vendredi 23 mai 2008

Deux Filles - Silence & Wisdom (1982)



En voilà une drôle d’histoire triste, voyez–vous qu’il n’y a rien de plus laconique, rien de plus accablé, que la carrière de Deux filles ce très mystérieux duo eighties grêlé par le drame voir même pire que le pire, par l’ épouvantable ! Une catastrophe imminente et tellement surplombante que forcement voyez-vous là, c’est un éboulement. Deux filles : Gemini Forque et Claudine Coule, adolescentes hexagonales qui se rencontrent pendant un pèlerinage à Lourdes. Claudine accompagnait une mère qui décèdera subrepticement d'une incurable maladie pulmonaire et cela avant même d’avoir atteint la grotte à Soubirous et ses babioles en stuc. Gemini, elle, était rembrunie par le trépas automobilistique et tout frais d’une mère tentant de véhiculer un père paralytique sur le chemin de la même grotte aux colifichets. Les deux adolescentes devant leurs deuils respectifs comme devant deux tas de charbon décideront de ne faire qu’un tas et elles prendront la tenace résolution de cicatriser mutuellement par le biais de la musique. Une musique forcement sinistre, morbide avec des pointes lugubres, forcement lugubres, mais cependant jolie avec quelque chose de la complainte, de la lamentation voir de la douleur dentaire, vous voyez la complainte la lamentation et la douleur dentaire ? Malheureusement, car il y a en l’occurrence encore du malheur, c’est après avoir enregistré deux albums applaudis par la critique et après avoir joué dans toute l'Europe que Forque et Coule s’évaporeront, tel l’éther, sans laisser plus de trace que dans les sinus et vaguement dans les mémoires. C’était à Alger en 1984. Gemini Forque était née à Alger elle y avait vécu jusqu’à l’age de cinq ans, pour elle c’était un retour aux sources, drôle de retour, un retour dans l’éther dans les saintes extases et la disparition, un phénomène saumâtre et sans colifichets.
On échafaudera moult théories bancales à partir de cette histoire : enlèvement, meurtre, libre combustion des corps ? Au cours des années, aucune trace du duo si ce n’est une mystérieuse lettre soi-disant écrite par Coule et prétendant que les deux filles auraient discrètement cabotées vers les Indes, les Indes si spirituelles ! Si propices à la collecte des âmes !
Les terribles et courtes existences de Claudine Coule et Gemini Forque sont à l'origine d’un concis mais fervent culte auprès d’une discrète cohorte de zélateurs dont votre serviteur est l’un des sectateurs les plus diligents… J’aime cette musique parce qu’il y a dedans de la placidité somnambulique, et la placidité somnambulique c’est beaucoup. J’aime cette histoire parce qu’il y a dedans beaucoup de tristesse moirée, et la tristesse moirée c’est beaucoup…

Là où tout se complique, là où tout bondit de l’ombre vers la lumière, c’est que ces Deux Filles là, vous l’aviez deviné, n’on jamais eut plus d’existence tangible qu’un rêve tissé d’âme dans l’encéphale embrumé de Simon Fisher Turner... un anglais encore un... Vous devriez connaître Simon Fisher Turner cet ancien enfant star, dandy décalé notoire, compositeur chez Derek Jarman, petit roi d’une hypothétique principauté pop avec The King Of Luxembourg. Vous ne devriez pas oublier, non plus, que notre mirliflore Simon fut un temps le voisin de palier d’un autre mirliflore notable, Louis Philippe, c’était chez El Records (et non Sarah) …
Deux Filles n’était donc qu’un rêve, une fiction brumeuse pleine d’umour chantignole, une histoire plus que de la musique c’est certain, mais de la musique un peu quand même ; éminente comme chez Vini Reilly, mystérieuse comme chez Eyeless In Gaza (sans le sublime incantatoire d’une voix hors normes), atmosphérique comme chez le déplumé en chef Eno. Bref un bon disque d’ameublement un peu tordu, comme chez le facteur Cheval .

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jeudi 22 mai 2008

No comments - N°4



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dimanche 18 mai 2008

Chambre verte






Here are the young men, the weight on their shoulders,
Here are the young men, well where have they been?

Le fardeau n’est plus sur nos épaules, il est à présent en nous. Il y a bien évidemment du dérisoire, voir du pathétique, à vouloir tous les 18 mai (que Dieu fait) ressortir et réécouter Closer avec une obstination métronomique. Certainement pour ne pas oublier Ian Curtis, mais plus encore pour se souvenir des souvenirs. Pour ces nuits anthracite passées à écouter cette seconde face , caché sous les draps, un casque sur les oreilles et les yeux humides. Un chose terriblement importante, la plus importante dans l’existence d’un gamin de quatorze ans. Les disques qui ont tourné autour de notre adolescence sont les plus importants ; un socle sur lequel on s'arc-boute sans cesse, inconsciemment, comme sur du sable imbibé. Nous avons beau viser ailleurs, l’ arc ne revient pas à son point de départ en vain…

