vendredi 13 octobre 2017

Psychogeographie indoor (78)





« … les laquais ont l’habitude de se tenir dans une posture modeste, mais assurée, debout juste derrière la chaise des maîtres occupés à manger. Tel est l’usage. On peut y voir une forme de bon ton, ou de style. » (Robert Walser, Vie de poète)


1.

7 mai 2017.- Repos. Temps maussade, quasi-froideur (11°C). Aujourd’hui il fallait voter, c'est ce que j'ai fait avec une velléité toute relative. J’attends les résultats sans inquiétude, mais aussi sans cette petite étincelle du suspens qui crépitait jadis.
Faut-il lire la Comédie Humaine dans un conjectural ordre chronologique ou dans l'ordre où Balzac l'aura écrite ? J'ai choisi la seconde solution et d'ores et déjà j'attaque le Bal de Sceaux, une courte valse restauration qui vaut peut-être plus pour l'étude de caractère que pour l'entomologie et la dissection (d'une société, d'une époque, d'un monde).

8 mai 2017.- Repos. Des nuages, rien que des nuages (14°C). Notre nouveau président est un jeune gandin en grand manteau qui chemine sur fond de pyramides en verre. Nous voilà bien.

Sous le règne de Louis XVIII, une jeune et blanche oie farcie des préjugés de son temps décide de n'épouser qu'un Pair de France et rien qu'un Pair de France. Elle refuse ainsi de s'unir a un charmant godelureau, pourtant bien à son goût, quand elle découvre que ce dernier officie dans une sorte d'estaminet où l'on vent du calicot au kilomètre. Par dépit notre oie blanche épousera ni plus ni moins que son oncle, un septuagénaire vice-amiral qui n'en demandait pas tant. Deux ans plus tard ON apprendra que le charmant godelureau vendeur de calicot est devenu vicomte et... Pair de France. Voilà l’intrigue du Bal de Sceaux, elle est assez cruelle., un peu politique, mais pas trop… Balzac tournicote autour de l’ordre social, un bal mélange les classes, la morale est plus sage que sauve.

9 mai 2017.- Belles éclaircies (18°C). Lever 4h, c'est un peu tôt, le labeur m'en veut. Conséquence en dehors de deux trois activités domestiques rien fait de la journée , une sieste prolongée et un bref retour dans les Cahiers de Cioran : « Je lis, je lis. La lecture est ma fuite, ma lâcheté quotidienne, la justification de mon incapacité à travailler, l’excuse de tout, le voile qui couvre mes échecs et mes impossibilités ».

12 mai 2017.- Orages (18°C). Nouvelles acquisitions : Vessies et lanternes — Alain Chany, Resumons-nous — Vialatte (Chez Bouquins), Amère patrie — Sebald, L'ordre du jour — Éric Vuillard.

13 mai 2017.- Repos. Prédominance pluvieuse, une belle solleilée (21°C). Le 11 mars 1938 sous les lambris du palais de l’Élysée le sémillant Albert Lebrun paraphe un décret capital relatif à l'appellation d'origine contrôlée Juliènas, un peu plus à l'Est et un peu plus tard le 12 mars les Autrichiens s'égosillent et font des petits saluts nazis en signe de bienvenue. Le trop fameux Anschluss commence. Hitler traverse son pays de naissance en tendant à moitié le bras droit dans un geste assez efféminé que Charlie Chaplin imitera parfaitement. Dans les rues de Vienne, on force les juifs à s'agenouiller, on leur fait brouter de l'herbe… . Tous ces épisodes, et bien d'autres, sont racontés dans L’ordre du Jour un court opuscule d'Éric Vuillard que j'ai lu dans la journée (il est très bien, vous pouvez le lire).

14 mai 2017.- Ciel partiellement ensoleillé, douceur (23°C). Investiture du nouveau président de la République (qui quoi qu'on en pense est un personnage assez romanesque). Par ailleurs, commencé la lecture d’Une saison pour la peur, troisième épisode des « aventures » de Dave Robicheaux par James Lee Burke.

16 mai 2017.- Journée presque estivale, quasi-chaleur (25°C). Rien lu, je me délite.

