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lundi 23 septembre 2013

Slovenly - Thinking Of Empire (1986)


 
Il y a une petite trace de Slovenly qui traine sur internet. C’est un vieux bout de reportage où l’on voit le groupe jouer en bord de mer. Les musiciens sont assez mal fagotés, mais la musique est presque bien. Dans un genre très anguleux au milieu des embruns ce petit groupe SST globalement oublié ne casse certainement pas trois pattes à un canard boiteux  mais il a tout pour réjouir en pire les amateurs de post punk raide et gris. Thinking Of Empire est leur meilleur album. Le chanteur psalmodie à côté des musiciens, un peu comme le légumineux Morrissey avec les Smiths. La musique n’a cependant rien à voir. Un mélange assez hasardeux de punk hardcore californien, de Wire et de Television, un bout de déconstruction pêché chez Red Crayola et Captain Beefheart, quelque chose s’approchant d’autres anguleux embrumés  (les Wedding Present, la petite troupe C86 ...).  Bref que de bons renvois et un alliage bancal quasiment réussi.




dimanche 23 septembre 2012

Kristen Nogues - Marc'h Gouez (1976)

 

 Ce silence a duré trop longtemps. C’était un silence effroyable. Un silence rempli jusqu’à la gorge. Un silence sans calme ni quiétude avec tous les inconvénients du silence mais sans aucun de ses avantages. Il m’a fallu tourner bien des fois à son intérieur même pour que celui ci à longue finisse par me piquer d’abattement, de mélancolie, d’ennui. Me piquer pour que je ne me noie pas et que je réémerge comme on réémerge d’un long coma volontaire. Me voilà donc mollement réveillé, faiblement loquace et encore un peu engourdi, faisant tourner une langue qui au propre comme au figuré reste encore empâtée. Alors, parler de quoi ? Du temps qu’il fait ? Du temps qui passe ? De la vie et des « contacts humains » ? Ce genre de choses étant tellement embarrassantes et globalement compliquées je ne m’y risquerais certainement pas. Tiens parlons plutôt de musique, cela n’engage en rien, et cela pourrait être une forme de rééducation tout à fait plausible. Prenons un disque au hasard, prenons ce disque de Kristen Nogues. Il n’a de prime abord rien pour lui - Alan Stivell, harpe celtique, communauté bretonne bretonnante, coopérative d'expression populaire – c’est pourtant une sorte de merveille fantomale avec une atmosphère étrange, une voix cristalline, des chuchotements doux et la constante impression de flotter au cœur d’une forêt mystérieuse soulevée par l’hélium. Bref un vrai bonheur pour bavard solitaire. Voilà vous pouvez l’écouter, il est certainement introuvable en vinyle d’origine, mais disponible dans certaines officines distillant en version compressée. Pendant que je vous tiens et que j’ai la langue encore un peu levée sachez que vous pouvez aussi écouter Matthew Young (Traveler's Advisory), le Dulcimer remplace la Harpe celtique, je vous en parlerais peut-être un jour, c’est un très bon disque aussi.



samedi 21 août 2010

Debris' - Static Disposal (1975)



La multitude de disques qui sort là en 2010 vous assomme avec une régularité tout autant helvétique que chronométrique ? Vous êtes curieux ? Vous avez l’esprit ouvert et n’êtes pas un habitué des « niches » ? Vous avez envie d’enquiquiner vos voisins en écoutant très fort de la musique ? Voilà ce disque est fait pour vous !

Résumons : 1975, Chickasha dans l’Oklahoma. Une époque molle pour une ville qui ne semble pas exister, les Debris enregistrent ce machin en 10 heures. Il sonne comme une démo concassée avec quelque chose de vaguement dada dans le fond. En l’écoutant en pense aux premiers efforts de Pere Ubu, à Chrome à MX-80 Sound, toute une histoire… On pense aussi à un Frank Zappa qui serait accompagné par une clique de zappistes incapables de faire les malins au-delà de trois accords. On pense à Captain Beefheart et plus étonnant encore on pense parfois à Roxy Music ! Un Roxy Music sous beaucoup d’amphétamines, avec un saxophone qui fait crincrin et un Brian Ferry raté qui mi-chante et semi-glapit des histoires inavouables. Le tout n’est pas foudroyant, mais plaisant pour qui n’a rien contre la douleur dentaire et la péritonite aiguë.

