lundi 26 octobre 2015

No comments - N°119





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mercredi 14 octobre 2015

Psychogeographie indoor (62)



Toujours ce lys devant la fenêtre
Comme passe le vent d'été;
Ce n'est plus le temps de renaître
C'est celui d'avoir été. 
(Henri Thomas, À quoi tu penses)

1.

30 mai 2015.- Ciel changeant (23°C) Vu un film, L'Amant de Cinq Jours de Philippe de Broca. La désinvolture de Jean Pierre Cassel, l'accent de Jean Seberg, la fantaisie de Micheline Presle, la drôlerie désabusée de François Perrier et ce simple constat : Au cinéma il FAUT que les personnages soient aimables et l’essentiel est fait…
Lu Savannah de Jean Rolin. Où le goût de Rolin pour la topographie (les portes-conteneurs, les friches urbaines et les bestioles), rejoint l’intime, cette relation qu'il eut avec Kate Barry, ce voyage qu'ils firent tout deux à Savannah à la recherche de Flannery O'Connor, puis la mort de Kate Barry, les souvenirs et cette envie de « retourner voir » sept ans plus tard. Livre aussi magnifique qu'il est court, le meilleur de son auteur puisqu'il n'y est plus question de journalisme ni de récit encombré de prétextes fictionnels. Rolin a vraiment trouvé son sujet et son sujet est un tombeau : « Mon violon d'Ingres, c'est d’élever des paons, une occupation qui repose entièrement sur les paons… » D'autre part entamé le livre que Jerome Garcin consacre à Jacques Lusseyran, écrivain non voyant, résistant héroïque, déporté à Buchenwald, certainement de la littérature « grande presse », mais pourquoi pas après tout ?

31 mai 2015.- Beau temps tiède, quelques rares, mais replets nuages, assurant une climatisation toute naturelle (26°C) Le Voyant : un résistant aveugle, les couleurs du Jardin du Luxembourg, Buchenwald et l'ignominie, la France de l'immédiat après guerre, un gourou un peu margoulin, l’Amérique des années soixante, des complications sentimentales, la mort au coin d'une route… On aurait beaucoup de peine à vouloir faire un mauvais livre avec la vie de Jacques Lusseyran, encore faudrait-il connaître cette vie et c'est le grand mérite de Jerome Garcin que de la connaître. Joli livre ému, parfois un peu pelucheux… Pas grand-chose à en dire d'autre, je suis flapi (ah si ! Le lisant on passe un peu de Primo Levi à Modiano et de Modiano à Philip Roth, en amoindri, certes, mais il y a de ça…)

1 juin 2015.- Moiteur, pluie tiède, quelque chose de tropical, mais en postiche (26°C) Proust contre la déchéance. Court volume, une conférence donnée par Joseph Czapski, officier polonais prisonnier dans le camp soviétique de Griaziowietz pendant l'hiver 1939/1940. Au milieu d'un froid réfectoire désaffecté où sont rassemblés quelques prisonniers attentifs, il évoque le salon des Guermantes, les amours de Swann et la chambre enliègée du père Proust. Nous n'apprenons pas grand-chose, ce n'est pas un grand livre, mais c'est à coup sûr un grand exemple de résistance par le savoir (et la mémoire puisque cette conférence fut prononcée sans plus de matériel que les souvenirs de son auteur.)

4 juin 2015.- Tentation caniculaire (32°C). Amorphe, trop de tiédeur. Quelques Greguerias de l'ami Ramón, rien de plus : « face au “moi ” et au “surmoi ” il y a le “qu'est ce que j'en sais moi ! ” ».Rien (ou presque) : Le temps passe, notre nombril est toujours là.

5 juin 2015.- Ciel céruléen, grande tiédeur, très grande tiédeur (36°C). Lu le Monde des Livres sous l'ombre portée d'un cerisier lourdement chargé de fruits. Assez bon feuilleton de Chevillard qui m'a donné l'envie d'acquérir Les souris gloussent, les chauves-souris chantent, somme naturaliste potentiellement sautillante parue chez José Corti. À lire également : Maurice Garçon, Journal (1939 -1945), Vilnius Poker de Ricardas Gavelis chez Monsieur Tousaint Louverture. Pour le reste pas d'inspiration, plutôt de la transpiration, je vous laisse.

