mardi 14 août 2007

Psychogeographie indoor



L’air hagard et un peu chiffonné je me suis réveillé ce matin avec une envie incompréhensible d’arpenter ma bibliothèque, celle-ci me toisant de toute sa hauteur, me voilà donc fortement dépeigné encore dans les limbes et presque sur la pointe des pieds, la tête oblique me laissant aller au gré d’un petit hasard planimétrique… Psychogeographie indoor comme dirait l’autre… Je sais que je vais émettre des banalités, mais je viens de m’arrêter devant deux trois Hemingway et Hemingway est un immense écrivain ! J’en vois qui pouffent dans le fond, grommelant un sourire satisfait en coin : oui ben bof Hemingway ça vol pas haut quand même ! ça invente pas ! et bien mornes chafouins détrompez-vous ! Par exemple, il faut relire ses écrits de journaliste (oui journaliste coco !) En ligne : somme extraordinaire, une moitié de siècle résumée, de la bohême parisienne, des années folles à la guerre froide en passant par l’Espagne... somme ou l’œuvre en maturation dans le pur journalisme des débuts se fait de plus en plus intime. Il y a par exemple ses deux accidents d’avion survenus en Afrique, leur récit assurément très drôle et complètement déboîté, transfiguré par un indéniable filtre littéraire, d’ailleurs Ernest est un bon flirteur, laissant passer du frêle dans du bourru avec toujours cette sournoise bataille entre l’Hemingway écrivain et l’Hemingway sportif, chasseur pêcheur voire plus.... Écrasée entre les huit cents pages de En ligne et le consacré Adieu aux Armes il y a dans ma bibliothèque et surtout du grand Ernest cette merveille qu’est Au-delà du fleuve et sous les arbres : livre quasi-secret et tranquillement funéraire, livre d’adieu au sens propre, livre sur le temps qui passe, sur la vieillesse qui arrive sur l’amour et sur Venise, livre qui éclaire a posteriori la fin tragique du père Hemingway, lisez le merci pour lui…



Et voilà qu’après avoir évité un Blanchot morne et deux trois Cioran aigrelets pour rien, voilà donc qu’après un bref survol de littérature lactescente mon regard focalise inconsciemment sur quelques Giono (s) un peu abandonnés et faisant presque taches… Merveilleuses taches, et là je vais rebanaliser ! Il est courant d’admettre que chez Giono plusieurs périodes distinctes se succèdent : le Giono des débuts, grand panthéiste qui apportait le souffle de la nature à une littérature de l’entre-deux-guerres exténuée par le supposé cogito et la décourageante quiétude des intérieurs bourgeois ; le Giono du milieu assez problématique lui et le Giono de la fin merveilleux, voilà qui est un brin schématique, mais bon bref voilà quoi… À ses débuts il se laisse porter par le lyrisme du vent par le soleil aveuglant, par la pure sensation, cette sensation qui filtre bien autant que les hautes frondaisons de la morne intelligence (froide et lactescente ?), il y a la terre, les rivières, les montagnes et forêts nous ne sommes pas tout : il y a Collines ! Tout d’un coup pourtant (style second) Giono prend l'idée de penser ! Période plus compliquée et aléatoire où notre ami bien seul se complait dans un jargon douloureux et prophétique, se repliant dans un individualisme effrayant, malgré de beaux retours de flamme (Batailles dans la montagne) il faut lutter incessamment avec lui pour parvenir à l’aimer encore, dans le genre pastoral apocalyptique CF Ramuz est bien plus décisif… Pourtant, Giono revient plus haut, plus beau encore ! Simple et un peu première manière avec Les grands chemins, étonnant avec Le hussard sur le toit. Le hussard et son goût de Stendhal, son goût de Dumas père, aussi. Le hussard et ses épidémies de Cholera, ses routes aromatisées de cadavres avec au loin la fumée grasse des bûchers qui s’élève … Le hussard et ses combats au sabre, ses évasions romantiques ses nuits au cœur de la forêt à l'abri de la menace courbée du poison, la téméraire Pauline de Théus … Giono est libéré des orages philosophiques qui embrumaient son style, son esprit ? . C’est un roman merveilleux répétons le, inlassablement… Il y aura aussi Deux cavaliers de l’orage où il ne lance plus de grandes invocations aux arbres les laissant simplement pousser au flanc des montagnes et leurs feuilles reconnaissantes laissant passer, pour lui, les ombres et le soleil.

Me voilà réveillé, mais toujours ébouriffé, êtes-vous alanguis ?

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