mercredi 18 novembre 2015

Psychogeographie indoor (63)




« Retirez à l'homme la faculté de se plaindre, vous lui enlevez toutes ses ressources, vous le plongez dans la désolation complète. » (E .Cioran, Cahiers)


1.


4 juillet 2015.- Canicule, encore (38°C). Amolli, peu velléitaire, journée inutile (ou presque). Dans les Faux papiers de Nizon. Nous sommes en 2005, la France s'embrase un peu, ce sont ces fameuses émeutes que nous n'avons pas encore oubliées. Nizon analyse et comprend assez bien le « phénomène » (l'exploitation des immigrés, leur descendance, le besoin de reconnaissance, les looks agressifs inspirés par la sous culture US), mais il reste un « arrogant culturel eurocentriste », un élitiste pour qui le Rap et Schubert ne sont pas à mettre dans le même panier (évidemment). Pour le reste, caractère assez antipathique, mais quelques belles pages de souvenirs, un déménagement vers Montparnasse, le volume est presque déjà fini.

5 juillet 2015.- Chaleur andalouse (38°C). Ce matin deux averses miraculeuses que j'ai accueillies avec la ferveur sautillante d'un Rajhastanais comblé. Un peu de fraîcheur passagère. Fini les Faux papiers de Nizon, finalement un tantinet à mon goût, le type est certes diablement antipathique, il se voit peut-être un peu plus haut qu'il n'est, mais il a ses moments. Tenez par exemple voilà comment il évoque son appétit pour la chose diaristique : « j'ai commencé à pratiquer ce genre d'écriture très tôt et sans la moindre ambition littéraire, simplement parce que j'aime écrire, comme Robert Walser, qui prétendait avoir commencé à écrire pour la seule raison qu'il aimait dessiner des lettres sur le papier, il serait venu à l'écriture tout simplement à cause d'un penchant, une préférence pour une activité (calligraphique) manuelle insignifiante ! Et je cite Roger Federer, le plus grand joueur de tennis de tous les temps, dont j'ai lu la remarque suivante ; il ne connaît personne qui aime autant jouer au tennis que lui ». Tellement de livres à lire que je ne sais pas avec lequel enchaîner : Les Aventures d'Augie March de Saul Bellow ? Seins de Ramón Gómez de la Serna ? Le Stechlin de Theodor Fontane ? Choix qui m’entraîne dans des abîmes de réflexion.

7 juillet 2015.- Heatwave, yet. It was announced thunderstorms, which did not come. (38°C). Retour dans les Cahiers de l'ami Cioran, qui déçoivent rarement : « il faudrait renoncer à porter un jugement d’ordre moral sur qui que ce soit. Personne n’est responsable de ce qu’il est ni ne peut changer sa nature. Cela est évident et tout le monde le sait. Pourquoi alors encenser ou calomnier ? Parce que vivre, c’est évaluer, c’est émettre des jugements, et que l’abstention, quand elle n’est pas l’effet de la lâcheté, exige un effort épuisant.» Nothing else.

9 juillet 2015.- Beau temps plus frais (27°C). Julien Green, Épaves, culpabilité chrétienne en bord de Seine, ce genre de choses. Rien d'autre…

10 juillet 2015.- Retour de chaleur, mais supportable, le fond de l'air étant plus frais qu'il ne le fut pendant dix jours (33°C). Épaves de Green, ennui grisâtre… Le Monde des Livres et quelques livres à lire : Demande, et tu recevras (The Ask) de Sam Lysyte, chez Monsieur Toussaint Louverture, éditeur qui déçoit rarement , une biographie d'Henri de Régnier (cocu magnifique) par Patrick Besnier, la Vie Conjugale de David Vogel (austro-hongrois écrivant en yiddish, déporté puis assassiné à Auschwitz). Pour le reste depuis le départ de Micel Crépu La Revue des Deux Mondes vire à droite toute, c'est Franz Olivier Giesbert qui tient la barre en sourdine et selon certains échos il souhaiterait que la vénérable revue cesse « d'enculer des mouches… »
Demain congés, pour trois semaines…

