mardi 29 mars 2016

No comments - N°122






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mardi 22 mars 2016

Robert Wyatt – Old Rottenhat (1985)



L’inattaquable plongée mid-seventies Rock Bottom à beau être l'un des plus beaux albums d’anti-rock au monde, il y a dedans Nick Mason l'infirmier Pink Floyd et encore un peu quelque chose du Barnum dans les arrangements. Voilà peut-être pourquoi j'ai toujours trouvé plus à mon goût le Robert Wyatt mid-eighties celui du vieux chapeau pourri et des merveilles Cherry Red. Une voix, un orgue et rien de plus, ou presque. Robert le défenestré gazouille autour de quelques génocides divers et oubliés celui des Indiens d’Amérique, celui des Timorais orientaux, il est question de lutte des classes, de mass medium et de temps de cerveaux disponible. C'est un disque qui pourrait avoir été écrit par Noam Chomsky. Bienheureusement il est chanté par Robert Wyatt, ce formidable porte-parole du Parti communiste britannique. Là oui très haut dans les limbes, c'est lui.

(On me chuchote qu'un Wyatt fredonnant le bottin pourrait être tout autant politique puisque ce qui est surtout politique chez lui c'est sa voix et avant tout sa voix. Je ne sais pas ; peut-être, allez savoir ?)


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samedi 19 mars 2016

Roger Rodier - Upon Velveatur (1972)



Alors, voilà le beau temps ! Fini le brutal, les mauvaises sueurs et la rancune des sentiments étalés, les tripes sur la table : non merci! Fini ce pesant sirocco que Nietzsche voyait marauder au-dessus du désert chez le lourd et lent Wagner. Fini le génie impoli, place à ce qui n’est que léger, car chacun sait que ce qui est bon est léger et que tout ce qui est divin marche d'un pied délicat.
On s’explique alors sans peine à soi même ce qui pousse son propre goût vers cette somme de légèreté représentée par Roger Rodier, une sorte de nostalgie de la nostalgie, ce léger regret en arrière et cette tristesse tranquille pas si enfouie là. Alors, restons pensifs et le front aux vitres, observons le tissu uni de l’existence et la légère mélancolie monter. Restons pensifs et écoutons cette musique suspendue, comme celle de Nick Drake comme certaines mélopées brésiliennes formant sensualité sans les corps. Regardons tranquillement le ciel bleu de l'abstraction et cette lumière si forte qu'elle pourrait faire apparaître le filigrane des choses; les « grands problèmes» si loin que...


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mardi 15 mars 2016

Psychogeographie indoor (66)




« Je regarde bien des choses pendant ma journée : la fourmi qui s'avance, les papillons qui construisent des triangles et des chemins, l'araignée qui descend, qui monte et qui attend, les fleurs qui s'ouvrent. Car je peux voir, moi qui passe et repasse toujours, les fleurs bourgeonner, grossir, trembler et s'ouvrir avec une douceur aussi puissante que le tonnerre. Toutes ces choses sont des horloges, et l'on ignore le cœur de ces horloges parce que c'est aussi un abîme. Il y a des milliers d'abîmes qui s'entrecroisent. Et vous dites voilà une fleur, voilà un chien, voilà un homme. Chaque fois que vous dites cela, vous prononcez un mot aussi grand que le ciel... » (André Dhôtel, L'Homme de la Scierie)


1.

