dimanche 29 mars 2015

Solitude de l'audionaute de fond (11)



22 mars 2015. Ce printemps sera velvetien ou ne sera pas. On commencera par deux performances live, Tahlia Zedek chante un 1926 aux accents héroïniens, Steve Wyn rescapé miraculeux du syndicat du rêve, nous rappelle l’effet euphorisant des amphétamines. Entrain venimeux pour l'une, trottinant pour l'autre. On restera velvetien en écoutant le plus beau titre d'Acetone (Louise), ce grand petit groupe tout autant écroulé qu'oublié (R.I.P Richie Lee).

23 mars 2015. Vernom Wray – Wasted (2011) Vernom Wray était le frère aîné de Link Wray qu'il accompagnait à la basse et à la guitare rythmique. En dehors d'accompagner son frère il bricolait des studios d'enregistrement impromptus un peu partout (l’épicerie de la famille Wray, le garage de la famille Wray, un hangar délabré appartenant à la famille Wray, un ancien poulailler appartenant au redneck du coin). Il y inventait des machins, des bidules et des techniques de studio au petit bonheur la chance (ce n'est pourtant pas Vernom mais Link qui un jour prit l'idée de percer son amplificateur avec un stylo inventant par la bande l’effet fuzz, le garage rock et le heavy metal. Réécoutez Rumble l'hymne des vrais délinquants juvéniles). Entre la fin des années 50 et le milieu des années 60 les frères Wray produiront un kyrielle de titres plus croquignolets les uns que les autres, disséminés ici où là sur quelques labels plus épars les uns que les autres ils forment un ensemble que tous les vrais aristocrates du rock connaissent comme leur poche percée. En 1972 un brin de lassitude se faisant sentir chez Vernom. il déménage d'Accokeek, le patelin où vivait le clan Wray dans le Maryland pour Tucson en Arizona. Il y bricole assez vite un nouveau studio à partir d'un magnétophone 3 pistes upgradées en 8 pistes. C'est sur ce matériel qu'il enregistre Wasted un album pour lui-même, un private-press qui tient plus de l'ébauche et du brouillon que de tout autre chose. Le résultat est pourtant magnifique, un météorite country rock lumineux comme on en croise peu. Link, invité pour occasion, tient une guitare plus retenue que tapageuse, l'autre frère Wray Doug tambourine tranquillement tandis que Vernom distille quelques touches de piano tout en chantant avec une voix trempée dans le miel. Humeur champêtre, pâte humaine et panthéisme, Il est bien possible que des chansons comme Reaching Out To Touch, Lonely Son ou Facing All The Same Tomorrows vous fasse un entrevoir un début d’éden musical pour ce qui me concerne sachez qu' elles me vont droit au cœur.

24 mars 2015 Chuck Willis – The King Of the Scroll Il y a deux Chuck Willis qu’on ne cesse de soupeser, sur la balance posé sur le côté droit, un convaincant blues shouter à la voix forte et robuste, posé symétriquement sur le côté gauche de la même balance, un crooner doux et vulnérable, un blues balladeer souple et attentionné. Chose curieuse le massive et le fin pesant strictement le même poids la balance reste stoïque. Tout cela serait très simple dans le meilleur des mondes impassibles s’il n’y avait, en fait posé à côté de la balance, un troisième Chuck Willis, un magistral songwriter ; l’un des plus beaux façonneurs R & B fifties. Il suffit d’écouter ses disques pour s’en convaincre : deux, trois compilations disponibles sur le marché et le tour est joué… voilà des joyaux à foison : CC Rider smash hit définitif, irrésistible adaptation d’un maussade classique blues-folk, des ballades angoissées : Don't Deceive Me (Please Don't Go), It's Too Late (repris par Buddy Holly, Charlie Rich, et Otis Redding..) du métaphysique : I Feel So Bad (repris par Elvis Presley et Otis Rush..) et pour finir du joyeux, l’étonnant chant du cygne Hang Up My Rock & Roll Shoes dernier titre enregistré, magnifique (précurseur) comme du Elvis vraiment noir… mais en mieux que ce que j’en dis…
Tout Chuck Willis est presque dans ses disques, tous sauf les histoires : le turban qui lui vaut d’être surnommé The Sheik Of The Blues, le scroll cette danse qu’il invente qu’il invente un soir télévisé où derechef il s’auto-couronne King Of The Scroll, son passage de Okeh records à Atlantic records (ne pas oublier que nous sommes à Atlanta, c’est important) et puis le destin, le vrai, le sombre destin… ulcère, péritonite, opération… il ne se réveille pas, mort en 1958, il avait 30 ans… Quand on songe à un autre roi, l’Elvis blanc, majestueusement trépassé sur un bien incertain trône 20 ans plus tard, il y a de quoi rester songeur... et vigilant question tuyaux ! (I Remember Chuck Willis (1963) Stroll On : The Chuck Willis Collection (1994) Wails! The Complete Recordings, 1951-1956 (2003))

