jeudi 29 juillet 2010

Psychogeographie indoor (17)




1.

Chacun cherche l’inspiration où il peut. Voltaire la cherchait dans l’excitation du café, Eschyle et Aristophane dans le vin… Buffon ne pouvait écrire qu’habillé élégamment. Villiers de L’Isle-Adam ne pouvait écrire qu’à plat ventre. Son confrère décadent, Hugues Rebell louait une chambre d’hôtel et n’en sortait qu’une fois son livre achevé. Corneille ressassait ses tragédies dans une quasi-obscurité tandis que Schiller cachait des pommes pourries dans le tiroir gauche de sa table de travail ; il les sortait, les sentait puis il se mettait au travail.
Chez les musiciens Gluck faisait transporter son clavecin au milieu d’un pré, il buvait deux, trois bouteilles de champagne, puis inspiré il composait. Haydn, comme Buffon, ne pouvait travailler qu’en tenue raffinée, il lui fallait également porter au doigt une bague ornée d’un volumineux diamant. Toutes conditions réunies il écrivait alors sans jamais s’arrêter, pendant cinq, six heures, des jours entiers…
Mozart était comme saisi par l’inspiration, elle lui arrivait à l’improviste. Il lui fallait alors s’épancher ; c’ était un problème en société.

Je n'aurai pas l'outrecuidance de me comparer à ces illustres prédécesseurs, mes secrets de fabrication sont tissés d'une étoffe moins soyeuse. Sachez que quant à l'inspiration et pour l'essentiel j'ai simplement pris l'habitude de tourner autour de mon canapé ; en marchant, vite ou non, en sautillant à pieds joints, voire sur un seul pied. Il m'arrive même de courir autour à moitié nu — voire complètement nu par temps chaud — l'inspiration me vient alors, elle monte, reste en suspend et ne redescend plus. Cette méthode plus sportive qu'intellectuelle nécessite une préparation minutieuse. Il me faut tout d'abord absorber une raisonnable quantité de substances alcoolisée. Chaud à l'intérieur je commence alors mon échauffement extérieur. Je pratique de grands mouvements dits de moulinets avec mes bras que j'ai fort longs, les bibelots environnants souffrent. Puis, en alternance, je fléchis les genoux à une vitesse raisonnable. C'est exclusivement et uniquement chaud dedans et dehors que peut alors seulement débuter ma psychogéographie en intérieur. Sans tout ce fatras et cette gymnopédie préalable je resterai à jamais sec et rempli, incapable de produire la moindre ligne, c'est ainsi.

2.



Reste que pour l'essentiel et depuis quelque temps je suis assez peu inspiré, sec et rempli je tourne beaucoup moins autour de mon canapé. Ma Psychogéographie Indoor est en jachère et je suis bien morne. C'est pourquoi je me contenterais ici de vous proposer quelques extraits de mon « journal » sans les affiner plus que ça. Oh ! bien évidemment, ces extraits resteront expurgés de toute intimité, sexuelle, philosophique et politique... trois choses qui vous feraient bondir si vous les lisiez. Je vous concède uniquement la météo et les livres, le style restera télégraphique.