18 mai 2017.- Tiédeur, du vent, bientôt des orages ? (27°C) Le 18 mai 1967, Emil Cioran croit fermement que s'il a pu tenir le coup jusqu’ici, c’est parce que devant chaque tristesse fondant sur lui il aura opposé une tristesse plus grande encore pour la neutraliser, l’amadouer : « pour ne pas succomber au premier abattement, je m’en suis imposé un second plus fort ». C’est la salutaire politique du pire, – salutaire pour lui en tout cas. C’est une méthode qu’il est difficile d’appliquer, mais elle est la seule pour ceux qui se voient assaillis presque journellement par des accès de découragement. « En enfer, pour m’en accommoder, je demanderais qu’on me fît passer d’un cercle dans un autre et qu’on les multiplie indéfiniment : un autre pour chaque jour, avec toutes sortes de nouvelles tortures. »
Le 18 mai 1980, Ian Curtis s'est pendu, certainement parce qu'il n'aura pas su opposer une tristesse plus grande à l'une de ses grandes déprimes passagère, c'était il y a 37 ans, presque l'âge de notre nouveau président de la République.

19 mai 2017.- Orages (17°C). Trop de labeur, fatigue (drôle d'écho avec nos nouveaux gouvernants qui ne trouvent pas le labeur si fatigant que ça). Joueur surpris d'Henri Thomas, magnifique :

Mon vélo dissimulé,
Pneus crevés, dans un fossé,
Je vais à pied sur la route
De mon enfance, coupée
Par des arbres abattus.

20 mai 2017.- Entre nuages et soleil, douceur, parfaite équanimité (18°C). Conditions lectorales acceptables malgré une scie retorse accompagnée par une perceuse parcimonieuse. Je lis Une saison pour la peur de James Lee Burke. Territoire connu (la Louisiane sa végétation luxuriante ses bayous et autres marigots), personnage connu (Dave Robicheaux ce flic revenu de tout, du Vietnam et de sa guerre, de l'alcool et de la mort voyez-vous), intrigue pleine de langueur sous les bougainvilliers (on tire sur notre héros, qui miraculeusement ne trépasse pas, convalescent il est poussé vers une nouvelle enquête, le voilà infiltré chez de dangereux trafiquants, j'en suis là…)

21 mai 2017.- Journée estivale, belle douceur (24°C). Malgré un style trop lyrique (descriptions emphatiques, « scènes de sexe » frôlant plus d'une fois le ridicule), j’aime assez James Lee Burke. Peut-être son côté bourru et pelucheux à la fois (drôle d'oxymoron flottant sur le swamp).
Par ailleurs toujours dans les poésies d'Henri Thomas, vers libres, très libres, verlainiens sans en faire trop, certainement bien plus beaux que ce que j'en dis :

Comme je pissais contre un mur
J'ai pensé que j'allais avoir
Huit ans. J'ai regardé plus haut,
C'était l'automne, il faisait beau,
Ce jour-là j'ai connu le Temps

22 mai 2017.- Soleil voilé, quasi tiédeur (26°C). Le héros de James Lee Burke, Dave Robicheaux, est toujours entre le bien et le mal, dans un entre-deux qui voudrait problématique et plein de questions métaphysiques, mais qui à la longue se révèle plus pataud qu'autre chose. Chacun à ses raisons et le rappeler avec de sursignifiants effets de manches ne me semble pas si finaud que ça. En dehors de tout ça, la Louisiane est assez à mon goût, il faudrait que j'aille y faire un petit tour un de ces jours, la digue de quarante kilomètres qui traverse le Lac Pontchartrain m'intrigue assez.
En parallèle toujours dans les beaux poèmes d'Henri Thomas. Lu quelques aphorismes de Nicolás Gómez Dávila, pas vraiment au goût du jour : « Le Progrès se réduit finalement à voler à l’homme ce qui l’ennoblit, pour pouvoir lui vendre au rabais ce qui l’avilit ».

23 mai 2017.- Ciel céruléen, chaleur (28°C). Un kamikaze à Manchester, beaucoup de morts, des enfants principalement. Mort de Roger Moore. Fini le James Lee Burke. Demain je compte entamer Les sentiments du voyageur anthologie de Pierre Girard que j'envisage de prime abord très à mon goût.


24 mai 2017.- Météo splendide, estivale (28°C).