25 mars 2015 The Monochrome Set – Space Everywhere (2015) Je dois concéder une indéfectible affection pour  Bid (ce faux vrai prince hindou) pourtant j'ai écouté son nouveau disque avec une indifférence polie, préférant tourner autour de mon canapé tout effectuant de petits sauts capricants, qui m’ont derechef fait oublier tout à fait ce que j'étais censé écouter. Ce désintérêt latent tient certainement plus de moi, de mes synapses endormies qui ne sont plus vraiment en mesure d'apprécier ce type de musique, cette pop subtile et maniérée avec des lyrics ironiques, que de tout autres choses. Il faut dire qu'en dehors de moi et de mes perceptions diverses et avariées, Bid semble avoir définitivement fait le tour de son territoire et qu'à présent il s'auto cite avec le clin d’œil goguenard du vétéran sur le retour. Dans un élan purement nostalgique, et dans le but de retrouver le Monochrome Set que j'aime vraiment, j'ai donc réécouté les premiers efforts du groupe rassemblés dans la compilation Early Recordings : 1975 – 1977 White Noise, ils m'ont globalement ravi et j'ai cessé de tourner autour de mon canapé tout en sautillant bêtement. Bid y est relâché comme un Ray Davies mollasson, les guitares trottinent dans les barbelés, le batteur martèle métronomiquement, tout est parfait.. (En complément le meilleur titre de Monochrome Set : Eine Symphonie Des Grauens, basse flanguée et raideur post-punk, mieux que Murnau, ou presque).

26 mars 2015 Deux séances historiques, Lester Young, Gerry Mulligan et Billie Holiday, pour la première, Lester Young, Coleman Hawkins, Charlie Parker et Ella Fitzgerald pour la seconde. Deux filles « années folles », Lee Morse et Anette Hanshaw. Deux grands songwriters qui se font chanter eux-mêmes, Frank Loesser et Johny Mercer (on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même), le piano de Duke Ellington (This is not piano, this is dreaming). Que demandez de plus?

27 mars 2015. Milton Nascimento – Courage (1968) L'un des plus beaux disques de Milton Nascimento, des arrangements phénoménaux, cuivres, cordes, orgue (Herbie Hancock au piano) et cette voix extraordinaire, une sorte de plainte frôlant le surhumain, une voix blanche ou l’absence de vibrato caractéristique de la Bossa Nova s’allie paradoxalement à un lyrisme débordant. Expérience étonnante. (S'agissant de Nascimento vous pouvez aussi écouter l’album Travessia (1967) beau comme du Nick Drake tropical).
Quelques titres récoltés au grès d'une dérive nocturne sur YouTube, la plus belle chanson de Michael Franks en version acoustique (Antonio' s song), une curiosité extraite du dernier album de Vince Guaraldi qui pour l’occasion laisse tomber son piano pour mieux saisir une guitare qui passait par là (Uno Y Uno), un titre lounge et tiède du grand vibraphoniste Cal Tjader (Morning Minst) et pour s'oublier éthéré et retrouver un semblant de corps une merveille de Little Richard (I Don't Know What You've Got, But It's Got Me).

