jeudi 9 octobre 2008

Psychogéographie Indoor (9)



Ce matin je me suis réveillé l’air vaguement circonspect. Hirsute et encore dans les embruns d’une narcolepsie tenace, il a fallu que je déploie savamment un corps encore rempli de mollesse non diurne vers une direction à même de ne pas m'embrouiller plus que de raison. Je concède aisément que cette direction ne pouvait pointer vers l'extérieur, le fameux outdoor du quidam ordinaire, la saison est dans les promesses de frimas et nous autres psychogéographes refusons par principe acquis les frimas matutinaux. Je me suis donc rabattu vers une direction moins glaçante : en l’occurrence l’intérieur, oui le fameux moelleux de l’indoor, ! Il y a tellement de choses à faire dans la douceur de indoor : la pratique souple et néanmoins assidue de la gymnopédie par exemple, le repos de l’esprit dans les choses du corps consécutif à cette pratique, et ensuite l’inverse ; des buts à atteindre, des objectifs à remplir : faire baisser la pile de livres à lire par exemple. Le commun des mortels me croira ou non mais cette tâche de prime abord peu risquée, la lecture... se révèle être de temps à autre plus périlleuse qu’il n’y paraît, le danger rode en permanence et s’il est toujours agréable de lire lové au creux d’un canapé écru il est parfois problématique de laisser un corps assoupi, ensommeillé par une lecture catatonique, glisser de cette mème splendeur molle Ikéa (le canapé !) vers un sol froid comme le trépas . Heureusement pour mon carrelage (crème) je ne laisserais choir aucun corps qui soit ayant pris de façon fort habile la sage précaution de me concentrer sur des choses plus que très éloignées de la rentrée littéraire qui devrait nous occuper. Donc pas de rap mou angotien, pas d’angélus de Millet, la jalousie m’épuise, rien des larmes de Régis Jauffret , rien du monstrueux rendez-vous Houellebecq, Bernard Henry Levy, cette hydre à deux têtes, patibulaire sous les ramures de cenelles ; pas de tout le toutim tintammaresque et donc de facto pas de narcolepsie sur canapé… ou alors très peu. Pour du nouveau non assomant on cherchera du côté de Jean Echenoz et de Zatopek… de Pierre Mérot et des boissons fermentées, d’autres que j’ignore et qui sont sûrement partisans de la gymnopédie et de la pyschogéographie réunies…



Ah ! Outre ces mornes considérations embrumées je pense avoir passé plus de temps à recoller les pages de mon volume de Trois hommes dans un bateau - une vieille « bibliothèque verte » défraîchie – qu’à le lire. Tout cela n’a que très peu d’importance et le double avantage de faire le bonheur des sociétés 3 M et Exacto. Ajoutons qu’entre deux bricolages, quidam bricoleur et accessoirement lecteur, j’ai éprouvé la félicité du petit télégraphiste et de la raccommodeuse réunis autour de 200 pages noisette, avec dans le fond sur l’horizon, un soupçon de charme bruni en bord de Tamise ; une armée mexicaine réquisitionnée pour planter un clou, du non-sens et des digressions mousseuses autour des sports à rames. Bref que du bon, voir pire de l’Anglais !

En dehors de l’humour anglais, car il y a des choses posées à côté de l’humour anglais, il faut lire La Chine en folie de ce bon Albert Londres. On y trouve beaucoup de cacophonie et dans un désordre plus que mal peigné, moult mercenaires, quelques bandits, d’incontestables provinces autonomes, une guerre civile, un empereur, deux présidents de la République, trois super-dictateurs et dix-huit moyens tyrans…
On imagine sans peine que ce grand bordel généralisé est loin de l’efficacité du parti communiste chinois et de son plus de « temps de ciboulot disponible » supporté à bout d’exhalaison par la firme de boissons gazeuses localisée à Atlanta. Un terrifiant caducée à deux têtes que cette paire là, pire que la machine de l’oncle Jarry, bien pire.
Ah ! oui au fait, au-delà du super dénonciateur en chef Albert Londres était quand même aussi (et surtout ?) un drôle de zigoto, drôle… très très drôle.



En restant dans le drôle et en oubliant la chine à l’est, vous allez pouffer de me voir ainsi nager dans le cacochyme le plus arthritique qui soit, mais l’Intermezzo du terrible Jean Giraudoux bien que vieillot, désuet et mordoré, reste un bidule délicieux et craquant. Un bouquet délicat d’aveline et d’humus …dans le nez, sous les yeux, dans les oreilles et sur l’estomac…
Ajoutons, pour le factuel, que cette pièce, cet intermezzo là, genre d’espèce de proto-beckett limousin avons l’heure légale, avait été crée en 1933 à la Comédie des Champs-élysées ; ajoutons également, et pour faire bonne mesure, qu’elle était portée par une distribution éclatante : La délicieuse Valentine Tessier, l’encore mouflette Odette Joyeux, l’immense vocaliste en chef Louis Jouvet, le fantomatique Pierre Renoir et le toujours fiévreux et noyé dans le sublime Robert Le Vigan, en somme que du bon !
La musique est de Francis Poulenc, ce qui ne gâche en rien la lecture.

Je ne parlerais pas d’autres lectures, le très oublié Bonheur des tristes de Luc Dietrich, grand livre désarmant sponsorisé par Gandhi, René Daumal et le margoulin Gurdjieff, le vif ardent Ouvert la nuit du rectiligne Morand, Barcelone, années folles, voix ferrées et femmes libérées : « Il est tard. Nous nous levons. Le restaurant est vide. Je l’aime pour la vie. Pendant qu’elle va au vestiaire, je reviens à notre petite table et secrètement je lèche sa cuille ».
Je ne parlerais pas non plus de L’été finit sous les tilleuls du confortable Kléber Headens : Bouvard, Pecuchet , l’admirable cruche Emma en équilibre aléatoire sur le buffet des hussards. Jolie petit livre, avec un petit charme. Je me demande si c’est un compliment.

Pour finir un peu penaud, je ne parlerais surtout pas des Belles endormies de Yasunari Kawabata puisqu’une fois ce livre fermé je me suis retrouvé là tel le quidam moyen posé songeur devant la Joconde. Oui c’est magnifique, très beau voir plus et tout ce que je pourrais en dire ne serait qu’une infinitésimale goutte de rien dans un océan de tout ; alors je ne dirais rien, motus gorge cousue.

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1 Comments:

Anonymous Anonyme said...

salut mon fifi !
un ptit coucou avant d'aller faire dodo. j ai lu ta prose et te felicite pour ta verve ainsi que ta créativité toujours aussi intactes. Puisses tu trouver, non dans l'écriture mais dans le dialogue, l'épanouissement que tu recherches.
"Le bonheur, ce n'est pas une timbaleque l'on décroche, mais une aptitude, je crois".

7:44 PM  

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