lundi 12 mars 2018

Psychogeographie indoor (81)




« Les relations avec les écrivains morts en particulier sont au nombre des relations les plus poignantes, les plus solennelles, les plus consolatrices aussi, qu’un esprit puisse entretenir : pour ma part je sais bien qu’il n’est pas de jour où plusieurs d’entre eux ne soient mêlés à ma vie avec un degré d’intimité qui mène au bord des larmes. » (Charles Du Bos, Journal)


1.


29 octobre 2017.- Appétence automnal, vent aigrelet (12°C) Pour la première fois depuis vingt-cinq ans vu une partie de « balle au pied » professionnelle ailleurs que dans une boîte à images quelconque. Au milieu de 55 000 quidams plus ou moins vociférant me suis souvenu que l'ami Giono n'aimait pas tout ça ; les stades, le football :  « Qui nous assure qu'en l'an 2000 les foules continueront à venir s'asseoir sur des gradins pour voir vingt-deux gaillards se disputer un ballon rond ? Peut-être qu'à ce moment-là le grand engouement populaire sera le saut d'une puce dans un dé de cristal, ou la mise sur orbite des masses populaires désireuses d'aller manquer d'air aux environs de la lune pour le week-end. »

30 octobre 2017.- Le froid est presque là (11°C). Figurez vous que mon dressing vient de déclarer son indépendance ! Vivant essentiellement dans mon salon couché à demi nu sur un canapé scandinave cela ne devrait pas trop me poser de problèmes, mais c'est tout de même un peu perturbant.

31 octobre 2017.- Nuages ocres, fraîcheur (12°C). Changement d'heure, nuit précoce… pourtant rien d'hölderlinien. Pour faire bonne mesure trois poèmes de Follain.
Rien (ou presque) : Voyez-vous, ce monde ingenré où tout vire au beige clair ne me sied guère. Je voudrais que cela sente un peu plus du cul, qu'il y ait de la féminité, de la virilité et surtout qu'il y ait moins de bars à céréales !

1 novembre 2017.- Grisaille post-mortem (11°C). Dans la fratrie Powys Theodore est posé bien au milieu et, voyez-vous, il sautille comme les autres. Lu son Fruit défendu dans la journée. C'est un court opuscule édité par l’Arbre vengeur, un presque roman encadré par deux brèves nouvelles. Une histoire vaguement biblique (le presque roman), deux histoires suspendues au-dessus d'une campagne du Dorset très verte où quelques jeunes filles en fleurs ramassent inconsidérément des pommes sous le regard émoustillé de deux bons bourgeois futurs pendus (les deux brèves nouvelles). Panthéisme, nympholeptisme, érudition, un humour plus désenclavant que mon omoplate gauche et un sens du raccourci tout bonnement épatant (la première nouvelle est un chef-d'œuvre).

2 novembre 2017.- Jour des morts (20°C). Grosse fatigue, ce poème de Jean Follain :

LA MORT

Avec les os de bêtes,
l'usine avait fabriqué des boutons
qui fermaient
un corsage sur un buste
d'ouvrière éclatante
lorsqu'elle tomba
l'un des boutons se défit dans la nuit
et le ruisseau des rues
alla le déposer
jusque dans un jardin privé
où s'effritait
une statue en plâtre de Ponome
rieuse et nue.

3 novembre 2017.- Exceptés quelques vagues rayons de soleil souffreteux, rien de vraiment notable. (16°C). Me suis endormi sur une chronique de Giono, il y était question de crottin de cheval ou de quelque chose d’approchant. Demain je retournerai dans les Exorcismes spirituels de Philippe Muray. Un type globalement omniscient qui aurait certainement aimé les temps qui nous occupent (I’m kidding).

4 novembre 2017.- Averses, nuit précoce, rien de bien réjouissant (16°C). Trop de bruit, le voisinage nous en veut décidément. Au milieu d'un brouhaha que je décrirai pas, il faudrait trois chapitres, eu beaucoup de mal à pouvoir retourner chez Philippe Muray. Lu tout de même une trentaine de pages (un exploit !). Simple constat : Muray n'est jamais vraiment en colère, il est calme et lucide, c'est le monde qui part à vau-l'eau. Simple question : certes les prémonitions de Muray, son côté Nostradamus, mais à quoi bon ?