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dimanche 22 mars 2015

Solitude de l'audionaute de fond (10)



15 mars 2015. Vince Guaraldi – The Eclectic Vince Guaraldi (1969). Je vais certainement faire sursauter les puristes jazz qui ne voit en lui qu'un vil « accompagnateur » vendu au grand capital mainstream, mais il se trouve que j'aime beaucoup Vince Guaraldi. Tout Vince Guaraldi, ses débuts avec le vibraphoniste Carl Tajder, ses fricotages west-coast, ses tentatives bossa et latino, ses partitions nostalgiques au service de Snoopy, Peanuts et Charlie Brown… Cet album terriblement au milieu de la route, complètement crossover, ravira les impuristes. On y trouve un peu de tout, des trucs latinos-jazz, des bidules jazz-latin, des bossa au rabais, de belles vignettes de chez Charles Monroe Schulz (je suis assez Charles Monroe Schulz) et surtout des raccommodages pop : Yesterday (de qui vous savez), The Beat Goes On de Sonny and Cher, Reason To Believe et Black Sheep Boy de Tim Hardin. Guaraldi chante avec une belle voix râpeuse, les arrangements sont parfaits, un peu suaves, que demander de plus ?

16 mars 2015. Norken – Soul Static Bureau (1999) Assez las, je parcours mon semblant de discothèque d'un regard morne en espérant tomber sur un disque enthousiasmant que j'aurai eu le culot d'oublier. Les choses étant ce qu’elles sont et ma vision périphérique étant ce qu'elle est, je tombe inopportunément sur cet opus d’électro-techno. C'est le premier disque sorti par Lee Norris sous le nom de Norken (Lee Norris est également responsable du « projet » Métamatics). Une musique minimaliste que l'on pourrait voir s'élever au-dessus d'un dance floor anémié. Synthétiseurs analogiques, hand claps habiles, bleeps minimaux, froideur détroitienne dans les pas de Carl Craig et Kenny Larkin. Un peu amniotique à la longue, pas vraiment mauvais.

17 mars 2015. Navigué sur YouTube avec l'impression que tout était à ma disposition. Résultat me voilà presque désœuvré. Néanmoins deux trois perles : quelques démos d'Ellie Greenwich (Call Me His), le titre le plus groovy de Roy Ayers (We Live In Brooklyn), un titre de UK bass pour me maintenir dans l’illusion que je suis toujours jeune et à la page (Braille – Everyone's Crazy), un bidule électro saumâtre par des Suédois neurasthéniques pleins de trémas (Född Död – De Ensammas Hus), quelques morceaux de post-punk polonais dont je vous pardonnerais l'écoute.