Voilà.

lundi 22 février 2010

John Terlazzo - Honour Among Thieves (1983)  



Il y a dans l’air comme des promesses de printemps : On imagine déjà des champs couverts de violettes, de jasmins, d’iris... On pourrait presque sentir le parfum délicieux des jardins et des vergers... comme chez Omar Khayam on pourrait presque entendre la « musique » des fontaines... Et puis voilà par hasard on (ré)écoute John Terlazzo et vlan ! l’hiver et la déprime sont de retour ! L’envie de chatouiller les tulipes nous quitte et il ne reste plus que la neige pour mal imiter les fleurs dans un ciel glacé.

Ceux qui n’ont jamais écouté John Terlazzo ne peuvent pas saisir la vraie nature de cet impressionnisme météorologique, je vais donc « expliquer », un peu...

John Terlazzo est un poète, un poète obscur, tellement obscur qu’on se demande s’il n’y pas plus obscur que lui, il a publié à compte d'auteur (private press) un « recueil » de chansons seul et unique en 1983 ; pour le reste, en dehors du fait qu’il est visiblement barbu et sicilien d’origine je ne sais pas grand-chose de lui . Ce que je sais par contre c’est que son disque est plus que très déprimant, qu’il est très influencé par Leonard Cohen, mais qu’il ferait passer Cohen pour un joyeux luron... Je sais aussi que c’est un beau disque sombre et austère, avec des mots sibyllins et des images lyriques, que ce « folk crépusculaire entouré de solitude » est porté par une voix de baryton amoindri sur laquelle vient parfois s'allonger une belle voix de femme éthérée (Delphine Seyrig ?). L’auditeur perspicace constatera que John Terlazzo n’est pas d’origine sicilienne pour rien, que chez lui il y a des mandolines et des madones avec quelque chose de doloriste dans le fond , quelque chose de chrétien … Au-delà de ses intuitives constatations théologiques, l’auditeur perspicace sera quand même très démoralisé par l’écoute de ce disque, car si c’est un vrai beau disque c’est aussi et surtout un vrai disque démoralisant... démoralisant comme le catholicisme. L’auditeur perspicace évitera alors John Terlazzo, les sacristies et les réverbères ; il espérera le retour du printemps. En attendant il préférera (ré)écouter Leonard Cohen en y trouvant moins de « douleur »...



jeudi 11 février 2010

The Brazda Brothers – Brazda Brothers (1973)



Il faudrait peut-être un jour écrire une histoire secrète de la fragilité et au cœur de cette histoire réserver un chapitre à la musique et plus particulièrement à la musique populaire. On pourrait par exemple parler des Brazda Brothers, un obscur combo canadien auteur d'un seul et unique disque rempli de cette fameuse fragilité. Une chose charmante enfouie et oubliée, retrouvée et sortie du temps par le hasard des techniques modernes de partage informatique prohibées par les multinationales de l’industrie du divertissement...
Donc les Brazda Brothers, deux immigrés russes (ou slovaques, ou bosniaques) qui se retrouvent par hasard au Canada, et qui au lieu de construire une cabane font plutôt de la musique... De la musique par mégarde, un peu comme on siffle en repeignant le plafond. Là où les choses se compliquent, c’est que le disque est presque très bon, un mélange de folk-rock aérien teinté de psychédélisme, du Neil Young poids léger ou ce qui pourrait bien être une version solaire du morse largué David Crosby et de son « If i Could remember my name ». Les paroles sont délicieuses dans un genre plus proto écolo panthéiste que mon coude gauche et les voix pour en revenir au sujet initial, sont d‘une fragilité contagieuse : Jonathan Richman avec l’accent russe sur « Walking Into The Sun », un blues blanc « Your Kingdom » à peu près proche de Tim Hardin, et un titre « Nature » qui sonne comme du Velvet Underground égaré au milieu des champs. Voilà, voilà ce n’est pas grand chose, léger, léger, et donc strictement indispensable.

P.-S. Dans le chapitre Brothers il faudrait que je vous parle un jour des Kaplan Brothers, une clique terrible et quasi-klezmer.




mardi 29 septembre 2009

Moolah - Woe Ye Demon Possessed (1974)



Du Krautrock new-yorkais !! Cette chose enregistrée en 1974 a de quoi laisser l’auditeur perplexe !! Un duo électronique qui produit une musique intrigante, sorte de continuation du psychédélisme mordoré jusqu’au son point limite, de longs instrumentaux où il n’y aurait que des amorces de mélodies, aucune structure apparente si ce n’est une vague pulsion crée par le rythme. Une musique totalement vierge, inventée par des quidams qui ne maîtrisent pas leurs instruments. Cette sorte de murmure abrasif frisant l’accidentel que l’on retrouve dans les albums les plus heureusement obtus d’Eyeless In Gaza par exemple. Une musique qu’il faut écouter le volume sonore le plus bas possible pour la laisser se dénoyauter toute seule …