5 novembre 2017.- Pluie légère (9°C). Trop de bruit, lecture impossible.

7 novembre 2017.- Vent parcimonieux et faibles averses, quasi froideur (7°C). Still sick. La nuit vient de tomber, je souffle astucieusement sur mon Thé chinois en espérant que cet adroit subterfuge géostrophique l'attiédira plus rapidement que ne le prévoient les trop fameux principes de la thermodynamique. En même temps je lis un poème de Jean Follain où il est question d'un moellon violâtre qui mal pris dans son ciment se fendra sous le gel. Tout cela est bien périlleux, il faut savoir vivre dangereusement.
Hier Prix Goncourt attribué à l’Ordre du jour d'Eric Vuillard. (Pour une fois?) la clique de chez Drouant ne s'est pas trop fourvoyée, c'est presque un bon livre.
Nouvelles acquisitions : Le sourire du Tao - Lawrence Durrell, Célibataires anonymes - PG Wodehouse, Kipling, une brève biographie - Alberto Manguel, L'Art et la manière d'aborder son chef de service - Georges Perec, A quoi tu penses - Henri Thomas.

9 novembre 2017.- Nuages (7°C). Mon thé refroidi, je referme Le sourire du Tao de l'ami Durrell tout en me souvenant de ces quelques mots, un peu pelucheux, de Kôbô Abé : « Quand je pense à de petites choses, je crois que j'aimerais continuer à vivre. Des gouttes de pluie… des gants trempés qui ont rétréci… Quand je contemple quelque chose de trop grand, j'ai envie de mourir… le building du Parlement ou la carte du monde… »
Ce sera tout pour aujourd’hui.


10 novembre 2017.- Froideur (5°C). Malade (Zona)

I -

Contre toute attente Jean Grenier était encore vivant, il est mort hier à l’âge de 95 ans. C'était l'un des plus vieux piliers de la NRF. De lui je n'aurais lu que deux ouvrages : Impressions Méditerranéennes (qui me laissa un peu mitigé) et Instantanés, un beau et court recueil de portraits littéraires. Dans ce dernier je me souviens d'un petit tombeau élevé à la mémoire de Valery Larbaud, il était très bien : « Ses livres sont peuplés de mendiantes baudelairiennes, de jeunes filles en fleur, quand ce n’est pas en bouton, d’adolescentes qui savent déjà tout de la séduction, de beautés sorties du pinceau de Dante Gabriel Rossetti, de “plébéiennes apprivoisées”. On les rencontre dans les poèmes Images et Stockholm. C’est comme un défilé : la gaiety girl de Barnabooth. Le souvenir du bras nu de Fermina Márquez quand elle jouait au tennis. Solange, petite fille vouée au blanc, sauf les jarretières qui sont aux couleurs de l’écurie de l’amant maternel, rouge et bleu. Trini, qui dit : “Emmenez-moi.” Sœur Pamphile, “soubrette de la mort”. Queenie, l’héroïne de Beauté, mon beau souci, et le « pays clair et tendre de ses yeux bleus ». Il convoque leur souvenir dans le miroir du café Marchesi, à Parme : “Celui qui a vécu dans de grandes villes, qui a parcouru beaucoup de chemins et s’est nourri du pain de plusieurs nations, — contemple sa moisson."»

II-

Aujourd’hui Lunel est un fief djihadiste particulièrement actif pourtant à 15 kilomètres de là j'irais bien faire un petit tour à Sommières. C'est dans ce vieux village que Lawrence Durrell vécut ses dernières années. Je l’imagine comme un paradis sudiste assez éloigné des brouhahas divers et variés, un îlot que ses innombrables toits multi centenaires protègent d'un monde trop global. Une belle carapace pour une drôle de tortue indolente. Tout cela pour dire que dans Le sourire du Tao l'ami Lawrence est lui aussi plus indolent qu'autre chose. Jugez sur pièces : Un ami chinois de passage, de belles interrogations autour du taoïsme, du sexe tantrique, de la cuisine chinoise, de franches parties de rigolade : « Il n'y a rien d'autre à dire, c'est ça le taoïsme, et dès que l'on tente de l'expliquer, on l'aime : comme un papillon rare que l'on essaierait d'attraper avec les doigts… »