18 mars 2015. Jesse Belvin – Mr.Easy (1960) Le destin tragique de Mr. Easy, triste histoire, mort à 28 ans, sur le bord d’une route, assassiné en couple par une automobile bilieuse, — ne conduisez pas, il y a trop de risques — . Jesse Belvin un autre Sam Cooke un autre Otis Redding, plus secret, plus ordinaire, moins mythique, venant avant les autres… Plus compliqué aussi, Belvin un songwriter prolifique… mais dilettante, très dilettante... tellement dilettante ; il écrit des chansons, des dizaines et des dizaines qu’il ne monnaye pas plus que 100 dollars pièce, des chansons écrites en cinq minutes, dans une voiture, sur un banc, dans la cuisine… allez savoir ?!
Et puis lassé d’être un vague artisan en équilibre sur les bords d’une industrie bien réelle, il saute, il chante, oui c’est un chanteur, un vrai, un crooner magnifique, avec une voix magnifique : Goodnight My Love avec dans le fond un pianiste âgé de 11 ans, le déjà incontournable Barry White, Guess Who merveille écrite par sa femme Jo Ann, plus qu’un cadeau, un phénomène en suspension, plus qu’un one-shot doo-wop non une merveille, une vraie. Il chante et chante encore (procurez-vous les compilations) il est Mr. Easy, un type cool, un vrai…
Mr. Easy c’est justement le titre de l’un de ses seuls vrais albums, un album que les esprits chagrins trouverons peu représentatif : trop crossover, trop blanc, trop joli… trop Sinatra, trop Nat King Cole et Billly Eckstine … pas assez Sam Cooke, pas assez noir, pas assez non-produit… Les esprits retors ravalent bientôt leur mauvais chagrin, c’est un disque formidable, un vrai disque de studio comme il y a de vrais films de studios (un disque RCA, comme il y a des films RKO) superbement arrangé par Marty Paich, avec Art Pepper au saxophone, Jack Sheldon à la trompette, deux magnifiques souffleurs. Oui une merveille, une vraie, un fil d’or où Jesse Belvin est conscient de ses propres limites, oui il sait que sa voix ne sera jamais aussi riche que celle de Sinatra, qu’elle ne volera pas comme celle de Sam Cooke, oui il le sait, alors il l’utilise à sa juste mesure cette voix, veloutée expressive dans Blues In The Night, duveteuse sur les cuivres (In The Still Of The Night) nonchalante et dans la soie (Makin' Whoopee) toujours distante, mais dans l’émotion, comme dans cette belle version de The Very Thought Of You, un voix qui pourrait vous faire pleurer sans pouvoir elle-même pleurer, tout est là, c’est le secret.
Jesse Belvin ne pourra pas écouter ce disque qui ne sortira qu’après son bien inopportun trépas automobilistique. Sam Cooke signera chez RCA, il y aura d’autres disques, superbement produits, superbement chantés, il y aura A Change Is Gona Come cette pierre angulaire, mais il ne faut pas oublier les premiers tailleurs de pierres…
Art Pepper – Winter Moon (1980) Sorti deux ans avant sa mort ce disque réalise l'un des rêves d'Art Pepper : enregistrer au milieu d'un joli ensemble de cordes coruscantes et de falbalas chamarrés. Unfortunately le résultat n'est pas si concluant que ça. Sept titres solides, mais des arrangements trop sages, trop propres, trop javellisés, pas trop coruscants pas trop chamarrés. On se réconfortera en constatant que le jeu de Pepper n'est lui en rien javellisé (Enregistré en trio la même année l'album Straight Life me sied davantage. Versions magnifiques de Nature Boy et September Song).

19 mars 2015. La saison est rude, tristesse, Michael Brown petit maître de la pop baroque est mort. Certains voyaient en lui une sorte de Paul McCartney vraiment réussi. Je ne sais pas (McCartney me semble globalement assez réussi), en tous les cas j'aimais assez Left Banke et cette façon de faire monter les épinettes et autres clavecins au-dessus de chansons qui n'étaient simples que d’apparence (on me parle de quintes diminuées et autres fariboles). Montage son autre projet baroque pop était également très bien (Michael Browne aura aussi créer les Beckies un groupe power-pop plus tardif qui n'était pas si mal que ça).

20 mars 2015. Tony Fruscella – Tony Fruscella (1955) J'aime Audrey Hepburn, l'élégance feutrée de Richard Quine et le spleen éraillé de Tony Fruscella. Suis-je normal ? Comme il est ici surtout question de musique je ne parlerais que du troisième, l'un des beau loser jamais porté par la planète jazz (qui en compte pourtant beaucoup). Une carrière erratique dans l'ombre des plus grands (deux sessions avec Gerry Mulligan, deux semaines derrière Lester Young, huit mois avec Stan Getz). Miné par l'alcool et la drogue il disparaît précocement de la scène jazz, fait de réguliers passages en prison, se liquéfie d'hôpital en hôpital, devient sans domicile fixe et meurt en 1969 à l'âge de 42 ans, laissant derrière lui trois enfants oubliés et quelques rares traces discographiques. Ce disque par exemple, son seul en tant que leader, une merveille. Comme je suis un peu sans mes mots je laisserai parler d'autres qui vous décriront très bien le style de Tony Fruscella à ma place : « L'interprète, quant à lui, dispense un spleen unique, entraînant volontiers dans un plongeon sans retour. il faut dire que le timbre de la trompette qui s'éraille toujours au moment opportun du discours, comme une ponctuation, ou le phrasé de l’instrumentiste, flottant en permanence, sont les arguments irréfutables d'un séducteur pervers qui engendre la mélancolie. À quoi on peut ajouter peut-être, le goût du musicien pour les tempos lents et même ralentis et les mélodies tendres et sereines qui d'être ainsi hyperexposées et comme suspendues, basculent, en effet du côté de la douleur, mais légère et délicate, celle-ci, masquée, jamais vraiment dite. Plus que soliste, Fruscella est créateur de climats et de couleurs, qui se résument d'ailleurs en gris et noir : un montreur d'ombres » (Xavier Daverat, Jean Louis Comolli, Dictionnaire du jazz)

