samedi 10 mars 2007

Douglas Sirk - Scandal In Paris (1946)



Entre ses films allemands des années 30 et ses mélodrames américains du milieu des années 50, il y a bien une œuvre chez Sirk, une œuvre parfois méconnue et en tous les cas éclectique, thriller, péplum, western, film de guerre anti-nazi (Hitler’s Madman)... œuvre hétéroclite mâtinée de la merveilleuse impureté du film de genre, mais œuvre où Sirk est toujours là, et toujours là avec bonheur en plus ! Prenons par exemple l’assez peu connu « Scandal In Paris », cette évocation fantaisiste de la vie de Vidocq est un petit joyau plein d’humour, d’esprit et même d’émotion voyez-vous !. On tourne autour des mémoires de Vidocq (film plein d’arabesques)avec une légèreté de façade tout en restant sur le fond concentré sur des choses assez sérieuses et sincères, le bien, le mal la sourde dualité qui semble encombrer chacun de nous (St Georges terrassant le dragon), cette histoire avec le passé comment se libérer de son passé, comment briser les chaînes d’un monde enchaînant, thèmes cher à Sirk me semble –t-il… il y a également cette constante ironie vis à vis des institutions, de la justice, de la police qui me semble d’un esprit complètement personnel et européen , loin du parfois béniouiouisme boy scout américain…

Les dialogues merveilleux scintillent, multiplient les aphorismes et rappellent fortement Guitry ! Oui Guitry, Sirk même combat ! Enfin ici ! D’ailleurs la palette de Sirk dans ce film semble sans limite, l’humour et l’ironie dominent mais il y a beaucoup de délicatesse aussi… De la délicatesse dans l’éventail lâché par une jeune fille au pied du rideau derrière lequel elle s’est cachée d’un amour fantasmé mais soudainement réel (la phrase est longue et bancale, mais la scène sublime pardon.) . il y a ce brusque changement de ton, ce dérapage dans la violence, la mort d’une coquette trucidée par son cocu de mari déguisé en colporteur d’oiseaux dans une boutique de modiste, séquence somptueusement expressionniste, à la photo plus violente et au rythme plus sec et composé. Il y a aussi cette ultime scène où Georges Sanders (Vidocq) terrasse le dragon Akim Tamiroff basculant de facto du coté du bien. Scène quasi surréaliste (dans le bon sens) emprunte d’une féerie vaporeuse au milieu d’un décor hétérogène voir plus… un jardin chinois, un manège, la nuit … Ce film : « d’esthète où la gravité affleure sans cesse sous le scintillement … » est un film mineur certes mais un pur bonheur, le bonheur de ne pas être rattrapé par une machinerie basse, ceux qui n’on pas supporté plus de cinq minutes du récent et national Vidocq à effets spéciaux me saisiront …

NB : Omettez le reste tous les trucs au-dessus, j’oubliais l’essentiel, Comment ai-je pu oublier l’essentiel ! Georges Sanders ! Le film est porté par un Georges Sanders éblouissant, flegmatique, plein d'humour et d’une classe lasse et totalement folle … et je ne vous parle pas de l’ironie résignée et flottante… il faudrait que je revoie « Voyage en Italie » je me souviens d’Ingrid mais quasiment pas de lui c’est bizarre …

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