Atmosphère sinistre et rampante. Bruit blanc, vagues du synthétiseur et du piano qui s'introduisent comme dans un mauvais rêve. Cela ressemble à ce qu’un esprit tordu pourrait produire : lancer des notes de musiques presque par hasard et dans un but ignoré par la raison.

mercredi 16 septembre 2009

Rex Holman - Here in the Land of Victory (1970)



L'ombre en longueur, verdâtre sur le mur en face avec cette lumière immobile qui l'enrobe. Il n'y plus de vie, il n'y a plus que ce goût faible à exister, fade et écœurant, et ce mur plus épais de jour en jour. Il y a l'engourdissement puis la dissolution de toutes choses, une fois la dissolution passée, il ne reste que les fausses apparences ; il ne reste qu'à renaître, histoire de rester là où l'on se trouve, renaissant, sans pouvoir avancer, ni reculer, ignorant d'où l'on vient et qu'il soit possible d'être ailleurs, autrement...
Des plantes vertes, une lueur secrète d'aquarium, des traces plus que des preuves et un disque de hippie dépressif qui tourne, il fait déjà froid, il n'y presque plus d'ombre.
Un disque de hippie dépressif, flottant dans un nimbe éthéré, des instruments « exotiques » : sitar et tablas et un genre de Tim Buckley chevrotant avec des fleurs fanées dans la bouche. C'est le seul disque de Rex Holman, il est, plus morne et déprimant que triste, plus maussade qu'autre chose et donc ton sur ton avec l'humeur du moment.

NB. Pour info le Rex Holman en question était aussi simili comédien, on le voit gigoter chez Star Trek et dans deux trois Cimarron.

dimanche 28 juin 2009

Merry Airbrakes - Merry Airbrakes (1973)



Je ne détaillerai pas comment cet aérolite oublié est parvenu à vibrer jusqu’à mes oreilles (qui ne demandaient rien) sachez que cet album (rare pour le moins) a été enregistré en 1973 par un certain Bill Homans, vétéran de la guerre du Vietnam. Un vietvet légèrement cramoisi du ciboulot que ce Bill Homans, on l’imagine sans peine las les cheveux déraisonnablement longs grattant ses terrifiants souvenirs sur une guitare même pas espagnole… Loin de son fictif, virtuel et même pas vrai éventuel collègue : l’axiome Stallone ( postulat tout en bandana, regard bovin et biceps saillants) voilà donc un type fragile (lui) et pas revenu de ses blessures qui ne cherche pas l’algarade de substitution mais cautérise sur lui-même, ce qui a d’une part l’immense avantage d’être plus urbain et d'autre part le fait d’être moins néfaste pour une société qui elle ne veux qu’oublier… la chienne ! … Donc voilà Bill Homans son frangin Peter et quatre olibrius manipulant avec une dextérité non feinte moult instruments : une slide guitare par-ci, un orgue même pas mordoré par-là voir un harmonica super bien accordé ! Cette discrète assemblée concoctant le plus souvent du blues « Three Hearts » voir du blues rock un peu déplacé « Draft Board Blues » avec l’intéressante impression de voir le croquignolet Cpt. Beefheart chanter le Vietnam ! Don Van Vliet glapissant dans les rizières ! et les Jacquiers de pleurer (artocarpus incisa, l’arbre à pain ) et les Vietcongs de s’agacer devant la stridence... le blues concassé c’est toujours plus aimable que le napalm… D’ailleurs en parlant de Napalm il y a dans le disque de Merry Airbrakes l’opinion des Vietnamiens et c’est en cela un vrai disque concept avec vue panoramique et tout le tremblement. Sachez également (tendres têtes de bois) qu’il y au-delà du blues moulu par l’électricité deux trois ballades à haute teneur lacrymal… fragiles comme l’ouvre-boite gâté d’une boîte de ration périmée …

En parlant de fragile connaissez-vous le film « Cutter’s Way » d’Ivan Passer ? La plus belle chose cinématographique sur ce sujet : Les vétérans de la guerre du Vietnam, tout ça . Si vous ne connaissez pas ce film magnifique (avec un Jeff Bridges admirable.) procurez vous le de toute urgence

Nb : L’odeur du Jacquier après l’orage sur le delta du Mékong est quasiment insupportable pour un appendice nasal non autochtone.


mercredi 13 mai 2009

Jay Telfer - Time Has Tied Me (1974)



Ne me demandez par quel compliqué tour de magie je me suis procuré ce disque : je ne vous répondrai pas , c’est un secret que je garde pour moi et que je ne chuchoterai à quiconque. N’y voyez nul snobisme de ma part, je suis simplement plus pleutre que courageux et la perspective de voir une laconique armée de nervis labellisés SACEM entourer mon modeste logis ne m’incite pas à la bravoure. Sachez seulement que le hasard fait bien les choses et qu’une pratique plus que condamnable, voir pétainiste selon un chanteur français sur le retour, est en jeu dans l’histoire.