29 novembre 2015 .- Ciel morose, pluie chagrin (4°C). La nuit tombe si vite, à 16h30 elle est déjà là, c'est bien trop tôt. Entre quatre ou cinq siestes réparatrices, j'ai tenté de lire Cavale  et je suis presque parvenu à mes fins. Voilà un faux roman et un vrai récit éparpillé, les traces d'une déambulation qui aura vue Jean Claude Pirotte se soustraire à une décision de justice qui le condamnait à vingt mois de prison ferme. Il cavale comme il peut., s’égare dans une France oubliée, en bord de Belgique, puis en bord de Saône. Puis se retrouve en Espagne, en Catalogne, comme par mégarde. Il y a tous ces écrivains dont il se souvient à défaut de les relire par manque de volumes disponibles sous la main : Vialatte, Dhôtel, Cingria, Joubert, Perros, Dumay, d'autres encore… Il y a surtout ces petits vins qu'il boit dans la pénombre d'estaminets un peu douteux en la compagnie de types qui ne se nourrissent que de vin blanc, de crémants et d'alcools forts. La déréliction éthylique est là un peu partout. Lisant tout cela on est un peu ivre sans le vouloir, un peu nauséeux et sur son quant à soit : « il fallait que je naisse en cavale aussi, de la solitude étrangleuse et la misère éblouie. Pourvu que je me souvienne, je pressens bien des naissances, après d'étranges agonies. »

30 novembre 2015.- Hausse de la température extérieure (13°C). Lisant Pirotte nous sommes presque ivres et nauséeux sans même boire la moindre goutte d'alcool, notre foie est ainsi préservé, c'est déjà ça. Nothing else.

2 décembre 2015.- Temps globalement nuageux (11°C). Laissé sans force par le labeur, pas eu le courage de soulever le moindre volume

3 décembre 2015.- Ciel dégagé (-1°C → 13°C). Humeur diablement renfrognée, je suis si las des autres que j'en deviens petit à petit las de moi-même. Nonobstant je bois un thé noir russe tandis que quelques ombres douteuses passent devant mes fenêtres. Toujours abattu et vaguement agacé par un surmoi que je devine retors j'ouvre un spicilège de poésie qui traînait là sur l'une de mes tables basses. Ville par Eugène Guillevic un poète assez breton qui a ses moments, celui-ci par exemple : «  Lisons les façades, Voyons les fenêtres / Les fins de mois, les comptes en banque, Les sous-vêtements, les enterrements, / Les mains, les regards, Les rentrées le soir./ Voyons la ville, S’auréoler d’usure. / Coagulée, la ville, Coagulante aussi : Coagulée, coagulante. / À tel point que le mot, Même d’hémoglobine, Me fait penser à toi. »

4 décembre 2015.- Pour aujourd’hui La météorologie nationale annonçait des choses quasi sautillantes, du soleil, une température presque douce… Il n'en fut rien, le ciel resta désespérément gris suicide et la température frisquette. Allez faire confiance à autrui après tout ça ! (2°C->8°C). Lu le Monde des livres tout en dégustant un Thé noir épicé (avec un nuage de lait et beaucoup de sucre). Dans son feuilleton Chevillard évoquait la phrase tenue, élégante, jamais vaine de Nicolas Bouvier (il était question d'Histoire d'une image, petit opuscule réédite par la très suisse maison d‘édition Zoé). Par ailleurs et en dehors de Chevillard, quelques volumes chroniqués qui ont éveillé mon intérêt : le nouvel ouvrage de Claudio Magris (Secret), un recueil d'Hans Fallada, les reportages et voyages de Martha Gellhorn, l'une des ex-femmes d'Hemingway, une dure à cuire qui participera au débarquement en Normandie. Tout cela me semble diablement intrigant.

5 décembre 2015.- Le brouillard s'est levé à 16h00, la nuit est tombée à 17h00, journée fâcheuse (8°C). Ayant plus de maux que de mots à ma disposition je me contenterai d'un bien piètre factuel. Fini le Cavale de l 'ami Pirotte, compagnon triste et nauséeux comme un jour sans soleil, toujours très embrumé lui-aussi, il cite Perros et c'est très bien ainsi : « l'écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne… Au comble du malheur de n'être plus aimé, sans qu'il y ait faute de part et d’autre, le seul acte d'écrire qu'on est plus aimé soulage un peu… ».
Largement entamé L'élève de Joyce de Drago Jančar, auteur slovène jadis édité par Eric Naulleau (c’était avant qu'il ne passe les plats pour Eric Zemmour). Grande Histoire et petites histoires, paraboles sursignifiantes, style raide comme un bâton de Maréchal nous voilà (certainement la traduction). Bref rien de vraiment concluant.

