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samedi 7 février 2009

Tubeway Army - Are 'Friends' Electric?



Longtemps, j’ai été allergique à cette new-wave findus, à peine mon pick-up éteint, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire : « Les endives blafardes, non merci ! » et je tombais dans les bras de morphée. Une demi-heure après, la pensée qu'il était temps de chercher quelque chose d’écoutable en dehors des « endives blafardes » m'éveillait ; je voulais rallumer mon pick-up; pourtant je n'avais pas cessé en dormant de me faire des réflexions sur ce que je venais d’écouter, et ces réflexions avaient pris un tour particulier ; il me semblait que j'étais moi-même ce dont parlait le disque : « une endive blafarde ! » Cette croyance subsistait pendant quelques secondes à mon réveil ; elle ne choquait pas mon entendement, mais pesait comme une paire de membranes laiteuses dans mes oreilles et les empêchait de comprendre que le disque ne tournait plus...
Un jour, il y a peu, j’ai appris que Gary Numan, l’homme de cette new-wave findus, était victime du syndrome d'asperger, une forme d’autisme très courante chez les « endives blafardes » ; le vrai sujet de Gary Numan c’était détaché et aussitôt j’étais libre de m’y appliquer ou non ; en tous les cas je recouvrais l’ouï et j'étais bien étonné de trouver autour de moi une nébulosité, douce et reposante pour mes oreilles. Are Friends Electric? est la chanson (oui chanson) que j’ai le plus écouté l’année dernière. Le reste à beau être légumineux et sous la banquise, je l’aime beaucoup cette partie visible de l’autisme.

jeudi 11 septembre 2008

Remake / Remodel N°5



« J’étais comme celui qui, s’éveillant à peine, voit s’échapper son rêve et qui fait des efforts, mais en vain, pour garder les ombres qui le fuient. »

Rappelons que le seul, vrai et unique, Remake/Remodel est
ici. Vous y retrouverez de grands zombies envoûtants, myrophores et palpitants, les spasmes sonores brinquebalants de Tom Waits… Gene Tierney alanguie, Anita Page et le lapin agile... Lonnie Johnson tel un roseau pensant... Le double mouvement de rotation et de chute effectué par un objet virtuel dans le cône. Du liquide séminal comme poudre de squelettes anciens… Dante Alighieri et le Detroit sound…. Usan Bolt et l’ombre projetée de la vitesse… de la technologie, de la beauté et du fitness… Vous trouverez tout ça, et bien plus en cherchant sous les fagots.

vendredi 5 septembre 2008

Dr. Feelgood - She Does It Right



Cette guitare est un fusil, cette guitare marche au speed ! Flinguons Woody Guthrie, flinguons Devendra Banhart, flinguons le folk à bougies !!! Ici Wilko Johnson, l'homme en noir, curieusement cadré, lacère un boogie graisseux. Drôle de bonhomme Wilko, licence de lettres, lames de rasoirs, du sang sur les telecaster. Un halluciné, un vrai ; ne croisez surtout pas son regard, il vous transpercerait. Toute une histoire, Wilko Johnson...

dimanche 15 juin 2008

Chambre Verte - ( Pete De Freitas )



A cette même date en 1989, Pete de Freitas, estampeur de peau en chef chez les hommes lapins, trépassa d’une cabriole motocycliste non désirée. Triste écho, drôle de réverbération.

samedi 3 mai 2008

Kevin Ayers - May I ?



« A l’incroyable, au merveilleux, à l’élégant, ces trois héritiers des petits-maîtres, ont succédé le dandy, puis le lion »

L’aube, apparition venue sans bruit qui se tient debout dans la chambre, comme une fée effleurant mon lit ; mon secret et mon imagination…
C’est mon secret : je voudrais me trouver libre de toute contrainte, matérielle ou sociale ; vivre somptueusement et progresser chaque jour dans la maîtrise de moi-même, rester en dehors car rester détacher donne plus de pouvoir que de posséder toutes les choses. Pour ce qui est de mon imagination et de cette prétendue création d’un autre moi-même éventuel : je tente de rester bien établi en moi-même, jusqu’à ce que je sois enlevé à moi-même, sans moi-même.

