jeudi 31 juillet 2008

Remake / Remodel N°1



« L’ennui des prédestinés qui sentent obscurément, comme l’eau glacée d’un fleuve gonflé, monter le long de leurs membres les vagues de la mort »

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mercredi 30 juillet 2008

Mix of the week – N°2



Au menu : du post-punk batave agrémenté de deux trois caprices hardcore west-coast, un soupçon de synth-punk et pour faire bonne mesure un peu de punk vaguement gothique mais bien irlandais avec une tête de cochon. Le dessert n’est pas compris, il n’y aura pas de digestif.

Mixtape n°2

Ensemble Pittoresque - Better Life's 4:08
Units - High Pressure Days 3:17
Higher primates - Living in a vacuum 2:14
Mecano - Links 5:58
Dead Kennedys - Nazi Punks 1:03
Sleepers - Los Gatos 4:22
Flipper - Sex Bomb 7:49
Minny Pops - Nervous 2:23
Virgin Prunes - Caucasian Walk 4:40

9 songs, 35:55 minutes

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samedi 19 juillet 2008

Psychogéographie Indoor (8)



« On reconnaît le vrai hypocondriaque au milieu d’un peuple de brutes : c’est celui qui tient un livre... »

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L’embarras pour une bibliothèque c’est que souvent la place s’y fait rare. On a souvent beaucoup de tourment à pouvoir y glisser deux trois livres de plus. Ce n’est pas que les locataires soient si replets que cela, peu partageurs d’espace ou acrimonieux envers la nouveauté, mais il y a un moment où il faut bien s’en convaincre : « quand la place n’y est pas, elle n’y est pas ! » Il faut alors se décider à faire des choix cornéliens, prendre des mesures drastiques tout autant que cruelles et sacrifier quelques volumes qui clopineront vers de sombres destins ; vers cette bibliothèque auxiliaire par exemple ; cet incertain purgatoire où les supposés mauvais livres patientent avec de la crainte au coin des pages, espérant ne pas monter plus haut, plus loin, vers ces sinistres cartons qui n’ont plus de mordoré que la teinte ; amer enfer en altitude des livres dont il faut avoir honte.
Reste qu’une fois le petit vide fait, il est bien vite comblé. Et que quelques jours plus tard, le psychogéographe aura de la peine à regarder les deux piles de livres frais déjà posés, en attente, ici et là. Force est de constater que le problème lui semblera insoluble. Un éternel recommencement et que d’embarras !

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Psychogéographe claquemuré à domicile, observons néanmoins ces deux piles de futurs potentiels colocataires. La pile des livres lus et celle des livres non lus. Commençons par la pile des livres non lus qui aura l’avantage d’être plus courte à traiter. Dans cette pile là, on trouve deux petits classiques que les gens qui savent se chuchotent à eux-mêmes : Mon amie Nane de Paul-Jean Toulet et Le Bonheur des tristes de Luc Dietrich , on trouve également deux livres de Kléber Haedens : L'été finit sous les tilleuls (Madame Bovary chez les hussards) et Adios, il y a également un roman assez peu connu d’Henry Miller, Printemps noir, recommandé par Nicolas Bouvier, Cefalu de Lawrence Durell, Givre et sang de John Cowper Pows, Ouvert la Nuit de Paul Morand et pour finir Le cinquième empire de Dominique De Roux, un très grand livre paraît-il. Dominique De Roux, créateur des Cahiers de L’Herne et écrivain impliqué dans son temps, comme quoi, au-delà de mes doutes persistants, l’un pourrait faire avec l’autre, nous verrons bien.
Ah ! J’oubliais l’essentiel ! Il y surtout dans cette pile de livres non lus là un livre intimidant, ce livre c’est le Vétérinaires de Bernard Lamarche-Vadel. Souvenez-vous de Bernard Lamarche-Vadel, poète, romancier vague et dangereux, grand critique d’art, mort enfermé, en lui-même, dans un château au milieu d’une douteuse horde de chiens bigarrés, un fugace coup de fusil, souvenez-vous de lui il s’évapore.

