dimanche 6 novembre 2005

Les Amants réguliers - Philippe Garrel (2005)



On ressort des Amants Réguliers comme de tout film un peu crucial avec le sentiment de revenir d’une autre planète ou plus exactement d’avoir côtoyé pendant une durée plus ou moins quantifiable un monde autre - parallèle au monde réel et dominant - mais un monde qui serait lui paradoxalement celui de la vérité. Chez Garrel on parlera alors d’un univers : celui de la pureté, de la sincérité la plus absolue voir de l’heureuse naïveté.
Voir un film de Philippe Garrel c’est être un cosmonaute inquiet qui à son retour sur terre a besoin d’un peu de temps pour se remettre dans les rails du dominant. Il faut quitter avec regret l’altitude, les troubles qu’elle engendre, retourner dans sa solitude de témoin pour éviter un contact trop rude avec un monde qui n’est réel que pour lui-même

Evidement ce qui intéresse Garrel ce n’est pas l’Histoire, c’est comme toujours l’intime et donc la solitude, comment le général : Ici mai 68 agit sur une multitude d’isolements. Comment ces solitudes une fois rassemblées forment un semblant de monde, en soit son film est une expérience, un film qui cherche comme toujours et qui trouve : dans la poésie.
Ce qui intrigue aussi toujours Garrel c’est cette histoire de mort au travail, le fait que le cinéma soit cela : l’enregistrement du temps qui est immanquablement la trace de la mort, c’est pourquoi ses films son toujours inquiétants . Ce n’est pas un hasard si ici caché sous d’angoissants casques blancs il y a les anges motocyclistes de Cocteau encore une fois…

Donc il y a mai 68, et l’Histoire est filmée comme un champ de bataille intime, il faut voir ces plans extraordinaires, les seuls en fiction ? Les plus beaux jamais tournés sur les nuits de mai 68 , nuits Novalissiennes filmées dans un noir et blanc sublime ou se croise Murnau et bizarrement Georges A Romero , il n’y a que Garrel pour rendre sensible un long manteau en cuir … de CRS, pour filmer la violence comme un lent trip doux.

Le film est divisé en chapitres Les Espérances de Feu sur mai 68 est un chef d’œuvre en lui même et la preuve que Garrel n’est pas si univoque que cela qu’il sait sortir de la chambre, mais cela on le savait depuis longtemps.

S’il film la mort au travail c’est parce qu’il y a des acteurs à filmer, et la suite ne sera que cela, filmer des corps, jeunes ou pas ( la scène magnifique avec Maurice Garrel) un retour dans la chambre ou il regarde avec parfois un peu d’ironie comment l’Histoire agit sur l’intime sur les affects, il y a de l’amour tragique des figures de post adolescent Bressonien qui abusent d’opium dansent sublimement sur un morceau des Kinks, il y a de l’humour lugubre, un Dandy Nietzschéen avec Bentley (?) et tête de mort (acteur génial) , des sons métaphysiques : des pas dans l’escalier, une porte que l’on ouvre, une bouteille qui se vide, des visages de filles sublimes, l’oreille spirituelle de Clotilde Hesme, le magnétisme charbonneux de Louis Garrel, en pense à Eustache à Bresson, on pense surtout à Garrel …

Et on retourne sur la fin à l’enfance de l’art, à la mort , à la poésie la plus pure, à la naïveté et à l’humour qui commence un peu là au creux de l’estomac, les Amants Réguliers est une comète parvenue d’une autre galaxie, d’un autre monde ... Celui de la sincérité.

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