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mardi 18 mai 2021

Chambre verte – (Ian Curtis)

 



Le 18 mai 1980, Ian Curtis prenait la drôle d’idée de se pendre au fil à linge de sa cuisine. Manque de pot il en est mort et est devenu un genre de christ post-punk presque à l’insu de son plein gré. Pourtant, sa suspension fatale ne visait aucune aura mythique, c’était plutôt le geste désespéré d’un type ordinaire simplement rattrapé par ses démons… Ce type ordinaire on peut l’écouter dans l’interview qui suit, je crois que c’est la seule ou tout du moins l’une des seules, pas de tragique, aucun sacrifice sur l’autel des eighties, rien de vraiment christique, beaucoup de factuel, la vie est encore là, la vie c’est parfois pas si mal que ça.


lundi 18 mai 2020

Chambre verte - (Ian Curtis)




Le 18 mai 1980 - il y 14610 jours, 2088 semaines, 480 mois, 40 ans, 4 décades - Ian Curtis a pris la drôle d’idée de se pendre au plafond de sa cuisine à l’aide d’une corde à linge qui ne demandait rien à personne. C’était au petit matin, la météo n’était pas si désagréable que ça pour Manchester et le nord-ouest de l’Angleterre, une alternance de soleil et de nuages, 9°C à 6 heures, pas de vent, une humidité de 71% qui descendra à 49 % sur le coup de midi lorsque Deborah, la femme de Ian, découvrira le corps de son mari suspendu. On imagine que cette découverte fut un poil tragique... Le temps avance bien vite, il n’a jamais avancé aussi vite. 40 ans plus tard que reste-t-il de Ian Curtis ? Un petit sac d’os oublié au fond d’un cercueil enterré dans le modeste cimetière de Macclesfield, une trentaine de chansons à la poésie adolescente un peu pesante, le souvenir d’un type ordinaire dépassé par les événements : un mariage trop précoce, une maîtresse inaccessible et frôlant le pellucide, les intermittences du cœur, la maladie, l’épilepsie, ce « mal noir »... Que reste-t-il de Joy Division ? Une curieuse coalescence, la rencontre fortuite autour d’une table de mixage de quatre punks mal dégrossis et d'un toqué de studio (l’entité fulminante Martin Hannett), le flair de deux entrepreneurs post-situs (Tony Wilson et Alan Erasmus), le savoir-faire et le goût d’un graphiste hors normes (Peter Saville). En somme loin d'un quelconque culte idiot, il reste de l’alchimie.




samedi 18 mai 2019

Chambre verte - Ian Curtis



« Love’s fire heats water, water cools not love. »

Une première version de Love Will Tear Us Apart avait été enregistrée le 8 janvier 1980 aux Pennine Sound Studios d'Oldham (il y 14375 jours) mais c'est celle enregistrée début mars 1980 aux Strawberry Studios de Stockport qui fera date et finira par sortir le 20 juin 1980 (il y a 14211 jours). Ian Curtis s'était pendu le 18 mai 1980, 33 jours plus tôt, au petit matin, au petit gris et c'est cette vraie chanson, cette réponse torturée au Love Will Keep Us Together de Captain & Tennille qui restera le seul tube de Joy Division valable sur le marché. Comme aujourd’hui, 14244 jours après la fameuse suspension tragique de qui vous savez je suis un peu sans mes mots je n'en dirai pas plus. Je laisserai plutôt parler une Marguerite (pas Marguerite D, mais l'autre) à ma place. Rien de post-punk, il n'est pas question de rupture amoureuse, la chambre remplace la cuisine, la lame remplace la corde à linge, mais le ton est là : « Ainsi respire un coureur épuisé qui atteint au but. La nuit était tombée, sans qu’il pût savoir si c’était en lui ou dans la chambre : tout était nuit. La nuit aussi bougeait : les ténèbres s’écartaient pour faire place à d’autres, abîme sur abîme, épaisseur sombre sur épaisseur sombre. Mais ce noir différent de celui qu’on voit par les yeux frémissait de couleurs issues pour ainsi dire de ce qui était leur absence : le noir tournait au vert livide, puis au blanc pur ; le blanc pâle se transmuait en or rouge sans que cessât pourtant l’originelle noirceur, tout comme les feux des astres et l’aurore boréale tressaillent dans ce qui est quand même la nuit noire. Un instant qui lui sembla éternel, un globe écarlate palpita en lui ou en dehors de lui, saigna sur la mer. Comme le soleil d’été dans les régions polaires, la sphère éclatante parut hésiter, prête à descendre d’un degré vers le nadir, puis, d’un sursaut imperceptible, remonta vers le zénith, se résorba enfin dans un jour aveuglant qui était en même temps la nuit. »