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Voilà le moment d’aborder la pile des livres lus. Commençons par les Fragments de Lichtenberg le nouveau bidule de Pierre Senges ; posé là sur le haut de la pile c’est un drôle de bigarreau sur la brioche, un très grand gros livre qui mériterait un peu plus de temps. Le lichtenbergien tout autant que le psychogéographe voir même le commun des mortels y trouvera de la matière à son goût, les aphorismes en confettis de ce bon vieux gibbeux de Lichtenberg y sont rassemblés par la grâce bien huilée d’un casse-tête mousseux. Ces mots d’esprits agglomérés, ramenés à leur but initial sont les pièces d’un puzzle qui une fois résolu, vu de loin, forme un beau roman global à saveur encyclopédique. Pierre Senges pose sa plume dans les pas d’autres croquignolets et mirliflores scribouilleurs affiliés à la fédération internationale de puzzle : Robert Burton, Laurence Sterne, Jonathan Swift … je ne suis pas clair ? Je ne suis pas là pour être clair, lisez plutôt le livre de Senges !

Quittons ces rivages sans mer ni terre à qui il ne manque que du solide et du liquide pour faire bonne mesure, ces rivages lichtenbergiens, et retournons devant notre pile de livres. Sous les Fragments de Lichtenberg il y a Les dimanches de Jean Dézert le seul court roman de Jean De la Ville de Mirmont.. Cet ami de l’enroué Mauriac fait l’objet d’un culte discret auprès d’une petite secte de fidèles tout autant discrets. Il faut dire que pour le culte il y a de quoi faire : mort jeune, 28 ans, nuque brisée dans la boucherie de 14/18. Le livre, lui, est un peu bovien, un peu nouveau roman avant l’heure légale, un peu Perec, (L’homme qui Dort) sans barbiche ni mots croisés, une moustache lustrée à la place. Il y a un petit charme talé dedans, une lassitude lasse, une grande solitude, des amours laconiques, une rupture incongrue : « Votre visage est trop long pour que vous fassiez un bon époux » une molle résignation, la tentation de la noyade, de la pendaison, l'eau mouille, le plafond est trop bas, le désespoir est indifférent, retour au quotidien, à la vie… On comprend l’influence de tout ça sur le sournois Houellebecq, ce dernier ne taisant pas l’influence

Sous Les dimanches de Jean Dézert se cache L’insupportable Bassignton de ce cher Saki, un peu différent de ses désopilantes nouvelles, plus sec et mordant, d’une amertume folle sous l’ironie, émouvant même. Hasard coïncidence ?, Saki comme Jean De la Ville de Mirmont trépassa chez 14/18. Nos deux oiseaux, l’un presque anglais, l’autre vraiment myope, engagés volontaires, demandèrent le front, les tranchées et la vigueur du mortier, une très mauvaise idée.
En parlant d’idées, et en sautant des baudets au coq sous nos deux inanimés de la grande guerre, , il y a, au milieu de notre pile, un livre de jean Grenier : Inspirations Méditerranéennes on y trouve quelque chose du lactescent, mais pas dans le sens de Maurice Blanchot, plutôt dans un vague éclat chrétien ; qui ne se dit pas vraiment, refuse l’ombre des piliers marmoréens et préfère la matière aveuglante du halo incandescent flottant au-dessus d’un tas de pierres échafaudé à l’aveuglette aux lisières de Marrakech - en plein midi, au mitan du mois de juillet (ouf !) -
On concevra aisément que l'assortiment manque un peu d’air, de « maritime », et qu’un Ulysse éventuel qui passe par-là aurait pu ramener les embruns d’Essaouira avec lui.
Pour info, le prix Nobel automobiliste trépassé Albert Camus, fut l’élève de Jean Grenier, comme quoi, du contemplatif à l’homme révolté tout conduit à tout (l’inverse est plus rare, plus précieux)