6 juin 2015.- Grande chaleur (33 °C) Entamé les Coins coupés de Philippe Garnier. Autobiographie un peu déguisée où Garnier s'invente un double (Stretch) pour mieux se raconter tout en fictionnant un peu autour de ses souvenirs. Livre pour l'instant formidable, plein de coqs à l’âne et d’anecdotes sautillantes. Les débuts de Garnier comme disquaire au Havre, son exil américain, ses pérégrinations dans le milieu des collectionneurs de disques. New York, San Francisco puis LA dont il fait un portrait pointilliste et topographique tout à la fois. Des rencontres Poison Ivy et les Cramps, Crocus Behemoth et Pere Ubu, Terry Melcher et Charles Manson, beaucoup d'autres… Garnier raconte toujours ses histoires (son histoire, l'Histoire) par le petit bout de la lorgnette, les détails croquignolets, les arpents fétichistes, on pourrait lui reprocher ce ne sera pas mon cas : « Il avait véritablement cessé de s'intéresser au rock, en fait, à peu près quand les Smiths avaient cessé de manger de la viande. Mais c'était vrai que le décrochage correspondait à peu près à l'avènement de ce groupe, de cette voix qu'il ne pouvait encaisser, de la “ligne claire” qu'il ne pouvait lire. »

7 juin 2015.- Beau temps chaud (31°C) Belle journée. Presque fini les Coins coupés de Garnier. Vie sociale, psychogéographie dans le vieux Lyon. Tour chez les bouquinistes. Acquis Épaves de Julien Green (2€), Bouddha vivant de Morand (5€), Hello, Plum ! L'autobiographie de PG Wodhouse (5€). Bu quelque bières au débotté, regardé les touristes et les péniches passer. Retourné chez moi, encore une bière, un vent léger, quelques nuages, tout est pour le mieux même si l’orage guette.

8 juin 2015.- Moiteur mékongaise (31°). Incapable d'aligner plus de trois lignes je me contenterai d'une.

9 juin 2015.- Ciel bleu pâle, quelques nuages de moyenne altitude, plus de fraîcheur (24°C). Slight return in Stendhal’s diary. On passe son bras sous le bras de quelques gourgandines, on regarde passer le Roi (l'Empereur?) sur le Pont de la Révolution, on vit légèrement, on aime beaucoup, on est rempli de sentiments…
Rien (ou presque) : Les périodes d’indifférence blasée et d'ennui taciturne sont les brindilles qui charpentent le nid de notre curiosité.

11 juin 2015.- Chaleur, nuages tardifs (32°C). Cioran, Cahiers. Le 10 mars 1963. Cioran sort se promener, il rentre bien vite, incapable qu'il est de regarder les passants, leur simple « existence », qui ne peut être qu'inconcevable : « On ne peut pas se promener la tête baissée, dans les déchirements de la honte… » Stendhal, diary. Le 24 septembre 1811, l'ami Beyle part de Mantoue à deux heures, il passe le Pô à quatre, il est bien réveillé, sens tout. Mourant de faim il dîne à Modène : « la plus propre et la plus gaie ville d'Italie… »
Rien (ou presque) : Il n'y a pas d'indignés heureux, ou alors avec un peu de folie dans la main droite et un gros mouton dans l'autre.

12 juin 2015.-Tendance orageuse, quelques gouttes tièdes (25°C) Le Monde des Livres, des « écrivaines » et des « auteures » de l'ennui et cette question : « Quoi de neuf ? Le roman ! » Pour Cécile Minard (écrivaine et auteure), le Roman doit être l’œuvre de « fictionneurs » marchant de travers, faisant des pas de côté, des écarts. Pour Thomas Clerc le type de roman contemporain le plus intéressant est le Biolitt (roman biographique), j'ai des doutes. Pour Cloé Korman (auteure, écrivaine), le roman est une « manière puissante d'essayer de comprendre comment s'enclenchent les scénarios de cauchemar qui nous entourent, ces capitales de la douleur qui ont pour nom Alep, Bangui, Tripoli où les bateaux qui coulent en méditerranée… » J'ai encore des doutes. Pour Fabrice Humbert (écrivain, auteur), le roman est un « art bâtard composé de mille déchets ». Très bien, très bien, lisant tout cela j'ai envie de crier QUANT EST-IL DE LA METAPHYSIQUE ?! Je ne le ferai pas au risque de paraître réactionnaire, fou ou illuminé. De toutes les façons le roman-roman, hein !