vendredi 18 mai 2018

Chambre verte - Ian Curtis



Dans les mémoires de Peter Hook Ian Curtis est presque un type normal, un lad du nord capable d'enquiquiner son entourage avec les pires blagues potaches. Il jette des asticots et des souris en l'air bois plus ou moins quelques pintes de pisse et fait manger un sandwich rempli de merde à l'un des roadies de Joy Division. Comme tout bon rocker bas de plafond, il casse un peu ce qui traîne autour de lui tout en rigolant comme un dératé. Pendant les sessions d’enregistrement d'Unknown Pleasures saisie par l'humidité ambiante il s’assoit sur un radiateur et attrape des hémorroïdes grosses comme des poings de crémière, tout le monde trouve cela très drôle… Bref, c'est un type souvent assez loin du christ post-punk que l'on est censé « célébrer » tous les 18 mai que Dieu fait. Peut être qu'après tout sans son épilepsie (son haut mal), les intermittences d'un cœur pour qui l'amour était beaucoup plus que l'amour et un goût un peu saumâtre pour les films de Werner Herzog il serait devenu un anglais rougeaud et bedonnant à l'instar de ses anciens camarades de jeu. J'ai quelques doutes, mais c'est une piste à creuser.


jeudi 18 mai 2017

Chambre verte - Ian Curtis



Le 18 mai 1967, Emil Cioran croit fermement que s'il a pu tenir le coup jusqu’ici, c’est parce que devant chaque tristesse il aura opposé une tristesse plus grande encore pour la neutraliser, l’amadouer : « pour ne pas succomber au premier abattement, je m’en suis imposé un second plus fort ». C’est la salutaire politique du pire, – salutaire pour lui en tout cas. C’est une méthode qu’il est difficile d’appliquer, mais elle est la seule pour ceux qui se voient assaillis presque journellement par des accès de découragement : « En enfer, pour m’en accommoder, je demanderais qu’on me fît passer d’un cercle dans un autre et qu’on les multiplie indéfiniment : un autre pour chaque jour, avec toutes sortes de nouvelles tortures. »
Le 18 mai 1980, Ian Curtis s'est pendu, certainement parce qu'il n'aura pas su opposer une tristesse plus grande à l'une de ses grandes déprimes passagère, c'était il y a 37 ans, presque l'âge de notre nouveau président de la République.


mercredi 18 mai 2016

Chambre verte - Ian Curtis



18 mai. Échoué au Monténégro sur les lèvres des Bouches de Kotor, c'est donc ici qu'il me faut « célébrer » le trente-sixième anniversaire du bien inopportun trépas de Ian Curtis. Je le fais par habitude et sans grand entrain, mais je le fais tout de même, il faut savoir rester fidèle.

« Et les Bouches de Cattaro, où l’on n’en finit plus
De suivre toujours la mer au milieu des montagnes
Crénelées d’inaccessibles citadelles vénitiennes.
O Cattaro, petite boîte, petite forteresse qu’on donnerait
Pour les étrennes à un enfant (il n’y manque pas même
Le poste des soldats verdâtres à la porte) ;
Petite boîte de construction, mais toute pleine
D’une odeur de rose venue on ne sait d’où »

lundi 18 mai 2015

Chambre Verte - Ian Curtis



Météo idéale, ciel céruléen, température parfaite, je me suis égaré en pleine Mer Égée quelque part entre les îles de Naxos et Santorin et c'est ici qu'il me faut «commémorer» la mort de Ian Curtis le 18 mai, 1980 il y a déjà 35 ans (3 Decades and five years). Écouter une nouvelle fois la seconde face de Closer dans une telle atmosphère me paraissant un tantinet antinomique je me suis contenté de réécouter deux titres jamaïcains qui auront quoiqu'on en pense diablement influencé Ian Curtis. Le premier titre Turn The Heater On est une merveille de Keith Hudson un Reggae frigorifié qui se réchauffe à petit feu (quoi de plus normal pour celui que l’on surnommait The Dark Prince of Reggae), le second titre est un extrait d' East of the River Nile le plus beau disque du très grand Augustus Pablo, une ode à l’empereur Hailé Sélassié (Jah me tambourine!) dont l'air pourrait résonner à deux trois mélodicas près comme une chose fermée de la division de la joie. Je me contenterai de ces deux bricoles-là, cela me semble un bel hommage. Pour le reste la bande passante venant à manquer, je vais vous quitter, mais sachez que les souvenirs sont là.  