At home he feels like a tourist
At home he feels like a tourist
He fills his head with culture
He gives himself an ulcer

Être un touriste chez soi est un plaisir que l'on ne doit pas se refuser. Vous voilà caressé par un double avantage celui de se croire très loin et en vacances (dans la vraie acceptation du terme) tout en ne vous déplaçant quasiment pas (ce qui est moins contraignant, il faut bien le dire). Ainsi aujourd’hui j'ai visité par la bande quelques-uns des plus hauts lieux touristiques de la ville de Lyon. Malin comme je suis j'ai pris quelques chemins de traverse, sentiers ignorés, traboules pour amateurs avertis, et j'ai parcouru pas loin de 15km quand le touriste moyen en parcourrait 2. Il n’y pas de quoi être fier, je connais assez bien le terrain, et j'écris ses lignes avec un peu de fatigue et les mollets tout durs (en marge des lieux très balisés de la bonne ville de Lyon, je recommande le chemin de la Visitation qui mène aux Amphithéâtres romains, je recommanderai bien d'autres lieux, mais je les garde pour moi…) 
Pendant mes pérégrinations j'ai fait un petit tour pas les bouquinistes où j'ai acquis un volume de Victor Segalen, je n'aurai donc pas vraiment perdu ma journée.



2.

25 mai 2017.- Grand beau temps, tiédeur (28°C). Serai je passé à côté d'un accident vasculaire cérébral sans m'en rendre compte ? En tous les cas, je ne sais plus écrire, articuler, penser, rien de grave en soi, mais c'est tout de même un petit problème .

Il faut certainement savoir garder pour soi quelques noms d'écrivains, ne pas les mettre en avant ou tout du moins seulement les chuchoter devant un parterre bien choisi (qui chuchotera à son tour). Ainsi, la pandémie se voit propagée discrètement et le vulgum pecus ne court pas le risque d'être contaminé au débotté. Parmi les écrivains dont il faut chuchoter le nom, il y a Pierre Girard, un Suisse romand du siècle dernier qui agit sur moi à la manière d'un discret euphorisant tout en me laissant rempli de béatitudes diverses et variées. Je viens de commencer Les Sentiments du Voyageur un recueil des chroniques qu'il donna au Journal de Genève (le volume est très bien édité et annoté par Thierry Laget) et je ne suis pas déçu (même en bien). Beaux portraits de Fargue, Larbaud, Giraudoux ou Adrienne Monnier (vous savez l'éditrice), voyages imaginaires dans les pas d'A. O. Barnabooth ; valises, gares, trains, locomotives… Voyages réels (très peu) ; Bourgogne, Dauphiné, Venise, New York… Voyages littéraires surtout, avec ce côté pinçant et léger, ce bonheur d'écrire qui ne pèse jamais et qui fait toute la différence.

26 mai 2017.- Journée ensoleillée, chaleur (30°C). Profitant du beau temps je me suis aventuré dans les extérieurs où j'ai parcouru pas de loin de 15 kilomètres à pied. Dérive un tantinet pyschogéographique qui aura trouvé son but naturellement (la recherche de l'ombre). Lu quelques graffitis sur ma route, rien lu d'autre.

28 mai 2017.- Grande tiédeur (32°C). Trop de chaleur, impossible de bouger plus que ça. Nonobstant toujours avec le plus que parfait Pierre Girard : « J'adore l’Angleterre, sans y être allé. La connaissance et l'adoration sont deux choses opposées. Ce serait beaucoup demander que d'adorer ce que l'on connaît. Il y avait dans l'adoration des Rois Mages un élément de curiosité,et, sans doute, d'imagination. “ Aime ton prochain comme toi-même ”, ce n'est pas du tout : “connais toi toi même ”. Je crois qu'il y a dans l'amour de la découverte, de la divination. Or, il n'y a que cela dans l'amour que je porte aux îles Britanniques. C'est par ses produits que j'en approche, le tabac, le whisky, le curry… Tout cela a un goût, sui generis dont j'ai parfaite connaissance, car je fume des cigarettes Capstan depuis ma tendre enfance. Il y a, dans toutes les choses anglaises, comme dans le bois de santal, ou la laque, un “revenez-y”, sinon tout à fait de Sumatra, du moins de la Tamise. J'imagine que les mouchoirs de la reine Victoria en étaient imprégnés, et qu'on retrouve ce parfum dans les gares et églises. Galsworthy parle, quelque part, de cette substance que ceux qui ont étudié à Oxford semblent avoir respirée et pour toujours, et gardée dans les cavités de l'arrière-nez, ce qui leur donne, pour toujours, un air de délectation. »
Demain départ pour Cannes.