Nonobstant ces vaporeuses considérations, je suis à sec. J’aurais pu par exemple vous parler de Kevin Ayers, mais voilà je suis vide et vidé, terriblement. J’aurais pu vous parler des dandys décalés, du détachement ; remonter jusqu’aux mystiques rhénans, Maître Eckhart ou Henri Suso. Remonter, tout en oubliant l’archevêque, jusqu’à ces doux croyants en passant par l’école de Canterburry , mais non je suis asséché, déshydraté et en manque d’inspiration… terriblement. Il ne sera donc pas question ici de tout cela ; mon secret est aussi mon absence d’imagination. Vous n’apprendrez rien de plus sur ce fabuleux May I ?, sur le très jeune Mike Oldfield à la basse, sur le tendre saxophone de Lol Coxhill , sur cette voix qui n’est que de la nonchalance ; c’est à dire tout (ou presque). Dommage nous aurions pu ensuite parler un peu plus de Kevin Ayers, de ses chansons lunaires ; mais pas de ses albums trop inégaux, de sa blondeur et de sa douceur. Nous aurions également pu nous souvenir de toutes ses bouteilles à la mer envoyées depuis les Baléares pendant que l’autre, Syd Barrett, restait planté au fond d’un jardin en friche.. Nous aurions pu parler de ce grain de voix inimitable, de cette gravité au service de l’aérien, de la simplicité ou de l’indolence. Nous aurions pu parler de tout ça. Nous n’en parlerons pas… Il faudra donc savoir s’établir dans un simple abandon. Car un désir sans mesure, s’il est trop grand peut devenir un obstacle caché.

vendredi 11 avril 2008

Marquis de Sade - Who Said Why?



Pendez Bénabar avec les tripes de qui vous voulez, oubliez les « jeunes gens modernes », les expos Agnes B… et ne la ramenez pas avec Ian Curtis. Il n’y avait pas d’images de Joy Divison en 1979 rien, nada… Peut être que l’instit rennais était passé par les Bains Douches un soir de tranxene, peut-être qu’il fantasmait Joy Division comme David Byrne à la fin de Remain in Light enfin rien n’est moins sur…. En tous les cas cet extrait de Chorus (une vieille émission) est mieux non-filmé (Don Kent) et senti que toutes les merdes sympathiques, souriantes ou pas de chez Taratata, il faut savoir rester sinistre !

« The final track on the album, "The Overload", was Talking Heads' attempt to emulate the sound of the band Joy Division. This is in spite of the fact that no one in the band had actually heard the music of Joy Division. Rather, it was based on an idea of what Joy Division might sound like »

lundi 18 février 2008

John Foxx - He's A Liquid



John Foxx un dandy décalé ? Assurément ! Midge Ure son remplaçant chez les flasques Ultravox ressemblait à un Jean Sablon post avarié… fine moustache, mais voix en plastique…. Ure si pesant… Ure si féru d’hormones androgènes et de follicules pileux.. Ure si, en un mot, SINISTRE personnage !! Alors que John Foxx, lui, sans mince attribut poilu, sans testostérone portée en fin calicot ourlant de bien patibulaires lèvres, John Foxx lui donc si glabre et en conséquence mieux profilé, flottait très bien, avec l’élégance toute lustrée d’un bon chanteur électro distingué… ce que Ure lui n’était pas, ne pouvait pas être, rapport à la pomme de newton à l’hypertrichose et à cette moustache bien lourde...

De John Foxx il se faut se procurer les deux premiers albums, Metamatic et The Garden, mètre-cylindres synth pop , petit charme fané… Il ne faut, par contre, plus rien au grand jamais, n'entendre d’Ultravox et surtout pas la pâtisserie avariée Vienna, c’est un conseil d’ami.


