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mercredi 8 janvier 2014

The Replacements - Let it Be (1984)


Double Nickels on the Dime, Zen Arcade, Let it Be, triplette imparable. Pourquoi vouloir réécouter ces trois disques trente ans plus tard ? Allez savoir ? Peut-être parce qu’ils sont un peu chiffon et benzédrine et que nous sommes nous-mêmes toujours un peu chiffon et benzédrine ? Des trois Double Nickels est le plus sautillant, Zen Arcade le plus mélancolique Let It Be le plus malpropre en bien, le plus chiffonné. En 1984 Westerberg et sa petite bande de gamins dépeignés sont encore capables de saloper volontairement leurs chansons en les faisant tournoyer toujours trop vite, trop fort. Leur secret est évidemment dans ce gâchis qui n’en est pas un, dans ce désordre qui n’est que le désordre perché chez tout adolescent qui se respecte un brin. Oh rien de sinistre, rien du jeune Werther, plutôt quelque chose de palpitant, de joyeux, de plein de promesses. Avec cet état d’esprit là on peut tout faire, déplacer des montagnes, réinventer Big Star (Sixteen Blue, Androgynous), inventer les Pixies (Seen Your Video, Tommy Gets His Tonsils Out) écrire un classique instantané (I Will Dare), reprendre Kiss sans maquillage (Black Diamond). Faire tout simplement un disque de rock, car faut-il encore le rappeler ici : le rock ce n’est souvent qu’un truc d’adolescents dépeignés.




mercredi 11 décembre 2013

The Wedding Present- George Best (1987)



« That was my favourite dress, you know
That was my favourite dress»

Tiens cette petite chanson raide qui ne paye pas de mine, j’ai dû l’écouter des centaines de fois et je crois que si Dieu m’en laisse le loisir je l’écouterais encore des centaines de fois. C’est l’une des choses qui m’accompagnera jusqu’aux lisières du trépas et il en faudra beaucoup pour que je ne sautille plus en l’écoutant. Petite chanson raide disais-je, oui il y a de ça : raide, roide et rêche. Quoi de plus normal puisqu’il n’y est question que de frustration, de jalousie (la frustration et la jalousie son souvent raide roide et rêche), avec des mots crus qui vous donnent le sentiment d’être tout nus comme David Gedge peut être tout nu en les chantant avec sa voix de Ian Curtis concassé. Et puis les guitares trépidantes en constant excès de vitesse, la batterie plombée, la basse martiale tout cela frôle les rivages de la coalescence parfaite. Le reste du disque est très bien dans le genre gratouillis et fil de fer électrisé. Vous pouvez aussi l’écouter. Mais écouter surtout My Favourite Dress. Une fois, deux fois, trois fois… Merci




dimanche 24 novembre 2013

Artery – One Afternoon in hot air balloon (1983)


À ses débuts Artery ressemblait à un genre de Joy Division amoindri. Pour certains c’était la réponse de Sheffield à Manchester. Il y avait certainement de ça. Sur une vidéo qui traine sur Internet, on peut voir Mark Gouldthorpe, le chanteur, imiter la petite danse épileptique de Ian Curtis. Il porte son pantalon très haut et ses cheveux sont coupés à la mode bien raide du pendu mancunien. La vidéo est très bien, la chanson est très bien mais cela ne vaut pas Joy Division. Artery quittera assez vide ses oripeaux blêmes forcés, son tropisme postpunk, pour se recentrer vers quelque chose de plus intrigant. One Afternoon in hot air ballon leur deuxième album est un bel exemple de music-hall brinquebalant avec piano de chez bastringue, guitare espagnole et xylophone thuriféraire. Comme on ne se refait jamais vraiment, le tout est globalement sombre, mais sans en faire trop, avec un petit gout John Cale, Peter Hammil et une curieuse accointance avec ce qu’aurait pu être un Jacques Brel plus crispé et moins belge. On concédera qu'au moment même où de petites hordes de garçons coiffeurs synthétiques envahissaient le Royaume-Uni tout cela put paraitre un brin bizarre. Le moins bizarre dans toute cette affaire-là n’étant pas Mark Gouldthorpe et les psalmodies azimutées qu’il faisait monter au-dessus du toutim. Ce type était visiblement tombé dans un seau de psychotropes divers et variés  et il tenait à le faire savoir au monde entier. Sourd le monde ne l’entendit pas et Artery resta comme un épiphénomène sympathique un genre de Pulp avant l’heure légale, mais en mieux voyez-vous.




dimanche 11 août 2013

Talking Heads – Fear of Music. (1979)

 
« Never listen to electric guitar… Someone controls electric guitar. »  
 