2.




13 juin 2015.- Temps estival (28°C). L'été est déjà là, arrosé plantes et fleurs. Sieste prolongée tiède et enrobée de senteurs diverses et variées. Une fois (un peu) réveillé entamé le Hello, Plum ! De P.G. Wodehouse. Comme son sous-titre l'indique, c'est une autobiographie en digressions où l'on n'apprend presque rien sur la vie de l'animal Wodehouse. Son enfance est évoquée en trois lignes, sa jeunesse en deux pages. On apprend par contre beaucoup de choses sur les comtes, les particules et les majordomes, pas mal d'autres choses sur la vie littéraire du début du siècle dernier (ce fameux 20e siècle dont on nous rabat souvent les oreilles). Le tout est évidemment le plus souvent hilarant puisque chacun sait que P.G n'est jamais en reste lorsqu'il lui faut pirouetter dans le loufoque :«  Ce qu'a fait Shakespeare est très différent de ce que j'ai fait moi, mais ça ne veut pas forcément dire que c'est moins bien. Il y a chez lui des passages auxquels j'aurais été très content d'accoler mon nom. Le machin avec “demain, demain et demain ” par exemple ; on peut dire que là-dedans il a donné pas mal d'effet à sa balle. Et je me demande si dans le domaine des personnages j'ai réussi beaucoup mieux que son Falstaff. Non ce type était peut être grossièrement matérialiste, mais une fois qu'il avait pris ses repères il s'y entendait quand même pour mettre dans le mille. En tous les cas, moi, je le mettrais sans hésiter dans la catégorie des Wodehouse ».

14 juin 2015.- Restes orageux (22°C) Wodhouse est un « farfadet babillard », il parle d'un vendeur de ponts, se souvient de quelques courses d'escargots légendaires, évoque ces météorites qui pourraient vous tomber sur l'estomac au débotté pendant que vous êtes confortablement assis sur un canapé. Ajoutons que sa famille est composée de lui-même, de sa femme, de deux pékinois, d'un chat et d'un chien de meute. Bref, tout est pour le mieux.

15 juin 2015.- Journée partiellement ensoleillée (25°C). Vies sociale, coupé une haie. Fini le Hello, Plum ! De Wodehouse (il faut se méfier des chauffeurs de taxis, d'hollywood et du théâtrrrrrrre, il faut chérir les bestioles domestiques) . Entamé Quand vous viendrez me voir aux Antipodes un choix de lettres extrait de la correspondance entre Simon Leys et Pierre Boncenne. Le tout est agencé comme un abécédaire et c'est presque une bonne idée. Leys parle de de Balzac de antiaméricanisme, du progrès, des révolutions et d'Alain Badiou : « J’ai lu (sans en comprendre l’objet) ce dialogue de Badiou avec un comparse : On ne peut même pas dire que c’est idiot (ce qui supposerait encore un certain contenu susceptible d’être commenté) : c’est simplement opaque à propos de RIEN. »