6 décembre 2015.- Presque beau temps, quasi-douceur (14°C). Fini L'élève de Joyce de Drago Jančar. Très inégal, certaines nouvelles n'en valant pas d'autres (je vote pour celle où un dissident rescapé du bloc de l'Est est rattrapé par la bien-pensance d'un campus californien). Ma première tentative avec la littérature Slovène restera donc un brin mitigée. En complément, bref retour dans les Essais d'un Philippe Muray qui à défaut de lutter contre des moulins à vent, lutte contre les normes hygiénistes en vigueur, le traité de Maastricht et la réglementation de la taille des Gitanes. Muray est toujours intéressant, mais à dose homéopathique, pas plus de dix pages… En complément du complément, quatre chroniques de Bernard Frank, de la rondeur, du bonheur, toujours.

7 décembre 2015.- Du soleil (14°C). A force de croire que l'on vit mal, on pense mal et puis on vote mal. Élections régionales patibulaires. Nous voilà bien. Nothing else.

8 décembre 2015.- Beau temps, douceur (15°C). Comment sommes-nous passés d'une jeunesse qui « emmerdait » le Front National  à une jeunesse qui vote Front National ? Vaste question ! Rien lu, pas d'humeur, néanmoins acquis quelques nouveaux volumes : La vie sur le Mississippi de Mark Twain (deux tomes), Le Naufragé de Thomas Bernhard, Flâneries Parisiennes de Franz Hessel, L'Enfant de Jean Forton.

10 décembre 2015.- Beau temps frais (9°C). Je n'ai pas chanté la Marseillaise à tue-tête, je n'ai agité aucun drapeau tricolore. J'ai préféré relire Point de lendemain de Vivant Denon. Légèreté et entrain, panache et célérité, un certain « esprit français » y sont nichés bien plus qu'ailleurs.
Rien (ou presque) : Cioran était fait pour l’exigu, l'infime or il admirait le gigantesque. Cela lui attirait des ennuis et même de malheurs aux conséquences inépuisables. Il passait outre, le colossal valait bien qu'il y laissa quelques-unes de ses belles plumes

11 décembre 2015.- Du soleil (11°C). Revu L’amour c’est gai, l’amour c’est triste de Jean Daniel Pollet. C'est toujours cette petite chose admirable qui craque drôle et tendre, qui pince triste et doux. JP Marielle ne se lasse pas d'être épatant en « manager proxénète » très bien de sa personne (il faut bien avouer que c'est un assez beau mâle), Chantal Goya est encore ce petit volatil tombé de sa branche, Bernadette Lafont cette très rigolote fausse cartomancienne blagueuse et cette vraie péripatéticienne gouailleuse quant au magnifique Claude Melki il reste cet acrobate curieux qui flottille dans la résignation. Les dialogues de Remo Forlani sont toujours aussi bons et les couleurs n'ont rien de vraiment délavées, la douceur non plus. On se fend un peu la tirelire, on est surtout ému, voire plus…


2.



12 décembre 2015.- Ciel bleu (11°C). Le cher disparu d’Évelyn Waugh. Hollywood, un pendu anglais, un incinérateur de caniches, une cosméticienne, un embaumeur en chef et une extraordinaire entreprise de pompes funèbres. Waugh est drôle et corrosif sans donner l'impression de toucher quoi que ce soit. Presque un antidote à nos temps pelucheux.