Je me souviens avoir volé ce disque en avril 1981 dans une boutique de Carnaby street. Une belle journée au ciel bleu saturé — presque un IKB de chez Yves Klein — une bonne tiédeur, aucune humidité. Le disque de vinyle plus lourd qu’à l’ordinaire aurait pu être un frein, il n’en fut rien, je commis mon acte délictueux avec un contentement penaud et toute l’insouciance relative à mon âge de l’époque. Une fois dans la rue, l’échoppe dépiautée derrière moi, j’allumais une Pall Mall sans filtre puis je regardais d’un peu plus près la pochette nouvellement chapardée. Gaufrée, elle représentait un truc noir stylisé en relief. J’ignorais que c’était en fait la photographie d’une plaque d’égout new-yorkaise. Le disque que j’écoutais un peu plus tard - tout en ingurgitant d’horribles gros « petits pois » sucrés arrosés d’un thé tenant plus de l’eau chaude que du Darjeeling des hauts plateaux de l’Himalaya - était très bon, ce fut comme un petit choc. Le déplumé en chef Brian Eno déjà là David Byrne ne se prenait pourtant pas encore pour un intellectuel de haut vol. Il se contentait d’avoir des idées comme peut en avoir un artisan plâtrier. Les grandes idées lui viendraient plus tard avec Remain in Light et son tropisme africaniste inversé, son côté « machin plein de groove » destiné aux proto hiptsers que l’on appelait à l’époque « branchés ». Bon I’ m Zimbra le premier titre avait bien quelques propensions à vouloir sautiller au-dessus de la vulgate pop. Byrne y chantait un poème dada d’Hugo Ball, mais sans donner l’impression de vouloir trop faire le malin.  Pour le reste du disque  il se contentait d’un anglais  chaud-froid un brin distant qui tenait plus de la psychose que de l’actor-studio. La section rythmique qui l’entourait était à l’avenant. Elle passait du languide au frénétique avec une parfaite coalescence conjugale qui avait tout pour faire friser le bonheur de l’auditeur. Mine de rien Fear of Music était un disque formidable avec plein de vrais chansons et pas uniquement un machin bancal avec des bidules rythmiques (même s’il y avait plein de bidules rythmiques dedans). Bref, j’avais bien eu raison de le dérober sans vergogne.






mardi 22 janvier 2013

The Raincoats - Odyshape (1981)

 
« En adaptant les notes aux instruments de musique, et en y ajoutant les boucliers et les haches, les plumes et les bannières, on obtient ce qu’on appelle la musique. » (Mémorial des Rites).
 
Les Raincoats étaient heureusement incompétentes, elles tripotaient leurs instruments au hasard, comme si elles les avaient découverts cinq minutes avant d’en faire sortir le moindre son. Il y en avait une qui jouait du balafon au pif, une qui faisait crisser un violon sommaire, une autre au piano boiteux. Les Raincoats ne savaient pas plus chanter qu’elles ne savaient jouer, la voix d’Ana Da Silva ressemblait à un croisement accidentel entre Nico et le mantra tibétain, c’était une voix détachée comme on en rencontre peu. Bref, les Raincoats ne valaient fondamentalement pas grand-chose. Elles étaient pourtant inestimables, leur fausse musique ethnologique enchantait l’âme. C’était un drôle d’assemblage biscornu qui montait dans le ciel pour mieux se disperser à des altitudes himalayennes. On écoutait tout ça dans une sorte d’ébahissement ravi tout en se disant que ces airs bancals avaient certainement pris naissance dans de bien surprenants cœurs humains. La musique sait se contenter d’un cœur humain surprenant, il est parfois suffisant à toute autre chose. Il bas de guingois, s’attendrit dans une drôle d’arythmie. Cette arythmie, l’émotion d’un cœur ému, se manifeste par des sons qui se répondent tant bien que mal entre eux. Ces sons donnent lieu à des différences ; des différences qui forment des notes ; des notes qui font des accords ; des accords qui font des chansons aussi brinquebalantes soient elles. Finalement, tout est assez simple. 
Voilà pour les Raincoats, voilà pour la musique.



mardi 1 mai 2012

Minutemen – Double Nickels on the Dime (1984)



« Our band could be your life (real names'll be proof) me and D.Boon's played for years but punk rock changed our life. we learned punk rock in hollywood, drove up from pedro we were fucking corn-dogs, we'd go drink and pogo "Mr. Narrator!" (this is Bob Dylon to me) my story could be his songs, I'm his soldier-child. our band is scientist rock! but I was E.Bloom then Joe Strummer, John Doe-me and D.Boon, playing guitar. » 