16 juin 2015.- Pluie et fraîcheur (18°C). « Il me semble qu’il y a en littérature deux pôles opposés : le déracinement et l’enracinement. L’un et l’autre, poussés à leur perfection extrême, me fascinent également (d’un côté, disons, Conrad, Michaux, Cioran ; de l’autre Larkin, Chardonne…). D’un point de vue humain, on n’aurait souhaité fréquenter que les premiers ; mais l’art des seconds est prodigieusement séduisant aussi. Un jour à Hong Kong, tout à fait par hasard – je n’avais pas parlé, ni lu, ni entendu du français depuis des éternités –, je suis tombé sur le volume Correspondance 1950-1962 Chardonne-Nimier (NRF, 1984) : révélation bouleversante de cette merveille qu’est la langue française ! Certains vers de Larkin me donnent le même sentiment en ce qui regarde l’anglais. Et de ce point de vue, le premier a acquis le droit de dire : “Hors de l’art de vivre français, je ne vois rien sur terre. Et il me suffit. ” (Lettre à Marcel Arland, juin 1950.) Et l’autre, de proclamer qu’aucune poésie ne pourrait l’intéresser si elle n’était pas anglaise : “Deep down, I think foreign langages irrelevant. ” (Interview de la Paris Review, 1982.) Pareils propos sont odieux et hideux dans la bouche d’un politicien ou d’un épicier – mais venant d’un vrai prosateur français, d’un vrai poète anglais – ou d’un vrai lettré chinois – parlant chacun de sa propre culture – ils reflètent une réalité infiniment précieuse et respectable. » Le Quand vous viendrez me voir aux antipodes de Simon Leys est un vrai bonheur que j'ai dégusté goulûment en moins d'une journée (j'ai aussi fait « fait » mes vitres et lavé quelques rideaux). Il vous donne l'envie de lire quelques écrivains que nous n'aurions jamais eu l'idée de lire (JF Revel, Philip Larkin au Mario Vargas Llosa…), vous fait encore plus aimer ceux que vous aimiez déjà (Cioran, Chesterton, Vialatte…), il vous ouvre les yeux sur une multitude de grands Chinois historiques, vous fait presque apprécier par avance quelques beaux parangons de littérature maritime, vous intrigue en parlant pertinemment de quelques tristes sirs qu'il faut haïr et aimer tout à la fois (Rebatet, Chardonne…). De toutes les façons il n'y a que du bon à attendre d'un type qui se méfie de l'engagement aime plus que tout les îles et la littérature tout en étant une magnifique armoire à citation : « Je suis un grand amateur de tango. Ma seule, ma dernière passion, c'est le tango argentin » (Cioran, Cahiers).

17 juin 2015.- Journée estivale, température admirablement régulée par un vent tout à fait pertinent (26 °C). Longue séance de Psychogéographie Outdoor dans les « nouveaux quartiers » de Lyon, ceux du Confluent. Plus de 15kms de marche butinante. Passé dans la rue et devant l'immeuble où j'ai vécu les cinq premières années de mon existence ici-bas, aucun souvenir, pris une photographie. Sur le retour suis tombé par hasard sur un « marché aux livres », acquis deux volumes qui ne me demandaient rien : Une vie ordinaire de Georges Perros dans la collection Poésie de Gallimard (3 €) et Un chien mort après lui de Jean Rolin (2 €).
Rien (ou presque) : L'écrivain sans inspiration se contentera du factuel, c'est un bon remède.

19 juin 2015.- Une paire de nuages matinaux puis un ciel limpide, bleu pâle (26°C). Social life. Quelques kilomètres de psychogéographie outdoor, me suis retrouvé par hasard au milieu d'un groupe de retraité allemands en bord de Basilique. Plus loin, pirouetté aléatoirement au cœur d'un vieux cimetière lyonnais, grande quiétude. Matin j'avais entamé le Bouddha vivant de Morand. Le volume achevé d'imprimer le 15 juin 1927 est rempli de senteurs noisettes, de mordoré latent. Il y est question d'un prince, d'une Bugatti et de l'Asie de l’extrême Sud-est. Les Clichés racistes qui pleuvent ici où là sont largement rachetés par un style toujours éblouissant, Morand est un con qui écrit divinement : « La voiture était à deux places. Renaud s'assit à du côté du Prince, qui mit le gaz et la Bugatti bondit hors de la cour de marbre, légère comme le cercueil d'un fumeur d'opium »


3.




20 juin 2015.- Rares passages nuageux, temps agréable (25 °C). Un oiseau que j'imagine fluet c'est permis de me fienter dessus alors que je finissais le Bouddha Vivant de Morand, rien de grave puisque le volatile indisposé à eu la délicatesse de ne pas viser mon volume ouvert et s'est contenté de mon ventre qui offrait plus de surface. Voilà l'un des risques de la lecture en extérieur, je l'assume. En dehors de cette bucolique mésaventure le Bouddha Vivant était assez bon, presque parfois craquant sous la dent, un petit fatras bancal et joliment obsolète où Morand nous revend une histoire de prince Singapourien qui virera ascète bouddhiste en deux trois mouvements. Évidemment, le bouddhisme vu par Morand est un coquet machin plein de clichés colorés, mais il y a du charme (le charme du mufle?) et quant au style…. Morand derrière moi (et les oiseaux fienteurs hauts dans le ciel, j'ai entamé Une Vie Ordinaire de Georges Perros. C'est un « roman-poème » (ou plutôt une autobiographie-poème) d'une simplicité désarmante.