Pour le reste et donc par la grâce de l’heureux hasard, ce disque est une agréable surprise (merci le hasard, merci la flibuste !), alors parlons on en un peu bien malgré la rétention.

Jay Telfer était le leader des Passing Fancy une petite chose, deux trois mini-tubes sous le soleil late-sixties et rien de plus. « Time Has Tied Me » est son seul et unique album solo, l’esprit y est très décontracté, très détendu. Pour condenser et ne pas trop vous noyer sous les mauvais adjectifs on parlera de folk-rock, de langueur west-coast (bien que Telfer canadien). Rien de transcendant, que de l’agréable, des musiciens tranquilles et pleins de sûreté, une humeur plus lumineuse qu’embarrassée. Parfois une petite pointe sombre, une belle ballade ombragée : « Doldrum », et puis bien vite un titre primesautier, un big band dixie jazz plus guilleret que les trottoirs de la Nouvelle-Orléans : « Ms 'N You », et même, voyez-vous, de la country non métaphysique : « Yellow Hair ». Le tout est plus débonnaire qu’autre chose avec toujours dans la voix de Telfer comme un grain Donald Fagen qui n’ose pas vraiment s’avouer. Bref sans être crucial,un bon disque et une bonne surprise.

NB : Après ce disque Jay Telfer serait parti pour Los Angeles, Hollywood et tout le tremblement. On l’aurait vu scénariste chez Menahem Golan (Cannon Films) puis victime d’une déplaisante crise cardiaque (je ne sais pas ce qui est le pire des deux). Aujourd’hui il serait éditeur d’une revue d’art à Toronto. Enfin rien n’est moins certain.


PS : il se pourrait bien que pour l’occasion j’ai « niqué hadopi ». Ne me demandez pas comment.

dimanche 5 avril 2009

The Langley Schools Music Project - Innocence and Despair (1976-77)



« From ruining gardens, from reluctant woods »

La phase critique de ma crise se déroula dans une espèce de dancing où échoué je commis l’imprudence de me saouler publiquement. Absent, oubliant et m’oubliant, noyé dans une indifférente amnésie plus que par la bonté amniotique du chagrin, je me retrouvais bientôt, sans savoir vraiment comment et pourquoi, sous la clarté lunaire des bois environnants. Là, errant d’arbre en arbre, je parcourus un décor n’appartenant à personne, une spirale de nuit et d’étoiles, de la paix et du silence sur un fond de papier découpé (comme ces papiers que nous découpions vers l’enfance) et bientôt ce sentiment que la vacuité à se sentir vivre atteint l’épaisseur de quelque chose de positif ; cette certitude que la vie, qui n’est rien, conduit paradoxalement vers le tout de l’infini.

Alors.

Oubliant de m’oublier, laissant les clairières derrière moi je retournai vers la musique et les disques, vers le « Langley Schools Music Project », ce miracle si sombre, cette « chorale » si triste sans le savoir, comme ces gamins qui chantent chez Léo Mc Carey. Un récital juvénile fredonné vers Dieu, un paradoxe fantomal plein de joliesse précaire avec toujours ce goût de cendre et de mort, cette amertume qui reste là, logée, pas loin de tout. Oh ! pas seulement ce plaisir mêlé de regrets que nous éprouvons à ranimer des souvenirs d’enfance qui avec le temps nous reviennent toujours pleins de couleurs chamarrées, non plutôt une anthracite nostalgie et l'âcre expérience qui nous saisit… le fossé infranchissable que nous avons creusé entre nous et notre jeunesse et la certitude que nous ne serons plus jamais les maîtres puérils d’un monde qui nous accable.

dimanche 21 décembre 2008

Marc Brierley - Welcome To The Citadel (1967)



