lundi 3 janvier 2005

Les Ensorcelés -Vincente Minnelli (1952)


C’est un film nostalgique qui parle d’Hollywood, mais ce n’est pas le meilleur Minnelli manque surtout la couleur, lui qui est avant tout un peintre qui fait avec les histoires des autres souvent de manière splendide, qui se les approprie esthétiquement, est un peu moins à l’aise dans le N&B et le naturalisme. Manquent le simulacre, le factice, la pâte esthétique qui transcendent le plus faux en une vérité plus que palpable, la vérité de l’artiste la seule envisageable. Le scénario est un peu trop littéraire compliqué et mode dans ses structures, on sent l’influence de Citizen Kane et du roman contemporain, trois flashbacks qui scindent l’histoire en trois temps, alors que l’intrigue aurait mérité plus de fluidité moins de mécanique scénaristique un peu théorique qui bloque l’émotion. Les trois temps du film se terminant par contre par trois climax extraordinaires où tout l’art de Minnelli se fait sentir, trois trouées poétiques dans le corps du film qui sont la marque de sa sensibilité débordante.

Un film nostalgique qui parle d’Hollywood, une star, un réalisateur et un scénariste ce sont les trois fameux temps, eux les ensorcelés. Voilà donc, le système hollywoodien, le star-system, la déchéance, l’alcool, la prépondérance des producteurs. Evocation à peine déguisée de Val Lewton et d' Irvin Thalberg… Superbe clin d’œil à Jacques Tourneur et à sa poésie du hors champ et quelques amusantes piques un peu théoriques sur la rivalité producer, réalisateur avec cette question en suspend : qui est le vrai auteur ? Tout cela est évidement pertinent et Minnelli ce fait entomologiste distant, le film mélange un peu le drame à une ironie qui passe assez mal, le scénario est passionnant, mais comme dit plus haut il n‘est pas assez fluide et trop conceptuel.


Un film nostalgique qui parle d’Hollywood, oui, mais surtout un film nostalgique qui parle de Minnelli. Longtemps considéré comme un formaliste qui n’avait rien à dire, c’est pourtant un cinéaste de l’intime, qui ne parle que de lui, de la création. Alors qu’il fait figure d’illustrateur doué une sorte d’artisan sage, ses personnages ne sont quasiment que des artistes, peintres, danseurs, cinéastes, écrivains, fous. Voilà son sujet, des êtres ultrasensibles qui se heurtent à la vie, qui cherchent à se fondre dans le décor, par la danse, par l’abandon, par la légèreté ou la pesanteur, ce sont ces fameuses brèches poétiques, sorte de trous noirs magnifiques, où le sujet et le film ne font plus qu’un, ici dans les Ensorcelés, c’est la scène admirable, quasiment sublime, ou Lana Turner, délaissée, au plus profond de « son » désespoir perd le contrôle d’elle-même, s’oublie dans son chagrin et se laisse guider par son automobile vers la mort, croit-elle ? Là l’intime prend le pouvoir sur l’ordinaire du scénario, c’est la revanche d’artiste de Minnelli sur les studios, c’est son empreinte sa marque et tout ce qui fait le prix singulier de son cinéma : ce basculement entre le personnel et l’universel qui fait de lui un peintre de l’âme magnifique et un homme libre.

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