Voilà pourquoi tous les 18 mai il faut réécouter encore une fois la seconde face de Closer. (je parle en face comme on parle en anciens francs) La première face, elle, est toujours cet ordonnancement raide, broyé par du métaphysique, une continuation d' Unknown Pleasures jusqu’à son point limite, un moyen d’en finir. La seconde face de Closer c’est une autre histoire, du moins palpable et du plus flottant. Ian Curtis est dans la lampe, il en sort, mais le « génie » c’est Martin Hannett , lui canalise, sculpte, ordonne une matière sensible, le génie simple, par contre, de Ian Curtis c’est ce qu’il laisse échapper malgré lui-même, cette voix de baryton concassé qu’il semble découvrir, c’est voix qui vient APRES dans un apaisement apparent, comme toutes les voix de crooners. Ian Curtis était un grand crooner en devenir…
La seconde face de Closer, une délivrance passagère ? En tous les cas, une sérénité troublante. Ian Curtis ne lutte plus il peut même fredonner détaché , Heart an Soul est une transe analeptique engourdie par les antidépresseurs, Twenty-four hours n’est que le renoncement d’un cœur lourd, The Eternal une prière et Decades la plus belle chanson boiteuse du monde... la plus belle chanson du monde ?

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samedi 3 mai 2008

Kevin Ayers - May I ?



« A l’incroyable, au merveilleux, à l’élégant, ces trois héritiers des petits-maîtres, ont succédé le dandy, puis le lion »

L’aube, apparition venue sans bruit qui se tient debout dans la chambre, comme une fée effleurant mon lit ; mon secret et mon imagination…
C’est mon secret : je voudrais me trouver libre de toute contrainte, matérielle ou sociale ; vivre somptueusement et progresser chaque jour dans la maîtrise de moi-même, rester en dehors car rester détacher donne plus de pouvoir que de posséder toutes les choses. Pour ce qui est de mon imagination et de cette prétendue création d’un autre moi-même éventuel : je tente de rester bien établi en moi-même, jusqu’à ce que je sois enlevé à moi-même, sans moi-même.

Nonobstant ces vaporeuses considérations, je suis à sec. J’aurais pu par exemple vous parler de Kevin Ayers, mais voilà je suis vide et vidé, terriblement. J’aurais pu vous parler des dandys décalés, du détachement ; remonter jusqu’aux mystiques rhénans, Maître Eckhart ou Henri Suso. Remonter, tout en oubliant l’archevêque, jusqu’à ces doux croyants en passant par l’école de Canterburry , mais non je suis asséché, déshydraté et en manque d’inspiration… terriblement. Il ne sera donc pas question ici de tout cela ; mon secret est aussi mon absence d’imagination. Vous n’apprendrez rien de plus sur ce fabuleux May I ?, sur le très jeune Mike Oldfield à la basse, sur le tendre saxophone de Lol Coxhill , sur cette voix qui n’est que de la nonchalance ; c’est à dire tout (ou presque). Dommage nous aurions pu ensuite parler un peu plus de Kevin Ayers, de ses chansons lunaires ; mais pas de ses albums trop inégaux, de sa blondeur et de sa douceur. Nous aurions également pu nous souvenir de toutes ses bouteilles à la mer envoyées depuis les Baléares pendant que l’autre, Syd Barrett, restait planté au fond d’un jardin en friche.. Nous aurions pu parler de ce grain de voix inimitable, de cette gravité au service de l’aérien, de la simplicité ou de l’indolence. Nous aurions pu parler de tout ça. Nous n’en parlerons pas… Il faudra donc savoir s’établir dans un simple abandon. Car un désir sans mesure, s’il est trop grand peut devenir un obstacle caché.

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dimanche 27 avril 2008

Le « croquignolet » du jour – Frank Zappa



Je dois avouer, et sans torture aucune, un intérêt relatif pour l’œuvre de Frank Zappa. Cette pataphysique que je sens, voyez-vous, confusément caboter vers Pierre Boulez et son giscardisme rampant, au mieux m’intrigue, au pire m’assomme avec la régularité métronomique de feu l'estourbisseur de la Villette. Bref, Zappa en dehors de deux trois trucs au début, de ses « amis » Shaggs et Van Vliet, me captive vaguement et de loin. Il faut dire que le problème provient autant de moi que de lui ; que je suis très peu velléitaire et que chez cet hurluberlu trop conscient de son hurluberlisme l’écoute sent trop l’effort pour que je sois vraiment honnête … D’un autre coté, et là les zappistes vont sautiller, me traiter de salaud, le personnage m’amuse, pas mal, souvent, sans plus, suivant l’humeur du jour… Zappa serait donc un croquignolet à fort potentiel, mais avec quelque chose qui cloche, le rapport « raison déraison » semblant, chez lui et en loucedé basculer du côté de l’amidonné, finalement loin de Jérôme Bosch, Nietzsche ou Artaud, cintrés notoires, moins giscardiens et vrais croquignolets eux. Malgré cela, laissons l’artiste à ses « mots » et à une anecdote croquignolette :