21 mars 2015. Connie Converse – How sad, How Lovely (2009) J'ai fait tomber mes maracas puis j'ai raté l'éclipse, elle était là, mais le brouillard aussi. Désemparé je suis rentré chez moi où j'ai écouté le disque de Connie Converse. Enregistré en 1954 par une trentenaire aux airs d'institutrice dépressive c'est un aérolithe comme on en rencontre peu. De courtes vignettes, des ballades hors d'âge aux paroles poignantes, un disque lumineux et triste que l'on classera simplement entre celui de Sibylle Baier et celui de Molly Drake. L'histoire de Connie Converse mériterait d'être racontée en longueur, je n'en ai ni l'envie, ni la force, cependant vous pouvez vous faire une petite idée en lisant ces quelques éléments biographiques rassemblés ici. Vous pouvez aussi lire les quelques mots que Connie Converse aura laissés en s'éclipsant de la surface visible de la Terre en 1974 : «This is the thin, hard sublayer under all the parting messages I’m likely to have sent: Let me go. Let me be if I can, let me not be if I can’t…Human society fascinates me and awes me and fills me with grief and joy. I just can’t find my place to plug into it».

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jeudi 19 mars 2015

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dimanche 15 mars 2015

Solitude de l'audionaute de fond (9)



8 mars 2015. Ian Gomm — Summer Holiday (1978) Ian Gomm ne paye pas de mine, il ne ressemble formellement pas à grand chose. Un rouquin même pas cynique, auburn non dépravé, homme acajou et presque plaisant. Quand Ian Gomm tousse le monde ne titube pas, c’est un être discret, straight et bien peigné, qui a dû roussir encore un peu plus le jour de 1971 où le New Musical Express l’a élu : « Best Rhythm Guitarist of The Year ». Vous avouerez que tout cela pose son homme… et son guitariste rythmique. Dans ce moment pourtant très dépeigné là, 1971 donc, Gomm était première guitare sportive chez les séminaux Brinsley Schwarz ; il y pirouettait autour de Nick Lowe et comme chacun connaît comme sa poche percée ce maître-cylindre Pub-Rock qu’était Brinsley Schwarz, je ne referais donc pas l’histoire...
L’album qui nous concerne vient, lui, plus tard, en 1978. Au dos de la pochette, on peut voir la famille Gomm en plein air et en mise heureuse et estivale, les seventies finissantes il y avait encore des saisons. La musique de Summer Holiday est comme son dos de pochette, estivale; le doux rayonnement d’un soleil gallois, pas encore hâlée, loin du mordoré, une succession de pop songs suaves et sans aspartame comme chez les early fab four (Dirty Lies, Airplane, You Can't Do That…) des rocks pas compliqués à écouter sur la route, le coude au soleil (That's The Way I Rock'n Roll) une belle cover de Chuck Berry (Come On) du Bo Didley avec les moyens du bord (Images). Comme il faut toujours des ballades, il y a donc une ballade contente d’elle-même comme du Randy Newman sans piano (Another Year) et pour finir avec de l’impeccable : Hold On, genre d’espèce de sorte de sommet accidentel en plein milieu de la route. Avec cette chanson Ian Gomm aurait pu finir tel le vulgum One Hit Wonder de base : le nez dans le vertugadin; il n’en sera rien… Vous pouvez écouter ce disque, c’est avec les deux, trois très bons de Nick Lowe, l’un des meilleurs fruits à être sortie de la corbeille Brinsley Schwarz.

