lundi 10 mars 2008

Adam Green - Sixes and Sevens (2008)



J’en vois, qui dans le fond, sautent comme des cabris affligés. Eh ! bien affectés caprins sachez que vous pouvez bien cabrioler nerveusement, vous rouler dans l’affliction la plus consternée, rien n’y fera, j’aime assez le nouvel Adam Green ! Moi qui étais, tel le cabri flapi et occis devant l’anti-folk à bougies, si peu enthousiaste devant les Moldy Peaches, me voilà ravi par l’habile et aimable recentrage crooner axial de l’ami Adam. Les deux, trois précédents opus solos du bonhomme exhibaient quelques promesses qui ne demandaient qu’à être tenues, celui ci confirme, certifie et tamponne. Adam Green à découvert un truc, son truc , son territoire : la chanson maligne et retorse qui n’invente rien, le professionnalisme matois de musiciens à qui on ne la fait pas… cette voix, chaude, grasse et grave, une voix de chanteur de charme au-dessus d’une mêlée bien ordonnée. Alors dans ce truc qui est donc un territoire et accessoirement un disque, il y aura, des musiciens bien rangés, et des voix bien peignées : Sinatra et Ray Charles, Harry Belafonte et Jim Morrison (donc Sinatra)… Scott Walker sans la métaphysique, Leonard Cohen sans l’épaisseur littéraire… des chansons de cow-boys au coin du feu… le troisième Velvet et même Carla Bley en majorette devant une fanfare bien huilée. Rien de nouveau sous les veilles lunes de l’inspiration, ce disque n’invente pas plus que ça, d’ailleurs il n’invente pour ainsi dire rien, il recycle, mais même pas conceptuel voyez-vous, juste comme ça pour le plaisir de l’auditeur. On aurait peu de peine à préférer les originaux, Sinatra, Walker, Reed ou pour les cabris du secteur, le sel d’un folk bricolo à candélabres ; reste que l’audition de ce disque, absolument non crucial, procure un semblant de plaisir, et que le plaisir c’est beaucoup, l’hédonisme et le plaisir, c’est la transhumance…



Ah ! J’oubliais, puisqu’il faut en finir, l’hédonisme, le goût pour les choses non cruciales reste avec la nympholepsie et paradoxalement la haine des corps vieillis - le trépas consécutif de ceux-ci - le dernier tabou d’une époque se croyant délivrée de tout. Libre car enchaînée par rien, si ce n’est par elle-même, grande puissance de Sacher Masoch !

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1 Comments:

Anonymous Rupert W. said...

on parle beaucoup d'Adam Green - pas encore écouté son dernier album - moins de Jeffrey Lewis, qui a réussi avec son récent "12 Crass songs" un numéro d'équilibriste pop assez bluffant, il extirpe la caustique moëlle des "chansons" de Crass en les maquillant en ritournelles folk richmaniennes. Où l'on voit que Crass, c'est avant tout une poésie noire, radicale, épidermique, et malgré tout subtile, cf. le sublime dernier couplet de 'Systematic Death' :
"(...) The couple views the wreckage
And dreams of home sweet home,
They'd almost paid their mortgage,
When the system dropped its bomb."
Pour ce projet segmentant et radieux, un peu passé sous silence hélas - et avant écoute de "Sixes and sevens" - je place encore Jeffrey Lewis devant l'ami Adam Green, d'un iota.

12:43 PM  

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