11 novembre 2017.- Pluie légère (10°C). Le sourire du Tao n'est pas un livre vraiment sérieux et c'est très bien ainsi. Grâce à son ami chinois Durrell ne bois plus deux litres et demi de vin par jour, mais seulement cinq petits verres, le début d'une sagesse que l'on imagine un poil tibétaine. La seconde partie est merveilleuse, après quelques circonvolutions pleines de sagesse on passe d'un temple bouddhiste bourguignon aux bords du Lac d'Orta, Nietzsche et Lou Andreas Salomé prennent des teintes asiatiques et tout est d'une parfaite équanimité. Que demander de plus ?



2.

12 novembre 2017.- Ciel gris/jaune, brise faiblarde, relative douceur (15°C). Yesterday, social life, drank a little too much; what I should not have done since I’m still sick (Zona).
J'attaque l’ascension d'un massif conséquent : L'identité de la France de Fernand Braudel. Le premier volume, Espace est histoire, est plus géographique qu'historique. Les pages sont certes parfois un peu didactiques, mais elles ne sont jamais assommantes ; elles laissent même passer quelque chose d'indubitablement littéraire, j'espère que tout cela va durer : « Ainsi vous quittez les sapins noirs, les prés pentus et les routes encaissées du Jura et vous débouchez tout d'un coup, vers l'ouest, sur les bas et plats pays de la Bresse, herbeux, coupés de nappes d'eau, de lignes d'arbres ; en même temps, les grandes maisons trapues, massives, avec leurs hauts murs de pierre et les larges porches cintrés qui ferment les granges du Jura ont fait place à la brique, aux colombages des fermes bressanes, à leurs toits de tuiles retroussés où pendent, à l'abri, en longues files rousses, les épis de maïs. Vous avez brusquement changé d'univers ».

13 novembre 2017.- Quelques gouttes de pluie, du vent (6°C). Thomas, un volume de poésie préfacé par Jacques Brenner. Simplicité, fausse simplicité ?

14 novembre 2017.- Beau temps frais (6°C). Cette vague somme diaristique m'ennuie, il faudrait que je sache la laisser choir, que je change d'objet.

16 novembre 2017.- Nuages, froideur (2°C) Not in the mood. Thomas, poèmes.

17 novembre 2017.- Soleil glacé (5°C). Braudel, Thomas. I’m not there.

18 novembre 2017.- N'ayant pas hasardé le moindre orteil dans les extérieurs je ne saurai vraiment dire si cette journée fut belle ou pas, j'ai cru distinguer quelques arpents de ciel bleu à travers mes rideaux, c'est déjà ça ( 5°C). La France de Braudel est si merveilleuse qu'elle semble ne jamais avoir existé. Voilà un joli patchwork, une multitude de parlers, de patois, de langue même… L’absence de voie de communication apporte une distance si grande qui a tout pour ravir le villageois global assommé par ses voisins que nous sommes devenus. Il suffit de parcourir quelques kilomètres pour entrer dans un autre monde, une autre planète. Les toits des maisons ne sont plus les mêmes, les costumes de leurs habitants non plus. A-t-on le droit d'être un brin nostalgique de tout ça ?

19 novembre 2017.- Ciel globalement nuageux (6°C). Les structures de ce machin que l'on doit bien appeler France sont compliquées sans l'être vraiment. On part d'une maison puis c'est un hameau qui se transforme en village. On crée des chemins pour relier les villages entre eux et voilà un bourg qui plus tard deviendra une ville. On construit des routes qui relient les villes entre elles et voilà des « pays », des régions… Les maisons, hameaux, villages, bourgs, villes ont beau ne pas se ressembler, les us et coutumes, les langues des gens qui les habitent ont beau ne pas vraiment être les mêmes, voilà un début de nation… Reste que l'on tarde à défricher bois et forêts, là se cachent des bandits de tous poils, des résistants, des mavericks. Il faudrait que j'aille faire un tour en forêt, que j'oublie les routes. En attendant, je suis toujours chez Braudel.

