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dimanche 7 mars 2010

Jonathan Richman - Live in Paris (1979)



En 1979 Jonathan Richman a 28 ans, c’est la fin des Modern Lovers seconde manière. Il se marie, s’installe dans un ranch de Santa Monica, on entend plus parler de lui pendant quatre ans...
Néanmoins quelques-uns ont l’immense privilège de l’admirer sur scène, il se produit seul généralement débranché au milieu d’un assortiment de plantes vertes et de pots de fleurs. Un dimanche après-midi on peut même le voir dans Chorus, chez Antoine De Caunes, entre Jacques Martin et les Thunderbirds. Pour l’occasion il n’y pas de fleurs, mais il y a du cœur.


jeudi 4 octobre 2007

Back in Your Life (1979)



Marie et les Garçons reprennent de maniere admirable « Roadrunner» et sont « In love whith the New York sound » , sur la pochette du merveilleusement accidentel « Crazy Rhythms» les Feelies ressemblent à des étudiants en physique nucléaire sages et propres sur eux, les Young Marble Giants eux font le moins de bruit possible sur le crucial « Colossal Youth» et les Talking Heads dans « More Songs About Buildings and Food » traquent le souffle dissimulé des Buildings et le spleen urbain. Tout est aimablement straight et laisse entrevoir en filigrane l’influence des premiers Modern Lovers …( Vraisemblablement par le biais de Jerry Harrison pour les têtes qui parlent, mais pas uniquement - pour simplifier Modern Lovers +Pere Ubu + …)
Pendant ce temps Jonathan lui, poursuit son petit bonhomme de chemin, construisant une œuvre délicieuse et éclopée, posant une planche grignotée par-ci construisant un magnifique château de sable par-là, du bancal élaboré avec douceur, une œuvre, oui une œuvre presque cohérente dans sa fragilité même !! Et si pour Malraux - le toxico fiévreux à la mèche sybarite- les enfants et les fous ne peuvent produirent que des miracles et jamais une œuvre il est bien évident que notre croquignolet lui ne se laisse dépasser que par ses sentiments et pas par autre chose. C’est LUI qui joue et chante pour les enfants et les fous ! Il joue même pour les autres - le bon peuple sensible mais normé en façade - naviguant toujours entre les deux : l’enfance perdue et la croquignolerie éventuelle …
Pour en venir vraiment à « Back in Your Life » l’album de 1979, il continue « Rock 'n' roll With the Modern Lovers » avec les même moyens super-légers, il y a un peu plus de mélancolie et moins de musique ethnique fantasmée mais c’est en gros la même recette légère sur le cœur .. Jonathan se fait passer pour Abdul et Cleopatre (réunis) ou pour un petit moustique … Il y a des chansons à l’humour nonsensique , plus dada que dadais et une quantité de ballade crève cœurs non négligeable ( I Hear You Calling Me , Emaline …) il y a surtout la bien nommée « Affection » l’une des plus belle chanson du monde , la plus tendre et gracieuse de Jonathan Richman ?
Apres ce disque Jonathan se marie ! Il s’installe en Californie et disparaît de la circulation pendant quatre ans. Néanmoins quelques-uns ont l’immense privilège de l’admirer sur scène où il se produit seul débranché au milieu d’un assortiment de plantes vertes et de pots de fleurs, Jonathan est un grand inventeur …

dimanche 15 octobre 2006

Rockin' and Romance - (1985)



Jonathan, Jonathan,
I wanna know something,
Well have you ever been to Bermuda?