(Moi je l'ai rencontré un jour
Valéry dans les vespasiennes
et fait pipi tout près de lui
écoutant la chanson bien douce
qui s'écoulait de sa vessie)

22 juin 2015.- Passages nuageux, moiteur torve (31°C) Reprise du labeur, lourdeur. Toujours dans le « roman poème » de Georges Perros (Une vie ordinaire), souvent admirable :

J'avance en âge mais vraiment
je recule en toute chose
et si l'enfance a pris du temps
à trouver en mou je pense
voilà qui est fait et je suis
devenu susceptible au point
qu'on peut me faire pleurer rien
qu'en me prenant la main Je traîne
en moi ne sais quelle santé
plus prompte que la maladie
à me faire sentir la mort
Tout m'émeut comme si j'allais
disparaître dans le moment
Ce n'est pas toujours amusant.

23 juin 2015.- Matinée nuageuse. Belles soleillées par la suite (23°C). Lever 6 heures, labeur, sieste prolongée, quelques lignes de Georges Perros, arrosé plantes et fleurs, nothing else

24 juin 2015.- Temps estival, ciel IKB et tiédeur, rien de plus normal, le solstice d'été est derrière nous (28°C). Lever 5 heures, labeur, sieste prolongée, toujours avec Georges Perros (l'homme à la moto), rouvert le Journal de Charles du Bos, il y était question de Gide, petit ton plaintif, petit ton obsolète, rien de plus.

25 juin 2015.- Soleil voilé, tiède halo laiteux (28°C) Du Bos, Journal. On converse avec un abbé, on évoque la pédérastie de Gide, à défaut de s'y noyer on s'ennuie un peu au milieu d'un petit océan obsolète : « A pied sous une pluie torrentielle, de la rue Monsieur au café Lutétia, l'impression d'unité persistait. Je songe à l'inépuisable parole de saint Paul : “Vous posséderez vos âmes dans la patience” ».

27 juin 2015.- Soleil voilé, vent tiède (29 °C). Entamé Faux Papiers de Paul Nizon, c'est le cinquième volume du Journal de cet écrivain suisse allemand que j'ai jusqu'à présent évité avec soin ne lui trouvant guère d'arpents sautillants (me sachant féru de sommes diaristes ce volume m’a été offert au petit bonheur la chance). Ennui assez global, l'impression de ne pas avoir trouvé un rythme de lecture qui s'imbriquerait dans le rythme d'écriture de Nizon (traduction?). Aucun humour, pas d'ironie, un sérieux parfois papal et un peu d’immodestie. Pourtant au-delà de ces constatations qui n'ont rien pour vraiment adoucir mes craintes, je sens saillir ici où là quelques points d'accroche : Robert Walser, un goût pour la solitude et une méfiance face au grégaire qui ont tout pour me plaire :  « Pour en revenir au bonheur. Je ressentais un sentiment de félicité à chaque fois que, pour m'exprimer un peu pompeusement à la Thomas Mann, je ne recueillais, ou lorsque gamin, je faisais l'école buissonnière pour pouvoir être seul, c'est-à-dire donner libre cours à la pensée, m’abandonner à certaines sensations, à certaines images, à la rêverie, au fond j'essayais de me mettre au clair avec moi même, d'assimiler la matière très diverse de mon expérience, jusqu'à ce que sorte de cette décomposition une forme de rassemblement à partir duquel je pusse créer mon monde, Créer ? Me rejoindre. Et c'est au creux de cette profusion luxueuse que le bonheur, une conscience diffuse du bonheur, naissait… »
Toujours dans une Vie Ordinaire de Georges Perros que j'achèverai certainement demain :

Nous aimons ce qui nous fais mal
et détestons ce qui nous plaît
De vivre rien ne nous console
Mais mourir nous fait de l'effet
pour un bon bout de temps je pense
La vie et la mort vont ensemble
bras dessus et puis bras dessous
Vierges et puceaux gardez-vous

quand le sexe un peu vous démange.