9 mars 2015. Skip James – A Tribute To Skip James (1964) Skip James ne jouait pas sur une guitare métallique, il n'employait pas de bottleneck non plus, sa voix de tête partait le plus souvent dans des phrases musicales plus complexes que mon genou gauche et prenait alors des teintes andalouses et quasi arabisantes. On pourrait presque dire que dans la tradition du blues du delta il était l'un des plus intrigants, pour le moins. Pour s'en convaincre on écoutera cet album enregistré lors de sa « redécouverte tardive », un son presque propre, moins de patine que dans les sessions séminales  de 1931, mais des merveilles à revendre (Illinois Blues, Cypress Blues…) et une version de Spécial Rider Blues bouleversante.

10 mars 2015. On commencera par une merveille extraite de l'impeccable documentaire Jazz on sommer' s day (le grand classique du docu jazz diurne), Louis Armstrong, Jack Teagarden et le casting de Mad Men en arrière-plan… On poursuivra avec un drôle d'écho entre Horace Silver et Steely Dan, le Song For My Father de l'un et le Rikki Don't Lose That Number des autres, suis-je le seul à trouver quelques ressemblances entre les deux ? On finira par Grant Green et son Sookie Sookie, dix minutes de swing entraîné par une guitare tonitruante et un orgue totally soulful.

11 mars 2015. Metro – Metro (1977) Duncan Browne ? Une grande cause perdue ! Deux premiers disques baroques et pop un peu à l'ouest de Nick Drake et des Zombies : Give Me Take You (1968) et Duncan Browne (1973), deux autres disques plus problématiques frôlant les pattes glutineuses du prog-rock : The Wild Places (1978) et Streets of Fire (1979), un disque tardif, tellement tardif qu'il est même posthume : Songs of Love and War (1994). Au milieu de cette discographie qui oscille entre le doucement crucial et le dispensable cet album en duo avec Peter Godwin sous le nom de Metro. Rien de foudroyant, mais des chansons agréables qui flottent joliment sur des restes glam-rock, un peu Bowie second lot, assez Roxy amoindri, mais de l’élégance, toujours.

12 mars 2015. Duke Ellington – Piano in The Foreground (1961) Ellington au piano et en trio loin des Big Bands tapageurs. Un disque secret et méconnu, plein de tranquillité, de discrétion, de subtilité… Quelques standards retravaillés avec le plus de simplicité possible (Body and Soul, Summertime…), des improvisations quasi monkiennes, des compositions personnelles qui tendent à l'ellipse avec une économie de moyen comme on en rencontre peu (So)
En complément Ellington et Louis Armstrong distille un merveilleux Solitude. C'est un titre extrait de leur premier album commun (The Great Summit 1961)