C’est l’hiver et le soleil à cet éclat ramolli d’or clair qu’il a à midi. Je suis dans une chambre, une chambre très étroite, petite, étrange. Je suis étendu sur un lit, un lit très haut, un lit trop haut. J’ai la sensation que quelqu’un me surveille. Je lève les yeux, il y a un homme planté debout devant moi, il me demande mon nom. Je sais que lui se nomme Monsieur Hermès, pourquoi me demande t-il mon nom alors qu’il connaît ce nom ?
Je tourne la tête, je veux oublier M. Hermès, je veux que M.Hermès m’oublie. Je ferme les yeux, pas complètement, il y a encore une fine lueur qui me vient de loin, indistincte et ourlée, une lumière qui me vient de dehors.
Dehors la neige tombe, des traces de pas dans la neige, un petit bonhomme couché dans la neige, la tête vers le ciel, un bonhomme doux, son chapeau est tombé.
J’essaye d’oublier la neige, le bonhomme et son chapeau, cette quiétude molle aux confins des rues désertes. Je m’éveille de mon demi-sommeil. Divisé dans les strates du réveil j’accède à la vraie connaissance des choses, cette lucidité intercalaire et flottante, plus mélancolique, plus chuchotée et bientôt la surface de ma conscience.
M.Hermès n’est plus là, pourtant il est encore là ; il y a un disque qui tourne. M.Hermès a laissé un disque tourner, un rêve folk-pop mélancolique et chuchoté, un disque doux. Une voix légère, des trompettes, des violons, un violoncelle… Un disque anglais, un disque de troubadour anglais, vaguement baroque, un peu Donovan amoindri, un peu Shakespeare sans ses mots. Bienvenue dans la citadelle... à présent c’est certain : M.Hermès m’en veut
.

lundi 29 septembre 2008

Dom - Edge of Time (1972)



Ces lueurs psychédéliques, des naissances ébauchées, un cosmos naissant ; le cosmos des limbes, lueurs et limbes... Le bord du temps et la lumière d’automne qui est belle, un ciel d’un bleu réservé à septembre, et nous pourtant hors du temps, avec l’espace, et cette musique qui repose semblable à une rêverie unie. Un voyage, un trip mauvais comme souvent pour ces sombres litanies early seventies. Plus que du relâchement et de l’abandon un cauchemar lysergique, un acid test rattaché aux obscurités krautrock loin des mornes fossoyeurs Pink Floyd et de l’école de Canterburry.
Un orgue qui s’élève, des flûtes maladives, du bruit et de la cacophonie, et bientôt cette guitare espagnole qui approche tranquille, plus elle est tranquille plus nous sommes inquiets... c’est un disque très inquiétant... c’est un disque même effrayant.
On se croyait deux, nous et le disque, alors qu’on était seul. La moitié du monde ne vient pas de disparaître, elle n’a jamais existée.
Nous ne sommes plus qu’un morceau de chair qui ne put jamais être un corps, qui fut trop lâche pour être un corps.
Ce disque est sinistre et déprimant ne l’écoutez pas !

dimanche 21 septembre 2008

Dave Bixby - Ode to Quetzalcoatl (1969)



Pour la part la moins attentive de l’assistance, et pour condenser succinctement, sachez que ce disque est une pure merveille, un bloc de mélancolie xian folk à l’ombre des piliers. Les autres pourront me suivre dans la morosité et la boursouflure d’une prose absolument gongoriste et au milieu d’un disque qui pourrait être comme ça un summum de plombé-plombant.

Je ne suis plus une personne, je ne peux pas même plus ressentir.

Ah oui ! Toutes ces choses acoustiques et soucieuses, un étrange mélange de lentes complaintes à la dérive ; cette voix attaquée par les sédatifs : une tache floue, surnageant sur une nébuleuse éthérée de guitare en bois. Un disque lourd, le disque d’un homme seul au monde… d’un homme seul en face de Dieu. Un disque sinistre, avec des piliers et de la rédemption. ! L'histoire de Dave Bixby est racontée de l’autre côté de la pochette, comment il a noyé sa vie dans l'abus de psychotropes divers et avariés (Drug Song ), comment il a découvert un Dieu hypothétique (I Have Seen Him) et comment il n’est pas totalement mort. Toutes les chansons de notre ami Bixby parlent avec des mots naïfs de cette conversion-libération là, mais étrangement (heureusement ?) aucune petite lumière chrétienne, l'atmosphère reste uniformément désespérée et suicidaire ; d’une quiétude qui ne s’amortit pas, ou tout du moins qui n’a plus la force de s’amortir. Reste une vibration endommagée par le solde d’acide, une vibration qui monte vers les nuages et laisse l’auditeur dans un état vaguement cotonneux ; entre la narcolepsie et la paralysie du sommeil, une expérience inaccoutumée, presque organique et purement intime.