13 décembre 2015.- Froideur matinale, j'ai cru distinguer quelques rayons de soleil à travers mes rideaux (-1°C-> 9°C). Waugh, Le cher disparu. Fin terrible, un goût de cendres dans la bouche. Retour dans les Exorcismes Spirituels de Philippe Muray. Visite de Marne la Vallée et de son dysneyland européen : « l'étron dysneylandesque n'est que la cerise américaine sur le gâteau de merde de la liesse planétaire… » Bicentenaire et défilé Goude : un opéra-schtroumpf, un Grand Magic Consensus, deux kilomètres de sentimentalisme hellzappopinesque commémorant le début d'un long lynchage, une « nuit de cristal » prélude à des massacres en séries… Muray jubile tout en étant perpétuellement morose, c'est presque un tour de force.

14 décembre 2015.- Beau temps bien inutile (1°C-> 13°C). Céphalée, vertiges, grande fatigue. Je tombe en poussière consciencieusement. Restent les Cahiers de Cioran ; de magnifiques écroulements ; d'admirables affaissements : «  J’aurais aimé vivre au milieu de peuples tristes, ou tout au moins dont la musique est langoureuse ou déchirante : le fado, le tango, lamentations arabes, hongroises… »

17 décembre 2015.- Brouillard tenace (3°C-> 11°C). Je passe cahin-caha d'un entrain sautillant à la sensation d'avoir l’univers tout entier effondré sur mes épaules. Bref, je fluctue. Entre alacrité et morosité, rien lu, ou à peu près, quelques peccadilles picorées ici où là, des choses que je cacherai…

18 décembre 2015.- Le brouillard se lève, la nuit tombe, décembre nous en veut (3°C-> 14°C) Henri Roorda (Suisse sautillant) ne pleurait pas, il s'ennuyait simplement sur terre. Avant de s'assassiner lui-même, il écrira un texte de soixante pages (Mon suicide) qu’il adressera à ses proches : « Je me logerai une balle dans le cœur. Cela me fera sûrement moins mal que dans la tête… Peut-être insouciant, je boirai d’abord une demi-bouteille de vieux Porto… Il faudra que je prenne des précautions pour que la détonation ne retentisse pas trop fort dans le cœur d’un être sensible. » Dans des circonstances à peu près similaires, Montherlant fut plus laconique : « Je deviens aveugle. Je me tue ».

19 décembre 2015.- Ciel bleu pâle et quasi-douceur (14°C). Je lis le quatrième volume du Journal de Julien Green (1943-1945). Notre plus français des Américains est à New York où, entre deux visites à Jacques Maritain, il fomente quelques émissions d'heureuse propagande pour la Voix de l'Amérique. Tout serait presque parfait s'il n'y avait pas ce petit spleen qui saisit Green au moment de lever la tête vers les sommets des buildings. Il n'aime pas New York, ce n'est pas une ville faite pour lui (encore moins Chicago), trop de hauteur, une longueur que l'on ne perçoit même pas. Paris lui manque terriblement ; le bruit que font les pas et les voix sous les arcades de la Place des Vosges, les fins d'après-midi d'été aux environs de Saint Gervais, ses promenades dans le Marais jusqu'à la Madeleine… Autant de souvenirs qui montent doucement, qui pincent insidieusement. Pour le reste, as usual, catholicisme, culpabilité et cet attrait pour les garçons, tout juste évoqué avec une délicatesse hors d'âge. 
Fish of the day : Gérard Bauër, Chroniques (1954-1964).

20 décembre 2015.- Beau temps, appétence printanière (15°C). Green, Diary. On traverse l’Amérique d'est en ouest par les chemins de fer. Les compartiments remplis de marins et de soldats cheminement au milieu de paysages lunaires. La Californie de prime abord un peu suisse devient au fil des kilomètres tout à fait Italienne ; cette Amérique est une autre Amérique. À San Francisco on prononce quelques conférences puis on visite Darius Milhaud qui nous rapporte quelques anecdotes croquignolettes sur Érik Satie*. On s'en retourne vers l'Est, Chicago, Baltimore, New York, Washington. Paris est libérée, la vie est presque douce, la religion toujours là, mais jamais doloriste ou souffreteuse nous ne sommes pas dans le Journal de Charles du Bos.