NB :

1 - Jean Sablon, vous le savez bien, flotte éternellement dans des éthers insoupçonnés
2 - L'homme le plus poilu au monde Yu Zhenhuan dit « l’enfant poilu » est né en 1978, dans la province de Liaoning, Chine.
3 - La ponctuation vous tuera.
4 – La syntaxe également.

vendredi 8 février 2008

The Crystals - He Hit Me (And It Felt Like A Kiss)



« He Hit Me (And It Felt Like a Kiss) » est pour tout dire une chose assez pérturbante ! Ode incongrue louant les mérites du passage à tabac conjugal que même Ike Turner n’aurait pas osé dans ses pires meilleurs moments ? Protest song féministe palimpseste ? Vraie grande love song déguisée sous les oripeaux du cynisme ? Il ne s’agit pas ici de refaire l’histoire par le succinct bout du télescope, mais Il y a de fortes chances pour que cette chanson ne soit, en fait, et tout simplement, qu'une élémentaire contradiction se soulevant en elle-même. Une gracieuse montée en neige par l’elfe cyclothymique en lunettes noires Phil Spector. Jolie ascension, sordide et guillerette, beau second degré misogyne et parfaitement dégueulasse, tambours caustiques et funèbres qui se heurtent à un mur de cynisme… Spector fait du Spector. Là où tout se complique, c’est que notre maniaco-dépressif fait aussi avec les lyrics de la princesse Brill Building Carole King. Des mots subtils, clairvoyants, un autre second degré ou alors un premier degré caché derrière le second, un troisième ? En tous les cas, Spector est candide en l’occurrence ; roué nabot roulé dans la farine par un rouleau bizarre ; l’intuition féminine ! Et nous de nous réjouir devant cette love song maquillée…. Devant cette vengeance douce, devant ces représailles susurrées… De l’amour, oui, « Avec toute la tendresse possible, il m'a frappé et il m'a rendu joyeuse… » Personne n’a vécu une histoire d’amour au second degré il est donc toujours possible de s’en souvenir au troisième…
La chanson, comme moi, sera mal comprise, construite avec du ciment elle sera écoutée avec des pincettes, alors que non en fait, voilà….

En 1982 Martha Davis et les Motels reprendront (mal) « He Hit Me (And It Felt Like a Kiss) » à ce sujet et parmi les anecdotes qui fourmillent ici et là sur Phil Spector, voilà un bidule aimablement glauque et pour ainsi dire presque croquignolet… ne renâclons pas devant notre plaisir… et écoutons l’artiste, Martha Davis donc :

« JAMAIS ! Jamais ce porc ne produira mes disques ! Je vais vous raconter. En 75, j’avais quitté mon mari depuis un bail et je gagnais ma vie en jouant dans les clubs de L.A J’avais pas de compagnie, pas de disque à la radio, mais deux filles à élever. Un copain à moi qui travaillait à la radio servait de rabatteur pour Spector. Un jour, Spector lui dit qu’il cherche des filles à produire, et mon ami l’amène voir mon show. Sans me prévenir. Spector m’écoute chanter, et dès que j’ai fini se précipite dans ma loge avec ses deux gardes du corps. Il n’y trouve que l’aînée de mes deux filles, qui devait avoir neuf ans. Moi j’avais dû traîner en route, discuter avec les musiciens, n’importe quoi. Toujours est-il qu’au bout de cinq minutes, j’étais encore dans le couloir. Il s’impatiente, « je sais comment la faire radiner » qu’il dit à ses gorilles. Il sort un P 38 de sa poche, le colle sur la temps de ma fille et lui dit de m’appeler. Effectivement, les « Mummy, Mummy ! » qu’elle a poussés étaient assez convaincants. J’accours, affolée. Dès qu’il me voit, il lâche la mouflette et range le flingue. Il s’approche de moi et se dressant sur la pointe des pieds il me gifle ! « J’aime pas attendre, si on bosse ensemble, faudra t’en souvenir » qu’il me fait. Évidemment, moi je lui en colle une, et comme je fais quand même quatre ou cinq têtes de plus que ce sale nabot, je l’envoie valdinguer à l’autre bout de la pièce. Les gorilles dégainent. « Laissez, les gars, laissez » qu’il leur dit , et il revient à la charge. Là je lui en mets trois sur le nez, et rapidement on le retrouve par terre. Mort de rire : « Super ! Elle me plait cette poule-là ! J’aime les poules qu’ont de la personnalité ! » Il se relève et me tend la main « Sans rancune poupée, on va causer bizness, à présent. Mais avant faut que je me calme. Tu m’as mis une branlée, et je supporte pas de perdre. Faut que je trouve quelque chose pour me calmer. » Il sort son calibre et vide son chargeur sur un orgue qui traînait dans un coin. Il rengaine et il dit : « Ah, ça va mieux ! On peut y aller à présent. » J'aime autant vous dire que je les ai attrapés, lui et ses gorilles merdeux, et que je les ai VIRES ! Jamais ce type ne s’approchera à nouveau de moi ! Quand il m’a cogné, je vous prie de croire que ça n’avait rien d’un baiser ! »

