jeudi 14 février 2008

Psychogeographie indoor (5)



Ce n’est pas encore le printemps, mais la nuit tombe moins tôt et il y a dans l’air comme des promesses qui ne demandent qu'à être tenues.

Pour Jean Giraudoux, le printemps c’est le moment où les lycéennes écartent leurs fourrures, montrent leurs visages nouveaux, c’est le temps bergsonien où les collégiens les regardent sans peur, désireux de les épouser. Jean Giraudoux ce bon vieux cacochyme « Un vouvray bouqueté et parfumé dont chaque verre fait renaître un panier de vendange sur un coteau de lumière. » Jean Giraudoux ce grand résistant en pantoufles, assassiné, empoisonné par la Gestapo selon Aragon... Ce grand Vichyste selon d’autres informateurs, avec toute la panoplie antisémite, tout le tremblement révolution nationale.... Giraudoux qui aimait se frotter aux pantalons raides et bien repassés du Maréchal !
Il y a des choses à creuser, et des cadavres à déterrer, que les historiens creusent, que les cadavres détalent...

En parlant d’histoire, de résistance, de pantoufles, et de résistance en pantoufles, voyez le fameux mot de JP Sartre : « Nous n’avons jamais été aussi libres que sous l’Occupation » ¡ Eso dices tú ! camarade ! Il est certain que la terrasse du flore, le castor parti cueillir du petit bois, devait être un endroit pour le moins excitant, mais il ne faut pas pousser le bouchon aussi loin ! Ajoutons que la boutade de Sartre n’était qu’une pâle resucée du grand Théodor Fontane « Il n’y a que les prisonniers qui soient libres. » et qu’à la différence de Jean Paul, seulement interné au creux de son être flottant autour du néant, Théodor Fontane lui était réellement prisonnier , prisonnier mais vraiment heureux, ce qui change beaucoup de choses.
D’ailleurs puisqu’il est question ici de Fontane, rappelons, devant la foule ébahie, les croquignolettes circonstances de son embastillement saugrenu. Pendant les hostilités de 1870, notre nouvel ami était allé en Lorraine, à Domrémy, sur les traces de Jeanne d’Arc. Quoi de plus normal pour un être habitué à la flânerie, à là plus infime curiosité envers les choses du passé ? N’y voyez rien d’autre et en tous les cas aucune fascination suspecte de païen à flambeaux quelconque . Le seul et unique problème, c’est que Fontane, sans s’en rendre compte, avait traversé les lignes françaises, s’était fait arrêter, et qu’il avait sur lui un pistolet ! Aussitôt jugé comme « espion », encellulé, il avait bien failli être fusillé sur ordre des autorités compétentes. Tout juste sauvé du trépas par une intervention de Bismarck himself , il avait ensuite été déporté vers une forteresse de l’île d’Oléron où il resta confiné neuf mois. Tout cela est raconté dans De Domrémy à l’île d’Oléron, voyage dans la France de 1870. journal de captivité par notre bienheureux étourdi, journal gastronomique, journal de voyage, journal d’un homme libre dans ses chaînes…



Pour terminer dans le drame, et rester allemand, plus précisément bavarois, il faut savoir que le corps de louis II de Bavière fut retrouvé flottant entre deux eaux du Lac de Starnberg, à quelques brasse du rivage, sous un ciel d’orage sombre, derrière un paravent de roseaux cachant mal, plus loin un horizon ténébreux taché par un château tordu. Ce bon louis II, lassé de claustration, avait étranglé son gardien et psychiatre, l’éminent Bernhard von Gudden... Sacré Louis ! finir, allez savoir comment, immergé en cette raide compagnie. On n’est jamais si libre que mort, baroque, isn't it ?!

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