Je l'ai vu, je l’ai écouté

Ce disque de hippie déprimé-refroqué est très beau, mais c’est un trésor difficilement trouvable… toutefois en creusant bien sachez que… en tous les cas si vous parvenez à le déterrer , vous découvrirez l’un des plus magnifiques symptômes persistants d’un genre plus enfoui que révolu : le xian folk. Vous classerez alors Dave Bixby non loin de Charlie Lochner et de son Winter in my life, du beau rien que de beau, bien loin du folk à bougie des temps qui nous encerclent. Si vous êtes dépressifs abstenez-vous de déterrer quoi que ce soit, évitez précautionneusement l’altitude et les réverbères, formez un cercle avec vous-même et écoutez Devendra Banhart, le risque est bien moindre à rencontrer ainsi du factice en plastique.

dimanche 7 septembre 2008

Roger Rodier - Upon Velveatur (1972)



Alors, voilà le beau temps ! Fini le brutal et l’artificiel, les mauvaises sueurs et la rancune des sentiments étalés, les tripes sur la table… non-merci ! Fini ce pesant sirocco que Nietzsche voyait marauder au-dessus du désert chez le lourd et lent Wagner… Fini le génie impoli, place à ce qui n’est que léger car chacun sait que ce qui est bon est léger et que tout ce qui est divin marche d'un pied délicat…
On s’explique alors sans peine à soi même ce qui pousse son propre goût vers cette somme de légèreté représentée par Roger Rodier, une sorte de nostalgie de la nostalgie, ce léger regret en arrière et cette tristesse tranquille pas si enfouie là… la tristesse tranquille et sans cause d’un enfant solitaire. Alors restons pensif le front aux vitres, observons le tissu uni de l’existence et la légère mélancolie monter, c’est en ce tissu que le rêveur cherche la vie tranquille et échappe au sirocco. Restons pensifs et écoutons cette musique suspendue, comme celle de Nick Drake comme certaines mélopées brésiliennes formant sensualité sans les corps, regardons sereinement le ciel gris de l'abstraction et comme zébré d'éclairs la lumière assez forte pour faire apparaître le filigrane des choses; les grands problèmes si proches qu'on croirait…

vendredi 29 août 2008

Justen O'Brien & Jake - Time Will Tell (1978)




Je me sens maussade et mal disposé envers moi-même, je tremble de mépris envers moi-même, en plein désaccord ; fuyant et faux, une culbute manquée, une énorme contradiction pétrie en forme d’homme improbable, un gâchis perpétuel et des regrets… Tout cela n’est guère réjouissant, porte peu à la rigolade mousseuse et pour tout dire ne concerne que moi. Néanmoins il y a des disques qui attendent, alors parlons plutot des disques !
Tiens creusons dans de l’oublié, déterrons un sombre magot, soyons abscons et comme noyés dans la masse d’un brouillard palimpseste. Le sombre magot du jour sera ce disque de Justen O'Brien. Ne me demandez pas la topographie d’une quelconque Île au trésor, c’est un secret et j’ai avalé ma boussole, sachez seulement que ce magot là résonne comme du Love (vous voyez Love ?) et que puisque que quand il y a un peu de Love dans l’air il faut un Arthur Lee pour faire bonne mesure, notre oublié ami du jour Justen O'Brien fera donc office d’espèce d’Arthur Lee... Un Arthur Lee, en pire, de seconde main, mais omniscient car pratiquant tous les instruments de son disque hormis les peaux qui seront battues par un certain Jake ! Ce disque là, le disque de Justen bidule, est un machin mordoré anachronique, plus que transparent en 1978 mais vaguement agréable aujourd’hui ; une petite grâce grêle, des jolies guitares avec un joli fuzz, du psychédélisme de salon bien repassé et bordé de jazz avec par-dessus un crooner relâché-amoindri qui semble siroter un synthétiseur-bulle sans olives… Ajoutons une belle moustache frémissante pour chapeauter le tout et le tour est joué. Un drôle de tour sans magie, mais avec un petit charme, pas de quoi faire sourire le misanthrope demeuré en lui-même ; il peut parfois sembler s’occuper d’autre chose que de lui-même, sachez que c’est un prétexte.

dimanche 24 août 2008

Patty Waters - Sings (1966)



Qu'est-ce que la beauté ? L’agonie des amours, la naissance de la rancune ? Qu'est-ce qui est laissé après ? Qu'est-ce qui sait s’endommager en moi (nous) ? Encore, encore dans vos yeux moins d’électricité, pourquoi de si vaporeuses pensées ? La beauté c’est Patty Waters , écurie ESP et tout le tremblement. Sept splendides ballades écroulées et un titre total free : Black is the Colour of My True Love's Hair, entre Dolphy, Ayler et la manière compliquée de Buckley père ; un disque « sublime », mais d’un triste… L’agonie des amours, la naissance de la rancune et la boule qui monte du creux de la poitrine vers le fond de la gorge Qu'est-ce qui sait s’endommager en moi (nous) ? Alors il reste les fragrances oubliées qui elles remontent avec (et dans les souvenirs), et le disque qui lui tourne… C’est beau à pleurer et on pleure, le disque tourne et la beauté apaise et déchire, cloue sur place comme une lance. La beauté est une lance, me voilà cloué et stoïque..