Il y a d’abord cette pochette merveilleusement cheap où tout est résumé, l’ingénuité, le chœur qui sort et passe dans le micro tout ça, du candide endossé et résolument ! Et en plus de la pochette et à l’intérieur de celle ci il y a des chansons ! Des chansons sur les extras terrestres sur les ballades en été, une sur la plage dans le genre « super chouette il fait beau tout le monde à poil.. » … Que des choses simples quoi ! Il y a aussi une chanson plus problématique sur un peintre fameux qui s’est coupé une oreille (je ne sais pas si cela fait mal, je vais essayer), une sur l’enfance qu’il faut défendre(ça j’ai essayé l’enfance), une sur les joueurs de base-ball et même une sur les emballages de chewing-gum ! Il y a aussi ce truc définitif sur les jeans, avec ces paroles définitives : « Il n’y pas de Wrangler ici, on s’en va » et les chœurs qui répondent « Pourquoi pas des Levi’s ? Pourquoi pas des Levi’s ? . » … Il y a surtout cet hymne plein d’autofiction mesurée « Down in Bermuda » le chose la plus tendre émouvante et sincère écrite sur les … bermudes ?. Bon les chansons parlent de tout ça mais elles sont faites de quoi hein ! ? et comment ? Et bien toujours la même chose … guitare acoustique en avant, choeurs aléatoires en arrière mais cœur surtout et un peu partout. Du Lou Reed candide du Chuck Berry qui n’aurait jamais fait la chose du Budy Holly sans les lunettes, des bouts Doo Woop et même la lascivité émue de la musique brésilienne qui pointe son nez (mais pas son string.)Tout cela pourrait verser dans l’auto parodie et la redondance tant le territoire de Jonathan semble ténu. Mais non et là est le miracle ! Il y a toujours cette fraîcheur cette candeur inattaquable et non feinte …quasiment magique ! Ecoutez le dernier titre « Now is Better than Before » avec ses maigres arpéges de guitares, un titre qui change l’atmosphère de la pièce où il a le courage de se déployer modestement, de quoi être heureux au moins cinq minutes.. Dieu me chatouille !

mardi 20 juin 2006

Vivre dans le monde d’aujourd’hui, c’est s’intéresser aux ratons laveurs ...



- Quelle est la chose la plus importante pour toi ?
- J’aime la nature, c’est tout ce que j’ai à dire. J’essaye de vivre avec elle, j’aime la voir, je dors dehors parfois, je l’aime. Je veux apprendre d’elle, comme les Indiens. On peut dire que je suis un « néo-primitif » mes chansons le sont aussi, ma musique vient de la nature, elle est facile. J’aime apprendre des Indiens. Je n’en ai pas beaucoup rencontrés mais j’écoute ce qu’ils disent. J’ai entendu des chefs indiens parler, et j’écoute beaucoup leur musique. Elle est … honnête ! Il y a beaucoup de tribus différentes, c’est dur de décrire cette musique, à part le fait qu’il n’y a pas trop de synthétiseurs dedans ! Elle m’inspire, elle m’est proche, j’écris des chansons sur les Indiens, les Indiens aussi.

- T’intéresse-tu à la politique ?

- Pas comme certaines personnes. Je suis moins branché par la politique que par la nature. Je sais ce qui se passe, quoi. Est-ce qu’il semble que je ne vive pas dans le monde réel ? La nature n’est-elle pas le monde réel ? Les gens qui dirigent le monde vont disparaître, la nature va rester. Je pense qu’elle est le seul monde actuel. Vivre dans le monde d’aujourd’hui, c’est s’intéresser aux ratons laveurs et pas à la politique ! Je commence seulement à vivre, j’apprends à comprendre, mon cœur est là (…) J’aime le monde entier, j’aime Paris, j’aime voir des gens, je ne veux pas vivre en sauvage dans les bois. J’ai choisi de vivre quelque part mais cela ne m’empêche pas d’aimer d’autres endroits, la nature est partout. Je ne suis pas un extrémiste dans ma position ai-je même une position ? J’ai un DESIR d’être près de la nature, et d’être international, de chanter pour les gens en Espagne en Scandinavie. J’aime ce que je fais, je l’ai choisi, je suis libre. Rien n’est jamais parfait, mais ça va plutôt bien pour moi. Je suis heureux quand je chante, et que mon audience pleure ou rit.

Jonathan Richman – Juillet 1982

Petit cadeau Jonathan nous fait le petit dinosaure :


lundi 22 mai 2006

Rock 'n' roll With the Modern Lovers (1977)