13 mars 2015. Kevin Ayers est mort, Davied Allen est mort, mes hippies préférés se font la malle. Allen très malade depuis quelques mois aura attendu un vendredi 13 pour vraiment partir. Au-delà de la tristesse qui pourrait me tenailler un petit peu, voilà les faits saillants d'un carrière plus bananocosmique que mon genou gauche : « J’ai deux façons de jouer de la guitare, Rude and Banana et Camembert. Quand je suis pourri, je suis très camembert. Quand je suis pur, c’est plutôt Banana » Croquignolet non ? Daevid Allen était un authentique doux dingue. beatnik australien téléporté en Europe au début des années 60, il vit un temps sur une péniche à Paris, rencontre Robert Wyatt et Kevin Ayers à Majorque, et c'est avec eux qu'il crée bientôt les « séminaux » Soft Machine. Toute une histoire et des choses drôlettes comme s'il en pleuvait ! Allen se produit sur scène coiffé d’un casque de mineur lampe frontale allumée, il sautille un peu partout tel un Ubu lymphatique.... Après une tournée en France il est refoulé par des douaniers britanniques passablement inquiétés par son aspect de freak excentrique. Pas plus décontenancé que cela il s'exile en France où il enregistre deux albums au débotté, le primo gongesque Mystic Sister (1970) et le formidable Banana Moon (1971) avec Robert Wyatt qui gazouille sublimement dans le fond (Memories). C’est lui qui tient la guitare très camembert rude and banana sur l’album Obsolete (1971) de Dashiell Hedayat. Il vit en communauté dans une ferme de l’Yonne et c'est là que commence bientôt l’aventure Gong. Une sorte de tribu baba cool qui écumera l’Europe seventies de concerts capricants en gigs fumeux, drôle et grande aventure, fumette rigolote et « amour libre » à tous les étages. Tout ayant une fin Allen se fatigue un peu de Gong et du toutim bananocosmique qu'il avait lui-même crée. Il trouve refuge dans les îles baléares, il s'y ressource à petits coups de fumette en compagnie de Kevin Ayers et réapparaît en 1977 avec un album extraordinaire (Now Is the Happiest Time of Your Life) puis en 1978 où en pleine période punk il invente le Hippie-Punk (ce qui n'est pas rien). On le voit fricoter avec les anarcho-punks d' 'Alternative TV , sous le nom de Planet Gong il enregistre avec le groupe Here & Now et il tente dit-il : « de combiner le coté rapide et bruyant du punk avec l’élément planant » Évidemment avec un tel programme le succès n'est pas vraiment au rendez-vous et il se retrouve bientôt sans argent. en 1982 il rentre donc à Melbourne où il devient chauffeur de taxi! Imaginons un hypothétique dialogue avec l'un ses clients interloqués : « J’ai deux façons de conduire mec : Rude and Banana et Camembert. Quand je suis pourri, je suis très camembert. Quand je suis pur, c’est plutôt Banana, pourquoi tu me regardes comme ça mec ? » Le reste de la carrière de l'ami Allen m'a un peu échappé, je sais seulement qu'il aurait eu la drôle d'idée de filmer et enregistrer son propre suicide sur scène et qu'il a sorti une kyrielle de disques que je n'ai pas eu le courage d'écouter, les imaginant comme la queue de comète d'un acid freak perdu pour la science…

14 mars 2015. Marc Almond –Violent Silence (1986) Cinq titres tournicotant aimablement autour de George Bataille, l'une des meilleures choses jamais produites par Marc Almond. Orchestration minimale, un piano, des cordes menaçantes, des percussions xylophoneuses, surtout la voix de Marc Almond, une voix de freluquet emporté dans un cabaret fatal. Très bon.  

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vendredi 13 mars 2015

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dimanche 8 mars 2015

Solitude de l'audionaute de fond (8)



2 mars 2015. On commencera par un lettriste furieux, François Dufrêne, il faut savoir trouver la musique là où elle se trouve.
Chrome – Inworld (1981) Deux titres, la quintessence de ce qu'il faut aimer chez Chrome, les riffs abrasifs d'Helios Creed, les épiques interventions synthétiques de Damon Edge… un vrai bonheur raide. Pour rester raide et bienheureux, on écoutera, un extrait du dernier album d'Helios Creed en date…
Random Hold – Ramdon Hold (1979) Le premier EP d'un groupe qui ne tiendra pas ses promesses. Roxy Music rattrapé par la patrouille postpunk. Basse roide et synthétiseurs menaçants, tension inflexible, paranoïa sourde et panique un peu partout, bref ce truc est excellent. Essayez-le...

3 mars 2015 George Russell – Vertical Form VI (1977) Enregistré pour le label italien Soul Note avec l'orchestre de Jazz de la radio nationale suédoise cet album est un bel exemple de post-bop tout autant anguleux que funky. On n'abordera pas ici la carrière de George Russell, elle est trop substantielle et le temps et la place nous manquent sacrément.
Autechre – Garbage (1995) Quatre titres et une sorte de tournant pour le duo atomiste de Rochdale (Lancashire). Toujours ces grooves asthéniques montés en épingle dans une atmosphère de laboratoire, ces mélodies palimpsestes, mais déjà plus d'anicroches, de clicks, de cuts et de glitchs dans la machine. Garbagemx36 est un faux dub cauchemardesque qui tourne à la démonstration de patterns en furie, PIOBmx19 est un bidule rythmique grinçant avec une sourde mélodie qui monte en sous-couche, VLetrmx21 est une boucle mélodique inspirée qui vire au majestueux (my favorite Autechre's tune), le tout est un passage obligé avant Tri Repetea, ce grand monolithe autrechien.