dimanche 18 mai 2014

Chambre verte - Ian Curtis



« Heart and soul, one will burn. »

La journée était si belle, un ciel céruléen, une température estivale et des senteurs grasses et musquées qui montaient un peu partout. C’est bien simple sautillant dans mon propre contentement j’ai failli oublier que Ian Curtis était mort un 18 mai, il y a 34 ans déjà. J’imagine que ce 18 mai là, son 18 mai à lui devait être moins lumineux. La veille au soir sa femme Deborah l’avait quitté, le laissant seul avec ses démons et après une dernière crise d’épilepsie, au petit matin, au petit gris, il s’était pendu dans sa cuisine. Vous pensez bien que moi qui viens 34 ans trop tard j’ai l’air malin avec mon petit halo printanier. Pour ma peine je vais réécouter Closer et Heart and Soul, l’âme et le cœur d’un quasi gamin que l’on aurait dû soigner et aimer vivant avant de le vénérer mort.

samedi 18 mai 2013

Chambre verte - Ian Curtis



« Je passe mon temps à conseiller le suicide par écrit et à le déconseiller par la parole. C'est que dans le premier cas il s'agit d'une issue philosophique ; dans le second, d'un être, d'une voix, d'une plainte... » (EMC)

18 mai. Il pleut encore. Il pleut depuis environ deux cents jours. Ian Curtis s’est pendu un autre 18 mai, le 18 mai 1980, il y a 33 ans (12053 jours christiques). Une journée pluvieuse ? Peut-être pas, Manchester est certainement moins humide au printemps. En tous les cas, le 18 mai 1980 tombait un dimanche comme s’il ne pouvait pas tomber un autre jour. Le 18 mai 1980 Ian Curtis s’est pendu, le Mont St-Helens s’est réveillé et Charles Trenet à fêté son 67e anniversaire (J'imagine que pour l’occasion il a du boire une coupe de champagne tout en rosissant légèrement). Les années 80 arrivaient et tout allait changer. Ian Curtis n'était plus là mais Joy Division ne serait plus ce groupe sinistre écouté par trois pelés et un tondu. Le « mythe », idiot, pouvait commencer. Il perdure.

vendredi 18 mai 2012

Chambre Verte - Ian Curtis



En 1980 il n’y avait aucune image de Joy Division, vraiment aucune. Il n’y avait que des pochettes de disque, celle d’Unknown Pleasures : les restes d’une étoile (100 consecutive pulses from the pulsar CP 1919) celle de Closer : la photographie d’une statue dans un cimetière à Gênes. Il n’y avait que ces pochettes énigmatiques et l’on ne savait presque rien de Joy Division. On savait uniquement que le chanteur : Ian Curtis avait eu la drôle d’idée de se pendre dans sa salle de bains. On ignorait tout du reste : l’humour limite qui entourait le groupe, cette division de la joie et cette raideur poseuse qui venait tout autant de Rudolf Hess que du  David Bowie berlinois. Il n’y avait que la musique et rien pour nous en détourner et surtout pas des images, de la pose, de l’humour (noir) et du look. Cette musique sans images nous étions très peu à l‘aimer, elle n’engendrait que haussements d’épaules et circonspection chez les quidams ordinaires du rock ordinaire, il la trouvait sinistre, méprisaient ceux qui l’aimaient et j’imagine qu’aujourd’hui ils trouvent Joy Division et Ian Curtis « pas mal » quand ils les voient sur You Tube. L’iconisation de Ian Curtis est venue bien plus tard. En France il a fallu attendre 1982 pour voir le vidéo-clip de Love Wil Tear Us Apart (chez Bernard Lenoir, j’en frissonne encore), puis il y eut des photos, des livres, des films, ce culte idiot autour de l’image de Ian Curtis, un christ postpunk sacrifié sur l’autel des années 80, alors qu’il n’était qu’un gars ordinaire assailli par des problèmes compliqués. On aurait préféré qu’il ne meure pas, mais il est mort, on le préférera toujours fantôme qu’icône, on préférera toujours les fantômes aux icônes. Oui Ian Curtis est un fantôme, un fantôme de 20 ans que vous pouvez voir dans ce long vidéo-clip granuleux, là en dessus