*( Erik Satie collectionnait les parapluies, il en possédait des dizaines et ne se promenait jamais sans un exemplaire de sa collection avec lui. Cependant lorsqu'une averse survenait, il n'ouvrait pas son parapluie, il le protégeait plutôt sous son veston puis il levait son visage vers le ciel avec une expression de rage)

22 décembre 2015.- Ciel blanc, ciel bleu, ciel jaune, ciel noir (14°C). Too much tired. Nothing worse than Christmas time. Read a few pages of Julien Green’s diary. Fine and mellow.

26 décembre 2015.- Ciel bleu, douceur indécente, les climatosceptiques seraient-ils dans l'erreur ? (16°C). Languissante journée post agapes. Évolué dans une sorte de halo flottant pas si désagréable. Fini le quatrième volume du Journal de Julien Green. On célèbre la fin des hostilités avec le Japon sous les flonflons de Times Square. Puis on traverse l'Atlantique tout en slalomant entre les mines laissées par la marine allemande, La France est libérée, il faut bien regagner nos pénates. À Paris une vague désolation règne, le manque de tout est grand et Green a bien du mal à pouvoir trouver un logement décent, il vivote tant bien que mal dans un hôtel au patronyme un brin étasunien (L’hôtel de Californie), visite un André Gide quasi cacochyme qui s'accroche à son radiateur électrique (c'est moi qui surligne), rencontre une Gertrud Stein posée au milieu de ses Picasso. On lui rapporte les atrocités commises à Auschwitz ou Buchenwald, les résistants torturés, la morne ignominie de l'occupant allemand, la vague résignation de la population française. En Amérique il imaginait tout cela, mais dans des proportions bien moindres.
L’année 1946 commence, c'est déjà une autre histoire «  14 août.- À l'aube, des cris dans la rue m'ont réveillé. J'ai compris que cette fois la guerre avec le Japon était bien finie, et je me suis rendormi. À 9 heures du matin, je suis allé sur Times Square. Laideur de la foule où se détachent, parfois de très beaux visages. Incertitude de ces milliers d'êtres qui étaient là ne savent que faire, passent et repassent en criant, puisqu'il faut crier. J'ai eu le sentiment d'une solitude parfaite, je veux dire qu'entre la foule et moi, il n'y avait aucune espèce de communication. Je n'aime pas la foule. La foule n'est pas le peuple ; c'est quelque chose d'autre, de bas et de sot … »
Le Journal de Green derrière moi, j’enchaîne avec un autre Journal celui de Maurice Garçon, époque quasiment similaire (1939-1945) et point de vue certainement différent. Pour l'instant l'Histoire (avec sa grande hache) et la grande marche du monde sont bien là : « Je sors de la mairie. Avec les miens, je suis allé chercher les masques que la municipalité met à la disposition des Parisiens pour les protéger contre le gaz. Il n’y avait ni bousculade, ni longue et vaine attente. Le service était fait par des pompiers corrects et courtois. »


3.


27 décembre 2015.- Beau temps (14°C). Garçon diary. Début presque épatant : les vitres des immeubles parisiens sont peintes en bleu, Hitler vocifère, la ligne Maginot est rutilante et Giraudoux en prend un peu pour son grade… Garçon n'aime pas trop les communistes, il est un peu antisémite sur les bords, c'est un grand bourgeois hautain, mais c'est aussi le parfait scribe de son temps.

28 décembre 2015.- Soleil (13°C). Garçon, Journal. Pas plus idiots que ça les Allemands passent par les Ardennes, la débâcle peut commencer, les Stukas piquent sur les routes de l’Exode, Petain baisse un peu sa culotte.
Par ailleurs cette petite chose repérée dans les Cahiers de Cioran : « … ou la vie pleine de surprises de Daniel Foe, dit Daniel Defoe, tour à tour mercier, pamphlétaire, agent du fisc, contrôleur de loterie, briquetier, conseiller secret du Roi, journaliste, indicateur de police ; qui fut exposé au pilori, fit deux fois banqueroute, alla trois fois en prison et, à soixante ans, inventa une forme originale d’escroquerie : le roman moderne » (Denis Marion - Daniel Defoe. Bruxelles, Libris, 1943.)

