vendredi 25 novembre 2005

No direction Home - Martin Scorsese (2005)



No direction Home peut se voir en écho aux merveilleuses Chroniques de Dylan parues cette année, les deux œuvres semblent se répondre, néanmoins la réverbération est un peu différente chez Scorsese, un peu distordue par la personnalité de celui-ci. Il ramène Dylan vers ses obsessions, tous ses films sont des histoires d’ascension, de chutes, de renaissances … tout l’attirail du catholique compliqué.

Tout commence par une histoire de transmission. Dylan n’est pas un aérolithe tombé par hasard. Comme tout artiste son style et ses accents ne viennent pas de nulle part, on imite un style ou une école pour finalement s’en dégager et se découvrir. : Ici la tradition folk, qui commence par la guerre de Sécession, passe par les Appalaches et finit dans le protest-song de Woody Guthrie , peut-être aussi avec Robert Johnson à la croisée des chemins ou avec Hank Williams sur la banquette arrière d’un taxi. Cette histoire de transmission dans la musique populaire, le travail sur le standard, la tradition, est fondamental pour le jeune Dylan, et quand il se trouve vraiment et dépasse l’imitation quand cette maturation assez rapide chez lui arrive à terme : c’est une sorte de déflagration. rien de nouveau, déjà dans les ateliers de la renaissance …
No direction Home raconte tout cela assez bien et il y a des passages très émouvants : Les rapports avec Woody Guthrie, les débuts dans Greenwich Village ou on croise toute la crème de la contre culture, un vrai bouillon de contre-culture, après Dylan peut devenir une « colonne d’air » comme le proclame un Allen Ginsberg au bord des larmes.
Il y a des images extraordinaires, il faut dire qu’il y a de la matière et du matériel, Scorcese puise dans une somme de documents inestimables : Pennebaker, Mekas, Warhol … le concert dans le New Jersey à l’invitation de Joan Baez, le festival de Newport… Evidemment on est rattrapé par ces fameuses histoires de politique et d’engagement, Dylan est bien concerné par le monde, mais il ne veut pas que le monde s’immisce en lui, il ne veut pas agiter la moindre pancarte, incompréhension total entre ce qu’il représente et ce qu’il est vraiment. Ce qui est immensément politique chez lui, c’est l’électricité, finalement. Il faut voir les réactions des intégristes folkeux, entre les premières huées du festival de Newport en 1965 et la tournée anglaise de 1966, avec en point d’orgue le fameux « Judas ! » de Manchester un soir d’électricité..

Scorsese fait ressentir merveilleusement la lente montée de l’inquiétude, la lassitude, l’ironie aussi de Dylan. Les interviews fatiguées ou il est délicieux d’humour ou en sent bien que beaucoup de choses le dépasse, mais aussi qu’il n’est pas dupe, comme un petit maître de la conférence de presse Godardienne. Scorcese ramène aussi le film vers ses figures, ses obsessions, le coté catholique, le chemin de Jésus à Judas !! Avec au milieu l’électricité. On peut voir la dernière scène à Manchester comme une crucifixion. Pour Scorsese, Dylan est mort en 1966, pourtant un an plus tard il retourne dans sa cave, il s’invente une troisième fois, ce n’est qu’une réincarnation …

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