« Il y a quelques années, lors d’un concert à Philadelphie une fille s’est approchée de la scène et a retiré sous nos yeux sa petite culotte bleue. Je savais que mon batteur et un autre type de l’orchestre aimaient renifler les sous-vêtements féminins. Aussi, j’ai poussé mon batteur vers la fille pour qu’il renifle sa petite culotte. C’est ce qu’il fit avec l’approbation du public. J’ai su, de source sûre, que l’odeur du slip en question avait failli être fatale à mon musicien… Constatant que le public avait beaucoup apprécié ce petit numéro improvisé, je décidai peu à peu de proposer chaque soir à des jeunes filles d’en faire autant. Mais je remarquais en même temps, un peu désolé, que la plupart des filles portaient des pantalons ! Afin des les aider, je leur expliquais comment il fallait s’y prendre pour retirer sa petite culotte sans enlever son pantalon. Pour celles qui portaient de toutes petites culottes, je préconisais de déchirer l’un des deux cotés et de les retirer par une jambe. Pour celles qui étaient vêtues de culottes hideuses en coton, je leur enjoignais d’aller les retirer dans les toilettes. J’ai pu ainsi récupérer des centaines de petites culottes. J’ai tout donné à une artiste du Colorado… »

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mercredi 23 avril 2008

Chambre verte



Wednesday, April 23, 2008

Johnny Thunders (born John Genzale) of The New York Dolls and The Heartbreakers died of a drug overdose on this date in 1991.

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dimanche 20 avril 2008

Le « croquignolet » du jour - Vince Taylor



« In hoc signo vinces »

Ne jamais oublier, anglais, anglais que j’étais.. Fils du blitz avec la Luftwaffe dans le ciel. Mon frère se battait dans le ciel, pilote dans la RAF mon frère, un homme, un vrai. Moi en bas gamin avec les ruines, et mon frère en haut… Anglais que j’étais… Après en 50 toute la famille a filé de l’autre coté, loin des ruines, direction New Jersey. Quatorze ans et vlan ! L’amérique. Un jour la-bas je sauve une fille de la noyade et je deviens, par hasard, maître nageur. Joli métier. Je chante au bord de la piscine, et les filles tombent ! Elvis sombre, peigne et maillot de bain, un putain d’archange anthracite au bord de l’eau. Apres en 56 ma sœur part pour Hollywood et toute la famille suit. Pas une bonne idée, ma sœur c’est une actrice imbuvable. Alors c’est moi qui fais le métier, je passe dans le fond d’une dizaine de westerns. Pas mon truc non plus, acteur, mais de la présence comme on dit. Même dans le fond, une ombre, anthracite que j’suis . En fait la-bas aux states, je veux être pilote comme mon frère, un homme un vrai. Je passe le brevet, tout va bien, et vlan ! Un jour, je rate un putain d’ atterrissage… je m’écrase. Putain de miracle, je suis toujours vivant, corps intact, j’ai un corps trempé dans la vie !
18 ans je suis chanteur, je chante sur les parkings, je chante pour la radio. Un soir de concert je me bas avec des catcheurs, les doigts cassés par des putains de catcheurs ! 19 ans je retourne en Angleterre. Je suis américain, j’ai l’accent yankee, je chante, j’ai un manager ! Un jour dans la vitrine d’un magasin, une combinaison de ski en cuir noir brillant. C’est le début du bordel, de tout le truc. Gene Vincent me copie, un putain de carbone anthracite Gene Vincent ! Il portait des vestes longues, un plouc en veste longue, et le voilà en cuir, salaud ! J’admire beaucoup Gene Vincent mais je suis surtout l’ami de sa femme ! Tout d’un coup me vl’a le prince des Teddy Boy, cuir noir, grosse chaîne en or. J’ai une épouse, un gosse et un contrat avec une maison de disque. Pas longtemps, pas de succès, divorcé, ma femme faisait des strip-teases dans mon dos. Déprimé je retourne aux Etats-unis, encore plus déprimé j’en reviens bien vite, il n’y plus de rock’n’roll aux Etats-Unis ! C’est le règne des bébés roses teen-idol.