20 novembre 2017.- Soleil, vent 5Km/h, humidité 81 %, pression atmosphérique 1024.00 hPa (Température ressentie 4°C). Lever 4 heures, labeur (rien de vraiment sympathique), sieste prolongée, un chapitre de Braudel, un épisode d'une série télévisée assez « addictive ». Rien d'autre.
Charles Manson est mort. Les jalons de la morale étant ce qu'ils se trouvent êtres aujourd'hui c'est Roman Polanski que l'on regarde de biais. Manson était quant à lui devenu une « icône cool ». Je suis dubitatif.

21 novembre 2017.- Grande variation des températures entre matin et après-midi, la moyenne des deux étant raisonnable pour la saison (-1°C → 14°C). Nuit précoce, humeur en berne, presque rien lu, rien pour moi.

23 novembre 2017.- Soleil, douceur fourbe (14°). Labeur, deux lignes de Jean Follain, une nouvelle cafetière (avec capsules, je sacrifie mes convictions les plus enfouies sur l'autel du modernisme). Pendant ce temps-là les scandales sexuels ne cessent de pulluler et la morale les regarde avec les doigts sur les coutures du pantalon unisexe. Nous vivons un temps de dame patronnesse, ce n'est pas la première fois, les repères ont seulement bougé.

24 novembre 2017.- Du soleil puis une petite troupe de nuages patibulaires, j'envisage le pire pour la suite des opérations (15°C). Braudel et Thomas, histoire et poésie. N'étant pas plus inspiré qu'un bout de bois, je n'en dirai pas plus.
Rien (ou presque) : J'ai mis trop de sucre dans mon Earl Grey, le monde tangue.

25 novembre 2017.- Quelques gouttes de pluie aurorale, un coup de vent puis un ciel bleu comme en rencontre rarement fin novembre (10°C). A priori comme ça au débotté Besançon et Roanne n'ont pas grand-chose pour elles. Chez Braudel, et dans son identité de la France, elles sont pourtant passionnantes. Il faut dire que Braudel a choisi ces deux villes pour modèle et qu'il étaye ses thèses en tournicotant prestement autour. Après cinquante pages diablement informées ont sait à peu près tout sur elles. L'immigration à Besançon depuis le haut moyen âge, ses fortifications des Gaulois à Vauban, sa seule vraie richesse le vin qui disparaîtra avec l'essor de la navigation et les importations languedociennes, l’apparition, finalement asse tardive de l'industrie horlogère… Quant à Roanne ce n'est pas pire. Ce gros bourg deviendra ville quand les routes la traverseront vraiment. Il est aussi question de navigation fluviale et de vin, de Lyon de Paris, de choses et d'autres. Braudel mène sa petite affaire de façon non chronologique, dans une sorte de méli-mélo thématique qui pourrait, à tout bien réfléchir, être la seule vraie façon de parler d'histoire avec ou sans grand H.

26 novembre 2017.- Froideur (3°C). Chez Braudel voilà les villes. Sans en avoir vraiment conscience, Lyon est la seule rivale de Paris. Elle est à la convergence des affaires et du pôle financier, c'est une ville de foires et de monnaies trébuchantes où se croisent des hommes d'affaires d'outre-monts, d'outre-Rhin, de Suisse et d'Italie. D'ailleurs, Lyon est une ville italienne, un Milan hors-sol, tout cela est très étonnant. Je ne parlerai pas de Bordeaux, Rouen, Marseille ou Nîmes, la nuit vient de tomber très fort et mon chai latte refroidi.

27 novembre 2017.- Jour tardif, nuit précoce, la saison nous en veut (9°C). Retour chez Stendhal et Cioran (diary, cahiers). L'un sautillant l'autre moins. Du plus roumain des deux ces lignes qui m'auront fait sourire en creux : « Je n'écris que pour me libérer de mes crises d'abattement. Ce n'est pas drôle pour les lecteurs. Mais je n'écris pas pour être lu. »
Rien (ou presque) : C'est la prière qui crée Dieu.