29 mai 2017.- Ciel bleu klein, brise marine (24°C). A Cannes le festival du film est fini depuis hier, les magnums de mousseux gisent sur les trottoirs tièdes . On démonte les estrades avec un entrain industrieux, les vedettes sont déjà loin, mais, immuables, les marches du palais enveloppées dans leur petit manteau rouge sont encore là. Rien lu.

5 juin 2017.- Beau temps (23°C). Retour de la Cote d'Azur où après avoir longé les restes vaporeux du festival du film j'ai parcouru plus 100 km à pied, zigzaguant au grès du hasard entre diverses localités de bord de mer. À Antibes je suis monté au fort carré, les abords un brin sauvages ont tout pour rebuter le touriste, mais le site offre une belle vue sur Nice et sa baie. Plus bas le port passé (le plus grand port de plaisance d’Europe) la vieille ville est toujours très bien, les remparts et la place Audiberti toujours là (le musée Picasso est assez moyen, peu d’œuvres de l'antipathique barbouilleur hispanique, deux beaux tableaux de Nicolas de Stael je ne recommande pas la visite des toilettes qui sont très sales et ont tout de l'art conceptuel). À La Napoule le château réinventé par Henry Clews est magnifique, jardin sensationnel, tours stoïques et gargouilles peaufinées, c'est l’œuvre d'une vie ( de surcroît les toilettes sont très propres). Après cette visite et quelques kilomètres sur les sentiers du massif de l’Estérel je suis monté au sommet du San Peyre, ce monticule volcanique autour duquel Oscar Wilde et Maupassant n'auront fait que tourner. Pour en revenir aux Jardins, je recommande ceux de la Villa Rothschild, à Cannes, qui sont très bien entretenus tout en étant tout à fait gratuits (ce qui n'est pas le cas des jardins de la villa Rotschild, à Saint-Jean-Cap-Ferrat qui sont eux tout à fait payants). Je ne vais pas vous embêter plus que ça, mais sachez que je suis aussi retourné aux îles du Lérins et que j'en ai refait le tour avec un contentement bucolique tout juste dérangé par quelques lointains scooters de mer superfétatoires.
Par ailleurs toujours dans les petits papiers de Pierre Girard, qui sont délicieux : « La petite porte sous les ifs, a pris, depuis quelques jours un air mystérieux. Il semble qu'elle garde un secret. Mais nous ne serons jamais lequel. Tant mieux. Nous arrivons à l'âge où nous préférons le doute, où il nous paraît meilleur d'être témoin que juge. La jeunesse n'aime pas le clair-obscur, et s’impatiente de la patience des Messieurs d'un certain âge. Ert puis vient le temps où les choses semblent bonnes parce qu'elles existent. L'âge qui vous enlève beaucoup de plaisirs vous en apporte de petits, en compensation. On fait meilleur ménage avec la pensée de la mort, et cependant on goûte mieux le vieux vin ; le jeune rayon du soleil, et Montaigne, qui, lui, “toujours savait douter ” ».

6 juin 2017.- Fortes pluies matinales, après midi oscillant entre nuages et soleil, un peu trop de vent (21°C). Jean Follain et Henri Thomas, du second ce court poème qui me semble très réussi :

Adieu j'ai dit au vent de mer
Qui lève les cheveux des filles
D'une épaule de bronze clair
Et dérobe les yeux qui brillent.
Rien que le vent, qui déménage
Les nuages, les gros nuages

8 juin 2017.- Grand soleil ! (28°C). Ouvrant les Sentiments du voyageur de Pierre Girard je tombe sur ces lignes qui forment un drôle d'écho avec mes valétudinaires pérégrinations de la semaine dernière : « Le soleil rose qui se lève derrière l'île de Saint-Honorat, les rides sur la mer, la cloche d'une bouée, un voilier à l'horizon. Tournons la page. » Rien d'autre.

9 juin 2017.- Pluie matinale puis un ciel tirant de plus en plus sur l'azur (28°C). Excepté une pincée d'Henri Thomas, quasiment rien lu aujourd'hui. Taillé mes arbustes, arrosé mes plantes et fleurs, fait une sieste prolongée sur ma chaise de jardin. À mon réveil une coccinelle vorace faisait des siennes en plein soleil.