vendredi 23 mai 2008

Deux Filles - Silence & Wisdom (1982)


En voilà une drôle d’histoire triste, voyez–vous qu’il n’y a rien de plus laconique, rien de plus accablé, que la carrière de Deux filles ce très mystérieux duo eighties grêlé par le drame voire même pire que le pire, par l’ épouvantable ! Une catastrophe imminente et tellement surplombante que forcement voyez-vous là, c’est un éboulement. Deux filles : Gemini Forque et Claudine Coule, adolescentes hexagonales qui se rencontrent pendant un pèlerinage à Lourdes. Claudine accompagnait une mère qui décèdera subrepticement d'une incurable maladie pulmonaire et cela avant même d’avoir atteint la grotte à Soubirous et ses babioles en stuc. Gemini, elle, était rembrunie par le trépas automobilistique et tout frais d’une mère tentant de véhiculer un père paralytique sur le chemin de la même grotte aux colifichets. Les deux adolescentes devant leurs deuils respectifs comme devant deux tas de charbon décideront de ne faire qu’un tas et elles prendront la tenace résolution de cicatriser mutuellement par le biais de la musique. Une musique forcement sinistre, morbide avec des pointes lugubres, forcement lugubres, mais cependant jolie avec quelque chose de la complainte, de la lamentation voire de la douleur dentaire, vous voyez la complainte la lamentation et la douleur dentaire ? Malheureusement, car il y a en l’occurrence encore du malheur, c’est après avoir enregistré deux albums applaudis par la critique et après avoir joué dans toute l'Europe que Forque et Coule s’évaporeront, tel l’éther, sans laisser plus de trace que dans les sinus et vaguement dans les mémoires. C’était à Alger en 1984. Gemini Forque était née à Alger elle y avait vécu jusqu’à l’age de cinq ans, pour elle c’était un retour aux sources, drôle de retour, un retour dans l’éther dans les saintes extases et la disparition, un phénomène saumâtre et sans colifichets.
On échafaudera moult théories bancales à partir de cette histoire : enlèvement, meurtre, libre combustion des corps ? Au cours des années, aucune trace du duo si ce n’est une mystérieuse lettre soi-disant écrite par Coule et prétendant que les deux filles auraient discrètement caboté vers les Indes, les Indes si spirituelles ! Si propices à la collecte des âmes !
Les terribles et courtes existences de Claudine Coule et Gemini Forque sont à l'origine d’un concis mais fervent culte auprès d’une discrète cohorte de zélateurs dont votre serviteur est l’un des sectateurs les plus diligents… J’aime cette musique parce qu’il y a dedans de la placidité somnambulique, et la placidité somnambulique c’est beaucoup. J’aime cette histoire parce qu’il y a dedans beaucoup de tristesse moirée, et la tristesse moirée c’est beaucoup…

Là où tout se complique, là où tout bondit de l’ombre vers la lumière, c’est que ces Deux Filles là, vous l’aviez deviné, n’on jamais eut plus d’existence tangible qu’un rêve tissé d’âme dans l’encéphale embrumé de Simon Fisher Turner... un anglais encore un... Vous devriez connaître Simon Fisher Turner cet ancien enfant star, dandy décalé notoire, compositeur chez Derek Jarman, petit roi d’une hypothétique principauté pop avec The King Of Luxembourg. Vous ne devriez pas oublier, non plus, que notre mirliflore Simon fut un temps le voisin de palier d’un autre mirliflore notable, Louis Philippe, c’était chez El Records (et non Sarah) …

Deux Filles n’était donc qu’un rêve, une fiction brumeuse pleine d’umour chantignole, une histoire plus que de la musique c’est certain, mais de la musique un peu quand même ; éminente comme chez Vini Reilly, mystérieuse comme chez Eyeless In Gaza (sans le sublime incantatoire d’une voix hors normes), atmosphérique comme chez le déplumé en chef Eno. Bref un bon disque d’ameublement un peu tordu, comme chez le facteur Cheval .

jeudi 6 mars 2008

These Trails - These Trails (1973)