Ce disque est génial, mais vous devez déjà tous le savoir. Résumons en longueur : dans le premier album des Minutemen il y a 18 titres, mais il n’y en a qu’un pour oser dépasser la minute. Dans le deuxième album des Minutemen, il y encore 18 titres, mais seulement 3 dépassent les 2 minutes (c’est très peu pour un groupe de rock progressif, mais beaucoup pour un combo censément hardcore punk). Dans le troisième album des Minutemen c’est un peu la disette, il n’y a plus que 9 titres, c’est 2 fois moins de titres que dans les 2 premiers albums des Minutemen. Dans ce troisième album il y 2 titres sous la minute, 6 titres entre 1 minute et 2 minute 46 et un titre qui dure plus de 3 minutes (ce qui fait beaucoup). Dans Double Nickels on the Dime qui est le quatrième album des Minutemen, c’est de nouveau l’abondance, il y a 43 titres (et 4 faces) ce qui fait presque autant de titres que dans les 3 autres albums des Minutemen réunis. Bon je ne vais pas vous embêter en vous détaillant les diverses durées proposées, je crois qu’il y 34 titres situés entre la minute et les 2 minutes et 2 ou 3 sous la minute. 

En dehors des problématiques de durée et pour ce qui est de la musique les spécialistes considèrent Double Nickels on the Dime comme l’un des chefs-d’œuvre les moins plombés plombant des années 80 (les fameuses Eighties). Je dois dire que moi aussi je trouve ce disque très à mon gout : la basse sautille à merveille et la batterie n’est pas en reste ; si j’osais je dirais que les deux sont en parfaite symbiose et que le commensalisme règne comme dans très peu d’organismes punk de même acabit. Outre la section rythmique, il y aussi une guitare acérée et puis des mots sarcastiques, et politisés, qui gigotent comme autant de petits diablotins à peu près tout le temps. Par ailleurs, l’observateur attentif notera qu’il ne faut pas limiter musicalement ce disque à une bien quelconque niche hardcore punk, on peut même y dénombrer pas moins d’une demi-douzaine de genres musicaux déployés à qui mieux mieux : du free jazz, du funk blanc et noir, du punk, du proto-punk, du post-punk, du punk tranquille, de la country raidie, une polka, une guitare espagnole, des lamentations blues, des exercices avant-gardistes, mais très peu de solos fantaisistes comme chez le Yes de la « grande époque. ». Bref, tout cela est hétéroclite et bancal, mais se tient parfaitement, car il y a un style, un style reconnaissable entre mille, un bel échafaudage foutrement cool. 

Ah ! J’oubliais presque l’essentiel, D Boon le chanteur guitariste sarcastique des Minutemen est mort un an après la sortie de Double Nickels on the Dime. Un stupide accident de camionnette après un concert dans l’Arkansas. Tout cela est très triste et forcement injuste.



vendredi 6 avril 2012

The Chameleons - Script of the bridge (1983)


Je vais rabâcher, mais c’est entre 14 et 18 ans que tout se passe. À cet âge tout se grave dans la mémoire comme dans de la cire, et cette cire durera aussi longtemps que du marbre. Ces années-là sont décisives, tellement décisives que l’on peut même y retourner pour les appréhender un peu de biais, sous un autre angle, dans l’espoir de retrouver de nouvelles « premières fois ». Le regard est un peu fané, mais le nouveau vieux qui se veut encore jeune éprouve alors un léger frisson, sa mémoire est toujours là, c’est une cire qui s’est transformée en marbre vivant. Ainsi, je n’écoute quasiment plus que des disques sortis entre 1978 et 1983, les disques que j’écoutais à l’époque, mais surtout les disques que je n’ai pas écoutés à l’époque, par manque de temps, d’argent, d’envie. Tenez par exemple, il m’a fallu remonter dans le temps pour découvrir vraiment les Chameleons. Peut-être ce nom stupide, leurs pochettes qui donnaient l’impression d’avoir été dégottés dans les poubelles de Jethro Tull. Et puis, que voulez-vous, ce groupe n’avait pas grand-chose pour lui, les musiciens ne ressemblaient à rien, ils faisaient un genre de rock héroïque tout juste assombri par de larges palanquées gothiques et manquaient de la plus élémentaire finesse. Voilà, rien pour eux, et pourtant je me suis fait à eux. Je les ai découverts vraiment, en voulant faire le point de biais, tardivement avec le regard étonné de celui qui se veut encore un peu jeune. La lourdeur des Chameleons s’est transformée en puissance, leur manque de finesse en sincérité et leur héroïsme est resté de l’héroïsme, car il faut savoir rester héroïque. Voilà, écoutez cette belle entrée en matière pleine de nerfs qu’est Monkeyland écoutez l’héroïque Second Skin, une chanson merveilleuse, une chanson pleine de force contenue, un vrai volcan, plein de sommeil d’explosion et de « mécanique interne », une chanson qui parle de chanson « I dedicate this melody to you » sans être plus post-moderne que ça. Écoutez Up the Down Escalator un tube, un vrai, le seul tube antinucléaire valable sur le marché. Écoutez Mark Burgess et ses musiciens ploucs, live là en dessous, n’écoutez pas les papistes de chez U2, n’écoutez pas Interpol. Voilà écoutez les Chameleons vous serez jeunes tout en étant vieux (ou l'inverse), et ça croyez moi c’est un vrai tour de force.