12 juillet 2015.- Rares nuages, chaleur « tenable » (30°C) Matin : Épaves de Julien Green. Sombre, sinistre, glauque, incroyablement petit-bourgeois, souvent très ennuyeux et perclus de culpabilité chrétienne. Pourtant ici où là un petit charme, le petit charme des sous bois humides, des bords de fleuves aqueux, des quais venteux, des vieilles filles oubliées et de leurs inespérés amants turpides… Après midi : Séance de psychogeographie approximativement campagnarde. Dix kilomètres de sentiers au petit bonheur la chance, me suis presque vraiment perdu.

13 juillet 2015.- Beau temps chaud, tendant vers le caniculaire (again) (32°C). Embarrassé par quelques tracas de voisinage je n'ai pas pu vraiment entrer dans Les Aventures d'Augie March de Saul Bellow. C'est fort dommage puisque selon quelqu’un de mes informateurs les plus pétulants (Philip Roth en tête), les premières pages, l'enfance d'Augie dans le Chicago des années vingt, sont les meilleurs. Malgré mon manque de concentration (satanés voisins!) j'ai cependant cru voir saillir deux trois belles évidences. Plus qu'un roman à la petite semaine du « moi » c'est un roman-roman archétypal foisonnant de personnages (tant et si bien foisonnant que l'on s’y perd, c'est un bon signe), des faux souvenirs tellement chamarrés qu'ils en sont presque vrais, des intrigues multiples et variées… La traduction laisse deviner un style tout ce qu'il y a de présentable, il y a de l'humour et je pense que c'est un livre que je pourrais adorer si le voisinage m'en laisse le loisir…

14 juillet 2015.- Ciel limpide, tiédeur, un mince filet d'air frais de temps à autre (32°C). Une dizaine de kilomètres de Pyschogéographie matinale. Me suis un peu perdu dans deux, trois bois pour mieux me retrouver dans une pagode incongrue où j'ai été recueilli par quelques bonzes souriants. Poursuivi mon chemin en bord de ruisseau, au frais. Rentré lu deux chapitres des Aventures d'Augie March puis regardé l'arrivé du Tour de France à la télévision. C'est un Britannique suspect, frénétique tel le lapin Duracell, qui l'a emporté haut le mollet.

16 juillet 2015.- Chaleur plombante (38°C). Au bout de trois jours de laborieuse lecture, je suis enfin parvenu à entrer dans les Aventures d'Augie March. Peut-être pas si mal, un jardin botanique romanesque plein de plantes diverses et variées (des vivaces, des carnivores…). D'autre part quelques bouchées des Cahiers de Cioran, le Tour de France à la télévision (dans le genre épique).

18 juillet 2015.- Journée orageuse, un peu de fraicheur (33°C-> 25°C) . Je chemine péniblement dans les Aventures d'Augie March, m'y ennuyant à vrai dire plus qu'à mon tour. Cependant quelques arpents sauvent l'ensemble, une histoire de voiture volée qui fini en périple hobo autour des Grands Lacs, les divers emplois d'Augie : semi-gigolo, vague homme de main… promeneur de chien pour un toiletteur croquignolet… voleur de livre pour un trotskiste pittoresque…

19 juillet 2015.- Nuit pluvieuse, journée plus fraîche (30°C). Il y a quelques jours je faisais un mol éloge de la traduction des Aventures d'Augie March. J'étais dans l'erreur, je pense aujourd’hui que c'est cette traduction qui pose problème (je m'ennuie assez en lisant les tribulations Augie March, il faut bien trouver un coupable). Pour confirmer cette intuition, je viens de comparer quelques pages du Don de Humboldt traduite par le même traducteur avec la traduction de Henri Robillot et Anne Rabinovitch datant de 1978 (j'ai les deux volumes en ma possession) et je ne crains pas d'affirmer qu'il n'y a pas photo. Style clinique et utilitariste d'un côté (un style de dispensaire), style certes un peu passé, mais fluide et vivant de l'autre… Reste à savoir qui est le plus fidèle à la « musique » et à l'esprit de Saul Bellow, je peux me tromper, mais je pense savoir qui l'est…
Par vengeance et histoire de retrouver un peu de légèreté de lecture, j'ai entamé l’Italie à la paresseuse d'Henri Calet. Merveilleux petit livre de vrai faux voyage. Calet visite l'Italie au petit bonheur la chance, on le fait passer pour un Dottore assistant à une conférence sur le « gaz combustible », il navigue gentiment sur un vaporetto et ne vois presque rien de Venise, déguste de coûteuses glaces sur la place Navone, bois moult apéritifs, bref le bonheur sans traducteur : « Je confesse que je suis un touriste apathique, et même décourageant : j'attends que les choses retiennent mon attention, qu'elles me raccrochent, qu'elles me fassent de l'oeil ; je me laisse fixer par elles. Comme si j'étais bouché ».