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Sous le Grenier, dernier de la pile, lie de l’amas de livres, il y pour une seconde fois le Sabbat de Maurice Sachs, ce salaud lumineux, mémorialiste « années folles » juif, collabo, indicateur pour les païens à flambeaux de la Gestapo, homosexuel, alcoolique, drogué, séminariste défroqué ; il finira dans les poubelles de l’histoire pendant que ce con de Céline villégiaturait, lui, chez de fort robustes danoises.
Tout cela rappelé, le livre de Sachs, est passionnant, pour le factuel qu’on y retrouve, pour toutes ces anecdotes sur le présumé haut du panier d’une époque dorée qui virera au moisi, Gide, Cocteau, Coco Chanel, tout le toutim… Pour l’essentiel c’est surtout, sous ce vernis là, sous l’anecdote, un livre spirituel et doux, plein d’inquiétants regrets, mais avec toujours un peu de gène à le lire, quelque chose qui rebute. On hésite toujours devant comme le diabétique toisant le sucre. Sachs est-il un manipulateur plaintif avec quelque chose de geignard au coin de ses (belles) phrases, un grand naïf ? Un grand salaud sincère qui se noie (et nous avec) dans le repentir ?

En parlant de manipulation, et pour quitter notre pile de livres, il faut savoir que la mort de Sachs pose bien des problèmes, selon certains il aurait été lynché par ses compagnons de cellule et son cadavre jeté aux chiens. Selon d’autres il aurait été abattu d’une balle dans la nuque ne pouvant pas suivre le train d’une marche forcée. Il y a une version plus romanesque qui se murmure ici ou là ; écoutons chuchoter Julien Green : « En 1948, à l'hôtel, à Innsbruck, j'ai vu Maurice Sachs. Non pas un fantôme, mais Maurice en réalité. Maurice s'est enfui quand il m'a vu ». Il est bien possible que les pires salauds trouvent toujours une porte pour se dissiper furtivement, l’appétence de l’unijambiste face au canoë kayak n’est pas pire

Pour poursuivre avec du concordant, du moins romanesque et du non moins tragique, le double solaire de notre embrumé Sachs pourrait bien être Miklós Radnóti, ce poète hongrois abattu dans des circonstances analogues. L’avancée des troupes soviétiques, une longue marche forcée, un SS ivre, une balle dans la nuque, au bord de la route. Il y a un livre à lire de Miklos Radnoti : Marche forcée justement : « Toujours en quelque lieu l’on tue : au sein d’une vallée aux cils clos, sur une montagne fureteuse, n’importe... »
Entre les deux. Pour finir dans le drame et le toujours concordant, il faut savoir qu’un SS qui passait par-là, tua Bruno Schultz de deux balles dans la tète. C’était le 19 novembre 1942, le ghetto de Drogobytch, vers midi. Schultz, ce Kafka polonais en pire, avait prévu de s'enfuir la nuit suivante pour Varsovie. Il finira dans la fosse commune.

Sachs, Radnóti, Schultz. Lisez les trois (et pleurez pour certains), il n’y a rien à lire de leurs assassins.

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mardi 15 juillet 2008

Le Club des Alopéctes



Ce mardi après-midi, comme tous les mardis après midi que le seigneur fait, je me suis rendu dans un lieu tenu secret du commun des mortels. Là dans l’ombre d’une ruelle, sous le porche d’une chapelle hors d’âge, j’ai retrouvé quelques membres d’une énigmatique confrérie : le Club des Alopéctes . Sans vouloir dévoiler un secret que même le triste pantin Polichinelle ne serait tenir, il faut que vous sachiez la vraie nature de cette mystérieuse confrérie - tout du moins la plus faiblement dissimulée de ses activités, le reste est indicible, plus secret et choquerait le bourgeois -. Voilà donc ce mince secret ! Nous alopéctes, car je suis des alopéctes, avons pris la bonne habitude de convoquer les esprits tous les mardis après-midi que le seigneur fait ! Malgré pour certains une calvitie prématurée, malgré le cocasse dix neuvièmiste de la chose, nous rentrons dans la petite chapelle flétrie évoquée plus haut. A l'intérieur de cet abri hors d'usage - qui n'est plus des saints - nous invoquons les esprits, les esprits nous répondent et les tables tournent. Comme nous ne sommes pas plus hydropathes que ça, nous ne convoquons pas n’importe quel esprit. Cette après-midi par exemple c’était le très white trash, Jeffrey Lee Pierce. Je retranscris stricto-sensu notre rencontre avec l’animal, vous me permettrez de m’excuser d’avance quant à la grossièreté de ce verbatim là.