14 juin.- Orages lointains. Pluie diluvienne. Soleil parcimonieux en fin d’après-midi. Le chaud allongé sur l’humide il y a dans l’air des exhalaisons automnales, des odeurs d’humus et de forêt mouillée, des odeurs qui ne concordent pas avec le calendrier. Lu le Seau de Charbon premier roman d’Henri Thomas, c’est un livre qui sent le bois humecté, l’humus et l’humidité de dortoir. Il y est question d’un collège provincial (vosgien et donc humecté) il y a des intrigues en sous-main, des solitudes onanistes réconfortées par un trou de serrure opportun… La construction se veut chorale, un puzzle ne qui vire jamais au casse-tête avec un petit charme, mais sans la grâce habituelle d’Henri Thomas… Le vrai Henri Thomas est ailleurs : dans John Perkins, dans Le Promontoire beaux romans où la brume nage sur l’humidité, beaux romans autrement plus convaincants.
Tenté de lire un chapitre des Promenades Philosophiques du vieux daim Gourmont, j’écris tenté, car ma voisine à cru opportun de « faire le ménage » la fenêtre ouverte tout en écoutant six fois de suites la même chanson du chanteur Mika sur le haut-parleur de son téléphone portable. C’est dommage, les oiseaux chantaient, il y avait un peu de soleil entre les nuages. J’ai bien essayé de lire en me bouchant les oreilles, mais je ne pouvais plus tourner les pages. Frustré par ce chuintement monaural j’ai fait un « tour dans la rue » , j’ai sauté à pieds joints dans deux trois flaques d’eau ce qui m’a un peu défoulé. Ensuite je suis rentré. J’ai laissé tomber la philosophie et de Gourmont (ce n’était plus le moment) et j’ai commencé la lecture de la réputée Terre d’ébène du non moins réputé Albert Londres.
Ma voisine vient de passer dans la rue, je suis sorti dans le jardin avec mon livre, il n’y plus qu’un corbeau qui croasse, je viens de recevoir une goutte de pluie sur la tête.

15 juin.- Temps frais. Presque froid, pénible. Terre d’Ébène. Londres toujours très bien. Drôle, bourru, humain… On ne cherche pas à savoir s’il est bassement journaliste ou littérateur dans les éthers - cette « discussion » qui court ici et là me semble de trop -. J’aime son courage, son côté justicier, mais j’aime aussi la saine simplicité de ses phrases : courtes, sèches comme des coups de trique, avec du rythme... De la naïveté ? Et alors ! ? Dans ses excursions africaines, Londres croise Morand. ; tout les oppose : les multiples malles de Morand transportées par un aréopage de boys, la petite valise que Londres porte lui même ; le racisme distingué de Morand, le paternalisme humaniste de Londres. Sur l’ Afrique il faut lire les deux. Il faudrait que je lise Gide, aussi.

16 juin.- Pluie. Froid, encore. Cet autre automne persiste un peu trop. Il y a de quoi avoir le moral miné. Fini Terre d’Ébène. Terribles dernières pages. Construction de la voie ferrée reliant Brazzaville à l’atlantique, le fameux Congo-Océan… Dix-sept mille morts pour construire cent quarante kilomètres de voie (soit 120 morts au kilomètre). Visions infernales, prémonitoires, les Africains ne sont que du matériel humain, rien d’autre, ils sont là pour êtres utilisés, usés ils sont jetés. La France coloniale paternaliste invente des procédés qui seront rationalisés par l’Allemagne hitlérienne.
Tiens un peu de soleil entre deux nuages, si peu… Commencé le Village Pathétique d’André Dhôtel. Après Henri Thomas c’est un autre écrivain brumeux, ardennais, lui. Pour l’instant c’est une lecture douce il y a du mystère assourdi, la nature est belle, l’intrigue vaporeuse. La psychologie et le romanesque ne m’attirant plus trop je me contenterai du panthéisme.

Pour ce qui est des arômes de papier je vote pour les vieux livres de chez Phaidon, pour les odeurs de colle je vote pour les livres neufs de la vieille blanche. Pour la difficulté je vote pour les anciens Corti non massicotés. Pour l’aisance bourgeoise je vote pour le faux confort carpaccio offert par la Pléiade. Pour le toucher je vote pour feu la collection pistache de chez Verdier. (Visiblement la collection Der Doppelgänger de chez Verdier n’est plus pistache, mais jaune paille à présent.)

« J’ai connu autrefois un pauvre homme qui, par scrupule, n’a jamais voulu coucher chez lui, disant que son nom était un nom à coucher dehors. Ce souvenir ne m’est pas désagréable. »

Dans certaines villes africaines, les rues ne sont pas devant les maisons, mais à l’intérieur. Elles passent de la cuisine de l’un à la chambre à coucher de l’autre. Bien qu’il n’y en est que très peu, les gens ne sont chez eux qu’à leur fenêtre. Cette conception burlesque de l’urbanisme entraine moult quiproquos amusants, par exemple le « quidam africain » est tout à la fois, sorti et rentré, dehors et chez lui, et bien qu’il passe toutes ses nuits dans la rue, il ne découche jamais !