20 juillet 2015.- Chaleur toujours (33°C). Trente pages des Aventures d'Augie March, dix pages de Cioran (ses Cahiers). Je fais ma valise, demain départ pour la Pologne.


2.






29 juillet 2015.- Pluie légère, morne plaine (22 °C). Retour de Pologne, visité Varsovie, Zakopane, Cracovie et Lódz… Varsovie est une ville presque totalement neuve, reconstruite comme chacun le sait au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le centre historique sent un peu le carton-pâte, mais le travail est admirable. Du fameux ghetto juif il ne reste qu'un petit pan de mur gris autour duquel on a construit la ville moderne, buildings communistes tout d'abord — le tout autant massif qu’épatant Palais de la culture et de la science – financiers et commerciaux ensuite, ces hautes tours aseptisées à l'architecture aléatoirement intéressante. Varsovie a pour tout dire des airs américains transplantés au milieu de ruines collectivistes (parcs urbains, transports en commun nombreux, parfois rouillés, parfois pas…) Pris ensuite la route en direction du Sud, vers Cracovie, la frontière slovaque, Auschwitz et les Carpates. Traversé Wadowice la ville natale de Jean Paul II (Visité la maison de son enfance en bord de cathédrale), fait un petit tour autour de La Vierge noire de Częstochowa (grande dévotion à tous les étages, Lourdes peut se rhabiller avec sa petite grotte à Soubirous). Un nœud dans la gorge je ne pourrais presque rien dire sur les baraquements tragiques d’Auschwitz et la morne plaine de Birkenau (lisez Primo Levi et les autres, revoyez Lanzmann et Ophüls). Ah, si! Il y avait là, tout près des rails que l'on sait, de jeunes juifs en groupe portant un drapeau israélien sur les épaules et chantant à l'unisson au milieu de la désolation… Plus loin, plus haut dans les Carpates à Zakopane au pied de la chaîne des Tatras je n'ai pas croisé le fantôme de Gombrowicz (habitué des lieux), mais je me suis retrouvé devant la tombe de Stanisław Witkiewicz, père du formidablement trépassé Stanisław Ignacy Witkiewicz et inventeur du style architectural Zakopane, ce qui n'est pas rien. Le lendemain Cracovie, vieille ville (extraordinaire place du marché) mines de sel de Wieliczka au milieu d'une cohorte de petits vieux en goguette, le surlendemain Lódz étonnante ville fantôme post-industrielle, un genre de Detroit polonais avec usines en ruines déjà envahies par la végétation et immeubles collectivistes oubliés en bord d'avenue colossale. Fait un tour dans les bâtiments de l'École nationale de cinéma d'où sont sortis Krzysztof Kieślowski, Roman Polanski, Andrzej Wajda, Krzysztof Zanussi et Jerzy Skolimowski, vu l’escalier où tous ces Polonais parfois mal pensants faisaient des concours de saut certainement arrosé à la Vodka (Polanski gagnait à tous les coups). Voilà pour les lieux que j'ai traversés un peu en vitesse il faut bien le dire. Pour le reste, je n'ai guère discuté avec le polonais de base lui trouvant des airs plus renfrognés que nature, il a certainement ses raisons.
Repris la lecture des Aventures d'Augie March. Au bout d'une trentaine de pages ce lourd pavé me tombant sur les pieds avec une régularité métronomique je me suis rabattu sur Bérézina le dernier opus de Sylvain Tesson (ne criez pas, je suis conscient qu'il y bien autre chose à lire), certes un peu trop chapka vodka et virilité bourrue, un peu fatiguant d'avance (je ne passerais pas une demi-heure avec Sylvain tesson s'en avoir l'envie de fuir en courant les jambes autour du cou), mais il a l'avantage de se laisser lire presque tout seul, c'est déjà ça…