Qui n’a pas succombé à l’ingénuité souple d’Egyptian Reggae ignore peut-être encore tout de deux trois choses essentielles : La candeur, la franchise, l’innocence … oui parfois il faut savoir ressusciter son innocence ensevelie sous un compost gras noirâtre, se sortir de cet humus, de la lourdeur des sentiments plombés, pour se retrouver seul face à une musique qui vibre sans énigme, presque pure, admirable de nudité.
Léger, léger « Rock 'n' roll With The Modern Lovers » est le disque le plus aérien de Jonathan Richman, celui où il découvre vraiment un style, unique reconnaissable entre mille. Une instrumentation nomade sans amplification, guitare sommaire acoustique, contrebasse, percussion mousseuse, triangle folingue un saxo saugrenu et le tour est joué … C’est aussi le disque ou notre olibrius s’ouvre à d’autres influences où on retrouve le sourire aux lèvres, de la musique traditionnelle chinoise fantasmée « The Sweeping Wind (kwa ti feng) »; du folklore sud américain « South American Folk Song » et bien évidemment du Reggae !! … Outre « Egyptian Reggae » qui est la preuve de l’existence de dieu ni plus ni moins, il y a « Ice Cream Man » ode aux marchands de glaces, que voulez-vous ! le plus que parfait « Afternoon » avec cette guitare solo qui dévale directement au creux de l’estomac (Clapton peut remettre son brassard SS salopard) le merveilleusement atmosphérique « Summer Morning » et cette confession tendre qu’est « Fly into the mystery » … Voilà c’est un disque merveilleux, un disque extrait de l’œil du cyclone où tout passe par le filtre unique de Jonathan (il filtre avec son cœur) … Légende ? suis-je le St Beuve du pauvre ? A l’époque Jonathan se nourrissait de pots blédine, si on perd en nerfs en pelotes et en lysergie moirée, on gagne beaucoup en sincérité.

jeudi 18 mai 2006

Jonathan Richman & the Modern Lovers (1977)



« J’ai joué pour des « enfants » retardés - âgés de huit à soixante ans – et j’ai compris qu’ils me comprenaient bien mieux que les gens soi disant normaux … »

« La vie des hommes sert de vêtement à leur âme* », mais Jonathan Richman est tout nu, c’est à la suite d’une série de concerts en solo dans des hôpitaux psychiatriques qu’il donne une impulsion nouvelle à son inspiration, fini le Velvet et bonjour Maurice Chevalier, fini l’inquiétude et la frustration, bonjour la générosité et les cadeaux dispersés le sourire au coeur !! Avec quelques petites obsessions néanmoins, faire le moins de bruit possible, gagner en légèreté grâce à une formation sans effets et amplification vaine et de ce fait gagner surtout en sincérité. Beaucoup seront surpris par ce changement radical, on oubliant que même chez le proto-punk du début il y avait déjà tout cela pas tellement enfoui. Le type qui quittait Boston pour aller passer ses nuits sur le paillasson de Lou Reed, l’olibrius qui dans les parcs de Cambridge gratouillait quelques accords maladroits sur une petite guitare avec comme seul public les oiseaux ravis était déjà un grand sincère fan de Maurice Chevalier en loucedé.
Sur la pochette Jonathan ressemble à un nouveau philosophe, pourtant si sa chemise est ouverte c’est pour mieux laissé passer ce qui s’échappe de lui, de la générosité en pagaille !! Il est positif trouve de la poésie partout, dans les supermarchés dans les tours de Wall Street « Lonely Financial Zone », il aime son pays « New England » tranquille déclaration délurée, et il y a toutes ses chansons à l’humour bancal (dada ?) sur les Martiens, l’abominable homme des neiges dans le supermarché, une merveilleusement tendre sur les insectes ! Tout est soutenu par une musique qui ne doit rien à personne si ce n’est aux pionniers du rock et au Doo Woop, l’ensemble bien évidemment passé dans un tamis exquis ce qui donne ce goût paradoxalement neuf !
L’album est dominé par deux ballades remarquables « Amazing Grace » reprise d’un chant traditionnel et le poignant « Springtime » ou Jonathan réussit le tour de force d’être tout nu en restant habillé. Il y aussi le splendide « Important In Your Life » le genre de truc qui peut arracher des larmes de bonheur à l’auditeur ravi.
En fait même si Jonathan s’ouvre, on sent que derrière tout ça, derrière la fraîcheur, il y a toujours la trace d’une fêlure qui le poursuivra sans cesse, la perte de l’enfance peut-être ? Enfin toujours est-il que Jonathan Richman à partir de ce moment là a décidé de donner beaucoup et qu’il n’en que plus bouleversant encore.