10 juin 2017.- Beau temps estival, tiédeur en amorce (29°C). J'écris ces lignes rabougries dans une quiétude toute relative tant le voisinage est bruyant et semble évoluer en faisant fi de tout ce qui l'entoure (en l’occurrence moi-même, entité silencieuse discrète et fluctuante). C'est certainement l'un des grands progrès du « vivre ensemble » : aujourd'hui on existe en plein air en ne gardant plus rien pour soi, on dissémine ses opinions, son essence la plus intime à tous les vents, le champ du privé c'est tellement rétréci que le voilà rendu à ce qu'il était au moyen-âge : un point focal infinitésimal.
Heureux Pierre Girard qui n'aura pas connu ce retour en arrière vertigineux offert par les temps qui nous occupent. Dans les Sentiments du voyageur, que je viens de finir, il est déjà « vieux jeu », poète et un peu jobard. Pour lui « progrès » ou le « social » ne veulent pas tout dire, il leur oppose le Silence ou l'Arc en ciel, se fiche bien que l'on motorise les habitants de Cleveland tant qu'on laisse Venise en paix (la pauvre s'il savait !). Son livre — ce spicilège parfaitement peaufiné par les éditions Fario — est très bien. Rossini est un gros sybarite gourmand qui en dehors de ses opéras cuisine des tournedos et des macaronis, les chats gambadent dans la neige, les chevreuils sont tristes et les militaires mélancoliques. On en redemande.


3.

12 juin 2017.- Labeur, chaleur, rien d'autre.

13 juin 2017.- Soleil voilé, tiédeur (32°C). Mon travail n'a rien de bien reluisant, je soulève des choses manufacturées (téléviseurs, laves linges, sèches cheveux, ventilateurs, ordinateurs de toutes tailles, veaux, vaches, cochons…) et mes employeurs me regardent de biais avec cette pointe de mépris qu'on toujours ceux qui ne font rien d'autre que d'encaisser les dividendes d'un travail qu'ils non pas effectué. Résultat je suis maussade et fatigué, allez lire dans de telles dispositions !

15 juin 2017.- Moiteur mékongaise (32°C). Butiné chez Follain et Thomas. Malgré une lassitude quasiment palpable, je pense m'aventurer dans le Shah de Ryszard Kapuściński.

16 juin 2017.- Ciel dégagé, du vent, un peu de fraîcheur (27°C). Je suis poli, discret, j'essaye de faire le moins de bruit possible. Résultat on me regarde de biais, je suis louche, inquiétant, bref je suis suspect…

Tous mes vieux voisins sont morts, ils ont été remplacés par des types tatoués qui se déplacent dans des véhicules 4x4 tout en laissant s'échapper moult tintamarres autotunés. Les temps sont ainsi, il faut faire avec.

17 juin 2017.- Ciel bleu, tiédeur heureusement amoindrie par un vent nordiste soufflant en rafales (28°C). « Le seul jouet de mon enfance, c'étaient des pierres que je tirais derrière moi : une pierre avec une ficelle. J'étais le cheval, et le caillou, le carrosse doré du Shah ».

Je suis plongé dans le Shah de Ryzard Kapuściński, c'est une merveille. Kapuściński bois des whiskys en catimini - la prohibition imposée par Khomeini est là - puis il se souvient des temps où le tchador n'était pas en vogue, de la Savak et des méthodes pour le moins brutales (on vous enlevait pour oui pour un non, on vous emmenait dans une salle des supplices, on vous brisait les os, arrachait les ongles, sciait le crâne…), de Mossadegh et de la manne pétrolière, de divers coups d’État plus ou moins bien échafaudés par la CIA, de ce Shah un peu mégalomane qui se voyait plus beau qu'il n'était (tout en ne voyant rien de son royaume).

18 juin 2017.- Journée estivale, chaleur (30°C). Aujourd'hui élections législatives, tout le monde s'en fiche. L'un de mes voisins à trouvé judicieux de déposer l'une de ses poubelles devant mes fenêtres, résultat avec la chaleur une odeur de cadavre en décomposition commence à fluctuer dans mon petit intérieur. Certainement l'un des grands avantages du « vivre ensemble »?
Certains dénoncent le côté bidonneur de Kapuściński, « ses petits secrets, ses petites ruses, ses petits trucages » n'auraient rien de vraiment moral (et détruiraient à la base toute la confiance que l'on pourrait accorder à ses reportages). Dans le Shah il y a cette longue digression où il donne la parole à un certain Mahmud, elle ne « sonne » pas réel, on sent poindre les pattes de la fiction, ce n'est pas un problème, la justesse est parfois loin du réel : « L'ayatollah Saidi est mort sur la “poêle à frire”. Peu de temps après, l'ayatollah Azarshari fut plongé par la Savak dans l'huile bouillante. L'ayatollah Taleghani est sorti de prison, mais il ne lui restait plus longtemps à vivre à cause du traitement qui lui avait été infligé ; il n'avait plus de paupières. Les agents de la Savak avaient violé sa fille en sa présence et l'ayatollah avait fermé les yeux pour ne pas voir, ils lui brulèrent les paupières avec des cigarettes afin de l'obliger à regarder… »

20 juin 2017.- Température caniculaire (35°C). L'envie n'est pas là. Avouons-le (17:48).