mardi 6 mars 2012

Martyn Bates - Love Smashed on a Rock (1988)


La musique ne me touche presque plus. Elle me laisse froid, terriblement froid. D'ailleurs, je n’écoute quasiment plus rien. Alors, parler de musique… Et puis de toutes les façons il n'y a que les disques et « artistes » que nous avons aimé quand nous étions jeunes et encore influençables qui compte vraiment. Disons que tout se joue là entre 14 et 18 ans et que ce qui vient après n’est pas important, ce n’est souvent qu’un amour rempli de pose et de fausse sincérité. (Ou alors quelque chose de plus mystérieux et tordu qui excède de beaucoup la musique en elle-même). On rabâche donc forcément sans cesse les quatre ou cinq années qui nous ont formés. Disons que l’intérêt de parler d’autre chose me parait un peu malhonnête. On pensera que je me flagelle avec ma propre nostalgie, mais je n’y peux rien, c’est ainsi.
Bon tenez par exemple je devais avoir 22 ans, quand j’ai écouté pour la première fois ce disque de Martyn Bates. Je l’aimais, mais c’était déjà trop tard. J’étais certainement plus amoureux de mes sentiments et de la perception que j’avais du disque que du disque lui-même. C’était un amour factice, un amour de fausse mesure. La preuve cet album ne compte plus du tout pour moi. C’est pourtant le meilleur des trois que Martyn Bates avait fait paraitre sur le label belge Integrity au milieu des années 80. Le charme diapré des premiers Tim Buckley (celui de Goodbye and Hello), ce folk rock romantique avec de jolies guitares en bois. Et puis la voix de Martyn Bates flottant à une respectable distance des complaintes bricolées chez Eyeless in Gaza. Disons un gout mélancolique, mais dissous par la joliesse, une eau tiède un peu agréable (je suis injuste).
Cinq ans plus tôt j’avais découvert Eyeless in Gaza et la voix de Martyn Bates, je pense que c’était un vrai amour, un amour de première fois, c’était bien autre chose. On n'oublie pas un premier amour, on ne retombe pas souvent amoureux de la même personne, la comédie du remariage c’est dans les films.



lundi 12 juillet 2010

The Field Mice - Snowball (1989)



Le dessus de ma bibliothèque est une sorte de débarras à plafond ouvert où je range ce qui ne peut être rangé ailleurs. On y trouve quelques vieux disques, des livres honteux qu'il faut cacher, des boites pleines de secrets… Je fréquente rarement ce dessus, je me contente parfois de le regarder avec indifférence et pour tout dire je le néglige. Pourtant aujourd'hui je suis « monté » à sa hauteur, car il me fallait retrouver quelque chose. Je ne vous expliquerai ce qu'était ce quelque chose, il y a des secrets qu'il faut savoir garder pour soi, sachez seulement que ce n'était pas plus un disque qu'un livre, que ce quelque chose je ne l'ai pas retrouvé et que par contre, à sa place, j'ai retrouvé un vinyle du groupe Field Mice, un 25cm (7" pour les Anglo-saxons) un disque complètement relégué dans le goulag de ma mémoire. Oh ! pas de quoi me voir choir de la chaise rouge si peu dessinée Stark qui me servait d'escabeau de substitution, mais un petit vertige tout de même, et puis des souvenirs qui remontait au moment même où je soufflais sur l'abondante couche de poussière recouvrant cette bizarre pochette lilas; une drôle de poudre pour ouvrir la mémoire.
Bientôt revenu à l'altitude plus raisonnable et en tous les cas moins périlleuse de mon parquet, je me dirigeais d'un pas décidé vers mon teppaz avec l'idée pas si sotte de réécouter ce disque, pour voir... Canicule oblige mes volets adroitement entrouverts « en persienne » laissant passer un mince filet de fraîcheur, mon teppaz derrière moi, je m'étendais sur mon canapé écru en position latérale d'insécurité et j'écoutais.