28 novembre 2017.- Pluie glacée, on annonce des chutes de neige pour demain. Vivant dans des altitudes pour le moins himalayesques (316 m), je m’inquiète (5°C). Lever 6H, labeur, sieste, pas le courage de lire quoi que ce soit ; j'en suis là…

30 novembre 2017.- Pluie glacée, neige ratée (1°C). Mon corps se sépare en multiples parties, la désagrégation n'est plus trop loin. Comme mon « âme » est déjà décomposée, corps et « âme » se rejoindront bientôt dans la disparition. Thomas, deux poèmes, nothing else.

1 décembre 2017.- Rares flocons, comme hésitants (1°C). Toujours très maussade, le manque de soleil, de lumière ? Mort d'Alain Jessua, réalisateur discret et singulier. De lui je me souviens surtout de la Vie à l'envers, une odyssée psychiatre lactescente où Charles Denner était à son zénith :  « Maintenant, je suis seul avec moi-même. J'ai chassé les hommes, j'ai chassé les autres, j'ai chassé leurs masques. Je me suis dépouillé. Mon corps ne me pèse plus. Comment décrire le vide, la paix, le blanc ? C'est devenu mon univers. Plus rien, plus rien que cette tranquillité. La poussière, la matière n'existent plus. Tout est transparent. »

2 décembre 2017.- Vent aigrelet et froideur inuite, pas de neige (1°C). Je bois un expresso un peu trop corsé, la nuit tombe et je viens d'achever la page 318 de l’ Identité de la France. Il y était question de Charles le Chauve de Louis le Germanique et du serment de Strasbourg (le 14 février 842). Un peu avant, aux alentours de la page 300, Braudel avait évoqué le destin de Lyon ; cette capitale régionale, puissante et en bonne santé, qui aurait pu devenir le centre économique de l'Europe si les choses s'étaient bien goupillées. Ce ne fut pas vraiment le cas, la banqueroute de 1557 passa par là, le Rhône, principale voie de communication avec des contrées plus méridionales, n'était pas si navigable que ça et Lyon restera ce gros machin provincial assoupi que nous connaissons tous ; on est toujours trahie pas sa géographie.

3 décembre 2017.- Froideur (0°C). Fini le premier volume de l'Identité de la France (Espace et histoire). Rien de rébarbatif, un côté puzzle achronologique (et topographique) qui a tout pour réjouir le lecteur. Braudel se pose une seule et simple question : « La géographie a-t-elle inventé la France ? » et cela ne l’empêche pas de donner de multiples réponses. Je n'en dirai pas plus, il fait déjà nuit.


3.

4 décembre 2017.- Froid vif, mais tenable (1°C). Je passe à côté de ma vie comme certains passent à côté d'une petite chose de Sandro Botticelli sans même la voir. Peut-être faudrait-il que j'ouvre simplement les yeux ? En attendant, je suis toujours dans les Cahiers de Cioran : « L'homme comblé ne craint pas la mort ; seul l’aigri la craint. C'est qu'il est terrible de mourir quand on n'a pas tenu ses promesses. »

5 décembre 2017.- Morne appétence hivernale (4°C) Jean D'Ormesson est mort, d'un côté on célèbre l'écrivain prolixe, on se souvient de sa politesse et de ses bonnes manières, de l'autre côté les gérontophobes se poussent du coude tout en se pinçant le nez. Quant-à-moi n'ayant pas lu la moindre ligne de l'écrivain décédé, je ne sais pas sur quel pied sautiller.

7 décembre 2017.- Nuages, nuages (6°C). Mort de Jean Philippe Smet, chanteur français d'origine belge plus connu sous le nom assez anglo-saxon de Johnny Hallyday. Deuil national. Pour ce qui me concerne, je dirai que si le type était indéniablement attachant sa carrière dans le spectacle, ses épanchements pelviens et musicaux étaient quant à eux autant de moments gênants pour les sectateurs du bon goût. Ce n'est pas moi qui suis rude, ce sont mes oreilles et mes yeux qui se vengent. (Comme je ne suis pas totalement tartuffard, je lui concède quelques moments de grâce entre 1969 et 1973, il faut dire que la moitié des Small Faces gratouillent derrière lui et que ce n'est pas rien).
Par ailleurs, le président américain fait encore des siennes, je suis globalement dubitatif.