* André Suarès – Voyage du Condottiere

mardi 16 mai 2006

23 Great Recordings by Jonathan Richman & the Modern Lovers (1990)



Si chez Picasso il y a une multitude de périodes, une œuvre qui se remature sans cesse chez Jonathan Richman on ne distingue pleinement que deux périodes, (en mode microscopique peut-être quatre.) Les débuts gris clair du jeune Velvetien transi d’admiration qui aurait vu plus de cent fois ses héros en concert, et la période rose, la plus longue celle ou notre héros c’est complètement trouvé en définissant un style comme nettoyé dégagé presque de toute influence, un primitif qui ferait semblant d’oublier ce qu’il a appris et aimé.
Cette compilation qui couvre la période orthodoxe (1974-1980) est une bonne entrée en matière. On retrouve les classiques séminaux de la première manière des Modern Lovers, et les débuts du « nouveau » Jonathan. Evidemment il y a les hymnes définitifs que sont « Roaddruner », « Pablo Picasso », le plus stoogien que nature « Girl Friend » et surtout ce titre complètement touchant « I’m Straight » « je suis NORMAL ! Je ne suis pas un hippie ! Je ne suis pas un défoncé ! » On imagine bien la grande part de naïveté à chanter ce genre de truc après avoir tournicoté (innocemment ? ) autour du Velvet pendant des années. En fait les premiers Modern Lovers n’ont pas réellement existé plutôt un groupe incertain ayant accompagné Richman sur quelques démos et les fameux titres du premier album officiel qui est sortit bien plus tard alors que le semblant de groupe n’existait plus depuis longtemps et que Jonathan avait évolué radicalement vers autre chose, vers la douceur. La compilation est une bonne trace de tout ça. Les premiers titres (Donc Velvetiens) sont marqués par la frustration, une inquiétude perceptible et une forte part autobiographique on est dans le gris clair. Puis insidieusement le rose, la tendresse arrive, l’inquiétude s’évapore au contact d’une réalité rêvé, faite de marchands de glaces, d’abominable homme des neiges dans le supermarché, de reggae égyptien, Richman n’est plus chroniqueur de lui-même, il invente quelque chose de nouveau, avec son cœur, en ouvrant sa chemise.

lundi 8 mai 2006

Jonathan Goes Country (1990)



Quand Vincent Van Gogh reproduisait les estampes d’ Hiroshige avec minutie bien évidemment c’était du Van Gogh et que cela ; du bidule torturé qui se baladait sur la toile alors que bon Hiroshige lui n’était pas trop lui un dégoupillé de l’âme. Quand Jonathan Richman fait de la country et bien c’est indéniablement du Jonathan pur sucre qui semble débarrasser cette musique souvent passionnante de son gras métaphysique en la faisant basculer du coté du léger le plus total. Tout cela avec les armes de cette musique : Guitare slide, et reprise de quelques standards mordorés développés en corolles naïves. L’album est a l’image de sa pochette où un vendeur chafouin tente de fourguer une immonde paire de boots rouges à un Jonathan un peu circonspect. Au recto de cette pochette on voit Jonathan de dos errant sur un trottoir, les infâmes boots rouges aux pieds et même de dos en sent bien que ce n’est pas important tout ça ; la country, le prétendu ridicule, que ce qui compte c’est ce qui s’échappe de lui : le Velvet, Charles Trenet, les dinosaures, la country, peu importe … Même si ce disque est l’un de ses plus apparemment anodins il y a comme toujours quelques perles qui surnagent : le craquant « Your the one for me » une reprise redneck pour rire mais quand même très douce de « Corner Store » une ballade au coin du feu « Man Walks Among Us » ou la voix de Jonathan est sidérante (c’est un immense crooner) il y a surtout le bouleversant « The Neighbors » qui réveille le fantôme de Gram Parsons et le souvenir de sa fusion presque surnaturelle avec Emmylou Harris ... Vive le bonheur conjugale !! d’ailleurs Jonathan c’est très bien faire ça ... faire pleurer les gens avec du bonheur. Sacré Jonathan …

Les mauvaises langues diront-elles que tout ça c’est du Douanier Rousseau et bien qu’elles restent dans leur mauvaise foi chafouine et leur second degré placebo.

à suivre...