dimanche 22 février 2015

Solitude de l'audionaute de fond (6)



15 février 2015. Tiens David Pajo a bien failli mourir la semaine dernière, il s'est pendu comme ça au débotté. Une histoire de cœur qui finit mal et vlan ! Bon il s'est un peu raté et s'en est assez bien sorti, c'est déjà ça et c'est mieux que rien. Pour lui rendre un demi-hommage on réécoutera Good Morning Captain le dernier titre de l'album Spiderland de Slint cet incontestable caillou saillant post-rock qu'il faut savoir regarder un peu de biais, car il faut se méfier du post-rock. En parlant de pendu saviez-vous que Ian Curtis était un amateur averti de Dub et de Reggae? Selon certains de mes informateurs, l'un de ses morceaux préférés aurait été ce magnifique Turn The Heater On chanté par le non moins magnifique Keith Hudson. Un morceau qui sera repris par New Order sous forme d'hommage assez raide, Ian Curtis étant vraiment mort, lui…
Puisqu'il est question de mort, de trépas avant l'heure légale et de choses un peu tristes, vous devriez écouter deux jazzmen disparus trop tôt. Un pianiste, un contrebassiste : Dick Twardzik et Scott LaFaro (ici avec Bill Evans). L'un victime d'une surdose d’héroïne l'autre d'un accident de la route. Deux grands techniciens relâchés.

16 février 2015 Nick Mason – Fictitious sports (1981) Paru sous le nom de Nick Mason pour des raisons que l'on imagine assurément commerciales cet album est en fait un album de Carla Bley chanté par Robert Wyatt. Outre ces trois-là, le casting est raisonnablement impressionnant puisque l'on retrouve Chris Spedding, Michael Mantler et Gary Windo. Des boutures jazz-rock sur l'école de Canterbury, ce côté fanfare brinquebalante caractéristique de Carla Bley. Rien de fulminant, mais un vrai bon titre, le dernier I 'm A Mineralist bel hommage à trois minéralises notoires : « Erik Satie gets my rocks off, Cage is a dream , Phillip Glass is a Mineralist to the extreme ».
Puisque nous sommes avec Robert Wyatt, un curiosité, ce titre Slow Walkin Talk enregistré avec Jimi Hendrix… qui tient la basse.

17 février 2015. Albert Marcœur – Album à colorier (1976) D'Albert Marcœur je ne connais vraiment que ce disque-là et j'ai envie de dire qu'il me suffit amplement puisqu'il a tendance à me ravir globalement. Pochette incertaine, mais contenu primesautier. Les gens qui savent considèrent Marcœur comme une sorte de Zappa français, n'étant pas plus zappiste que ça (Zappa m’assomme assez) je le considérerais plutôt comme un bidouilleur inspiré qui butinerait son inspiration dans des trucmuches plus cornegidouilleux que les unes que les autres : Zappa certes un peu, mais aussi l'école de Canterbury (encore), Vian (sous ergot de seigle) et Dada (un peu partout).
Peter Hammill – Enter K (1982) Les disques de Peter Hammill sont ainsi, sinistres; il y règne continuellement une ambiance comme après une périlleuse tornade. Des choses ravagées et de la mauvaise humeur. Une tentative toujours recommencée de se désunir des autres. Tout cela est regrettable, car le contraire de la vie (selon mon voisin fou du dessus) et Peter Hammill est souvent infréquentable et lugubre... Un David Bowie loser (et donc réussi) qui trimballe sa voix et ses impressions amères du coté de l’enfer… un enfer de plus en plus enfoncé. Bon malgré tout cela ne faiblissons pas et entrons courageusement dans Enter K…. Et bien voyez-vous qu'inopportunément nous ne faiblirons pas, car ce n’est pas un vrai bon disque. Il y règne un son et une esthétique trop eighties et stuc pour être honnête, c’est même pour tout dire l’un des disques les moins cafardeux de Peter Hammill. Pas un disque immense donc, mais (parce qu’il y a un mais) un disque porté par une chanson immense The Unconscious Life : grande gymnastique vocale où notre ratiocineur en chef lutte avec un saxophone pas trop toc, l'une des plus grandes chansons de Peter Hammill ?
Pour finir la journée et puisque la saison est aux pendaisons on écoutera une chose idéale pour. Cette longue plainte folklorique chantée par Véronique Chalot, rien du folk anglo-saxon, mais du mystère, de l'ancestrale et des regards dubitatifs que je sens d'ores et déjà monter autour de moi.

18 février 2015. La virtuosité est admirable lorsqu’elle est au service du minimum. En avoir sous le pied, être dans une belle marge, voleter au-dessus de sa propre technique, y a-t-il une plus belle façon d’être libre ? Deux types libres deux techniciens appliqués à leur tâche : Bobby Troup chante pour Julie London avec la juste affabilité minimaliste nécessaire (It Happened Once Before), Coltrane accompagne Johnny Hartman en en faisant le moins possible (Lush Life).
Pour le reste du jazz égyptien (Salah Ragab and The Cairo Jazz Band), du funk éthiopien (Mahmoud Ahmed), du rock français (Christophe); autant d'alliages improbables

19 février 2015. The Moberlys – The Moberlys (1979) Si vous êtes maussades, d'une humeur guère sautillante vous pouvez toujours vous soigner en écoutant ce disque des Moberlys il a tout pour réjouir l'auditeur : des miniatures Power pop ensoleillées, l'innocence des sixties pervertie par les late-seventies, un chanteur (Jim Basnight) qui gazouille comme un Jonathan Richman gentiment coupable, difficile de ne pas se laisser accrocher par tout ça.
Dan Penn – The Fame recording (2012) Tous les lecteurs de Peter Guralnick le savent déjà, Dan Penn est considérable. Il a écrit une cargaison de classiques qui rendrait penaud le moindre song-writer qui passe. Cette compilation rassemble des démos, des essais qui valent bien mieux que beaucoup de produits finis. Dan Penn chante et il a une voix formidable, presque une voix noires de plus. La légende dit que nombre d'artistes tâtonnant, il sortait de derrière sa console, se posait devant le micro et se mettait un peu à la tâche histoire de leur indiquer le chemin à suivre. L'assistance était généralement sidérée et les hésitants soudainement inspirés.
Puisqu'il est question de démo on écoutera le jeune David Crosby dans une version d'Everybody's Been Burned frôlant les rivages du sublime, forcément sublime.

20 février 2015. Patrick Juvet – Mort ou vif (1976) Vous allez me trouver pervers, mais je dois avouer un gros faible pour cet album du suisse sybarite. Enregistré à Los Angeles (Wally Hyder Studios) avec une belle flottille de requins de studio (Ray Parker Junior, Melvin "Wah Wah" Watson…) produit et arrangé par Jean Michel Jarre c'est un peu son Paradis Perdu à lui, son album rock credibility. Trois-quatre vrais bons titres (Les lunettes Noires, les Idées Molles, Faut Pas Rêver, Papa S'Pique Et Maman S'Shoote…) et un higlight frôlant l'alpestre : L'Enfant Aux Cheveux Blancs, basse slappée, guitare flangée et les lyrics aimablement naïfs de Jarre, des lyrics comme on en rencontre peu.

21 février 2015. On terminera la semaine par du morose (Simon Joyner un bon écrivain de chansons chante Joy Division tout près de l'os) et par du tranquille (Howe Gelb et Giant Sand, un whisky old age).   

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