30 juillet 2015.- Ciel variable, quelques filets d'air presque frais (23°C). Le Bérézina de Tesson fils n'est finalement pas si catastrophique que ça, évidemment le côté virilité de chambrée et slavitude arrosée de litres de Vodka est un tantinet pénible, mais il y a d'autres arpents, quelques qualités. L'évocation de la retraite de Russie est par exemple assez épatante, on apprend une foultitude de choses  (hippophagie, anthropophagie et autophagie sont les trois mamelles nourricières de la « grande armée » rentrant de sa petite campagne tragique en Russie) Tesson parvient à dissimuler son surmoi derrière la grande Histoire, nous voilà presque reposés de lui.
Repris Augie March, le récit d'une grève avortée, un amour naissant, un peu moins d'ennui.

1 août 2015.- Temps nuageux agrémenté de belles éclaircies, quelque chose d'océanique, de Madérien (23°C). Hier vie sociale, barbecue estival, ce genre de réjouissance. Ce matin un chapitre des Aventures d'Augie March, une histoire de fauconnerie au Mexique, toujours de l'ennui. Cet après-midi, Par ailleurs (Exils) de Linda Lé. Menu alléchant (Cioran, Pessoa, Bernhard, Artaud, Mandelstam…) qui tient presque ses promesses. Belles pages sur Benjamin Fondane, ni d'ici ni d'ailleurs, gazé à Birkenau en 1944 : « Nous ne parlons aucune langue, / nous ne sommes d’aucun pays, / notre terre c’est ce qui tangue / notre havre c’est le roulis. »


2 août 2015.- Beau temps chaud (30°C). Je lis Artaud et la Théorie du complot de Mehdi Belhaj Kacem. Il faut être paranoïaque, absolument paranoïaque! Éloge de quelques outlaws notoires (Hölderlin, Rousseau, Beckett, Guy Debord, Walter Benjamin, Philippe Lacoue-Labarthe, Pierre Michon). Souvent brillant, parfois émouvant et temps à autre réjouissant, le dézinguage de l'héroïsme militaro-sacrificiel d'Alain Badiou par exemple : « Chez Badiou, comme chez Heidegger, l’héroïsme, c’est donc toujours un peu l’héroïsme des autres : c’est-à-dire celui de gens qui sont restés confortablement derrière leur bureau pour dire aux autres qu’il fallait se sacrifier pour la bonne cause ; ou pire, sacrifier des masses entières de la population à cette même cause. Et c’est très curieux, puisqu’en relisant, après ces années d’anesthésie procrastinante que je vous ai dites, la conférence du Vieux-Colombier, je tombe sur cette phrase stupéfiante, qui traduit absolument mon sentiment de violent, de viscéral rejet de l’héroïsme heideggero-badiolien : « car aucune guerre ne vient du hasard et il y a toujours quelqu’un qui la déclenche et qui se garderait bien d’aller s’y faire tuer, n’est-ce pas Staline, ô cher maréchal des pompiers ».

4 août 2015.- L'orage rode. (27°C). Travaillez, mais pourquoi donc!? Me voilà lessivé, sans idée… De surcroit, rien lu depuis deux jours, c'est un problème

6 août 2015.- Nouvel épisode caniculaire (38°C). Rien lu (ou presque) depuis trois jours ; la chaleur.