22 juin 2017.- 38°C. Je suis dubitatif.

23 juin 2017.- 38°C. Gonalgie, lombalgie. Un peu de phobie sociale. Je n'y suis pas.

24 juin 2017.- Baisse des températures. De l'air, cela ne se refuse pas (30°C). Le Shah de Kapuściński est moins bien que son Négus. Peut-être est-il finalement trop journalistique, pas assez bidonné et manquant d’anecdotes croquignolettes. La révolution iranienne est certainement passionnante, mais elle manque assurément de ressort comique. Les mollahs sautillent assez peu, quant à Mohammad Reza Chah Pahlavi derrière ses airs civilisés, et sa très belle femme, se cache un assez sinistre personnage, il faut bien le dire.
Profitant d'un filet d'air frais j’enchaîne en retournant dans le Journal de Maurice Garçon (que j'avais laissé choir il y a quelques mois ). Au bout de trois pages, je suis à nouveau ravi par cette somme diaristique qui ne raconte pourtant rien de vraiment ravissant. (Des exécutions, la reddition italienne, la Royal Air Force dans le ciel de Paris…)

25 juin 2017.- Brise légère, ciel IKB (29°C). Apathique et sans la moindre envie. Poursuivi la lecture du Journal de Maurice Garçon. Il évoque le « traitement électrique » de Fernand Fleuret (qui irai mieux), la déchéance de Tristan Bernard (qui ne parle plus que par quatrains). Ces deux-là ne sont pas rien…

26 juin 2017.- Nuages, trois averses, un peu de fraîcheur (25°C). Vaguement survolé Pour en finir avec les chiffres ronds, spicilège de chroniques où Enrique Vila-Matas célèbre ses écrivains favoris avec un entrain qui se voudrait énamouré. Je n'ai pas été convaincu par les deux notules que j'ai lu (Walser et Ramón Gómez de la Serna).
Nouvelles acquisitions : Malaparte - Chers Italiens, Henri Thomas - La chasse aux trésors, Jean Cassou - De l’Étoile au Jardin des Plantes…

27 juin 2017.- Moiteur, on annonce des orages (33°C). Le spicilège de Vila-Matas est conceptuel-malin avec des chiffres pour échafauder le toutim. Walser est un zéro (voulu), Jünger est mort à 101 ans parce qu'il fuyait l'idée de mourir à 100 ans, Ramón est né à sept heures vingt minutes parce que c'est une heure étrange pour naître. Si vous voyez le genre…

29 juin 2017.- Nuages et fraicheur (21°C). Gonalgie tenace, maussade voire plus. Ouvrant les Cahiers de Cioran je tombe sur ces quelques lignes : « Accès de mélancolie dont le Diable même serait jaloux.
On pense au début du cafard ; mais on ne peut plus penser lorsqu’il atteint à une intensité anormale. (autrement : Passé un certain degré de cafard, on ne peut plus penser). Le grand cafard éteint l’esprit.»
Pas mieux…

30 juin 2017.- Pluie, fraîcheur. En l'espace de quelques jours, nous aurons perdu pas loin de vingt degrés. Cette météorologie en montagnes russes commence à poser problème (19°C). Grosse fatigue, exaspération globale, rien pour moi.
Maurice Garçon, Journal. 1944 est là. À Paris on constate une replète recrudescence de la délinquance nocturne. Les rues sont si sombres, la police si clairsemée, que les malfrats de tout poil s'en donnent à cœur joie. On dépouille les femmes, on leur vole leur manteau de fourrure, parfois leur robe. Il arrive même que certaines « dépouillées » soient laissées à demi nue, en pleine rue, comme ça. Simultanément les avions de la RAF survolent Paris, les canons antiaériens tonnent, au loin, aux lisières de l'horizon, on entend l’écrasement sourd et prolongé des bombes. Pour un peu on oublierait presque les Allemands.




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