Angleterre à nouveau. Tout recommence. Du mascara dans les yeux en 60 c’est la grande tournée avec Gene Vincent et Eddie Cochran. La tournée fatale pour Cochran, mort, accident de taxi, couic, un de moins ! Après c’est les Français, je suis récupéré par les Français, Barclay, Eddie Barclay ! Les chaises cassées, les blouson noirs… La meilleur époque après celle de « Brand New Cadillac » . La coupe internationale du Rock’n’roll, je l’ai emportée devant Gene Vincent et les Blue Caps, Eddy Mitchell et les Chaussettes Noires, Dick Rivers et les Chats Sauvages et Dany Logan et les Pirates… L’Olympia, la Nuit de la Nation, les chaises cassées, les putains de chaises cassées ! Le concert dans les arènes de Madrid devant 30 000 personnes. Le gars qui avait gagné contre le bull, à l’entracte de la corrida, il se promenait avec les oreilles du bœuf à la main et comme il ne savait pas quoi en faire, il me les a passées et j’ai chanté dans l’arène en agitant les oreilles, ils sont tous devenus fous ! Ca, c’était la meilleure époque ! J’ai eu Brigitte Bardot, Sophie Daumier et Hélène April, le top model définitif des sixties. Sophie Daumier, elle habitait dans un hôtel en face du mien. Un jour j’étais avec elle dans sa chambre, son type est arrivé avec un couteau à la main. Je me suis battu avec lui et comme j’ai gagné, elle est restée avec moi. C’est là qu’on est allé au Club Saint Hilaire, j’ai rencontré ce couple qui voulait m’emmener chez eux pour que je dévirginise devant eux leur fille de quinze ans. Je leur ai dit « excusez-moi, mais j’ai déjà un problème avec un mari qui a un couteau », rien à faire, il a fallu que j’y aille, que je me mette dans son lit, elle avait même pas quinze ans… J’ai eu aussi ce « problème » avec deux filles, « j’ai pas violé les deux filles : c’est parce qu’elles ne voulaient pas faire l’amour avec moi ». Après, avant ? Je sais plus bien, j’atterris à Hambourg, au Star-Club, sans musiciens. Je recrute un backing-band, c’était les Beatles ! Le patron du Star-Club un bandit, un vrai mafieux avec un flingue. J’achète un flingue moi aussi. C’est là dans ce magasin de flingues que j’ai croisé les Beatles. Je mélange encore les dates, je ne sais plus bien, en tous les cas après j’ai utilisé le flingue en oubliant une balle dans le barillet, résultat : main cassée, j’ai un corps trempé dans la vie…Après je me suis fait casser les dents par des Rockers à Saint Tropez. A l’époque je faisais de la boxe avec Alain Delon, j’étais très fort dans les bagarres, le deuxième souffle comme Cassius Clay. J’ai aussi fait six mois de prison en Angleterre pour port d’armes, il y avait Joe Frazier dans la prison, j’ai eu le temps de m’entraîner… Après tout ça je passe en vedette aux Folies Pigalle, un club de strip-tease. Pour faire plus viril j’ai une carotte dans le slip, un homme, un vrai… C’est le sommet de ma carrière mais aussi le début de la fin. Un an après c’est plus le temps des rockers, c’est celui des pop-stars les Beatles, les Stones, toute cette merde..
Deux ans plus tard le 23 mai 1965 je meurs une première fois sur la scène de la Locomotive, je suis le prophète Mathieu, j’évangélise la foule, je casse tout autour de moi, guitares, micros, batterie, les autres cassent bien des chaises. Après ce concert cataclysmique, je sors un disque mythique Vince...! Barclay me lâche comme une vieille chaussette (noire), je me roule par terre, c’est fini, je m’enterre. Je me cache dans une cave, je me laisse pousser les cheveux, je suis le Christ, un Christ sale, je reçois un faire-part annonçant ma propre mort. Un gang de chinois me précipite dans la Tamise, moi le maître nageur je suis sauvé de la noyade par des passants. Je disparais, on me retrouve à l’hôpital, chez les fous, on me retrouve chez les fous ! Je ne suis pas fou… Je ne suis pas fou… je suis un homme, un vrai… je veux être pilote dans la RAF !



Le 23 novembre 1979. ma fiancée d’Aubervilliers me dit « Je suis ta sœur en plus jeune » je deviens alcoolique. Pas plus d’une bouteille de whisky par jour, mais je fais attention à la marque, Quand je suis amoureux je bois moins de vin. Sauf le matin quand je me lève, je descends au bistrot boire un café au lait et ensuite… la sensation de l’alcool… l’odeur de l’alcool… je m’envoie un coup de rouge. Le premier coup de rouge du matin c’est comme un cercle vicieux. Là je suis à Macon, Saône et Loire, un vrai pays de rockeurs.. J’ai trouvé l’alcool, mais j’avais trouvé Dieu bien avant. Moi, Dieu J’y croyais pas mais un jour je faisais frire des côtelettes de porc au feu de bois et, spof, il y a eu une espèce d’éclat du ciel qui est venu et depuis, je vais à l’église. Enfin j’allais parce que maintenant je suis mort. Croyez-moi, il ne faut jamais se laisser mettre dans le cercueil ! De ma naissance à ma mort, j’ai toujours eu un corps trempé dans la vie, et à présent il ne trempe plus dans rien... la mort c’est pas bien. Moi qui étais un homme, un vrai, le Christ, un pilote de la RAF, vous pouvez casser les chaises en hommage, cassez les chaises c’est un ORDRE !

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mercredi 16 avril 2008

No comments - N°3





To Louis S...

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vendredi 11 avril 2008

Marquis de Sade - Who Said Why?



