembre 2016
Chambre verte - Pierre Barouh
« Sur les petits chemins de terre - On a souvent vécu l'enfer - Pour ne pas mettre pied à terre - Devant Paulette. »
mercredi 18 mai 2016
Chambre verte - Ian Curtis
18 mai. Échoué au Monténégro sur les lèvres des Bouches de Kotor, c'est donc ici qu'il me faut « célébrer » le trente-sixième anniversaire du bien inopportun trépas de Ian Curtis. Je le fais par habitude et sans grand entrain, mais je le fais tout de même, il faut savoir rester fidèle.
« Et les Bouches de Cattaro, où l’on n’en finit plus
De suivre toujours la mer au milieu des montagnes
Crénelées d’inaccessibles citadelles vénitiennes.
O Cattaro, petite boîte, petite forteresse qu’on donnerait
Pour les étrennes à un enfant (il n’y manque pas même
Le poste des soldats verdâtres à la porte) ;
Petite boîte de construction, mais toute pleine
D’une odeur de rose venue on ne sait d’où »
lundi 18 mai 2015
Chambre Verte - Ian Curtis
Météo idéale, ciel céruléen, température parfaite, je me suis égaré en pleine Mer Égée quelque part entre les îles de Naxos et Santorin et c'est ici qu'il me faut «commémorer» la mort de Ian Curtis le 18 mai, 1980 il y a déjà 35 ans (3 Decades and five years). Écouter une nouvelle fois la seconde face de Closer dans une telle atmosphère me paraissant un tantinet antinomique je me suis contenté de réécouter deux titres jamaïcains qui auront quoiqu'on en pense diablement influencé Ian Curtis. Le premier titre Turn The Heater On est une merveille de Keith Hudson un Reggae frigorifié qui se réchauffe à petit feu (quoi de plus normal pour celui que l’on surnommait The Dark Prince of Reggae), le second titre est un extrait d' East of the River Nile le plus beau disque du très grand Augustus Pablo, une ode à l’empereur Hailé Sélassié (Jah me tambourine!) dont l'air pourrait résonner à deux trois mélodicas près comme une chose fermée de la division de la joie. Je me contenterai de ces deux bricoles-là, cela me semble un bel hommage. Pour le reste la bande passante venant à manquer, je vais vous quitter, mais sachez que les souvenirs sont là.
dimanche 22 mars 2015
Solitude de l'audionaute de fond (10)
15 mars 2015. Vince Guaraldi – The Eclectic Vince Guaraldi (1969). Je vais certainement faire sursauter les puristes jazz qui ne voit en lui qu'un vil « accompagnateur » vendu au grand capital mainstream, mais il se trouve que j'aime beaucoup Vince Guaraldi. Tout Vince Guaraldi, ses débuts avec le vibraphoniste Carl Tajder, ses fricotages west-coast, ses tentatives bossa et latino, ses partitions nostalgiques au service de Snoopy, Peanuts et Charlie Brown… Cet album terriblement au milieu de la route, complètement crossover, ravira les impuristes. On y trouve un peu de tout, des trucs latinos-jazz, des bidules jazz-latin, des bossa au rabais, de belles vignettes de chez Charles Monroe Schulz (je suis assez Charles Monroe Schulz) et surtout des raccommodages pop : Yesterday (de qui vous savez), The Beat Goes On de Sonny and Cher, Reason To Believe et Black Sheep Boy de Tim Hardin. Guaraldi chante avec une belle voix râpeuse, les arrangements sont parfaits, un peu suaves, que demander de plus ?
16 mars 2015. Norken – Soul Static Bureau (1999) Assez las, je parcours mon semblant de discothèque d'un regard morne en espérant tomber sur un disque enthousiasmant que j'aurai eu le culot d'oublier. Les choses étant ce qu’elles sont et ma vision périphérique étant ce qu'elle est, je tombe inopportunément sur cet opus d’électro-techno. C'est le premier disque sorti par Lee Norris sous le nom de Norken (Lee Norris est également responsable du « projet » Métamatics). Une musique minimaliste que l'on pourrait voir s'élever au-dessus d'un dance floor anémié. Synthétiseurs analogiques, hand claps habiles, bleeps minimaux, froideur détroitienne dans les pas de Carl Craig et Kenny Larkin. Un peu amniotique à la longue, pas vraiment mauvais.