dimanche 3 février 2008

Associates - Party Fears Two



1

« Je vécus donc en cette occasion l’une des quatre ou cinq épiphanies pop de ma vie. Tout m’enchanta : l’intro semblable à des rayons de soleil dardant au travers des nuages, le piano à la fois enjoué et doux-amer du refrain, la rage froide de la voix de Billy, les énigmatiques paroles (s’agissait-il du récit d’une rupture en cours, sous forme d’instantanés ?), l’harmonie finale de la voix dédoublée, céleste comme sortie d’un cloître. Mais c’est surtout la façon que MacKenzie avait de bouger, qui me fit frôler l’évanouissent : quel incroyable panache chez cet homme ! Devant son image, je n’étais plus que crainte et admiration… »

Simon ReynoldsRip It Up and Start Again

2

Curieux destin, mort suicidé ; overdose voulue dans un appentis de jardin, entouré de ses chiens ne supportant pas la mort de sa mère. Nino Ferrer, lui c’était au milieu d’un champ de blé, pour les mêmes raisons ; la mère, les chiens… un coup de fusil dans le cœur, comme Van Gogh… drôle de peinture… Bernard Lamarche Vadel lui c’était dans son château, bordé par ses chiens, une arme à feux et vlan, du Pollock !

3

Virginia Woolf, la pauvre, elle s’est noyée dans un étang avec des pierres dans les poches, Drôle d’Ophélie qui s’ignore, je suis en train de me noyer en sa compagnie. Des pierres dans les phrases, je noie le poisson, je ne vous parle pas de mon sujet présumé : Billy Mackenzie. Les dandys décalés finissent mal en général.

4

Sublime, forcement sublime, écoutez une fois, écoutez vingt fois, réécoutez autant de fois que vous le voulez « Party Fears Two » ce sera toujours une chanson sublime. Il suffit d’oublier le douteux or des falbalas eighties, le plaqué, la mince couche de plaqué et la patine, derrière ces rivières d’or fondu, il y a un autre or, massif, indivisible dans la pulvérisation des paillettes, lui.

5

Billy Mackenzie voulait que sa musique paraisse avoir « l’air de coûter chère » mais ce qui restait, et il le savait bien, c’était cette voix , cet or autrement plus rare. Une voix qui vous arrachait le cœur, une voix d’une puissance sidérale, couvrant plusieurs octaves… une voix ou circulait tous les sentiments, toutes les sensations : l’euphorie, la gaieté, la béatitude dans les saintes extases, le bonheur, oui le bonheur ! et tout d’un coup, la peur, la sourde inquiétude et l’effroi, la sincérité jusqu’à l’impudeur, l’obscénité mène, tout cela en trois minutes.

6

Ouvrir les controverses, âmes évaporées en volutes ou tripes sur la table ? Détachement chez Chet Baker ou plombé-plombant chez Nina Simone ? En fait c’est compliqué. Ouvrir les débats Scott Walker ou David Bowie ? Jacques Brel ou Jean Sablon ? Nick Drake ou Mickey Newbury ? Vaste programme.

7

George Sanders, flegmatique dandy décalé à l’esprit cynique, s’est assassiné lui-même le 25 avril 1972 en buvant astucieusement un cocktail de Nembutal et de vodka. Il a laissé ce mot pour expliquer son geste :

« Cher Monde, je te quitte parce que je m’ennuie. Je te laisse avec tes soucis. Bonne chance »