jeudi 18 mai 2006

Jonathan Richman & the Modern Lovers (1977)



« J’ai joué pour des « enfants » retardés - âgés de huit à soixante ans – et j’ai compris qu’ils me comprenaient bien mieux que les gens soi disant normaux … »

« La vie des hommes sert de vêtement à leur âme* », mais Jonathan Richman est tout nu, c’est à la suite d’une série de concerts en solo dans des hôpitaux psychiatriques qu’il donne une impulsion nouvelle à son inspiration, fini le Velvet et bonjour Maurice Chevalier, fini l’inquiétude et la frustration, bonjour la générosité et les cadeaux dispersés le sourire au coeur !! Avec quelques petites obsessions néanmoins, faire le moins de bruit possible, gagner en légèreté grâce à une formation sans effets et amplification vaine et de ce fait gagner surtout en sincérité. Beaucoup seront surpris par ce changement radical, on oubliant que même chez le proto-punk du début il y avait déjà tout cela pas tellement enfoui. Le type qui quittait Boston pour aller passer ses nuits sur le paillasson de Lou Reed, l’olibrius qui dans les parcs de Cambridge gratouillait quelques accords maladroits sur une petite guitare avec comme seul public les oiseaux ravis était déjà un grand sincère fan de Maurice Chevalier en loucedé.
Sur la pochette Jonathan ressemble à un nouveau philosophe, pourtant si sa chemise est ouverte c’est pour mieux laissé passer ce qui s’échappe de lui, de la générosité en pagaille !! Il est positif trouve de la poésie partout, dans les supermarchés dans les tours de Wall Street « Lonely Financial Zone », il aime son pays « New England » tranquille déclaration délurée, et il y a toutes ses chansons à l’humour bancal (dada ?) sur les Martiens, l’abominable homme des neiges dans le supermarché, une merveilleusement tendre sur les insectes ! Tout est soutenu par une musique qui ne doit rien à personne si ce n’est aux pionniers du rock et au Doo Woop, l’ensemble bien évidemment passé dans un tamis exquis ce qui donne ce goût paradoxalement neuf !
L’album est dominé par deux ballades remarquables « Amazing Grace » reprise d’un chant traditionnel et le poignant « Springtime » ou Jonathan réussit le tour de force d’être tout nu en restant habillé. Il y aussi le splendide « Important In Your Life » le genre de truc qui peut arracher des larmes de bonheur à l’auditeur ravi.
En fait même si Jonathan s’ouvre, on sent que derrière tout ça, derrière la fraîcheur, il y a toujours la trace d’une fêlure qui le poursuivra sans cesse, la perte de l’enfance peut-être ? Enfin toujours est-il que Jonathan Richman à partir de ce moment là a décidé de donner beaucoup et qu’il n’en que plus bouleversant encore.


* André Suarès – Voyage du Condottiere

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