jeudi 7 mai 2015

Solitude de l'audionaute de fond (15)


26 avril 2015. Jeff Kelly – Coffee in Nepal (1987) Leader des Greens Pajamas sympathique combo vaguement rétro sixties, Jeff Kelly est aussi responsable de quelques disques globalement intéressants. Celui-ci, son premier, à de bons moments. L'écoutant on pourrait se croire égaré chez un Ray Davies amoindri voire chez des Zombies passés en mode lo-fi. Rien d'ostentatoire, une petite évidence mélodique au coin de l'inspiration, pas de quoi sautiller frénétiquement, mais un peu de plaisir à prendre.
Pour passer du coq à l’âne (du coq, je suis l’âne), je passe de cette pop rachitique à Sviatoslav Richter interprétant Debussy. Chez Richter le gibet est encore plus brumeux qu'ailleurs, le pendu presque indiscernable, comme déjà un peu parti.

28 avril 2015. Cal Tjader – Stan Getz Sextet (1963) Enregistré à San Francisco en février 1963, sorte de parangon west-coast au casting impeccable : le jeune Billy Higgins aux drums, le mythique et jeune pour toujours Scott LaFaro à la contrebasse, Vince Guaraldi le Borgia du piano cool et les deux têtes d'affiche : Getz que l'on ne présente plus, l’impeccable et plus qu'à son tour languide Cal Tajder. Si les titres les plus rapides versent un peu dans l’anecdotique et la tentation latino lounge (Ginza Samba), les ballades et valses sont elles toutes délicates, sveltes et d'une légèreté qui n’assomme pas le propos.

29 avril 2015. The Optic Nerve – Forever and a Day (1993) S’il y a du dérisoire à vouloir donner dans la reconstitution historique, il y a heureusement quelques exceptions qui sont là pour confirmer la règle. Prenons cet obscur combo : les Optics Nerve: un seul album qui a vu de nez a de quoi inquiéter et rebuter l'éventuel auditeur : des coupes de douilles problématiques, une pochette en faux vintage et vrai rétro, un soupçon tenace de revivalisme aux petits pieds qui rode. Bon on écoute quand même le disque, et là surprise, il faut bien constater que l’inquiétude à tendance à tomber et que même un début d’intérêt commence à poindre. Si la production est bien rachitique-sixties et plus garage que mon dos (en fait des démos recueillis), les compositions sont, elles, presque toutes excellentes et tiennent relativement bien la route : tendues, droites, debout et sans béquilles... Des carillons mid-sixties, des rickenbackers volées aux Byrds et même un nasillement plus dylanien que nature. Du bon garage-rock qui n’invente pas plus que ça, mais avec un grand respect de la tradition et en somme quelque chose de classique bien plus qu’une trop forte addiction aux oripeaux du rétro. Si seulement il n’y avait pas ces cheveux « playmobil sixties » et cette pochette faussement mordorée il n’y aurait aucun mal à bien vouloir recommander ce disque. PS : Il est évident que l’écoute des originaux s’impose d’elle-même.
Jean Claude Vannier – Jean Claude Vannier (1975). On porte aux nues le Vannier arrangeur chez Gainsbourg (on a un peu raison de le faire), le Vannier orchestral, celui de L'enfant assassin des mouches, on oublie le Vannier chanteur, le Vannier piano-bar, le plus dandy, le plus léger, mais aussi le plus attachant. Dans ce premier album il est assez formidable, tournant autour d'une mouflette, flottant dans de belles vapeurs alcoolisées, constatant que l'âge avance et que l'amour passe un peu avec (Mimi, mimi, mimi… grande chanson), chantant la première version de Super Nana, sans ostentation et sans la lourdeur d'un Jonasz échappé de la première boite de djase qui passe

29 avril 2015. Normil Hawaiians ‎– More Wealth Than Money (1982). Une somme d'éléments hétéroclites dans la marmite : des bouts krautrock, du psychédélisme mal digéré, des langueurs prog-rock, de la raideur post-punk; Neu ! qui rencontrerait Syd Barrett, le Yes « historique » qui batifolerait avec Wire (vision cauchemardesque), Magazine et Joy Division, pudding improbable, mais double album diablement intriguant…  (Je ne sais pas grand-chose des Normil Hawaiians, c'était apparemment un « collectif » de musiciens originaires du sud-est de Londres, un certain Guy Smith, chanteur et guitariste, en était le leader et Dave Anderson un ex Amon Düül et Hawkwind joue de la basse sur quelques titres).
Pour rester post-punk et obscure les amateurs de pendaisons au petit matin, au petit gris, apprécieront à leur juste hauteur, les marmoréens Schleimer K et leur refroidissant Cold Sounds, les Bostoniens crispés Limbo Race et leur Fluids gélifié, Robin Crutchfield crooner glacial qui sous le guilleret patronyme de Dark Day nous rappelle la grande poésie des aciéries (Metal Benders).

30 avril 2015. Paul Bley Trio – Closer (1966) Second album de Paul Bley pour le label ESP. des expérimentations pianistiques pour l'essentiel « composées » par Carla Bley et interprétées par son époux qui dans le genre entrelacé et suspendu se pose là. Un peu d'ennui, pas vraiment ma tasse de Darjeling mais un titre magnifique en ouverture, cette fameuse ode à Ida Lupino, j'aime beaucoup Ida Lupino.

1 mai 2015. 1er mai pluvieux, phagocyté par les singeries nationalistes. on se console en écoutant Robert Wyatt, notre marxiste léniniste préféré, il gazouille une belle version de l’Internationale, il pourrait gazouiller le bottin cela serait aussi beau. On regarde ensuite d'autres révolutionnaires notoires, les MC5, ils interprètent leur titre le plus fameux : Kick Out The Jam (Mother Fucker!), belle prestation au Beat Club de Brême (RFA).

2 mai 2015. Sleepers — The less an object (1977-80) N’ayant pas plus de courage que d’inspiration et encore moins d’intentions bienveillantes je me contenterais du plus élémentaire factuel et je vous signalerais simplement ce disque là qui tourne et retourne métallique et vénéneux sur une platine invisible. (le numérique est invisible à tourner). Voilà donc la fiche de la clique primesautière susdite Sleepers dûment tamponnée par les bons soins d'Edwige ma muse gracieuse.
Punk mythique west coast : « Joy division avec des couilles ». Ricky Wilson chanteur foutrement azimuté, fondateur des essentiels Flipper, puis éjecté des Flipper, ensuite là, énorme avec les Sleepers. Lentes chansons gothiques en accords mineurs, ontologique lourdeur qui pèse de tout son poids, vague bruit narcotique et spectral qui flotte sur du malaise palpable, terrible impudeur des lyrics…
Ricky Wilson mort depuis de son beau trépas, l’espérance de vie dans le punk mythique west coast frôlant d’une larme celle du brave kolkhozien au bord du Dniepr au milieu des années 80. Plus au nord, Kurt Cobain perpétuera la tradition. Les survivants joueront derrière Mark Eitzel.

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