17 mars 2015. Navigué sur YouTube avec l'impression que tout était à ma disposition. Résultat me voilà presque désœuvré. Néanmoins deux trois perles : quelques démos d'Ellie Greenwich (Call Me His), le titre le plus groovy de Roy Ayers (We Live In Brooklyn), un titre de UK bass pour me maintenir dans l’illusion que je suis toujours jeune et à la page (Braille – Everyone's Crazy), un bidule électro saumâtre par des Suédois neurasthéniques pleins de trémas (Född Död – De Ensammas Hus), quelques morceaux de post-punk polonais dont je vous pardonnerais l'écoute.
18 mars 2015. Jesse Belvin – Mr.Easy (1960) Le destin tragique de Mr. Easy, triste histoire, mort à 28 ans, sur le bord d’une route, assassiné en couple par une automobile bilieuse, — ne conduisez pas, il y a trop de risques — . Jesse Belvin un autre Sam Cooke un autre Otis Redding, plus secret, plus ordinaire, moins mythique, venant avant les autres… Plus compliqué aussi, Belvin un songwriter prolifique… mais dilettante, très dilettante... tellement dilettante ; il écrit des chansons, des dizaines et des dizaines qu’il ne monnaye pas plus que 100 dollars pièce, des chansons écrites en cinq minutes, dans une voiture, sur un banc, dans la cuisine… allez savoir ?!
Et puis lassé d’être un vague artisan en équilibre sur les bords d’une industrie bien réelle, il saute, il chante, oui c’est un chanteur, un vrai, un crooner magnifique, avec une voix magnifique : Goodnight My Love avec dans le fond un pianiste âgé de 11 ans, le déjà incontournable Barry White, Guess Who merveille écrite par sa femme Jo Ann, plus qu’un cadeau, un phénomène en suspension, plus qu’un one-shot doo-wop non une merveille, une vraie. Il chante et chante encore (procurez-vous les compilations) il est Mr. Easy, un type cool, un vrai…
Mr. Easy c’est justement le titre de l’un de ses seuls vrais albums, un album que les esprits chagrins trouverons peu représentatif : trop crossover, trop blanc, trop joli… trop Sinatra, trop Nat King Cole et Billly Eckstine … pas assez Sam Cooke, pas assez noir, pas assez non-produit… Les esprits retors ravalent bientôt leur mauvais chagrin, c’est un disque formidable, un vrai disque de studio comme il y a de vrais films de studios (un disque RCA, comme il y a des films RKO) superbement arrangé par Marty Paich, avec Art Pepper au saxophone, Jack Sheldon à la trompette, deux magnifiques souffleurs. Oui une merveille, une vraie, un fil d’or où Jesse Belvin est conscient de ses propres limites, oui il sait que sa voix ne sera jamais aussi riche que celle de Sinatra, qu’elle ne volera pas comme celle de Sam Cooke, oui il le sait, alors il l’utilise à sa juste mesure cette voix, veloutée expressive dans Blues In The Night, duveteuse sur les cuivres (In The Still Of The Night) nonchalante et dans la soie (Makin' Whoopee) toujours distante, mais dans l’émotion, comme dans cette belle version de The Very Thought Of You, un voix qui pourrait vous faire pleurer sans pouvoir elle-même pleurer, tout est là, c’est le secret.
Jesse Belvin ne pourra pas écouter ce disque qui ne sortira qu’après son bien inopportun trépas automobilistique. Sam Cooke signera chez RCA, il y aura d’autres disques, superbement produits, superbement chantés, il y aura A Change Is Gona Come cette pierre angulaire, mais il ne faut pas oublier les premiers tailleurs de pierres…
Art Pepper – Winter Moon (1980) Sorti deux ans avant sa mort ce disque réalise l'un des rêves d'Art Pepper : enregistrer au milieu d'un joli ensemble de cordes coruscantes et de falbalas chamarrés. Unfortunately le résultat n'est pas si concluant que ça. Sept titres solides, mais des arrangements trop sages, trop propres, trop javellisés, pas trop coruscants pas trop chamarrés. On se réconfortera en constatant que le jeu de Pepper n'est lui en rien javellisé (Enregistré en trio la même année l'album Straight Life me sied davantage. Versions magnifiques de Nature Boy et September Song).