Pendez Bénabar avec les tripes de qui vous voulez, oubliez les « jeunes gens modernes », les expos Agnes B… et ne la ramenez pas avec Ian Curtis. Il n’y avait pas d’images de Joy Divison en 1979 rien, nada… Peut être que l’instit rennais était passé par les Bains Douches un soir de tranxene, peut-être qu’il fantasmait Joy Division comme David Byrne à la fin de Remain in Light enfin rien n’est moins sur…. En tous les cas cet extrait de Chorus (une vieille émission) est mieux non-filmé (Don Kent) et senti que toutes les merdes sympathiques, souriantes ou pas de chez Taratata, il faut savoir rester sinistre !

« The final track on the album, "The Overload", was Talking Heads' attempt to emulate the sound of the band Joy Division. This is in spite of the fact that no one in the band had actually heard the music of Joy Division. Rather, it was based on an idea of what Joy Division might sound like »

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mardi 8 avril 2008

Journal d'Alexandrie (4)



« On peut collectionner aussi l’infirmité. On en trouve un très bel exemple dans les romans sur Alexandrie de Lawrence Durrell. Il y a là un vieil Irlandais, résidu d’un siècle troublé, qui finit tristement ses jours dans la basse police égyptienne, attaqué par des essaims de mouches parmi les bouteilles de whisky par une chaleur de 46 à l’ombre. Il est rongé par une cirrhose du foie. Le matin quand il se réveille, il s’étonne d’être encore en vie. Ensuite il se réunit lentement : il met ses dents, son œil de verre, son bras de cuir et sa jambe en bois. « Ce matin, dit-il, je me suis levé comme un lion. »… »

Imaginez mon étonnement ! C‘est à l’ombre de la cathédrale de Cordoue; un raffiné bouquet de fleur d’oranger dans le nez, qu’ouvrant mon Vialatte du soir, je suis tombé sur cette mince évocation du terrible Scobie ! Vous qui, comme moi, avez lu Le Quatuor d’Alexandrie vous devez connaître Scobie cet irlandais coquet inventé par Lawrence Durrell ? Oui souvenez-vous ! Ce vrai faux espion un peu pédé qui finira mort, raide, en semi travlo, dans une poubelle d’Alexandrie. Et bien sachez que Vialatte, mâchonne le mortel Scobie à sa juste mesure d’ animal en kit, certes avec son umour à lui, en omettant l’aspect folle sybarite et casque colonial mais en débâchant le coté « mécanique plaqué sur du vivant » du bonhomme.

Vous me direz que je radote, que je m’étale et m’étonne pour rien et d’un rien. Le fait est que, pour en revenir à ce qui devrait nous occuper, je n’ai jamais terminé mon Journal d’Alexandrie ; or voyez-vous, j’ai bel et bien accompli et depuis longtemps l'escalade risquée de l’incontournable massif durrellien. Chose curieuse, hasard non coupable, c’est ici, chez Averroès, une chaleur de fin d’après midi encore sur la nuque, le vieux pont romain se reflétant dans le Guadalquivir comme il le fait depuis deux mille ans, et par la grâce de Vialatte que mon coupable oublie, subséquemment, a ressurgit tel un pénitent tout blanc ! Etonnant non ?

Alors vous me permettrez ces quelques notes, oubliées et retrouvées, ânonnées et souffreteuses, sur le dernier volume du Quatuor d’Alexandrie : Cléa.

J’avais omis Cléa il ne faut jamais omettre Cléa !

« Plutôt que le temps retrouvé, le temps qui passe, le temps délivré. Comment le temps agit, sur les âmes, les corps … pour la première fois dans le quatuor l’intrigue avance ce n’est plus uniquement un retour en arrière… fin merveilleuse et ouverte, amour de Darley pour Clea , piscine, mort, mort et piscine naturelle, mort naturelle ou pas , la mort c’est naturel, c’est l’essence de la vie…
Durrell ne lâche jamais le monde des sentiments. Il y revient sans cesse, dans les hésitations.. dans le flottement nécessaire… dans les aspirations entre des êtres uniques et entrelacés… tout juste un peu plus avec le monde mais toujours dans la profondeur autrement plus vertigineuse de ce monde parallèle, le seul vraiment important, le monde du sentiment amoureux. Comme tout bon écrivain anglais : amour-haine de l’Angleterre, anglophilie transparente, anglophobie latente, « une nation qui a l'âge mental d'une vieille mémé » « les Anglais dont la vie affective est à peu près celle de braves hôteliers suisses » haine de la morale et du patriotisme, Et merde pour Albion Mère de tous les poncifs ! Le monde - que nous voyons toujours comme le monde « extérieur » - n'obéit qu'à l'introspection et à la décomposition de l’intime dans l’extime! Face à cette bizarrerie cruelle mais nécessaire, le poète interloqué remarque qu'il lui pousse une queue et des ouies pour mieux nager contre les courants obscurs de l'ignorance »