Alors, après le blues et la country, c’est le jazz et la mort ?
Hein ! quoi ! Qui me parle bordel de merde !

Nous disions le jazz et la mort, le jazz ou la mort, les deux ? Et pourquoi pas Santana ou John McLaughin tas de cons ! Savez pas plutôt du bourbon ?

Oui certes, mais vivant vous partagiez à l’instar de Tom Verlaine un amour prononcé pour Coltrane, non ?
Ah les poètes ! Mon cul les poètes ! C'est évident, j’ai plus écouté Trane que cette fiotte de -Verlaine ! Maintenant c’est Jimi Hendrix, un voisin de palier. Dites savez pas du bourbon ?

Oui un moment jeffrey Lee, du calme Jeffrey Lee. Une autre question. Au club des alopéctes nous apprécions beaucoup John Cipollina est-ce aussi votre cas ?
Hein ! Quoi ? Apoléctes mon cul ! Quicksilver ouais ! pas mal morveux, mais pas grand chose. Moi ce que je voudrais c’est faire couiner ma guitare comme un saxo, comme du Albert Ayler, t’vois petit con.

Hum, hum, laissons le jazz ! Vous étiez l’un des derniers groupes de rock authentique ?
Ouais pour sur ! Le rock il est crevé de tous ces types qui se prennent terriblement au sérieux, tous ces Howard Devoto. C’est pas de l’art qu’ils font ces cons là, rien de tout, même pas un pet foireux de lapin. Ils veulent toucher à l’émotionnel mais leur truc est tellement forcé que vraiment y a rien dedans... Quelqu’un comme Nick Cave, oui, il montre bien quelle bande de trous-du-cul sont ces mecs : des homos coincés et poseurs, hyper-intellectuels, ce qui les rend paranos et névrosés. Ils ne pigent rien au rythme, et donc au rock’n’roll. Des connards académiques fascinés par l’Europe d’avant-guerre. Leur ultime fantasme aurait été de vivre dans le Berlin de la montée du nazisme. Le mien, ce serait plutôt de découvrir Tahiti et les Tahitiennes.

Oui mais à présent Howard Devoto malgré son inquiétante alopécie, tout vivant qu’il soit n’est plus grand chose, alors que vous Jeffrey Lee…

C’est à ce moment précis que notre « esprit », soudainement conscient de son bien possible trépas, commença à émettre moult borborygmes, réclamant à boire, à sniffer et chose incongrue la présence de Debbie Harry ! N’ayant aucune blonde platine à lui présenter, vous comprendrez aisément pourquoi il était alors nécessaire de stopper cette littérale retranscription.

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lundi 14 juillet 2008

Ratatat - LP3 (2008)



D’aucuns, ici où là, commencent à gloser dans les coins : « Ah ! Ouais mouais ! Ratatat, toujours pareil Ratatat, ce paupérisme mélodique qui tourne en rond et lasse son homme, en plus la pochette est moche ! » Et bien que les gloseurs glosent, l'aigre a bien des chances de leur retourner un jour l’estomac. Ah ! Tous ces sombres sires, zélateurs du folk à bougie, pub-rockeurs bedonnants sur le retour, fans de ska festif, voir, pour les pires, partisans « impliqués » du post-rock à catogan, et bien qu’ils restent dans leur coin ! Qu’ils s’agglomèrent même dans ce coin ! Qu’ils forment une désobligeante pelote d’antipathie, elle ne saura pas bondir à la verticale tant elle sera plombée par elle-même, par sa composition si disparate et ses teintes astringentes et blafardes. Je ne tirerais en aucun cas le fil de cette saumâtre pelote là, figurez-vous que j’ai bien d’autres choses à faire, les plaisirs de la gymnopédie et de la distraction m’attendent et c’est une petite somme de satisfaction que je ne laisserais choir pour rien au monde.