C’est un secret, je tourne autour depuis bien longtemps, une curieuse appréhension, un atermoiement coupable au creux de l’estomac ; les secrets les moins partagés sont les mieux préservés. Du reste à force de tourner autour de cet aérolithe incongru mes circonvolutions se sont transformées en une suite de lentes cabrioles. Aurez-vous la souplesse, et l’obligeance, de bien vouloir pirouetter mollement en mon encombrante compagnie ? Les aérolithes licencieux, vous effraient-ils ? Etes vous suffisamment souples et mous ? Grandes questions ! Me voilà avec de la crainte au coin des oreilles. Pour vous convaincre, vous apporter sur un plat argenté d’éventuelles réponses, Il va encore falloir que j’argumente, que je prouve et démontre savamment, alors que je suis si fatigué et si las de tout, toujours un peu souple, mais las, très… Cependant Allons-y, Alonzo ! Notre aérolithe incongru du jour est un private press hawaïen enregistré un jour de 1973. On imagine un jour de soleil, il y a plus de soleil à Hawaï. A son écoute on s’invente pour soi-même des diamants psychédéliques, des vagues pacific ocean blue, un paradis tropical, le mystère de la jungle luisante dans la rosée du matin. C’est, en fait, un bidule folk et bizarre avec un air décontracté, proto post acid-folk et anti-folk avant l’heure pour tout dire. Musique populaire hawaïenne, flûtiaux et guitares en bois... dulcimer, tabla, sitar et ukulélé avec des petites sautes électroniques en suture… Voilà pour l’orchestre. Pour le reste nous sommes devant de l'irréel, oui principalement de l’irréel ! Du flottant avec des voix aériennes de petites filles éthérées… Vous voyez bien ces adolescentes pâles sous le soleil ; ce quelque chose qui tourne autour d’elles, s’élève et les traverse ; cette lumière qui s’anime et les envahit . De l’allégresse et un grand calme. Une quiétude profonde et durable, du charme tissé d'or....Nous voilà inaltérables, domptés et en même temps indomptables. S' il y a dans ce disque une chanson en espagnol avec un garçon de passage bien palpable El Rey Pascador, le roi des pêcheurs… c'est surtout un disque de jeunes filles vaporeuses ... Alors oubliez Cocorosie et sa demi-Billie Holiday, oubliez la petite Bjork sur sa banquise comme Jacques Tourneur oublie Louis Jourdan sur un récif à la fin de la Flibustiere des Antilles, oubliez Stina Nordstam, je suis son Barbe Noire. N’oubliez pas Allison Staton, elle est inoubliable…. Voilà écoutez This Trails ! Vashti Bunyan dans la jungle, Claudine Longet sans le smart dry martini et les pistes de ski, Françoise Hardy… Bref n’oubliez pas d’écouter ce disque il est trouvable dans de semi-légales officines virtuelles, et n’oubliez pas de tourner autour comme l’austronésien tourne autour de l’aérolithe incongru. PS : Nous poursuivrons bientôt les débats par un doct : Importance du Ukulélé dans la musique populaire américaine. En attendant et pour patienter procurez-vous la compilation From Papeete to Teshupo.

vendredi 25 janvier 2008

Rick Saucedo - Heaven Was Blue (1978)



La recette est simple. Tout d’abord écouter, c’est un minimum. Ecouter le disque et attendre. Ensuite plus que ce qui se dégage , voir ce qui du disque ouï reste vraiment. Oublier le punctum de Roland Bathes , il ne sera jamais ici question d’image et de cet au-delà de la netteté, nous sommes dans la musique et la musique est souvent atrophiée de la netteté. Prendre alors ce qui reste pour une acmé, à l’extrême rigueur une valeur-limite qui pince le brouillard… là en l’occurrence un type sans tuba immergé sous un gros grain lysergique. Trois titres assez beaux (Pale Saints avant l’heure légale) et deux titres inaudibles, voilà ce n’est pas sorcier.

Nb : Rick Saucedo est à présent l’un des meilleurs sosies du King sur la place de Vegas

lundi 31 décembre 2007

Alain Peters - Mangé pou le coeur



Des complaintes poignantes chantées dans un créole mélancolique et nostalgique, du bues, oui du blues passé par le delta du Mississipi et qui retourne un peu plus à l’est, vers ses racines africaines. Le takamba, cette guitare sahélienne au son souple et métallique. La vie du bonhomme passe, une vie déchirée par le zamal ( l'herbe locale ) l’alcool, l’autodestruction et la fulgurance assumée. Alain Peters loin des clichés touristiques et de la prétendue World Music, il est mort en 1995, "Mangé Pou Le Cœur" une crise cardiaque… c’était un poète magnifique...