Voilà, j’ai bien conscience que tout cela est pour le moins confus et éclaté, qu’il n’y a pas un grand intérêt à la chose, mais il fallait achever alors j’achève. Hormis ces faibles considérations qui n’intéresseront que moi, il faut savoir, chose étonnante, que la cathédrale de Cordoue est une mosquée, une mosquée et une cathédrale ou bien plutôt une vieille mosquée avec une vieille cathédrale posée en plein milieu. Tout est compliqué ou l’inverse en tous les cas il y a de l’ombre au pied de la cathédrale mosquée, et c’est ainsi qu’Allah est grand même avec Jésus planté dans le thorax ! Tout cela nous ramène à Averroès à un beau film de Youssef Chahine et donc à Durrell, tout est dans tout et vice versa. A présent j’ai du froid sur la nuque, dehors il fait nuit et la neige était là il n’y a pas si longtemps, saloperie de brume, merci Vialatte !

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dimanche 6 avril 2008

Stuart Moxham & The Original Artists - Signal Path (1992)



Des disques étaient empilés, là, vraisemblablement négligés pour leur air commun, déprimé, ou simplement débonnaire. Un peu désœuvré, désoccupé de la moindre occupation vitale, j‘avais saisi, au hasard, l’un de ces surannés enregistrements sous forme de 33 tours. Sans aucun risque, sur le haut de la pile, le moins défraîchi, le moins susceptible de me décevoir, moi qui suis si souvent sujet à la plus anodine alacrité envers les choses chantantes et musicales. Non sans un frêle émoi, aussitôt passé le contact bien réel avec le diamant, la galette de celluloïd bientôt en pleine rotation, le charme avait agi. Oh rassurez-vous ! Aucune grande force et encore moins de décisif, d’important ou de crucial, mais un charme simple voyez-vous ! Le genre de disque qui après quelques printemps d’oubli coupable, resurgissait là, sur le haut de la pile comme par bonheur . Une fois la poussière soufflée, un vieux canapé écru trouvé, il suffisait donc de renverser la tête, à défaut de ciel, vers le plafond et sans ne plus rien désirer si ce n’est un vague abandon, s’imaginer des spectres tourbillonnants. Le disque imperturbable et impassible devant cette inventée sarabande d’esprits frappeurs et bondissants, tournait sans crainte et avec un tact indéfectible, une sagesse sincère. du soleil sur les rideaux, un coma de juste mesure…

Ah ! oui puisqu’il y a cette manie, cette sottise à vouloir vraiment parler des disques, sachez que le disque sur le sommet de la pile était un disque de Stuart Moxham. : Signal Path. Inutile de refaire l’histoire, vous savez déjà tout sur ce doux quidam là : Stuart Moxham avec et derrière, Alison Statton chez les jeunes géants de marbre… Stuart Moxham et The Gist ce merveilleux faux groupe lunaire qui venait après le triomphe accidentel des Young Marble Giants … Stuart Moxham en piéton léger chez le gracile lépidoptère David Thomas… ensuite plus rien, dix ans de silence monacal… …
Après tant mutisme, le disque qui devrait nous importer Signal Path n’était pourtant pas ce que nous attendions de lui. Nulle contrariété, aucun ressentiment, pas le chef-d’œuvre éclos d’un génie incompris, tout simplement un disque agréable, reposé et plein de cœur. Des chansons, pudiques et suggestives ; oui des chansons ! Avec les moyens du bord, une petite méthode assimilée jusqu’à ses bords les plus intimes ; l’épuisette folk-rock sur le dos, un orgue ingénu, une boite à rythme sensible et des ritournelles atmosphériques dans le tube à essai.
Il y avait un titre où Alison Statton fredonnait comme en attendant le bus, le meilleur de Brian Eno et de ses chansons pastel, Buddy Holly en peinture à l'eau et sans aéroplane fatal, Robert Wyatt sans le gris et les dégradés déchus vers le blanc. Voilà c’était un disque loin de la technique, de la brutalité et de la subversion des âmes et des consciences, loin de toutes ces choses qui nous accaparent bien souvent... un disque pareil à une caresse, précaire et sensible comme le quidam incertain prêt à tomber d’un possible canapé écru. Je reposais le disque, de la poussière sur le suivant… au suivant !

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jeudi 13 mars 2008

Weekend – La Varieté (1982)


Le disque de Weekend La variété était très beau, presque aussi beau que celui des Young Marble Giants, mais autrement. Des instrumentaux latins et désinvoltes, des chansons brèves, sortes d’aperçus laconiques ornés d’arpèges circonspects, de la variété où les types savaient presque jouer, mais léger, léger, sans gras, tendre et émouvant.. Il y avait, aussi et surtout dans ce disque, suspendus en fin de seconde face deux sombres miracles en apesanteur: Nostalgia et Red Planes. Du Nico non sépulcral et sans harmonium, du Nico non guttural et non ontologique ; avec une admirable non chanteuse détachée et un vrai violon triste, mais pas trop. L’écoute de ce disque procurait un sentiment d’inquiétude lasse, de désespoir indifférent, une beauté précaire qui avait tout du prodige et de l’œil du cyclone réunis.. Ensuite Weekend sans Allison Staton est devenu Working Week, une plaisanterie sinistre, de la musique pour sofa beige et ascenseur bien huilé, un truc de froide hautaine qui sera démocratisé par le glaçon technique Sade. Allison Staton, elle, chantait comme on siffle en repeignant le plafond, à l’ombre des démons, c’est pourquoi nous l’aimions.