19 mars 2015. La saison est rude, tristesse, Michael Brown petit maître de la pop baroque est mort. Certains voyaient en lui une sorte de Paul McCartney vraiment réussi. Je ne sais pas (McCartney me semble globalement assez réussi), en tous les cas j'aimais assez Left Banke et cette façon de faire monter les épinettes et autres clavecins au-dessus de chansons qui n'étaient simples que d’apparence (on me parle de quintes diminuées et autres fariboles). Montage son autre projet baroque pop était également très bien (Michael Browne aura aussi créer les Beckies un groupe power-pop plus tardif qui n'était pas si mal que ça).
20 mars 2015. Tony Fruscella – Tony Fruscella (1955) J'aime Audrey Hepburn, l'élégance feutrée de Richard Quine et le spleen éraillé de Tony Fruscella. Suis-je normal ? Comme il est ici surtout question de musique je ne parlerais que du troisième, l'un des beau loser jamais porté par la planète jazz (qui en compte pourtant beaucoup). Une carrière erratique dans l'ombre des plus grands (deux sessions avec Gerry Mulligan, deux semaines derrière Lester Young, huit mois avec Stan Getz). Miné par l'alcool et la drogue il disparaît précocement de la scène jazz, fait de réguliers passages en prison, se liquéfie d'hôpital en hôpital, devient sans domicile fixe et meurt en 1969 à l'âge de 42 ans, laissant derrière lui trois enfants oubliés et quelques rares traces discographiques. Ce disque par exemple, son seul en tant que leader, une merveille. Comme je suis un peu sans mes mots je laisserai parler d'autres qui vous décriront très bien le style de Tony Fruscella à ma place : « L'interprète, quant à lui, dispense un spleen unique, entraînant volontiers dans un plongeon sans retour. il faut dire que le timbre de la trompette qui s'éraille toujours au moment opportun du discours, comme une ponctuation, ou le phrasé de l’instrumentiste, flottant en permanence, sont les arguments irréfutables d'un séducteur pervers qui engendre la mélancolie. À quoi on peut ajouter peut-être, le goût du musicien pour les tempos lents et même ralentis et les mélodies tendres et sereines qui d'être ainsi hyperexposées et comme suspendues, basculent, en effet du côté de la douleur, mais légère et délicate, celle-ci, masquée, jamais vraiment dite. Plus que soliste, Fruscella est créateur de climats et de couleurs, qui se résument d'ailleurs en gris et noir : un montreur d'ombres » (Xavier Daverat, Jean Louis Comolli, Dictionnaire du jazz)
21 mars 2015. Connie Converse – How sad, How Lovely (2009) J'ai fait tomber mes maracas puis j'ai raté l'éclipse, elle était là, mais le brouillard aussi. Désemparé je suis rentré chez moi où j'ai écouté le disque de Connie Converse. Enregistré en 1954 par une trentenaire aux airs d'institutrice dépressive c'est un aérolithe comme on en rencontre peu. De courtes vignettes, des ballades hors d'âge aux paroles poignantes, un disque lumineux et triste que l'on classera simplement entre celui de Sibylle Baier et celui de Molly Drake. L'histoire de Connie Converse mériterait d'être racontée en longueur, je n'en ai ni l'envie, ni la force, cependant vous pouvez vous faire une petite idée en lisant ces quelques éléments biographiques rassemblés ici. Vous pouvez aussi lire les quelques mots que Connie Converse aura laissés en s'éclipsant de la surface visible de la Terre en 1974 : «This is the thin, hard sublayer under all the parting messages I’m likely to have sent: Let me go. Let me be if I can, let me not be if I can’t…Human society fascinates me and awes me and fills me with grief and joy. I just can’t find my place to plug into it».