8 août 2015.- Replets orages, bourrasques batailleuses et pluie biseautée, chute des températures, près de 20° de débours par rapport à celles d'hier, c'est beaucoup, c'est presque trop (22°C). Humeur ultra maussade, peu d'envie. Sabordé la fin des Aventures d'Augie March que j'ai plus parcouru (en sautant de longs blocs de texte) que lu. J'ai cependant cru discerner deux, trois passages intéressants ( voire potentiellement « magnifiques »), des amours mexicains, le récit d'un naufrage en plein Atlantique. En définitive, je dirai que les Aventures d'Augie March forment certainement un « grand roman » autour duquel je serai passé pour un somme de raisons qui m'échappent tout à fait.
Dans l'élan, un élan bien morose, entamé un Chien mort après lui, livre où Jean Rolin « enquête » sur les chiens errants un peu partout à travers le Monde. Vraiment bien, pour l'instant.



3.






9 août 2015.- Nuages et fraicheur (22°C). Toujours avec Jean Rolin et son Un chien mort après lui, certes un tantinet décousu, mais indubitablement canin. On sautille de la place Garcia Bravo de Mexico City à la Modena de Santiago du Chili, des Pyramides de Gizeh, dans les pas de Flaubert, au sud de Beyrouth sous les bombardements. Constatation, toujours des chiens, errants et féraux, déchiquetant ici où là les quelques cadavres que l'on a bien voulu leur laisser.

10 août 2015.- Ciel chagrin, petite pluie (22°C). Perclus de douleurs diverses et variées. Dix pages de Rolin, souvenirs canins en bord de conflit israélo-palestinien, que du bon.

11 août 2015.- Soleil, humidité 54 %, vent 8km/h (27°C). Rolin et les chiens féraux, clairement de seconde main, pour tout dire assez feignassou, mais toujours ce « charme topographique ». Nouvelles acquisitions : Les naufrages du Batavia - Simon Leys, Aventures dans l'irréalité immédiate - Max Blecher, Rêver à la suisse - Henri Calet,

14 août 2015.- Du vent (27°C). Un chien mort après lui, très peu tenu et assez raté, le charme habituel semble éparpillé en une multitude de petites piécettes émiettées et on se demande où il vaut bien en venir. Séries Tv, bilan estival : Wayward Pines (4,09/10), Trou Detective (5,96/10), Aquarius (6,23/10), Hannibal (6,49/10), Silicon Valley (7,83/10), Mr. Robot (8,14/10), Rectify (8,96/10). Extraballe couch potatoes : Forever (6,03/10).

16 août 2015.- Ciel de traîne, rares, mais belles soleillées (22°C). La fin d’Un chien mort après lui gagne un peu en cohérence. Rolin vadrouille en Australie, il parle du Dingo ce primo chien féral que l'on ne saurait ignorer. Un peu de ciment pour un bouquin qui en manque beaucoup. Rêver à la Suisse courte merveille d’Henri Calet que l'on lis en une demi-heure pour mieux y penser encore deux heures après. Calet ne parle pas des sommets, des neiges éternelles, des vallées et torrents mais reste émerveillé devant les aspects les plus triviaux d'un nation admirablement bien peignée : les urinoirs, les uniformes des receveurs de tramways, les distributeurs automatiques de cachou, de « tutti frutti » et d'Eau de Cologne, les lacets de souliers… Voilà un pays où l'on meurt en cueillant des edelweiss, un pays où il existe encore des bêtes d'un autre âge, un pays où les militaires jouent à saute-mouton… Bref, voilà du merveilleux, une candeur et une désinvolture admirables. Calet est décidément des nôtres.

18 août 2015.- « Impréssion» de beau temps (25°C). Not in the mood. Cioran, Cahiers, nothing else.