2 janvier 2016.- Brouillard et crachin (5°C->9°C). Émergeant de deux longues journées d'agapes alcoolisées j'ai néanmoins trouvé un peu de courage et poursuivi la lecture du Journal de Maurice Garçon. C'est un livre décidément formidable. Les Allemands entrent dans Paris, Paul Reynaud n'est qu'un « foutriquet », Pétain surgit telle une molle baderne prête à saisir un relais bien incertain. Tout d'abord ému par la voix du vieillard Garçon prend bien vite ses distances. On lui parle d'un certain de Gaule (sic) un vague général qui appel à la résistance depuis Londres, il y a de quoi être dubitatif et Garçon est dubitatif. La Marine se saborde, on en veut beaucoup aux Anglais qui deviennent presque les nouveaux ennemis. Laval est bientôt planté là et le pire avec. Au milieu de tout cela, de ce grand brouhaha en marche, Garçon est vraiment l'homme de son temps (et pas du notre), le voilà benoîtement antisémite (même s'il s'offusque des « mesures » prises contre les juifs) globalement xénophobe (disons que pour lui la criminalité règne dans les milieux interlopes) et pas trop féministe (les rares femmes rencontrées dans son Journal comptent pour des broutilles). Avec de telles idées, on le pousserait aujourd’hui dans les orties de l’hallali, mais c'est une autre histoire…

3 janvier 2016.- Exhalaisons blanchâtres, de la brume en somme (7°C). Garçon diary. Voilà le temps de la collaboration. Toute une « élite intellectuelle » fait reluire les bottes de l'occupant. Garçon dîne avec quelques sinistres sirs (Jacques Boulenger, Bernard Grasset), mais il sait rester du bon côté, insensible à La Téhessef de Pétainville il n'est jamais défaitiste et malgré son non philo-sémitisme ostentatoire (osons cet euphémisme-là), il défend Jean Zay.
Par ailleurs, très apprécié le Mexicain sur son vélo de Roger Price : « Des petits dessins minimalistes, énigmatiques… qui s'éclairent soudain grâce à la légende qu'on leur associe. » Un florilège tout à fait drolatique et un parfait ouvrage de table basse.

4 janvier 2016.- Ciel changeant, froideur en amorce (6°C). Humeur en berne, rien pour moi. Retour dans les Cahiers du Cioran qui auront eu l'avantage d'entretenir ma morosité.

5 janvier 2016.- Ciel bleu, vent léger (12°C). Je déguste un thé noir des indes tout un lorgnant une pile de livres en attente qui ne cesse pas de grimper inconsidérément. Pas moins de vingt volumes oscillant du replet au lourd léger. Flann O'Brien et Ferenc Karinthy, Jean Paulhan et Robert Walser, Elias Canetti et Mark Twain, Damon Runyon et Gérard Bauër, Laurence Sterne et Ràmon Gómez de la Serna. Mon thé, parfaitement épicé, est excellent, ma pile de livres, bien que drôlement échafaudée, est diablement appétissante, tout est pour le mieux…

6 janvier 2016.- Beau temps frais (6°C). Lever 5h, labeur, sieste prolongée. Cinq pages du Journal de Maurice Garçon, quatre pages des Cahiers de Cioran. Cette constatation : Cioran ne saurait être frappé par le bonheur, il ne s'en relèverait pas.

8 janvier 2016.- Vent aigrelet et fausse douceur un peu fourbe (11°C). Je Feuillette le Monde des livres sans grande conviction, la nuit est tombée depuis déjà bien longtemps. Je suis si morne ce soir.

