dimanche 8 juin 2008

Solitude de l'audionaute de fond (1)



Le temps n’est pas de saison, la saison n’y est pas. L’ours regagne ses pénates. L’homme, lui précautionneux, tourne le dos de la main gauche vers le ciel, l’humidité y est, il n’y a plus de saison. La seconde main, il n’y a pas de troisième, la main droite donc, sous le menton, l’homme songe. Juin est pourtant réputé pour ses fins d’après-midi languissants. L’homme aura donc beaucoup de mélancolie, de mal à se convaincre qu’il va falloir rester en intérieur et à sec. La psychographie indoor à ses limites et l’homme n’est pas le premier plantigrade venu. Néanmoins, raison faite, s’il n’y a aucune goutte de lumière dans les rideaux, il est envisageable d’en distinguer quelques-unes, autre part, dans les disques par exemple. C’est donc pourquoi l’homme, un peu plus tard, tournera autour de quelques galettes en espérant que l’anticyclone, tourne-lui dans le bon sens ; la force de Coriolis à ses chagrins que l’homme ignore. L’homme, d’homme générique qu’il était, deviendra de facto audionaute de fond. Il oubliera alors l'humidité hors de saison, les plantigrades et l’homme générique, l’audionaute bafouillera. Nous l’écouterons bafouiller :

Le nouveau Portishead, Third (2008) est assez beau, assez monocorde et pour tout dire assez emmerdant. Beth Gibbons à toujours cette voix belle comme un symptôme de chagrin, je ne marche plus, trop de tripes embrumées pas assez de hop. En parlant de tripes, mais moins de brume, et encore moins de hop, l’œuvre entière de Mark Edwards est à redécouvrir. Sous le pseudonyme de My Dad is Dead ce garçon volontiers peu guilleret a publié une dizaine d’albums depuis 1984. L’essentiel est disponible sur son site internet. On pourra trouver l'assortiment foncièrement raide, sinistre et de désagréable facture, reste que Mark Edwards est émouvant , poisseux plus qu’à son tour et que c’est ce qui compte vraiment. J’ai toujours pour ma part aimé les gens raides quoique encore un peu frétillants. Il faut également savoir que le tout implose depuis Cleveland (Ohio) et là allez savoir pourquoi, tout d’un coup, on comprend tout… ou presque… Dans un genre relativement post-punk mais en moins raide, il y a l’album de Confetti, Retrospective (1995), éphémère contretype des Young Marble Giants ; plaisant mais pas plus , la copie en l’occurrence ne valant en aucun cas l’original. Pour ce qui est de la somme de fac-similés mimant, ici ou là, les jeunes géants de marbres, il est fortement conseillé de se procurer derechef « la chute de Saigon », merveille sculptée par Pascal Comelade, un bon faussaire, lui, Fall Of Saigon (1983) . Tiens en parlant des jeunes géants de marbres, il y a cet album : Lady June's par Linguistic Leprosy (1974), on y retrouve le déplumé en chef Eno, le moelleux essentiel de Kevin Ayers et une poétesse anthracite de passage. Cette léproserie linguistique là vaut surtout pour l’instrumental en cinquième position, genre de sorte de Stuart Moxham de 1974 ; le reste est plus dispensable, navigue parfois dans le poetoc et l’atmosphérique douteux. Du coté de la lumière, puisqu’il faut savoir la chiner quand elle n’est pas là, il y a l’album de Brent Cash, How Will I Know If I'm Awake (2008) une courte merveille pop avec un soleil léger sur la nuque, une subtile armée d’embruns délectables sur la frimousse, des arrangements non patibulaires lorgnant chez Brian Wilson tout en regardant Curt Boetcher dans le fond du cœur, l’ensemble sans strabisme ce qui est un tour de force remarquable. Si le Brent Cash est une délicieuse reconstitution historique sans les costumes avariés SFP, ni Marcel Bluwal au pied-de-biche, la pâtisserie de Mark Eric, A Midsummer's Day Dream (1969), elle, est bien d’époque, moins retorse et sucrée, mais avec la perspective historique. 1969 étant là, et sachant qu’il ne faut jamais oublier la très grande importance de la chimie, je vous conseille l’écoute attentive de Rex Holman et de son Here in the Land of Victory (1970) ; des trémolos simili Buckley père par un simili acteur réchappé de Star Trek et autres Cimarron, une curiosité pour le moins. Un peu plus près de nous Il est bon de savoir qu’avant de se métamorphoser en immenses penseurs les Orchestral Manoeuvres in the Dark existèrent comme bon petit groupe de pop synthétique enrobé par Pete Saville. Avec tout le grelottement inséparable de la chose enrobée, l'autotitré Orchestral Manoeuvres In The Dark (1980) se laisse encore écouter. Le disque des Crawling Chaos, The Gas Chair (1982) lui est un disque Factory Benelux, c'est vous dire s'il est pointu tout en étant rond à l'instar du fameux atomium de Bruxelles. Ajoutons que le tout n’est guère primesautier et pourrait être la douteuse bande son d’une équivoque trépanation de marmottes. Pour rester eighties, figurez-vous que les Strawberry Switchblade ne passent plus la rampe, les esprits chagrins assurerons qu’elles ne l’ont jamais vraiment passé cette rampe là, toujours est-il que l’album du même non (je déteste éponyme) Strawberry Switchblade (1985) garde un petit charme chiffonné. Je ne vous décramponnerais pas sans vous avouer que je n’échangerais pour rien au monde une légère boite d'allumettes de pop britannique à flûtiaux (faite avec des allumettes) Alfie, A Word in Your Ear (1992) contre un container complet de Brit Pop,blurasis, psoriasis...(La phrase est compliquée et bancale mais se tient, relisez la trois fois, dans les trois sens).
Pour finir en vitesse, il faut savoir qu'il y a une chanson poignante sur le nouveau Jonathan Richman, cette chanson c'est As My Mother Lay Lying, une confession plus que pudique, écoutez la . Il faut également savoir que l’album de Ratatat arrivera bientôt et le soleil avec lui. Ratatat et la force de Coriolis, toute une histoire... Sinon le disque à écouter, principalement là tout de suite, c’est celui de The Aluminium Group, Little Happyness (2008) un beau disque de dandy décalé, un beau disque avec un crooner trop humide pour la saison.

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