« Curious band. Like a mixture of Tom Tom Club, Joy Division, Manu Dibango, Anton Carlos Jobim and Young Marble Giants »

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lundi 10 mars 2008

Adam Green - Sixes and Sevens (2008)



J’en vois, qui dans le fond, sautent comme des cabris affligés. Eh ! bien affectés caprins sachez que vous pouvez bien cabrioler nerveusement, vous rouler dans l’affliction la plus consternée, rien n’y fera, j’aime assez le nouvel Adam Green ! Moi qui étais, tel le cabri flapi et occis devant l’anti-folk à bougies, si peu enthousiaste devant les Moldy Peaches, me voilà ravi par l’habile et aimable recentrage crooner axial de l’ami Adam. Les deux, trois précédents opus solos du bonhomme exhibaient quelques promesses qui ne demandaient qu’à être tenues, celui ci confirme, certifie et tamponne. Adam Green à découvert un truc, son truc , son territoire : la chanson maligne et retorse qui n’invente rien, le professionnalisme matois de musiciens à qui on ne la fait pas… cette voix, chaude, grasse et grave, une voix de chanteur de charme au-dessus d’une mêlée bien ordonnée. Alors dans ce truc qui est donc un territoire et accessoirement un disque, il y aura, des musiciens bien rangés, et des voix bien peignées : Sinatra et Ray Charles, Harry Belafonte et Jim Morrison (donc Sinatra)… Scott Walker sans la métaphysique, Leonard Cohen sans l’épaisseur littéraire… des chansons de cow-boys au coin du feu… le troisième Velvet et même Carla Bley en majorette devant une fanfare bien huilée. Rien de nouveau sous les veilles lunes de l’inspiration, ce disque n’invente pas plus que ça, d’ailleurs il n’invente pour ainsi dire rien, il recycle, mais même pas conceptuel voyez-vous, juste comme ça pour le plaisir de l’auditeur. On aurait peu de peine à préférer les originaux, Sinatra, Walker, Reed ou pour les cabris du secteur, le sel d’un folk bricolo à candélabres ; reste que l’audition de ce disque, absolument non crucial, procure un semblant de plaisir, et que le plaisir c’est beaucoup, l’hédonisme et le plaisir, c’est la transhumance…



Ah ! J’oubliais, puisqu’il faut en finir, l’hédonisme, le goût pour les choses non cruciales reste avec la nympholepsie et paradoxalement la haine des corps vieillis - le trépas consécutif de ceux-ci - le dernier tabou d’une époque se croyant délivrée de tout. Libre car enchaînée par rien, si ce n’est par elle-même, grande puissance de Sacher Masoch !

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jeudi 6 mars 2008

No comments - N°2



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These Trails - These Trails (1973)



C’est un secret, je tourne autour depuis bien longtemps, une curieuse appréhension, un atermoiement coupable au creux de l’estomac ; les secrets les moins partagés sont les mieux préservés.
Du reste à force de tourner autour de cet aérolithe incongru mes circonvolutions se sont transformées en une suite de lentes cabrioles. Aurez-vous la souplesse, et l’obligeance, de bien vouloir pirouetter mollement en mon encombrante compagnie ? Les aérolithes licencieux, vous effraient-ils ? Etes vous suffisamment souples et mous ? Grandes questions ! Me voilà avec de la crainte au coin des oreilles. Pour vous convaincre, vous apporter sur un plat argenté d’éventuelles réponses, Il va encore falloir que j’argumente, que je prouve et démontre savamment, alors que je suis si fatigué et si las de tout, toujours un peu souple, mais las, très…

Cependant Allons-y, Alonzo !