19 juin.- Pluie, pluie, pluie… Quasi froid. Fini le Village Pathétique. Je ne suis jamais vraiment « entré dedans ». Je l’aime pourtant par bribes. C’est certainement un bon livre… Peut-être aurait-il fallu que je tombe dedans bien plus que je « n’ entre dedans ». Que je tombe un peu amoureux de l’héroïne, que je sois un peu serré de cœur. Mais non je suis passé à côté d’Odile et de ses seins tendus comme je suis passé à côté des péripéties. Par contre, j’ai bien vu la nature, le panthéisme latent… J’ai aimé tout ça.

« Lorsque des touristes traversent un village, ils imaginent volontiers que les cœurs des foyers sont neufs et qu’ils se trouvent transportés dans un pays où les souffrances et les relations humaines sont différentes de tout ce qu’on peut supposer, et possèdent même un caractère céleste. »

Commencé Diane Lanster de Jean Didier Wolfromm. Pour l’instant j’aime beaucoup cette « Pitié dangereuse inversée », je suis avec.

26 juin.- Ici je me souvenais de la voix de Jean Didier Wolfrom de ses avis sans demi-mesure pour des livres qui n’en valait pas la peine de sa conception de la critique comme art martial nécessitant décision et rapidité… j’ai tout effacé par erreur.

« Par la pluie des fins d’été d’ailleurs le corps reste merveilleusement chaud sur les habits et on se met à comprendre ce que c’est qu’un abri, une aurore, un feu et une idée neuve. »


3.



28 juin.- Journée estivale. Chaude. On sent que cela ne va pas durer, que les orages vont bientôt arriver. Il y a des spectres laiteux dans le bleu. Je n'ai rien lu de plus qu’une carte du monde (oui du monde !) qui traînait sur le rebord de l’une de mes fenêtres. J’ai constaté à ma grande surprise que le sommet de l’Ile McDonald culminait à 2745 mètres, ce qui n’est pas rien… Le vulgum pecus l’ignore, mais l’ile McDonald est une possession australienne, elle est perdue au milieu des mers du Sud - juste en dessous des Îles Kerguelen - il ne s’y passe rien le climat n’est pas très accueillant… Après la solitude glacée des mers du Sud, je me suis égayé en entourant sur ma carte tous les sommets dépassant 6000 mètres. Je suis remonté vers le Mt McKinley puis je suis descendu vers l’Aconcagua tout en passant par l’Ancohuma. Après avoir biffé une petite armée de cimes de gabarit raisonnable, j’ai ensuite adroitement traversé l’Atlantique Sud et l’Océan Indien pour mieux remonter vers les plateaux himalayens. Là un peu lassé d’avance par l’ampleur de la tâche à accomplir j’ai laissé choir mon idée initiale pour me rebattre sur « du plus simple » ; par exemple, entourer toutes les îles méditerranéennes sur lesquelles j’ai eu des relations sexuelles. Je commence par la Corse… .

30 juin.- Chaleur. Bonne chaleur. Commencé un chapitre des Sept Piliers, assez ennuyé par le belliqueux anglais je me suis vite rabattu sur l’une des promenades philosophiques de Rémy de Gourmont. La promenade était très bien, pleine de rigueur scientifique et de bidouillerie début de siècle. Tout posé sur un mamelon qu’il est De Gourmont est assez drôle : montagnard dans le sens de Vialatte…. Là il évoque l’humain, son évolution, comme homme et comme quidam du coin. En fait,voyez-vous que tout homme - mon boulanger aussi - à été un jour un poisson puisqu’à un certain stade de son développement l’embryon de tout homme - votre boulanger itou - a les principales caractéristiques du poisson : « Tout individu traverse dans son développement embryonnaire les phases par lesquelles a passé l’évolution de son espèce à travers les âges ». Selon De Gourmont le sang qui est en nous représenterait la salure de l’eau de mer au moment où la vie est apparue, notre température interne représenterait, elle, la température moyenne du globe, au moment où notre espèce a pris naissance. Tout cela est très futé… Plus loin De Gourmont constate que la température des oiseaux oscille entre quarante et quarante-quatre degrés, il en déduit adroitement que les oiseaux sont donc apparus sur terre très longtemps après l’homme. En conséquence, il est bien possible que nos hirsutes ancêtres aient vécu pendant des milliers de siècles sans voir le moindre oiseau rayer le ciel de son vol, même pas un pinson ! Personnellement, j’ai de gros doutes quant à cette théorie, j’ai plutôt l’impression que l’oiseau est un genre de dinosaure à plume ; surtout le pinson…