20 août 2015.- Belle journée estivale, dans le genre tardif (27°C). Le labeur n'est le plus souvent qu'un sourd mélange de Kafka et d'Orwell pour un résultat proche du père Ubu. Ne travaillez donc jamais ! Ne sacrifiez rien au rendement ! Cioran, Cahiers, encore, toujours. Quelques projets de lecture pour cette fin de semaine : Les Naufragés du Batavia de Simon Leys, Les Grandes largeurs d'Henri Calet

21 août 2015.- Beau temps chaud (29°C). Pourquoi diable y a-t-il des voisins ? Le voisin pose toujours d'insidieux problèmes, il se veut souriant, mais vous planterait bien un long couteau virtuel entre les omoplates après vous avoir parlé des conditions météorologiques en vigueur. Et je ne parlerais pas du voisin croisé dans l’ascenseur c'est le pire ! Voilà une intimité très malvenue, la badine discussion sur la météorologie ne lui suffit plus vraiment, il regarde ses pieds en toussotant, l’ascension est bien longue, la tension palpable. Bref pour simplifier les choses, il faut éviter le voisin et chérir les zones désertées par l'humain…
Lu quelques pages du Monde consacrées à la « rentrée littéraire », rien de transcendant, Simon Liberati et Eva Ionesco, une légère odeur de souffre, un vague intérêt de ma part

22 août 2015.- Fourbe chaleur aoûtienne, au loin et tardivement quelques traînées nuageuses un peu inquiétantes (32°C). Lu dans la journée Les Naufragés du Batavia de Simon Leys. Le volume est mince et les conditions lectorales presque idéales (peu de bruit avoisinant, une chaise de jardin adroitement dépliée et une ombre propice). Deux courts récits le premier nous rappelle le naufrage du Batavia sur un petit archipel en bord d'Australie. Histoire passionnante et pleine d'accointance avec l’œuvre de Leys. Comment les horreurs du totalitarisme peuvent-elles débouler au débotté? Une catastrophe pour terreau et des hommes qui partent en vrillent, qui suivent un demi-fou. Des viols et des assassinats à qui mieux mieux, une parabole génocidaire… Le second récit est une petite chose datant de la jeunesse de Leys. Quelques jours à bord d'un thonier breton - un des derniers voiliers de pêche. Mauvais vin et pâte humaine, belle galerie de portraits (ces pécheurs n'existent plus aujourd’hui où la pêche se fait au radar et où le poisson se fait rare).

23 août 2015.- Pluie fine (23°C) Aventures dans l'irréalité immédiate de Max Blecher, porcelaine et mal de Pott, Walser et Schulz, mais roumain voyez-vous… Souvent magnifique voire plus. Je laisse parler l'artiste, il se suffit à lui même : « C’est dans de petits objets sans importance : une plume d’oiseau noire, un petit livre banal, une vielle photo aux personnages fragiles et inactuels, qui semblent souffrir de quelque grave maladie intérieure, un délicat cendrier en faïence verte, en forme de feuille de chêne, sentant toujours le tabac froid, dans le simple souvenir des lunettes aux verres épais du vieux Samuel Weber, dans ces menus ornements et objets domestiques, que je retrouve toute la mélancolie de mon enfance et cette nostalgie essentielle de l’inutilité du monde qui m’enveloppait de toute part, comme une eau aux vagues pétrifiées. La matière brute, dans ces masses profondes et lourdes – de terre, de pierre, de ciel ou d’eau –, ou dans ces formes les plus incompréhensibles – les fleurs en papier, les miroirs, les billes de verre avec leurs énigmatiques spirales ou les statues colorées –, m’a toujours gardé prisonnier entre ses murs, auxquels je me heurtais douloureusement, m’astreignant à poursuivre cette aventure bizarre et insensée : être un homme»

25 août 2015.- Soleil (24°C) Malade, estomac. Rien lu.

26 août 2015.- Tiédeur, soleil bas, aucun charme, les fins d'étés sont parfois ainsi (32°C). Not in the mood. Fatigue, encore un peu malade. De surcroît, voisins toujours encombrants. L'un écoutant pendant pas moins de trois heures une espèce de brouet musical qui a fait vibrer mes murs inconsidérément. Malgré cela, feuilleté l’Équipe du jour, rien de bien littéraire, Blondin est loin. Pour ce qui est de la littérature lu une chronique assez futée de Bernard Frank puis un petit bout des Cahiers de l'animal Cioran. Comme par magie l'humeur d'Emil était tout à fait concordante avec la mienne .



To be continued




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