8 décembre 2017.- Temps hivernal (7°C). Décembre est là, mon carrelage est froid, dehors quelques grêlons tombent sur mes plantations. Aujourd’hui j'ai pensé à Claude Jade et Marie France Pisier, mon cœur s'est mis à battre un peu plus fort. J'ai aussi lu le premier chapitre du nouveau roman de Patrick Modiano. Il ressemble à une parodie, j'espère que cela ne durera pas.

9 décembre 2017.- Ciel globalement nuageux, froideur (2°C). Lu la moitié du nouveau Modiano (Souvenirs dormants). Brume mémorielle, ballet de souvenirs, petits matins gris de la France début années soixante, en fait ce n'est pas une parodie, plutôt de l'essence de Modiano.
Hommage populaire, JH est notre nouveau Victor Hugo. Je dis cela sans cynisme, j'ai lâché quelques larmes à l'unisson de la nation.

10 décembre 2017.- Vent et pluie (6°C). Tout m'ennuie, l'époque, les gens, les livres, presque. Il y a des jours où l'on pourrait se dire à quoi bon ?
Modiano, Souvenirs dormants. N'ayant pas d'inspiration que d'envie je laisserai parler l'artiste : « …j’ai aussi la mémoire de détails de ma vie, de personnes que je me suis efforcé d’oublier. Je croyais y être parvenu et sans que je m’y attende, après des dizaines d’années, ils remontent à la surface, comme des noyés, au détour d’une rue, à certaines heures de la journée… ». Nothing else.

11 décembre 2017.- Queue de tempête (6°C). Ennui, taciturnité, spleen, lypémanie, tædium vitæ, maussaderie, déréliction, retombement…
Je lis un mignard opuscule de Louis Nucera consacré aux petits félidés domestiques, comme le plus vélocipédiste des écrivains niçois j'aime assez ces petites bestioles, elles ont tout pour elles : «  La société est coupée en deux : les anti-chats, les pro-chats. Méfiez-vous de la première catégorie : les mauvais prophètes y coudoient les trafiquants d’espoir. Soyez confiants envers les saints qui peuplent la seconde. La bonté est leur lot. Leur credo est esthétique. Aimer les chats c’est être du bon côté une fois pour toutes. C’est abolir les vieilles superstitions. C’est réhabiliter les hérétiques. “ La fin des vérités anciennes commence ”, disait celui qui respirait l’air des sommets, bien au-dessus des idées reçues… »

14 décembre 2017.- Des nuages, plus de douceur (12°C). Le 11 septembre 1964 Emil Cioran est cafardeux. Il a le sentiment que tout ce qu'il entreprend est voué à l’échec. Il essaie bien de se raisonner, y réussit pour un moment, et puis la crise revient. Il faut dire qu'il a quelques raisons de se croire persécuté par le sort :  «  Je ne puis supporter l’idée qu’il y ait des gens – si peu nombreux qu’ils soient –, qui comptent sur moi. Je n’ai rien à apporter à personne. Oh ! que tout cela est lamentable !
Je n’accorde de valeur absolue qu’à la solitude. Tous mes jugements et mes sentiments mêmes sont fonction de ce critère limite. »
N.B. Simone Boué la compagne de l'ami Cioran est morte noyée le 11 septembre 1997.

15 décembre 2017.-Beau temps hivernal (7°C). Ayant trois jours sans labeur devant moi je me suis précipité sur les Mémoires de Guerre de Churchill et je les ai rouvertes là où je les avais refermées, c'est-à-dire à la page 463 du second tome (tout cela est bougrement excitant). Quelques pages plus loin, Mussolini (vous savez le dictateur) est renversé, il a l'air bien malin avec sa tête toute chauve et ses pantalons bouffants. Ensuite, l'ami Winston évoque la préparation de l'opération Ovelord et les ports artificiels (ne riez pas sans tout ça nous serions peut-être nazis ou communistes). Il est à bord du Queen Mary en direction de Québec, sa femme et sa fille l'accompagnent. Disons que l'on ne s'ennuie pas.