2 juillet.- Chaleur. Quasi canicule. En quatre jours nous sommes passés d’un hiver éternel à un semblant de climat saharien. Avec grand plaisir je suis retourné dans le Journal de Larbaud que j’avais un peu laissé de côté. Dix ans après Alicante, on retrouve Larbaud entre Annecy et Corfou, il est certainement toujours anglomane, mais il n’écrit plus en anglais, plutôt dans un curieux sabir mêlant italien, français et trouvailles de bon aloi. Pour ce qui est de ces trouvailles Larbaud invente le pelmazoïde , un mot valise fabriqué pour désigner les importuns, les casses-pieds… L’étymologie est amusante , en grec pelma désigne la plante du pied, ou la semelle des chaussures, le suffixe zoïde évoque , lui, la catégorie animale. Le pelmazoïde pourrait donc être une sorte « d’ individu semelle ». À ma connaissance les pelmazoidaïres pullulent.

Entamé Ma Route d’Aquitaine de Raymond Dumay, pour l’instant avec beaucoup de plaisir. Dumay était un drôle de zig qui arpentait la France monté éthyliquement sur une pétrolette qu’il avait baptisée Pégazou. On lui doit quatre « routes » : Aquitaine, Bourgogne, Languedoc, Provence, autant de divagations littéraires bouquetées. On lui doit aussi une foule d’autres machins… des guides gastronomiques, des sommes inquiétantes sur le vin et l’alcool, des essais divers et variés — sur la fin du roman et la mort du vin — des romans et même un journal de guerre. Raymond Dumay est l’un des pères spirituels de Jean Claude Pirotte qui assume la filiation.

4 juillet- Orages hier soir. Semblant de fraîcheur. Dumay, délicieux. En descendant vers l’Aquitaine, cette France de l’Ouest oublié, celle de la Vendée, des châteaux, des petites villes et du « petit intérieur ». La Roche-sur-Yon (Napoléon-Vendée) ville nouvelle inventée par Napoléon en 1804, Fontenay-le-Comte, Angoulême… Il y aussi et surtout les écrivains : Agrippa d’Aubigné, les deux Balzac, Vigny, Sartre, d’autres…

10 juillet.- Chaleur caniculaire. En quelques jours je suis passé de la recherche du soleil à l'art de trouver la fraîcheur là où elle se trouve. Cet art qui est aussi une distraction réclame un minimum de connaissance, il faut notamment savoir jongler avec les éléments, savoir maîtriser les courants d'air tout comme les différences de température… S'il n'y avait les murs nécessaires à toute bâtisse, on pourrait même classer l'art de trouver de la fraîcheur en intérieur entre le vol à voile et la navigation en solitaire. Si vous le voulez bien voilà quelques conseils qui vous permettront de recouvrer un peu de fraîcheur intérieure. Le matin, le frais encore là vous ouvrirez vos fenêtres en grand, puis petit, à petit la tiédeur enflant vous commencerez par rabattre vos volets en « persienne » laissant la juste place nécessaire pour un mince filet presque sain. Le moment crucial sera le moment où la température extérieure plus haute de quelques degrés ne créera plus qu'un appel d'air chaud vers l'intérieur, il vous faudra alors savoir assez vite fermer fenêtres et volets et vous claquemurer comme dans une grotte. Si sur le palier vous oubliez animaux, femmes et enfants, on pourra dire que vous voilà stylite-ascète... mais frais. Ne bougez pas trop essayez de diriger votre tête vers un filet d'air qui doit traîner, ouvrez un livre, ne tournez pas les pages trop vite. Voilà..