Et bien voyez-vous que la grâce et la légèreté sont toujours là ! Cette guitare et cette basse en ronde bosse tournent et vous pince encore la poitrine. Bobby Wratten le chuchoteur des Field Nice reste cet adolescent cotonneux qui chante comme s'il venait tout juste de s'éveiller. Je l'ai retrouvé, lui et son alter ego Michael Hiscock tels qu'ils étaient il y a vingt ans avec leur finesse de touche, ce tempérament monochrome qui vire au pointillisme, ce savoir faire tendre... En fait, je n'avais pas complètement oublié tout ça, Bristol, l'écurie Sarah records, la fragilité de cette pop de lycéens sensibles… Je n'avais pas non plus complètement oublié ce disque alors il s'est imposé de lui-même, comme en terrain conquis. Let's Kiss and Make-up est toujours cette belle entrée somnambulique et End Of The Affair cette « chanson de rupture » qui en remontrerait beaucoup à certains. J'avais seulement oublié le dernier titre Letting Go, qui ressemble à la forêt de Robert Smith, mais une forêt plus rose, plus timide, une forêt où Bobby Wratten et Michael Hiscock regarderaient vraiment leurs chaussures… Pour le reste, vous savez tout, vous savez qu'il faut aimer Felt et certaines chansons, oui CHANSONS, de Durutti Column. Vous savez également qu'il faut aimer ce disque des Field Mice, car il faut chérir la fraîcheur par temps chaud.



vendredi 28 mai 2010

Codeine - Frigid Stars (1991)



Les journées sont bien longues, mais ce n'est pas une raison pour confier leur exécution à un seul guillotineur. Par exemple, on peut utiliser la musique comme bourreau : elle « raccourcit » très bien. Il suffit de bien choisir sa musique, les ressources des musiques sombres, lugubres et déprimantes me semblent inépuisables, elles possèdent un sortilège que n'ont point les musiques allègres : celui de nous rendre plus tendre, plus aimant, plus aimé que nous ne sommes puisque plus facilement délectés par des pensées funèbres ; ces musiques sinistres n'exigeant aucun effort de nous elles souffrent à notre place. C'est un dissolvant qui ne laisse rien de nous et ne nous laisse rien.
Pour une déprime un peu poseuse, vous pouvez par exemple très bien écouter Godspeed You! Black Emperor, vous verrez que le disque souffre très bien à votre place, vous pourrez même accompagner votre écoute d'une lecture bien déprimante, je ne sais pas moi Mars de Fritz Zorn par exemple… Pour une vraie, une profonde déprime, une déprime ontologique, vous pouvez mêler vos larmes à celles de Robert Wyatt , vous noyer avec lui dans Rock Bottom, c'est un grand disque désespéré, mais plein d'espoir… Pour une fausse vraie déprime, vous pouvez retourner dans le No One Cares de Sinatra ; on n’est jamais déçu par ce disque, il vous rend presque heureux d'être déprimé … Pour une déprime sentimentale carabinée, vous pouvez écouter le beau disque que Sybille Baier à enregistré en 1972, c'était entre deux Wim Wenders gris, dans une époque bien terne… Si vous vous limitez à la musique populaire et à ses ersatz il est bien évident que Lou Reed et son sinistre Berlin (Coney Island Baby est bien meilleur) sont faits pour vous , il y a aussi le Music for a New Society de son faux frère maudit John Cale. Les vieux adolescents mous amateurs de coquillettes se retrouveront certainement dans la cotonneuse pornographie phonographique de Robert Smith, ce n'est pas grand-chose, mais c'est assez joli. Les vieux adolescents lugubres retourneront incessamment dans les plâtres étouffés de Joy Division, ils réécouteront Closer et ils laisseront une nouvelle fois Ian Curtis souffrir à leur place. Pourtant, Closer est un vrai-faux disque désespéré il y a de la lumière à la fin…

Tiens en prenant un exemple moins évident il fut un temps ou j'aimais écouter Codeine et notamment leur premier album Frigid Stars. J'étais encore perclus de mollesse post adolescente encore embuée par la bêtise de mon âge. Je m'étendais l'air hagard sur un lit « pas fait », je regardais le plafond tout en ressassant mes divers déboires sentimentaux . Je me laissais couler dans cette musique sans me rendre compte que c'est elle qui se noyait, j'étais bien bête. Aujourd'hui je n'écoute plus trop Codeine, d'ailleurs je ne sais pas si je ne suis pas le seul à ne plus trop écouter Codeine, c'est un groupe un peu oublié, ses membres ont beau avoir inventé sans le savoir un genre: le slowcore, ils n'ont sorti que deux disques et ont vite disparu de la circulation ; il y a bien un bon album du batteur/guitariste Chris Brokaw mais rien d'autre, ou presque…
Si mes souvenirs ne me trahissent pas, Frigid Stars était un disque lourd et endormi, un disque qui semblait vouloir s'écrouler en permanence, mais qui bizarrement ne s'écroulait jamais vraiment ; d’où cette étrange tension et ce suspens permanent : y aura-t-il catastrophe ou n'y aura-t-il pas catastrophe ?
Tout commençait par D, une vraie grande chanson, un classique dépressif plein de découragement, un genre de chef-d'œuvre asthénique qui laissait un goût de cendre dans la bouche. Le reste n'était qu'une suite de déclinaison de cette « ouverture clé », on y retrouvait de la colère glacée , de la frustration contenue des moments comme en équilibre au bord d'une éventuelle dégringolade. Les mots sinistres flirtaient avec le morbide pendant que les musiciens souffraient froidement. Un disque idéal pour ressasser et pour rouvrir des plaies qui n'avaient jamais été ouvertes, un disque qui vous attrapait avec ses grandes pattes molles puis vous avalait, vous nettoyait dans sa « machine » intérieure, pour mieux ensuite vous expulser comme lavé, presque vierge de tout surmoi lugubre ; bref un disque idéal pour un jeune adulte doutant-douteux. Aujourd'hui je suis plus vieux et c'est le « détachement bakerien » qui me ferait plutôt pleurer, que voulez-vous j'ai plus de bonnes raisons pour me donner envie de pleurer. Enfin que tout cela ne vous empêche pas d'écouter ce Frigid Stars il est toujours très bien, et puis vous êtes peut-être jeunes après tout...