dimanche 15 mars 2015
Solitude de l'audionaute de fond (9)
8 mars 2015. Ian Gomm — Summer Holiday (1978) Ian Gomm ne paye pas de mine, il ne ressemble formellement pas à grand chose. Un rouquin même pas cynique, auburn non dépravé, homme acajou et presque plaisant. Quand Ian Gomm tousse le monde ne titube pas, c’est un être discret, straight et bien peigné, qui a dû roussir encore un peu plus le jour de 1971 où le New Musical Express l’a élu : « Best Rhythm Guitarist of The Year ». Vous avouerez que tout cela pose son homme… et son guitariste rythmique. Dans ce moment pourtant très dépeigné là, 1971 donc, Gomm était première guitare sportive chez les séminaux Brinsley Schwarz ; il y pirouettait autour de Nick Lowe et comme chacun connaît comme sa poche percée ce maître-cylindre Pub-Rock qu’était Brinsley Schwarz, je ne referais donc pas l’histoire...
L’album qui nous concerne vient, lui, plus tard, en 1978. Au dos de la pochette, on peut voir la famille Gomm en plein air et en mise heureuse et estivale, les seventies finissantes il y avait encore des saisons. La musique de Summer Holiday est comme son dos de pochette, estivale; le doux rayonnement d’un soleil gallois, pas encore hâlée, loin du mordoré, une succession de pop songs suaves et sans aspartame comme chez les early fab four (Dirty Lies, Airplane, You Can't Do That…) des rocks pas compliqués à écouter sur la route, le coude au soleil (That's The Way I Rock'n Roll) une belle cover de Chuck Berry (Come On) du Bo Didley avec les moyens du bord (Images). Comme il faut toujours des ballades, il y a donc une ballade contente d’elle-même comme du Randy Newman sans piano (Another Year) et pour finir avec de l’impeccable : Hold On, genre d’espèce de sorte de sommet accidentel en plein milieu de la route. Avec cette chanson Ian Gomm aurait pu finir tel le vulgum One Hit Wonder de base : le nez dans le vertugadin; il n’en sera rien… Vous pouvez écouter ce disque, c’est avec les deux, trois très bons de Nick Lowe, l’un des meilleurs fruits à être sortie de la corbeille Brinsley Schwarz.
9 mars 2015. Skip James – A Tribute To Skip James (1964) Skip James ne jouait pas sur une guitare métallique, il n'employait pas de bottleneck non plus, sa voix de tête partait le plus souvent dans des phrases musicales plus complexes que mon genou gauche et prenait alors des teintes andalouses et quasi arabisantes. On pourrait presque dire que dans la tradition du blues du delta il était l'un des plus intrigants, pour le moins. Pour s'en convaincre on écoutera cet album enregistré lors de sa « redécouverte tardive », un son presque propre, moins de patine que dans les sessions séminales de 1931, mais des merveilles à revendre (Illinois Blues, Cypress Blues…) et une version de Spécial Rider Blues bouleversante.
10 mars 2015. On commencera par une merveille extraite de l'impeccable documentaire Jazz on sommer' s day (le grand classique du docu jazz diurne), Louis Armstrong, Jack Teagarden et le casting de Mad Men en arrière-plan… On poursuivra avec un drôle d'écho entre Horace Silver et Steely Dan, le Song For My Father de l'un et le Rikki Don't Lose That Number des autres, suis-je le seul à trouver quelques ressemblances entre les deux ? On finira par Grant Green et son Sookie Sookie, dix minutes de swing entraîné par une guitare tonitruante et un orgue totally soulful.
11 mars 2015. Metro – Metro (1977) Duncan Browne ? Une grande cause perdue ! Deux premiers disques baroques et pop un peu à l'ouest de Nick Drake et des Zombies : Give Me Take You (1968) et Duncan Browne (1973), deux autres disques plus problématiques frôlant les pattes glutineuses du prog-rock : The Wild Places (1978) et Streets of Fire (1979), un disque tardif, tellement tardif qu'il est même posthume : Songs of Love and War (1994). Au milieu de cette discographie qui oscille entre le doucement crucial et le dispensable cet album en duo avec Peter Godwin sous le nom de Metro. Rien de foudroyant, mais des chansons agréables qui flottent joliment sur des restes glam-rock, un peu Bowie second lot, assez Roxy amoindri, mais de l’élégance, toujours.