Notre aérolithe incongru du jour est un private press hawaïen enregistré un jour de 1973. On imagine un jour de soleil, il y a plus de soleil à Hawaï. A son écoute on s’invente pour soi-même des diamants psychédéliques, des vagues pacific ocean blue, un paradis tropical, le mystère de la jungle luisante dans la rosée du matin.
C’est, en fait, un bidule folk et bizarre avec un air décontracté, proto post acid-folk et anti-folk avant l’heure pour tout dire. Musique populaire hawaïenne, flûtiaux et guitares en bois... dulcimer, tabla, sitar et ukulélé avec des petites sautes électroniques en suture… Voilà pour l’orchestre. Pour le reste nous sommes devant de l'irréel, oui principalement de l’irréel ! Du flottant avec des voix aériennes de petites filles éthérées… Vous voyez bien ces adolescentes pâles sous le soleil ; ce quelque chose qui tourne autour d’elles, s’élève et les traverse ; cette lumière qui s’anime et les envahit . De l’allégresse et un grand calme. Une quiétude profonde et durable, du charme tissé d'or....Nous voilà inaltérables, domptés et en même temps indomptables.
S' il y a dans ce disque une chanson en espagnol avec un garçon de passage bien palpable El Rey Pascador, le roi des pêcheurs… c'est surtout un disque de jeunes filles vaporeuses ... Alors oubliez Cocorosie et sa demi-Billy Holiday, oubliez la petite Bjork sur sa banquise comme Jacques Tourneur oublie Louis Jourdan sur un récif à la fin de la Flibustiere des Antilles, oubliez Stina Nordstam, je suis son Barbe Noire. N’oubliez pas Allison Staton, elle est inoubliable…. Voilà écoutez This Trails ! Vashti Bunyan dans la jungle, Claudine Longet sans le smart dry martini et les pistes de ski, Françoise Hardy… Bref n’oubliez pas d’écouter ce disque il est trouvable dans de semi-légales officines virtuelles, et n’oubliez pas de tourner autour comme l’austronésien tourne autour de l’aérolithe incongru.

PS : Nous poursuivrons bientôt les débats par un doct : Importance du Ukulélé dans la musique populaire américaine. En attendant et pour patienter procurez-vous la compilation From Papeete to Teshupo.

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dimanche 2 mars 2008

Psychogeographie indoor (6)

1



Les racines ? Non-merci je préfère les branches ! Oui Rilke, les anges, la cime des arbres. Ce faîte là, les branches, les frondaisons, ces racines buvant le ciel. Il n’y a pas d’autres racines possibles. Pas les tristes tubercules de Maurice Barrès.. Pas de glaise, d’humus gras et de limon national… Il y a Rilke, Rilke et Bachelard, Bachelard et Baudelaire, l’air et les songes, les nuages, les merveilleux nuages. Il faut aimer les nuages et il faut aimer les étrangers qui les regardent passer. Il faut contempler le ciel à travers les branches et savoir ne pas trébucher dans d’hypothétiques racines…

Les racines ? Les branches ! Un jour de juin 1938 une tornade incongrue s’abat sur Paris ; elle fait deux morts : un quidam incertain, trépassé au bois de Vincennes, et devant le théâtre Marigny ; un passant assassiné par la branche maîtresse d’un arbre de belle taille. Triste concordance avec notre sujet, le passant était Odon Von Horvarth romancier et dramaturge mittleuropa réfugié en France pas encore moisie à l'abri des sinistres païens à flambeaux teutoniques ... Odon Von Horvarth qui devait quitter Paris le lendemain pour l’Amérique. Voilà qu’en sortant du Fouquet’s, une tornade, une branche et derechef un nouveau membre de la vaste communauté des trépassés. Curieux destin, moins tragique que chez Stefan Zweig ou Walter Benjamin, défunts plus sombres, car conscients de leur trépas, eux... Néanmoins circonstances curieuses et somme toute grande tristesse de l’ensemble.

« Je n’ai pas de pays natal et, bien entendu, je n’en souffre aucunement. Je me réjouis au contraire de ce manque d’enracinement car il me libère d’une sentimentalité inutile... » Pour paraphraser et synthétiser le bienheureux Bernard Frank : « avec un ton pareil, c’était l’Amérique, la branche d’arbre ou les camps. »


2



C’est bien connu, Flaubert ne savait pas écrire. Prenez par exemple Madame Bovary, et bien dedans Emma à des yeux bruns ; une autre fois des yeux d’un noir profond ; et une autre fois encore des yeux bleus ! Croquignolet n'est-ce pas ? Se claquemurer dans un cloaque borgne, s’engueuler tout seul, raturer, toujours et encore, se relire à très haute voix, sans cesse, pour en arriver là ! Ce n’est pas très malin Monsieur Flaubert ! Et tous ces clignotements syntaxiques, toutes ces phrases tordues et non conformes envers la doxa admise et tamponnée, toutes ces erreurs, tous ces oublis vis-à-vis de la plus élémentaire vraisemblance ; cette « tête phrénologique peinte en bleu jusqu'au thorax » Vous faites un drôle de cacographe, Monsieur Flaubert !
Enfin rien n’est moins sur, l’écriture, le plus souvent, ne fleurit pas seulement d’un quelconque frottement rêche avec le réel, du respect envers les règles en vigueur non plus ; elle fleurit de multiples attouchements entre divers éléments et parmi ceux-ci du contact essentiel avec la parole, sans ce contact là les mots se dessèchent comme la fleur sans eau. Voilà pourquoi même si Flaubert est souvent invraisemblable, et oscillant vers l’erreur, il n’est jamais asséché… tari et penaud dans ses mots, car il se relit en s’oubliant, le bougre !

En conséquence comme le self séquestré normand relisons-nous sans cesse, cela fera toujours un lecteur, et n’oublions pas d’oublier la couleur des yeux d’Emma, cela va sans dire.

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