dimanche 12 juillet 2009

WC3 – Moderne Musique (1982)



On aimait beaucoup WC3 parce qu’intuitivement on sentait bien que c’était un groupe qui ne tricherait jamais, loin du post-punk rennais à saxophone (la clique raide de Marquis De Sade) loin des chemises rouges et des simulacres stoogiens en ouverture de Talking Heads (les mignons Taxi Girl), loin aussi de la brume anglaise et de ses vagues sombres (Joy Division et tutti quanti...) On aimait beaucoup WC3 parce que c’était un groupe puissant et sincère, drôle et sanglant, qu’il ne ressemblait à rien si ce n’est à lui-même et que, par exemple, son chanteur paraissait davantage préoccupé par ses tripes que par la pâtisserie viennoise ou la grande Europe. On aimait aussi beaucoup et surtout WC3 parce qu’il y avait Janine… Janine pieds nus sur la pochette ratée de leur premier disque réussi, une jeune Juliette Binoche en mieux. Janine et ses claviers qui étaient là, partout, un ciment merveilleux que ces claviers là, Janine le Dave Greenfield du Nord , le Ray Manzarek de St Quentin ( Aisne). On aimait WC3 et puis Janine est morte, suicidée un soir… backstage. On est resté un peu con, on était un peu amoureux d’elle sans même la connaître. Les strates du temps sont passées par-là, posées en fines lamelles, on a oublié Janine et WC3… Jusqu’à ce que …

Tiens l’autre jour, je déplaçais une pile de 33 tours et à travers le petit nuage de poussière inévitablement engendré par le déplacement, j’ai vu dépasser un coin de pochette: Moderne Musique par WC3 ! Intrigué, j’ai donc tiré la pochette, je l’ai même extirpé péniblement car elle était quasi collée entre un Greatest Hits de Roy Orbison et le Get Happy du binoclard Declan MacManus. L’opération achevée (l’extraction menée) je me suis alors retrouvé avec un disque en moins dans la pile de 33 tours mais avec entre les mains une pochette que j’ai toujours trouvée très à mon goût bien qu’elle soit plus moche que le gibbeux du coin... Ah ! oui, glissé dans le fourreau de cette pochette moche, il y avait encore un poster… et même, voyez-vous, un disque… un disque que j’avais beaucoup aimé en son temps, le disque de WC3… Estimant la chose possible, tenant 33 centimètres de celluloïd dans une main et mon courage dans l’autre, j’ai alors pris la ferme décision de réécouter tout ça et je me suis dirigé vers mon presque teppaz… Alors ?

Alors, il n’y a pas de déception à avoir, c’est toujours aussi bien, puissant et humble… Breakdown : « ce son d’enfer au sourire narquois » ce Bal des Lazes qui vire London Calling ; une merveille rêche, tendue et viscérale. Le reste pareil ou presque : ces claviers constamment judicieux, cette fatale cavalcade ferroviaire : Orient Express, ce spleen adolescent qui ne vire pas au mièvre : Mort et vainqueur, Derniers baisers du vautour … Ecoutez ce disque, il a toujours de la personnalité et il frémit encore. Ecoutez aussi les autres : WC3-1978-1980, une compilation raide-punk sur les débuts punk-raides du groupe, écoutez aussi et surtout La Machine Infernale, un disque très sournois, un son inquiétant comme si le tout tourbillonnait dans un lave-linge noyé par le sang coagulé, un climat problématique et plus lynchien que tous les lapins écorchés en lévitation du monde. Bref un disque intriguant , tellement intriguant qu’il est introuvable… Quoique…



vendredi 10 juillet 2009

The Specials - Friday Night, Saturday Morning



« Wish I had lipstick on my shirt
Instead of piss stains on my shoes »