12 mars 2015. Duke Ellington – Piano in The Foreground (1961) Ellington au piano et en trio loin des Big Bands tapageurs. Un disque secret et méconnu, plein de tranquillité, de discrétion, de subtilité… Quelques standards retravaillés avec le plus de simplicité possible (Body and Soul, Summertime…), des improvisations quasi monkiennes, des compositions personnelles qui tendent à l'ellipse avec une économie de moyen comme on en rencontre peu (So)
En complément Ellington et Louis Armstrong distille un merveilleux Solitude. C'est un titre extrait de leur premier album commun (The Great Summit 1961)
13 mars 2015. Kevin Ayers est mort, Davied Allen est mort, mes hippies préférés se font la malle. Allen très malade depuis quelques mois aura attendu un vendredi 13 pour vraiment partir. Au-delà de la tristesse qui pourrait me tenailler un petit peu, voilà les faits saillants d'un carrière plus bananocosmique que mon genou gauche : « J’ai deux façons de jouer de la guitare, Rude and Banana et Camembert. Quand je suis pourri, je suis très camembert. Quand je suis pur, c’est plutôt Banana » Croquignolet non ? Daevid Allen était un authentique doux dingue. beatnik australien téléporté en Europe au début des années 60, il vit un temps sur une péniche à Paris, rencontre Robert Wyatt et Kevin Ayers à Majorque, et c'est avec eux qu'il crée bientôt les « séminaux » Soft Machine. Toute une histoire et des choses drôlettes comme s'il en pleuvait ! Allen se produit sur scène coiffé d’un casque de mineur lampe frontale allumée, il sautille un peu partout tel un Ubu lymphatique.... Après une tournée en France il est refoulé par des douaniers britanniques passablement inquiétés par son aspect de freak excentrique. Pas plus décontenancé que cela il s'exile en France où il enregistre deux albums au débotté, le primo gongesque Mystic Sister (1970) et le formidable Banana Moon (1971) avec Robert Wyatt qui gazouille sublimement dans le fond (Memories). C’est lui qui tient la guitare très camembert rude and banana sur l’album Obsolete (1971) de Dashiell Hedayat. Il vit en communauté dans une ferme de l’Yonne et c'est là que commence bientôt l’aventure Gong. Une sorte de tribu baba cool qui écumera l’Europe seventies de concerts capricants en gigs fumeux, drôle et grande aventure, fumette rigolote et « amour libre » à tous les étages. Tout ayant une fin Allen se fatigue un peu de Gong et du toutim bananocosmique qu'il avait lui-même crée. Il trouve refuge dans les îles baléares, il s'y ressource à petits coups de fumette en compagnie de Kevin Ayers et réapparaît en 1977 avec un album extraordinaire (Now Is the Happiest Time of Your Life) puis en 1978 où en pleine période punk il invente le Hippie-Punk (ce qui n'est pas rien). On le voit fricoter avec les anarcho-punks d' 'Alternative TV , sous le nom de Planet Gong il enregistre avec le groupe Here & Now et il tente dit-il : « de combiner le coté rapide et bruyant du punk avec l’élément planant » Évidemment avec un tel programme le succès n'est pas vraiment au rendez-vous et il se retrouve bientôt sans argent. en 1982 il rentre donc à Melbourne où il devient chauffeur de taxi! Imaginons un hypothétique dialogue avec l'un ses clients interloqués : « J’ai deux façons de conduire mec : Rude and Banana et Camembert. Quand je suis pourri, je suis très camembert. Quand je suis pur, c’est plutôt Banana, pourquoi tu me regardes comme ça mec ? » Le reste de la carrière de l'ami Allen m'a un peu échappé, je sais seulement qu'il aurait eu la drôle d'idée de filmer et enregistrer son propre suicide sur scène et qu'il a sorti une kyrielle de disques que je n'ai pas eu le courage d'écouter, les imaginant comme la queue de comète d'un acid freak perdu pour la science…
14 mars 2015. Marc Almond –Violent Silence (1986) Cinq titres tournicotant aimablement autour de George Bataille, l'une des meilleures choses jamais produites par Marc Almond. Orchestration minimale, un piano, des cordes menaçantes, des percussions xylophoneuses, surtout la voix de Marc Almond, une voix de freluquet emporté dans un cabaret fatal. Très bon.