17 décembre 2017.- Quelques flocons matinaux (1°C). Ayant un peu trop bu hier soir je flotte encore dans les limbes.
Je constate sans malin plaisir que dans ses Mémoires de guerre l'ami Winston est assez souvent volant et flottant. Il boit bien quelques whiskys, mais sont activité principale reste le cabotage océanique et la navigation aérienne. D'un continent l'autre on le voit donc passer des bords de la Clyde (fleuve écossais féminin) à Québec, de Québec au Caire, du Caire à Téhéran (où il décide du sort du monde avec ses « amis » Josef et Franklin), de Téhéran à Carthage (où il trépasse presque d'une pneumonie inopportune), de Carthage à Marrakech (où il fomente la fameuse opération Overlord). Vous concéderez que même encore un peu ivre le souvenir de ces grands sauts de puce ne manque pas d’intérêt. Bref, on ne s'ennuie pas.

18 décembre 2017.- Trois flocons de neige et voilà tout un pays sens dessus dessous. Loin d'être désappointé je suis ravi, quand il y a désordre au moins il y a de la vie ! (2)C). Rien lu, ou si peu.

21 décembre 2017.- Crachin malvenu, solstice d'hiver (5°C). Il est là il s'est imposé l'indicible !

22 décembre 2017.- Brouillard (9°C). Churchill ses mémoires de guerre. La Grèce, la Yougoslavie, Tito et tutti quanti.

23 décembre 2017.- Temps gris (9°C). Le 10 juin 1944, Churchill débarque sur les plages de Normandie, il y a encore de drôles d’odeurs qui flottent, mais le temps est au beau fixe. Après avoir fait le point sur d'assez peu balnéaires broutilles il décide de changer un peu d'air en faisant un petit tour à la campagne. Là des vaches fort grasses le regardent passer les pattes croisées au milieu de pâturages luxuriants, la canonnade semble bien loin et Sir Winston est ravi. Suivent de multiples péripéties que je ne développerais pas. En gros, on se bat pas mal autour du monastère de Montecassino, un débarquement est organisé sur la Côte d'Azur (il y a de pires endroits pour débarquer), Paris est libéré… Bref, ça chauffe !

28 décembre 2017.- Trois flocons égarés (4°C). Malade depuis plus d'une semaine. Rien lu.

29 décembre 2017.- Pluie glacée (3°C). Moins malade. Bref retour dans les mémoires de l'ami Winston. Me voilà sur un front plus extrême-oriental, du côté des Philippines, de l’Île de Luçon et de ses Japonais en goguette (bien que souvent kamikazes).

30 décembre 2017.- Averses, hausse de la température extérieure (12°C). Churchill, Mémoires de Guerre. La situation grecque est assez compliquée (la situation grecque est souvent assez compliquée). Le pays s'est vaguement libéré par lui-même, mais il est aussitôt la proie d'une guerre civile pour le moins vigoureuse. Il faut donc pour les troupes de Sir Winston faire un peu de ménage en se battant assez vigoureusement contre des communistes de tout poil. Entonnement Staline ne moufte pas… Quelques chapitres plus loin, voilà la fameuse conférence de Yalta, il faut « réviser complètement les formes et la structure de l'Europe » , en somme il faut se partager le gâteau après la chute des vilains païens à flambeaux teutoniques. Staline est très à l'aise dans le rôle de l’hôte patelin, Roosevelt n'est pas au mieux et quasiment mort quant à Churchill il est logé dans une villa qui serait somptueuse si elle n'était pas pourvue d'une plomberie plus que déficiente et d'une literie infestée de punaises…

31 décembre 2017.- Beau temps, douceur étonnante (14°C) Achevé la lecture des Mémoires de Guerre de qui vous savez. Bombe H explosée et nazis vaincus, il faudra savoir se méfier du communisme, voilà le vrai ennemi…
Pour le reste, je me prépare pour les agapes du Nouvel An. Encore un peu malade je vais tenter d'être un peu sage.


To be continued.


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2 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Vous confondez Jean Grenier et Roger Grenier ? Vous êtes décevant.

10:21 AM  
Blogger Philippe L said...

Ah oui, c'est vrai...

3:18 PM  

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