Le Monde littéraire et deux lourds pavés évoqués qui auront éveillé mon intérêt : L'Âge des ombres. Conspiration et conspirateurs à l'âge romantique, de la Restauration à la chute du Second Empire (1820-1870) de Jean Noël Tardy (672 pages), Histoire de la littérature en Suisse romande de Roger Francillon (1728 pages)
Rien (ou presque) : Le lymphatisme triomphant et l'ennui solide sont mes deux occupations favorites. Allez faire une « œuvre» avec ça !

28 juin 2015.-Tendance caniculaire (33°C). Passé l'essentiel de ma journée à la recherche d'un filet d'air bien à même de rafraîchir un atmosphère d'ores et déjà brûlant. Presque parvenu à mes fins poursuivi la lecture du Journal de Paul Nizon, « garçon » assez antipathique, plus souvent immodeste que modeste, mais deux trois belles choses tout de même, quelques anecdotes sur Canetti, deux trois notes de lectures assez éclairantes et puis des enterrements, beaucoup d'enterrements, l'âge certainement.
Fini Une Vie Ordinaire de Perros. Beau livre.

29 juin 2015.- Nous y sommes, canicule ! (34°C). Le ciel céruléen et mes intentions n'ayant rien de vraiment veilleitaire j'ai rouvert L'Air et les songes de l'ami Bachelard, qui ne déçoit jamais : « La volonté nietzschéenne prend appui sur sa propre vitesse. Elle est une accélération du devenir qui n'a pas besoin de matière. Il semble que l'abîme, comme un arc toujours tendu, serve à Nietzsche à lancer ses flèches vers le haut. Près de l'abîme, le destin humain est de tomber. Près de l'abîme, le destin du surhomme est de jaillir, tel un pin vers le ciel bleu.»
« Le ciel bleu est une aurore permanente. Il suffit de le contempler les yeux mi-clos pour retrouver ce moment où, bien avant les éclats d'or du soleil, l'univers nocturne va devenir aérien. C'est en vivant sans cesse cette valeur d'aurore, cette valeur d'éveil que l'on comprend le mouvement d'un ciel immobile. Comme le dit Claudel : “Il n'y a pas de couleur immobile. ” Le ciel bleu a le mouvement d'un éveil.»

30 juin 2015.-Grande tiédeur, effluves sahariennes (34°C). Trop de chaleur, tourner la moindre page tenant de la pure et simple gageure, je suis resté dans une immobilité de pierre tout en attendant qu’une hypothétique fraicheur me tombe sur le coin du nez.

2 juillet 2015.- Canicule (37°C). J'ai beau me souvenir de deux trois bricoles hivernales – le piolet de Reinhold Messner, quelques scènes croquignolettes de la série Fargo, Claudine Longet et le ski alpin – la chaleur reste plantée devant moi telle une grosse bestiole suintante, c'est un problème. Pour le reste, rien (ou presque).

3 juillet 2015.- Temperature indécente (39°C). La chaleur étant ce qu'elle se trouve être je n'ouvre plus fenêtres et volets. Me voilà donc plongé dans une semi-obscurité vaguement attiédie et il me prend des airs de cénobite perplexe en fond de grotte. Le Monde littéraire, bon papier de Bertrand Leclair consacré à Jehan Rictus, poète de l'argot à la belle époque et diariste conséquent. Le feuilleton de Chevillard commençait bien (ton semi-vialatien) mais il m'a tout de même assez ennuyé au bout de trois paragraphes (je crois qu'il était question d'un « roman graphique » ou d'une cochonnerie dans ce gout-là.)