9 janvier 2016.- Ciel gris suicide (10°C). Le lourd volume de Flann O'Brien (Romans et chroniques dublinoises) que j’entame aujourd’hui me semble avoir été façonné à la diable. Pas de vrai travail éditorial (mais une jolie préface), une maquette épouvantable et une police de caractère si minuscule que le texte se retrouve comme absorbé par le papier. Bref sur ce coup là les Belles Lettres portent mal leur nom. On a voulu tout mettre d'O'Brien, mais sans vrai amour et avec une visée que j'imagine aisément lucrative. Ces réserves faites je dois bien dire qu'O'Brien est tout de même délicieux. Je l'ai abordé par The Best of Myles un spicilège de ses meilleurs chroniques données à l'Irish Times. Un esprit plus non sensique que mon coude gauche y règne. On croise une petite armée réquisitionnée dans le but d'user les livres non lus des bourgeois snobinards de la bonne ville de Dublin, il y a le « bon peuple d'Irlande » et le frangin. Le frangin est un drôle de type qui a tout du quidam universel. Il fait et pense des choses diverses et variées, des choses irlandaises, mais pas que : « Les jeunes d’aujourd’hui, c'est pas fameux, ils s’intéressent qu'au dancing, au cinéma et à Dieu sait qu'elles canailleries. Et ça les achève de toucher le chômage, faudrait les payer pour qu'ils travaillent. Voilà ou on en est. Vous venez prendre un petit whisky avec moi ? Ça nous réchauffera avec ce froid ».

10 janvier 2016.- Nuages jaunâtres, petite pluie, rares éclaircies (12°C). Du plaisir, mais aussi un peu de frustration à lire le Best of Myles de Flann O'Brien. Du plaisir parce que ces chroniques sont pour l'essentielle sautillantes, de la frustration parce qu'il me faut passer par la traduction et que de ce fait je passe aussi à côté d'une bonne partie des cocasseries et autres allitérations de l'ami O'Brien. Il faudrait que je lise tout cela dans le texte, j'en suis bien incapable.
Pour le reste, je suis bien morne et mon rooibos refroidi.

11 janvier 2016.- Vent violent, turpide douceur (14°C). Lever 6h00, labeur, sieste… Quelques Droodles de Roger Price accompagnés d'un Darjeeling tout à fait acceptable. David Bowie est mort, comme si c'était possible ! Rien d'autre.



To be continued


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lundi 14 mars 2016

The Velvet Underground - The Velvet Underground (1969)



On imagine le courage ancien de Moe et de Sterling ballottés au milieu des ego(s). On imagine leur soulagement, car Warhol éloigné le canapé devient plus confortable et entouré d’une lumière moins aveuglante. Voilà un peu de tranquillité, une sorte de convalescence où l'on oublie les crincrins de Cale pour mieux s'enrubanner autour de vraies chansons parfois un brin cotonneuses et d'autres fois saisies par cet entrain trottinant qui sera l'une des plus belles caractéristiques du Velvet seconde manière (un entrain trottinant que Lou oubliera trop souvent en solo). Moe la bancale tambourine parfaitement, elle chante aussi un petit truc presque mieux que la gothique qui minaudait existentiel, il y a un très long morceau qui ressemble à une partie de Cluedo toute raide, un autre avec un Jesus qui donne l'impression de tournicoter autour des travelos environnants. Bref, tout est pour le mieux et la tension retombe indubitablement. On oublie toutes ces histoires d'aluminium sur les murs, ces danseurs sybarites qui se faisaient fouetter l'arrière-train pendant qu’un libidineux les photographiait avec des airs tendancieux. On oublie aussi cet enfant qui traînait innocemment au milieu de tout ce bordel usiné. On oublie sa mère et ses yeux dans le vide, son père et ce sombre destin de commis boucher raté que vous n'ignorez pas. Étape suivante… (Alpestre) réhabiliter Doug Yule !


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