jeudi 12 juillet 2007

Journal d’Alexandrie (3)



« Mountolive » le troisième volume du « Quatuor d’Alexandrie » est selon Lawrence Durrell : « une affaire naturaliste. » Un livre orthodoxe qui recoupe les deux premiers romans en plusieurs endroits. Aucun jeu sur les strates narratives (des bouts épistoliers guère plus), aucune fantaisie - sur le et les temps - et à priori et de prime abord rien sur cette bonne vieille relativité qui nous retombe dessus tout le temps.. Durrell fait mine de fuir la partition proustienne pour cheminer chichement dans la clarté apparente d’une comédie humaine balzacienne…

Nous voilà donc et très clairement en la compagnie de Mountolive, dandy diplomate jusqu'à présent un peu vague et pas très défini et qui devient là en quelque sorte l’axe du récit. Un axe assez so british agrippant toute l’histoire dans une tonalité et des motifs apparemment différents… Le roman se fait plus politique ( les complots Coptes de Nessim , la diplomatie bien peigné de Mountolive) et de nombreux passages des livres précédents sont racontés pour la seconde ou troisième fois dégageant ainsi une vraisemblable et nouvelle complexité.

Tout dans « Mountolive » paraît plus concret, plus attaché au tangible des explications, moins impressionniste et plus net en façade, naturaliste en somme. (Darley l’intermittent narrateur est remplacé par une voix un peu neutre et omnisciente, une voix qui semble posée là pour faire le point..)

Plus de clarté ? Peut-être pas tant que ça , cette somme de concret n’est qu’un jeu de dupe ! Et Durrell n’est jamais dupe de lui-même ! Il faut le voir par exemple dévoiler un coin de réel bien palpable pour mieux réamorcer son récit vers d’autres hypothèses narratives. (La liaison de Mountolive avec Leila…le suicide de Pursewarden…) Plus il fait le point plus le mystère semble s’épaissir...

Reste qu’au-delà des nouvelles brèches ouvertes dans la comédie humaine « Mountolive » est certainement un livre trop massif (jurassique) et pas assez tremblé. Il y manque notamment le flottement pointilliste de « Justine » et la singulière force poétique de « Balthazar ». On verra donc ce troisième volume comme le livre des faux éclaircissements, passage obligé qui plus qu’il n’éclaire ajoute du poudrin au quartz du récit. Peut-être pour Durrell faillait-il en passer par-là avant d’entamer son « Temps retrouvé », Cléa ?

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