4 mars 2015. On oubliera aisément la scie Take Five composée pour Dave Brubeck et son quintette de blancs becs et on se concentrera vraiment sur Paul Desmond. Un grand timide, un grand humoriste aussi et puis tout ce blanc toute cette lactescence : « I have won several prizes as the world’s slowest alto player, as well as a special award in 1961 for quietness. »
Cette version de When Joanna Loved Me (un titre popularisé par Tony Bennett) me semble assez représentative de l'art desmondien, pureté de timbre, décontraction et délicatesse, swing quoiqu'on en dise…
Pere Ubu – Terminal Tower (1985) Cette compilation est un formidable aperçu des débuts de Pere Ubu. On retrouve les titres « séminaux » sortis sur le label Heartan (30 Seconds Over Tokyo, Heart Of Darkness, Final Solution…) et quelques bricoles biscornues parues ailleurs. Inutile de préciser que l’ensemble frôle souvent l'extraordinaire : la voix cornegidouilleuse de David Thomas qui marmonne, se fait candide, monte dans la colère puis s'écroule dans les sanglots, les mélodies angulaires et plus sautillantes qu'un congrès de satrapes en goguette, j'ai connu de pires témoins de Jéhovah.
En complément et pour mieux achever la journée, un titre de Pylon (Dub), extraordinaire il faut bien l'avouer.

5 mars 2015. The Fatima Mansions — Bertie' s Brochures (1991) Le pire et le meilleur de ce bon Cathal Coughlan. Le pire, deux bidouillages electro pour faire le compte… Le meilleur, deux titres splendides en ouverture et pour mieux (en) finir deux reprises sublimes : Long About Now de l’ontologique Scott (Engel) Walker et surtout The Great Valerio du barbu définitif Richard Thompson. Écoutez cette voix qui s’élève au-dessus des fagots, cette voix qui monte vers les nuées qui tourne autour des stratus, écoutez cette cover dans les nuages ! Cathal Coughlan est grand Cathal Coughlan est immense !
Ah! Oui j’oubliais le pire en mieux et pour faire le compte, une version sarcastique et pas piquée des hannetons de la scie  remiste : Shiny Happy People et un prêche furibard anti Mario Vargas Llosa qu’on se demande bien pourquoi.

6 mars 2015. Trois albums de Chet Baker. Un album semi-précoce : Chet is Back (1962), belle rencontre avec deux grands instrumentistes belges, le saxophoniste Bobby Jaspar et le guitariste René Thomas. Un hommage à Charlie Parker (Barbados) et l'une des plus belles interprétations d'Over the Raimbow sur le marché. Deux albums semi-tardifs : This is Always (1979) Chet est accompagné par le guitariste Doug Raney et le contrebassiste Niels-Henning Orsted Pedersen, une sorte de Smooth trio… Menu agréable : How Deep is the Ocean, House Of Jade de Wayne Shorter et This Is Always d'Ear Coleman (best version ever). Ballads For Two (1979) Un format inhabituel, un simple duo avec le vibraphoniste Wolfgang Lackerschmid, le résultat peut se discuter, mais il est en tous les cas étonnant (une musique d’ascenseur qui vire à l'éthéré…)

7 mars 2015. Dans le genre conglomérat de croquignolets notoires Hawkwind se posait quand même là. Entre le bipolaire Robert Calvert, le cyclothymique Nik Turner et le moustachu graisseux Lemmy on ne sait plus vraiment où donner de la tête... Histoire d'être tourneboulé, et quasi étête, on écoutera un vieux classique hawkwindien (Silver Machine), une chose plus tardive présentée par Marc Bolan (Quark Strangeness and Charm) un bidule solo et décalé de l'ami Calvert (The Luminous Green…) et un machin space postpunk de l'entité changeante Nick Turner (Inner City Unit - Watching The Grass Grow)

Pour finir une semaine qui en dehors des choses musicales fut essentiellement saumâtre une petite chose qui sautille par une faille spatio-temporelle depuis Austin (Texas) (Vertigo par les Standing Waves, on remarquera le décolleté avantageux de la keyboardiste, certainement l'influence tex-mex). 


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