Ce court préambule acrimonieux passé, nous allons vraiment pouvoir parler du nouveau Ratatat. C’est pour l’essentiel, et à gros traits, toujours le même bidule, ce genre de Daft Punk en dentelles avec le chapeau rond d’Erik Satie sur la tête, cette douceur sur le dance floor, ces guitares qui se souviennent du métal, ces mélodies qui montent comme des flèches et retombent vers le cœur et pas ailleurs. Une petite ivresse qui n’a rien d’un problème lancinant. Si on affine le trait - abandonnons la pointe biseautée 2mm pour une plus précise pointe 0.6mm tout autant biseautée - le crayon pourra alors décrire quelques imperceptibles modifications par rapport aux deux précédents opus ratatatiens, un plus grand choix dans les ingrédients : un piano, un Wurlitzer, un clavecin et même, voyez-vous, un mellotron ! Moins de percussions et de batterie, plus d’atmosphère dans le sens d’Eno, de l’ameublement et donc de Satie ; une belle guitare acoustique : « Mi Viejo » descendue de chez Morricone , un calypso noyé dans la mer des caraïbes : « Flynn », des interludes trépidants mais sans petit train : « Gipsy Threat » , en somme une nouvelle légèreté que les esprits emmêlés ne sauront pas distinguer, n’y voyant, à tort, que la triste aboulie des musiques d’ascenseurs. Pour le reste le crayon saura voir et vous signaler : « Dura », « Mumtaz Khan », « Mirando », petit aréopage de titres ordonnés dans le plus parfait ratatat style ; cette musique de jeunes chats humains.
Ah oui c’est vrai j’oubliais ! Il faut que vous appreniez qu’après avoir écouté le très beau dernier titre de ce LP3 : « Black Heroes », je me suis retrouvé hagard le crayon en suspend, l’air interrogatif et une question au coin du nez : Qui pouvaient bien êtres ces black heroes » là ? Je me suis alors souvenu que le vrai métier de nos jeunes chats consistait à triturer les rappeurs, je me suis remémoré tous ces remixes futés et follement rémunérateurs. Intuitivement j’ai pensé à tous ces trucs East Coast–West Coast, à tous ces « problèmes » résolus sous les néons de Vegas, j’ai pensé à Biggie, ce replet trépassé, et j’ai écouté, réécouté, de lui
« Party And Bullshit » et, voyez-vous, j’ai été ému.



Ps : En parlant de rap trituré, nos jeunes chats humains proposent un joli assortiment, c’est en téléchargement gratuit et c’est
ici.

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jeudi 10 juillet 2008

No comments - N°7




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mercredi 9 juillet 2008

Marshall Crenshaw - Marshall Crenshaw (1982)



« Genre d’espèce d’hurluberlu très en retard sur son temps. Malgré cela goûteux. Entre les deux autres binoclards, Declan le fielleux et Buddy l’écrasé. » C’est avec cette phrase que je trouvais finaude et résumant bien la situation, qu’il y a peu et dans un endroit mal famé j’évoquais sommairement ce disque. Force est de constater qu'à l'époque je ne recueillis pas plus qu’un grand vide en forme de réponse, même pas une indifférence polie, voir à defaut, un silence embarrassé, non rien, nada. C’est pourquoi, profitant de mon passage ici, je me permets d’affiner le propos et de le raboter dans le sens du poil .