Fini le « Dumay » qui est délicieux. Vins. Bordeaux. Montaigne. Mauriac… Puis retour vers le nord, un peu, Loti et ses malles… Il faut que je lise le Marin en Smoking de Pierre Luccin, pour Dumay c’est un pendant remarquable à L’Apprenti de Raymond Guérin, le paquebot remplaçant simplement le Grand Hôtel… Il faut que je lise les autres routes de Dumay. Demain je commencerai le Petit Ami de Léautaud.

Par temps chaud j’écris couché comme Nabokov, le problème est que cette position change la forme de mon écriture et que je n’arrive plus à me relire.

15 juillet.- Je suis resté sur les lèvres de l’orage dans cet endroit où, l’air froid se mêlant à l’air chaud, on frôle souvent la tornade. La fraîcheur est donc là sans que l’orage ne soit vraiment passé par moi.

Commencé le Petit Ami. L’enfance fin de siècle de Léautaud. Victor Hugo lui tapote la joue. Plus tard il y a ses « petites amies » autant de cocottes sorties d’une toile de Lautrec. Est-il utile de préciser que le tout est délicieux, forcément délicieux ?


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samedi 17 juillet 2010

No comments - N°42



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lundi 12 juillet 2010

The Field Mice - Snowball (1989)



Le dessus de ma bibliothèque est une sorte de débarras à plafond ouvert où je range ce qui ne peut être rangé ailleurs. On y trouve quelques vieux disques, des livres honteux qu'il faut cacher, des boites pleines de secrets… Je fréquente rarement ce dessus, je me contente parfois de le regarder avec indifférence et pour tout dire je le néglige. Pourtant aujourd'hui je suis « monté » à sa hauteur, car il me fallait retrouver quelque chose. Je ne vous expliquerai ce qu'était ce quelque chose, il y a des secrets qu'il faut savoir garder pour soi, sachez seulement que ce n'était pas plus un disque qu'un livre, que ce quelque chose je ne l'ai pas retrouvé et que par contre, à sa place, j'ai retrouvé un vinyle du groupe Field Mice, un 25cm (7" pour les Anglo-saxons) un disque complètement relégué dans le goulag de ma mémoire. Oh ! pas de quoi me voir choir de la chaise rouge si peu dessinée Stark qui me servait d'escabeau de substitution, mais un petit vertige tout de même, et puis des souvenirs qui remontait au moment même où je soufflais sur l'abondante couche de poussière recouvrant cette bizarre pochette lilas; une drôle de poudre pour ouvrir la mémoire.
Bientôt revenu à l'altitude plus raisonnable et en tous les cas moins périlleuse de mon parquet, je me dirigeais d'un pas décidé vers mon teppaz avec l'idée pas si sotte de réécouter ce disque, pour voir... Canicule oblige mes volets adroitement entrouverts « en persienne » laissant passer un mince filet de fraîcheur, mon teppaz derrière moi, je m'étendais sur mon canapé écru en position latérale d'insécurité et j'écoutais.

Et bien voyez-vous que la grâce et la légèreté sont toujours là ! Cette guitare et cette basse en ronde bosse tournent et vous pince encore la poitrine. Bobby Wratten le chuchoteur des Field Nice reste cet adolescent cotonneux qui chante comme s'il venait tout juste de s'éveiller. Je l'ai retrouvé, lui et son alter ego Michael Hiscock tels qu'ils étaient il y a vingt ans avec leur finesse de touche, ce tempérament monochrome qui vire au pointillisme, ce savoir faire tendre... En fait, je n'avais pas complètement oublié tout ça, Bristol, l'écurie Sarah records, la fragilité de cette pop de lycéens sensibles… Je n'avais pas non plus complètement oublié ce disque alors il s'est imposé de lui-même, comme en terrain conquis. Let's Kiss and Make-up est toujours cette belle entrée somnambulique et End Of The Affair cette « chanson de rupture » qui en remontrerait beaucoup à certains. J'avais seulement oublié le dernier titre Letting Go, qui ressemble à la forêt de Robert Smith, mais une forêt plus rose, plus timide, une forêt où Bobby Wratten et Michael Hiscock regarderaient vraiment leurs chaussures… Pour le reste, vous savez tout, vous savez qu'il faut aimer Felt et certaines chansons, oui CHANSONS, de Durutti Column. Vous savez également qu'il faut aimer ce disque des Field Mice, car il faut chérir la fraîcheur par temps chaud.