mercredi 18 mai 2011

Chambre Verte - Ian Curtis



Les rares arpenteurs de ce bleugh auront certainement constaté que le 18 mai il me faut toujours évoquer ici la mémoire de Ian Curtis, C’est devenu une sorte de tradition (assez idiote et lugubre), mais c’est surtout devenu une nécessité, une nécessité qui me saisit, car je n’arrive pas à oublier la date anniversaire de cette mort-là… Bon il faut bien dire que ce culte (assez idiot et lugubre) est surtout, et avant tout, une obligation envers ce que je fus plus jeune et qu’en me souvenant de cet autre gamin pendu dans sa cuisine je me souviens du grand gamin tout mou et mélancolique que je fus. Je concède aisément que tout cela soit un peu particulier, un peu sinistre, mais c’est aussi plus qu’un peu humain… forcement humain, donc voilà…
Tenez au-delà des mots bien faibles que vous venez de lire, j’ai relu les pages que l’impeccable Simon Reynolds consacre à Joy Division (dans son impeccable Rip It Up And Start Again), j’ai aussi relu la critique que Michka Assayas avait écrite lors de la sortie française de Closer (Critique, relue plus de cinquante fois et conservée comme une relique) et puis j’ai écouté une nouvelle fois la seconde face de ce même Closer, comme ça, sans ostentation, avec la fenêtre ouverte et un orage qui faisait des siennes plus loin. C’était très bien, presque calme, et je dois avouer que ce calme apparent convenait parfaitement à mon âge présent…

« Je ne les ai pas connus à l’époque, je n’ai jamais parlé à Ian Curtis. Je les ai croisés un peu plus tard, quand les trois autres sont devenus New Order, mais de toute façon ils refusaient de parler dans ces années-là. En revanche j’ai vu leur concert aux Bains Douches fin 1979… Il y avait moins de cent personnes et elles ne manifestaient aucune réaction, ou presque, le chanteur ne disait pas un mot entre les morceaux, il semblait pénétré d’un sentiment de terreur, qu’il m’arrive encore de ressentir aujourd'hui quand je pense très fort à eux ce qui m’arrive parfois. C’étaient quatre banlieusards issus de Manchester, une des agglomérations les plus déprimantes d’un pays lui-même déjà particulièrement déprimant. Comme eux je me sentais alors oppressé par un sentiment d’échec et d’effondrement pour lequel il n’y avait pas de mots. Aucune colère dans la voix de Ian Curtis : celle-ci s’était désagrégée, comme pulvérisée, et planait juste un esprit d’apocalypse qui venait hanter un corps malade… Mais en ce temps-là, l’important, pour moi, et je m’en serais alors vigoureusement défendu, fut aussi cette grande chemise noire large un peu luisante, aux petits boutons stricts, ce pantalon à pinces large en haut et serré en bas, comme j’en avais un moi-même, ces vêtements tristes d’une après-guerre imaginaire qui signifiait pour moi, je ne sais pourquoi, ce mélange de lucidité stricte et grave et ce désir d’intensité, de souffrance, même, un désir enflammé et enthousiasmant dont j’ai du mal après tout ce qui est arrivé dans ma vie et dans celle des autres, à ressentir la présence aujourd’hui… »

(Michka Assayas, Exhibition)

P.-S. D'autres ont eu la mauvaise idée, ou la malchance de vouloir trépasser ce jour-là (une vaste communauté, en fait). Par exemple, Gustav Malher est lui aussi mort un 18 mai, tout comme Elizabeth Montgomery (le petit nez de ma sorcière bien-aimée) et, pire en mieux : Frank Sinatra ! Imaginez-vous que Ian Curtis et Frank Sinatra sont morts le même jour ! Entre crooners…

mardi 18 mai 2010

Chambre Verte - Ian Curtis



Two missing boys ...