To be continued


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mardi 6 octobre 2015

Remake / Remodel N°29



« Le punk est un consumériste crétin et fier de l'être. Le punk est oubli quand il n'y a pas moyen de prendre son pied et, contrairement aux poivrots, vous avez vraiment le choix : en fait, vous êtres jeune. Le punk c'est crever d'ennui à regarder Lancelot Link le samedi à midi sans avoir la moindre idée de ce que vous voyez. Le punk c'est se lever le samedi matin pour se branler sur Isis. Le punk c'est gerber sur les notes de pochette "motherfuckers" écrites par John Sinclair pour Kick Out the Jams et s'en foutre carrément. Le punk c'est avoir dix mille magazines de cul en lambeaux sous votre lit, mais sans tirer la moindre satisfaction de la branlette du moins pas celle du genre qui mène à une lassitude langoureuse si bien que vous n'existez que sur un mince fil prostatique tendu et que vous vous branlez trois, quatre fois par jour, sachant que c'est idiot et inutile et détestant ça à cause de cette culpabilité plus que submergée, mais continuant quand même parce qu'il n'y a rien d'autre à faire à part se cuiter. Le punk, c'est avoir dans les magazines de cul une préférence vers qui vous revenez sans cesse. Le punk, c'est finir par se trouver une copine puis la traiter comme une merde parce que vous êtres trop con, trop bourré et trop égocentrique. Le punk c’est être une fille et baiser avec son mari/copain en regardant la télé par-dessus son épaule pendant qu’il se met à bandouiller.
Le punk c’est pas le punk parce qu’il est devenu trop codifié. Le punk c’est être assis seul dans une chambre mal éclairée en souhaitant avoir du valium tandis que passe un disque quelconque et vouloir arracher le rembourrage du fauteuil tout en sentant la futilité de la chose au bout de vos ongles. Le punk c’est de vagues rêves de carnage et de vengeance sanglante quand on a à peine la force d’écraser une mouche comateuse. Le punk c’est des grosses taches de vin sur les sillons de Between the Buttons et de Sister Ray. Le punk c’est l’inutilité. Le punk c’est déchirer des articles comme celui-ci. Le punk c’est n’avoir ni l’énergie ni l’intérêt de les déchirer. Le punk c’est lire cet article mécaniquement parce qu’il n’y a rien d’autre à faire et les mots passent sur vous sans bruit comme des cendres. Le punk c’est balancer le magazine à l’autre bout de la chambre, laisser tomber vos mains sur vos genoux, vous gratter machinalement la bite ou le clito en vous demandant si vous voulez vous branler encore, décider que ça n’en vaut même pas la peine et contempler le vide d’un regard dépourvu d’expression. Le punk c’est penser que peut-être on pourrait aller au ciné ce soir et ne pas avoir l’énergie de se lever et de traverser la pièce pour prendre le journal. Le punk c’est parler aux personnages des vieux feuilletons multidiffusés l’après-midi. Le punk c’est voir des gonzesses dans des pubs télé et croasser : « A poil ! » quand ça fait deux ans que vous n’avez pas tiré un coup. Le punk c'est être à court de bière à 5h30 du matin et prendre trois Chlor-Trimeton pour voir si ça pourra renforcer l'effet de ce qui reste. Le punk c'est se réveiller le matin et n'avoir ni l'énergie ni la motivation de vous lever ni d'allumer depuis votre lit la télé couleur perchée sur la commode de l'autre côté de la chambre. Le punk c'est mettre un disque que vous adorez, vous allonger sur le sofa, vous retourner et essayer de dormir à quatre heures de l'après-midi ou à sept heures du soir rien que parce que vous voulez retrouver cet état de conscience crépusculaire qui est bien meilleur que n'importe quelle dope. Le punk c'est être si feignant que vous voulez que les filles vous branlent ou vous sucent plutôt que de prendre la peine de les baiser. le punk c'est vouloir brouter de la chatte tout en rêvant à un disque que vous désirez acheter. Le punk c'est de la fainéantise à son apogée et fière d'y être. Le punk c'est dire au rock d’aller ce faire foutre. Le punk c'est traiter comme de la merde votre collection de 2 000 albums.
Le punk c’est dépassé. Le punk n’est plus qu’un terme adoré des médias. Le punk c’est tout ce que vous faites et qui devrait avoir des conséquences, mais ou qui n’en a pas ou vous vous en foutez. Punk c’est un mot dépourvu de sens que tout le monde en a marre d’employer n’importe comment pour exprimer un état d’esprit et un mode de vie qui sans être très complexes ne peuvent être réduits davantage qu’ils ne l’ont déjà été à une pratique préverbale rudimentaire. Le punk est quelque chose qu’il vaut la peine de détruire à toute allure. Espérons que cet article accéléra le processus… » (Lester Bangs - Fêtes sanglantes & mauvais goût)

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