« Friday Night, Saturday Morning » c’était le « Friday on my Mind » des Easybeats, mais abordé par sa face raide et blafarde. Cette lymphatique musique de train fantôme… Les « joies » du vendredi soir : descendre une multitude de pintes dans la boite du coin, regarder les filles, mais pas plus… Les « joies » du samedi matin : rentrer seul, attendre un taxi, une tourte à la viande dans la main, un pied dans une flaque de vomi… Bref, Terry Hall était un sacré « écrivain de chansons. »

« J’aurais préféré avoir du rouge à lèvres sur ma chemise plutôt que de traces de pisse sur les chaussures »

jeudi 13 mars 2008

Weekend – La Varieté (1982)


Le disque de Weekend La variété était très beau, presque aussi beau que celui des Young Marble Giants, mais autrement. Des instrumentaux latins et désinvoltes, des chansons brèves, sortes d’aperçus laconiques ornés d’arpèges circonspects, de la variété où les types savaient presque jouer, mais léger, léger, sans gras, tendre et émouvant.. Il y avait, aussi et surtout dans ce disque, suspendus en fin de seconde face deux sombres miracles en apesanteur: Nostalgia et Red Planes. Du Nico non sépulcral et sans harmonium, du Nico non guttural et non ontologique ; avec une admirable non chanteuse détachée et un vrai violon triste, mais pas trop. L’écoute de ce disque procurait un sentiment d’inquiétude lasse, de désespoir indifférent, une beauté précaire qui avait tout du prodige et de l’œil du cyclone réunis.. Ensuite Weekend sans Allison Staton est devenu Working Week, une plaisanterie sinistre, de la musique pour sofa beige et ascenseur bien huilé, un truc de froide hautaine qui sera démocratisé par le glaçon technique Sade. Allison Staton, elle, chantait comme on siffle en repeignant le plafond, à l’ombre des démons, c’est pourquoi nous l’aimions.


« Curious band. Like a mixture of Tom Tom Club, Joy Division, Manu Dibango, Anton Carlos Jobim and Young Marble Giants »

mardi 8 mai 2007

Cool Memories 3



Je retrousse mon jean à hauteur de chevilles, laissant sournoisement apparaître une paire de chaussettes forcements noires prolongées par d’assez reluisantes Doc Martens en peau retournée marron. Je porte cette petite veste cintrée bleue électrique avec des épaulettes qui laisse croire que je pratique la profession peu usitée de groom saturé post atomique dans un hôtel désaturé.. Rue de la République non loin de la FNAC j’achète un paquet de Pall-Mall sans filtre. Le paquet est souple, les cigarettes plus longues, le paquet est rouge il tranche superbement en dépassant nonchalamment de la poche de ma veste tellement remplie de bleu Ikb klein. Sur cette veste facilement colorée j’ai accroché un badge verdâtre de New Order reprenant les couleurs, la typographie de Ceremony le premier Ep échappé de chez Factory Records après la mort de Ian Curtis...
Plus loin, rue Mercière, au milieu des affiches lacérées, je croise Gilles, nous conversons bientôt avec les fatiguées prostituées du secteur. Gilles fume des Camel, les filles rigolent… Un peu plus tard devant la vitrine de S.. (le nom m’échappe) au moment même où nous regardons avec concupiscence un tee shirt des Stranglers , un skin à l’improviste vient nous chercher des noises. Le pauvre garçon boule de haine bondissante, nous traites de pédales, de bougnoules en vestes bleues, de mods ! J’essaye de dulcifier le dialogue, mais peu finement Gilles crache à la gueule du tondu qui bientôt sort un pistolet à eau plein d’un liquide incertain. Un peu inquiets rapport à la nature du liquide (de l’urine !) nous détalons derechef le débile à nos basques. Apres une course peu commune qui nous voient traverser à toutes berzingue la place des Terreaux, nous semons le monospore raz du tif les premières pentes de la croix rousse atteintes (il faut bien dire que le pistolero tondu est généralement peu sportif en plus de nazillon.) Pour nous remettre de nos émotions nous achetons une commune Jeanlain chez le premier arabe du coin et redescendons vers les quais de Saône en devisant doctement sur les mérites comparés d’Echo and the Bunnymen et de Killing Joke . Plus tard le pont traversé, Gilles roule un joint dans une pissotière voisine de la cathédrale St Jean ; joint que nous allons gaillardement mégotter sur le quai devant le palais de justice. Apres avoir balancé deux trois cailloux sur les péniches qui passent, nous remontons dans la circulation... vers le monde... de ventrus nuages sombres trouent le bleu pâle , l’orage guette…
A présent je porte des pantalons décathlon Quechua souples et kakis, je me chausse de fonctionnelles baskets grises avec des rayures oranges, sans chaussettes. Je ne fume plus rien depuis longtemps. La rue Mercière n’est plus qu’une accumulation de restaurants vulgaires et faussement chics. Il n’y a plus de prostituées elles se sont déplacées plus loin derrière la patinoire, elles ne parlent plus la langue du pays, ce qui ne favorise pas les discutions. La place des Terreaux à été relookée par Jean Nouvel, il n’y plus de pissotière et le parvis de la cathédrale Saint Jean est envahi à présent par les Punks à chiens. Sur le quai devant l’ancien palais de justice il y a maintenant un parking. On a jugé Klaus Barbie, mais il y a toujours des skins. Gilles la dernière fois que je l’ai vu était chauve et père de trois enfants. L’orage journalier s’annonce…


vendredi 20 octobre 2006

Je baisse ...