« Ses Morts possédaient maintenant quelque chose qui était irrévocablement à eux, et il aimait penser qu'ils pourraient parfois devenir les Morts des autres, tout comme les Morts des autres pourraient être invoqués dans le cadre du rituel qu'il avait créé. Tous ceux qui s'agenouilleraient sur le tapis qu'il avait fait étendre participeraient à l'esprit de son culte. Chacune de ces lumières avait pour lui un nom, et de temps à autre s'allumait une nouvelle flamme. Sa croyance essentielle était qu'il y aurait toujours place pour Eux tous. Les fidèles qui passaient ou s'arrêtaient ne voyaient là que le plus resplendissant des autels, soudain ranimé, devant lequel un homme d'un certain âge, visiblement fasciné, se tenait souvent assis, plongé dans une rêverie ou un demi-sommeil. Mais une part du bonheur que ce lieu procurait à cet adorateur mystérieux et fantasque venait de ce qu'il y retrouvait les années de sa vie écoulée, les liens, les affections, les luttes, les échecs, les conquêtes... »

(Henry James, L'Autel des morts)

lundi 18 mai 2009

Chambre verte - (Ian Curtis)


« Caressing the marble and stone, love that was special for one, the waste in the fever I heat. How I wish you were here with me now. »

Je ne sais pas si Ian Curtis était un quelconque christ post-punk sacrifié sur l’autel des années 80 ou plus simplement un jeune homme n’ayant pas les épaules assez larges pour supporter le poids de ses divers problèmes, ce que je sais par contre c’est que les décennies passant (bientôt trois) il ne faudrait pas l’oublier et en tous les cas, si ce n’est sans cesse, tout du moins parfois l’écouter.
Écouter par exemple cette seule trace laissée (une demo incomplète enregistrée par Peter Hook) où il chante « In A lonely Place », sa dernière chanson, son testament ? Davantage qu’un stoïque monolithe marmoréen que l’on devrait caresser c’est une poudre de marbre dynamité qui recouvre tout, auditeur y compris. Un synthétiseur rampant et glacial, un tambour menaçant à peine dérangé par le mélodica volé d’Augustus Pablo. Ian Curtis lui n’y est presque plus, comme hors du continent humain, enseveli par sa dépression, déjà passé du côté des fantômes. Il n’y a rien de plus troublant (de poignant et de terrifiant tout à la fois) que « l’ailleurs » de cette voix là ; ce n’est même pas la voix d’un jeune homme qui va mourir, non c’est la voix d’un jeune homme qui est déjà mort .

La fin de l’enregistrement est brutale, elle ne pouvait être que brutale.

P.-S. Tous les 18 mai, on restera intimidé par cette grande présence des fantômes.

dimanche 18 mai 2008

Chambre verte- (Ian Curtis)

 

 

Here are the young men, the weight on their shoulders,
Here are the young men, well where have they been?

Le fardeau n’est plus sur nos épaules, il est à présent en nous. Il y a bien évidemment du dérisoire, voir du pathétique, à vouloir tous les 18 mai (que Dieu fait) ressortir et réécouter Closer avec une obstination métronomique. Certainement pour ne pas oublier Ian Curtis, mais plus encore pour se souvenir des souvenirs. Pour ces nuits anthracite passé à écouter cette seconde face , caché sous les draps, un casque sur les oreilles et les yeux humides. Une chose terriblement importante, la plus importante dans l’existence d’un gamin de quatorze ans. Les disques qui ont tourné autour de notre adolescence sont les plus importants ; un socle sur lequel on s'arc-boute sans cesse, inconsciemment, comme sur du sable imbibé. Nous avons beau viser ailleurs, l’ arc ne revient pas à son point de départ en vain…

Voilà pourquoi tous les 18 mai il faut réécouter encore une fois la seconde face de Closer. (Je parle en face comme on parle en anciens francs) La première face, elle, est toujours cet ordonnancement raide, broyé par du métaphysique, une continuation d' Unknown Pleasures jusqu’à son point limite, un moyen d’en finir. La seconde face de Closer c’est une autre histoire, du moins palpable et du plus flottant. Ian Curtis est dans la lampe, il en sort, mais le « génie » c’est Martin Hannett , lui canalise, sculpte, ordonne une matière sensible, le génie simple, par contre, de Ian Curtis c’est ce qu’il laisse échapper malgré lui-même, cette voix de baryton concassé qu’il semble découvrir, c’est voix qui vient APRES dans un apaisement apparent, comme toutes les voix de crooners. Ian Curtis était un grand crooner en devenir…
La seconde face de Closer, une délivrance passagère ? En tous les cas, une sérénité troublante. Ian Curtis ne lutte plus il peut même fredonner détaché , Heart an Soul est une transe analeptique engourdie par les antidépresseurs, Twenty-four hours n’est que le renoncement d’un cœur lourd, The Eternal une prière et Decades la plus belle chanson boiteuse du monde... la plus belle chanson du monde ?