dimanche 3 mars 2013

The Beach Boys - The Beach Boys Love You (1977)

 
J’ai la très désagréable impression que l’un de mes indéfinis voisins vient de monter un orchestre. En effet depuis bientôt une semaine mes murs laissent assez fréquemment passer les roulements d’une batterie hasardeuse et les vrombissements d’une guitare basse tâtonnante. Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si les aubades produites par ledit orchestre ne taquinaient pas une bien incertaine contrée musicale située entre la sororité discordante des sœurs Shaggs et un genre de Krautrock hagard et lancinant. Imaginez l’inconfort de ma situation, imaginez ma grande peine ! En contre-mesure. Je me suis permis d’écouter un vieux disque des Beach Boys, sans ouvrir mes fenêtres, car il faisait aux environs de — 5 °C et à un volume sonore raisonnable, car voyez-vous je fais tout pour ne pas gêner mes voisins.
Pour en venir vraiment aux Beach Boys il faut savoir que The Beach Boys Love You devait être le disque du retour pour Brian Wilson. On l’avait ressorti du bac à sable où il végétait depuis le début des années 70, il allait montrer au monde ce dont il était capable. Le monde allait trembler, il ne trembla pas. En fait de comeback The Beach Boys love you est plutôt un delayed slight return, un aérolithe incongru, le palais du facteur Cheval ripoliné par le douanier Rousseau, le fruit d’un cerveau partiellement détruit et un embarrassant retour vers la petite enfance. Coaché par son psychiatre gourou, le Dr Landy, Brian y affiche une touchante naïveté qui n’est plus de son âge. Les lyrics frôlent le ridicule tandis que quelque chose de cinglé se trame en sous-main. Ce côté cinglé qui peut sembler sonner faux, ne sonne pourtant pas si faux que ça, il sonne simplement bancal. Les chansons que nous écoutons sont toutes de guingois, car elles sont l'oeuvre d’un enfant de substitution, un alchimiste toqué et enfantin qui lorsqu’on lui donne un studio, un synthétiseur krapouet, des voix, sait encore en faire de l’or, de l’or bizarre, mais de l’or tout de même. Il y a peu de disque aussi tranquillement dérangeant, de disque où l’on perçoit au-delà des ravages et du quasi-babil, la persistance et la fidélité d’un génie endommagé  envers son propre don.



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