J’ai vu un concert de Téléphone (!) au palais des sports de Lyon en 1979 les grands était assis part terre et attendaient le début des hostilités en fumant des cigarettes odorantes. Ensuite le concert était vachement bien dans le genre : je transpire tu m’égoutte. A la fin pour sortir ça piétinait devant les sorties … moi je piétinais bien plus que la morne piétaille à écharpes mauves il faut dire qu’étant petit j’étais déjà grand, dieu me gratouille ! Un peu plus tard vers 1981 j’ai vu un concert de PIL au palais d’hiver de Lyon. Les Punks Not Dead étaient debout plein de morgue et de mauvaise bière. Il y avait une cohorte inquiétante de filles avec des coupes de cheveux aléatoires et du maquillage super noir. Le concert était chaotique dans le genre : je te crache dessus, tu m’essuie pas. un quidam incertain c’était même jeté du premier étage sur la foule pogotante et le Punks Not Dead qui chute est ma foi assez problématique envers la gravité. A la fin ça trépignait péniblement pour sortir vers le monde éduqué. Pas fou j’étais resté au bar laissant la piétaille anarchisante en retard de deux ans se disséminer dans la brume , dieu me pardonne !

C’est en feuilletant mollement les Cahiers Du Cinéma qu’au milieu d’un assoupissement non passager j’ai appris la mort de Bernard Evein, le décorateur de Demy des Parapluies de Cherbourg et d’ Une chambre en ville, vous voyez ces décors merveilleux ? mais aussi de Godard et de sa Femme est une Femme sacrément coloriée de la plus sage Cléo de Varda aussi… il y a une esthétique Evein au milieu de la nouvelle vague même si cette dernière fait la maline avec toutes ses histoires d’auteurs tout ça et que bon les artisans c’est pour papa et Marcel Carné… Evein est important comme Coutard est crucial comme Gegauff est immensément influent dans l’ombre un sacré croquignolet d’ailleurs Gegauff .. Evein craquait plus tendre lui …
C’est aussi en feuilletant mollement les Cahiers Du Cinéma qu’au milieu d’un assoupissement non passager j’ai appris la mort de Gérard Brach, le scénariste de Roman Polanski , de « Répulsion » de « Cul de sac » et du « Locataire » vous voyez toutes ces histoires de gens enfermés … S’il y une marque Brach c’est celle de l’enfermement de la claustration volontaire . Brach était agoraphobe comme Manchette (comme d’autres …) et donc le coté mal pensant polonais poussière cachée sous le lit et voyage autour de ma chambre c’est surtout le fait de Brach et d’ailleurs même chez les autres dans de gros films pachydermiques comme « La guerre du Feu » et « Le non de la rose » du professionnel de la profession Annaud il reste un goût de chambre pas aérée ou plus précisément de cette peur irrationnelle de sortir de la chambre (ou de la grotte) … Brach restera aussi bien avant la fille Coppola comme l’inventeur du jet lague style avec « Frantic» et comme le scénariste du vrai dernier Antonioni « Identification d’une femme » … mais là c’est l’autiste italien qui domine … bien que le brouillard c’est bon de s’enfermer dedans aussi.

lundi 4 septembre 2006

Cool Memories 3



Plaisir inconnu mon œil ! Moi un casque audio sur les oreilles insidieusement dissimulé sous les couvertures bravant le couvre feu familial, un casque Pioneer énorme modèle 1980 les couvertures en laine dégageant une légère électricité si peu statique et la musique qui s’écroule dans le casque et la musique qui n’explose pas ! Qui IMPLOSE! qui m’implose DEDANS comme ça par mégarde et le truc qui remonte de l’estomac vers les yeux dans des larmes hypothétiques et bien réelles, grand disque je suis encore convalescent 26 ans plus tard, Closer est pire en mieux.

Joy Division - Unknown Pleasures (1979)

dimanche 16 juillet 2006

Cool Memories 2



Avec un nom pareil et chez Factory en plus ça devait être de la cold wave frigorifique et bien non surprise découverte interloquée d’une musique délicate et totalement atmosphérique je n’ai pas ramené le disque chez le marchand et j’ai découvert par la suite qui était le fameux Durutti.


The Return of The Durutti Column (1980)