dimanche 18 mai 2014
Chambre verte - Ian Curtis
« Heart and soul, one will burn. »
La journée était si belle, un ciel céruléen, une température estivale et des senteurs grasses et musquées qui montaient un peu partout. C’est bien simple sautillant dans mon propre contentement j’ai failli oublier que Ian Curtis était mort un 18 mai, il y a 34 ans déjà. J’imagine que ce 18 mai là, son 18 mai à lui devait être moins lumineux. La veille au soir sa femme Deborah l’avait quitté, le laissant seul avec ses démons et après une dernière crise d’épilepsie, au petit matin, au petit gris, il s’était pendu dans sa cuisine. Vous pensez bien que moi qui viens 34 ans trop tard j’ai l’air malin avec mon petit halo printanier. Pour ma peine je vais réécouter Closer et Heart and Soul, l’âme et le cœur d’un quasi gamin que l’on aurait dû soigner et aimer vivant avant de le vénérer mort.
dimanche 5 janvier 2014
The Everly Brothers - Songs Our Daddy Taught Us (1958)

2014 commence mal. Phil Everly est mort. Dans le drôle de couple incestueux formé par les deux frères c’était le plus jeune, le plus blond, certainement le plus féminin et le moins apte aux frasques diverses et variées. Il préférait laisser les solos, la mauvaise humeur et les amphétamines à son aîné le faux petit dur de la fratrie, le baryton. Tiens en « hommage » histoire d’accompagner Phil dans sa toute nouvelle chambre verte vous pourriez réécouter Songs Our Daddy Taught Us, le second album des frangins cristallins. La guitare de Don, une contrebasse, un formidable spicilège de standards country and western et puis cette symbiose extraordinaire entre ces deux voix d’enfant de cœur seulement séparées par un quart de ton. Des voix qui montent, qui s’entremêlent pour ne devenir plus qu’une. Presque un miracle à écouter seul à l'abri de la pluie, mais avec une petite larme au coin de l'œil.
samedi 18 mai 2013
Chambre verte - Ian Curtis
« Je passe mon temps à conseiller le suicide par écrit et à le déconseiller par la parole. C'est que dans le premier cas il s'agit d'une issue philosophique ; dans le second, d'un être, d'une voix, d'une plainte... » (EMC)
18 mai. Il pleut encore. Il pleut depuis environ deux cents jours. Ian Curtis s’est pendu un autre 18 mai, le 18 mai 1980, il y a 33 ans (12053 jours christiques). Une journée pluvieuse ? Peut-être pas, Manchester est certainement moins humide au printemps. En tous les cas, le 18 mai 1980 tombait un dimanche comme s’il ne pouvait pas tomber un autre jour. Le 18 mai 1980 Ian Curtis s’est pendu, le Mont St-Helens s’est réveillé et Charles Trenet à fêté son 67e anniversaire (J'imagine que pour l’occasion il a du boire une coupe de champagne tout en rosissant légèrement). Les années 80 arrivaient et tout allait changer. Ian Curtis n'était plus là mais Joy Division ne serait plus ce groupe sinistre écouté par trois pelés et un tondu. Le « mythe », idiot, pouvait commencer. Il perdure.
jeudi 2 août 2012
Chambre verte - Chris Marker
« La première image dont il m’a parlé, c’est celle de trois enfants sur une route, en Islande, en 1965. II me disait que c’était pour lui l’image du bonheur, et aussi qu’il avait essayé plusieurs fois de l’associer à d’autres images - mais ça n’avait jamais marché. II m’écrivait : «… il faudra que je la mette un jour toute seule au début d’un film, avec une longue amorce noire. Si on n’a pas vu le bonheur dans l’image, au moins on verra le noir.»
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