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jeudi 1 juillet 2010

Rocketship - A Certain Smile, A Certain Sadness (1996)



Tout cela n’est qu’imagination, méprise, mauvaise humeur ? Y-a-t-il quelque chose de réel derrière ces doutes ? J’ai la mauvaise habitude de tourner autour de mon sujet alors qu’il serait si simple pour moi, et les autres, de me contenter d’un bref et laconique : « écoutez c’est très bien, c’est machin qui chante, il est né en 1972 » , rien de plus, rien de moins, les rivages du factuel.
Mais voilà tout cela devient maladif et frôlant l’inquiétant, je ne peux pas m’empêcher de noyer le poisson dans une brume plus qu’opaque ; comme s’il était possible ne noyer un quelconque poisson dans de la brume, lui qui lorsqu'il pleut ouvre la bouche pour absorber les gouttes d'eau nouvelles, lui qui comme moi (nous) sans ces eaux-là, rien à lire et à écouter, ne pourrait plus vivre !
Tiens aujourd’hui n’ayant prévu aucune activité piscicole et hydropathe, le soleil de bonne heure frappant les murs, la chaleur fondant des murs, montant du sol, me cernant comme un incendie, je me suis permis de chercher un peu de fraîcheur là où elle se trouvait : l’ombre d’un arbre douteux et de la musique rafraîchissante dans les oreilles ; du vert intense, une masse de vert intense et un filet de mélodies aériennes au creux des ormeaux
N’ayant que très peu de compétences arboricoles je ne saurai vous décrire l’arbre improbable qui me faisait l’offrande de son ombre portée, pour ce qui est de la « musique » disons que j’ai la compétence confuse, mais plus persistante et donc un peu plus de faibles aptitudes à vous en parler, alors parlons-en, nous pouvons y aller ? Vous êtes encore tous là ?

Bien que ce ne soit pas avéré et tamponné pour l’homme moyen qui attend l’autobus sous le chêne centenaire, la pop et le shoegaze sont faits pour bien s’entendre, les Rocketship, qui ne sont pas l’homme moyen et n’attendent aucun autobus, sont très conscients de cette entente-là, en tous les cas ils en jouent dans toutes leurs chansons passant de la distorsion au sucre, du petit fracas au chuchotement, de la sixties-pop précieuse à l’indie-pop affectueuse, du bruyant ( Carrie Cooksey ) à l’atmosphérique ( Heather, Tell Me Why )… Comme les Rocketship sont également et à l’inverse de l’homme ordinaire, doux, mais tenaces, nous voilà dans un invariable balancement entre du légèrement abrasif, du coulant un peu joli. Des couches de synthétiseurs analogiques enrobant quelques moutons de guitares parfois évasifs nous voilà aussi et ainsi avec quelque chose d’organique au coin des oreilles ; quelque chose de toujours tendre, de non essentiel, mais d'émouvant au creux de l’estomac. Par commodité on évoquera l’esprit, plus que la forme, de My Bloody Valentine, on ne regardera finalement pas trop ses chaussures, mais plutôt la plage - les Rocketship californiens comme hypothétiques inventeurs du beachgaze ? - on se souviendra un peu de la pop écossaise en anorak, un peu de Stereolab mais surtout des merveilleux Papas Fritas, écoutez et réécoutez Let's Go Away ou We're Both Alone, c’est presque aussi beau, du même tonneau non cynique. Un certain sourire, une certaine tristesse. Le bonheur des tristes, même à l’ombre.



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