Declan le fielleux, Buddy l’écrasé ? Sur la pochette de son premier disque, Marshall Crenshaw ressemble effectivement à une combinaison pas tellement secrète des deux. Replètes lunettes et costumes hors de saison… les dés sont jetés, il n’y aura rien à faire Marshall Crenshaw sera, à vie, un Elvis Hollly, un Buddy Costello, il y a de pires destins, il y en a de meilleurs. Tout aurait été pour le mieux dans le plus simple des mondes, s’il n’y avait pas eu plus que cette élémentaire ressemblance chez notre ami Marshall. Encore fallait-il ne pas être trop myope des esgourdes pour distinguer ce plus là ! Encore fallait-il vraiment écouter ce disque et se persuader que si ce n’était pas un chef-d’œuvre, il y avait dedans plus de matière sympathique que dans bien de ces prodiges antipathiques plébiscités par la Pravda du bon goût.
Oui alors, Declan le fielleux et Buddy l’écrasé ! Certes , mais aussi les Beatles, les Byrds tout ce qu’écoutait Marshall Crenshaw étant enfant,- les disques qui regardent tourner notre enfance sont les disques qui…- En fait cet album est un genre de juke-box idéal, il suffit de lever le nez, de tendre les oreilles, pour se laisser prendre par des chansons à la clarté transparente, une ambiance estivale, de l’ingénuité non matoise... de la grâce en somme. Ecoutez « Someday, Someway », « She Can't Dance » ou « Not for Me » Le genre de titres qui s'intégrerait comme un gant à tout Top 40 allergique au sérieux papale des satanés zélateurs du crucial . Oh ! rien de l’éthéré ou de la métaphysique, plutôt l’innocence et la légèreté du Rock’nRoll des débuts, pas plus, c’est déjà beaucoup. Alors même si certains trouvent la production pataude et l’ensemble proche d’un Elvis Costello abandonné par ses mots, nous ne les entendrons pas, car il y a beaucoup de plaisir à prendre à l’écoute de ce disque, un plaisir simple : celui d’écouter un type pas de son temps, et donc encore un peu frais aujourd’hui.

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lundi 7 juillet 2008

The Dentists - Some People Are On The Pitch They Think It's All Over It Is Now (1985)



On me trouve, à raison, embrouillé et pour tout dire compliqué ; c’est pourquoi aujourd’hui tout en espérant ne pas me noyer dans quelques embouchures ou delta mal à propos, je me contenterais de frôler les rivages du factuel. Voilà donc du factuel, des questions et des affirmations péremptoires.

Le meilleur guitar-album des années 80 ? La plus belle reconstitution historique depuis l’invention de la machine à remonter le temps ? Des Byrds punks carillonnant avec une substance indéterminée dans le nez ? Monochrome Set produit par Joe Meek ? Television Personalities avec des vertèbres ? Johnny Marr jammant tour à tour avec les Kinks les Byrds et même, voyez-vous, les allochtones Go-Betweens. ?

Une multitude de questions, il y a des réponses elles sont dans le disque, il suffit de l’écouter.

Voilà le disque tourne et vous qui êtes futés, tout autant que sensibles, voyez bien qu’au-delà de la simple reconstitution historique, il y a quelque chose de plus qui flotte dans l’air. Peut-être cette mélancolie sourde et bizarrement primesautière qui s’immisce dans les interstices laissés entre la guitare et la mélodie ? Peut-être ça, peut-être autre chose ? En tous les cas, cette guitare, la guitare de Bob Collins, est un fil vivant, une douce chimie, puis tout d’un coup, un dripping sauvage qui expulse un sang plus que noir vers une destination inconnue de l’auditeur, une belle guitare pop-pollockienne en somme. Puisqu’il faut tout dire, il faut également parler de ce qui est, comme autour de l'os, autour de la guitare : de ce groupe qui joue avec le feu, de cette ferveur non feinte au coin du nez ; de cette rythmique trépidante, resserrée et tentée par la tachycardie comme d’autres, les pauvres, sont tentées par la léthargie. Parlons également du chanteur : Michael Murphy, un peu à l’ouest de Morrissey et toujours un peu à l’est des mélodies, dans un décalage nécessaire à toute voix voulant se trouver au centre de l’œil du cyclone, peut-être que là est le secret, dans ce mince décalage, les interstices disais-je plus haut.
Il y a dans ce disque une somme de diamants à ramasser, il suffit de se baisser : « I Had An Excellent Dream » et son arpège souple comme l’injustice, « Strawberries are Growing in My Garden » lysergique et imparable, « Everything in the Garden » prodige mid-tempo confusément hypnotique, il y a d’autres prodiges…
Après cet album qui semblait parti pour être le seul et unique de ses auteurs, les Dentits réapparaîtront au début des nineties pour deux trois choses plus dispensables, c’était le début de la vague brit-pop (blurasis, psoriasis) vous voyez ces types qui ramasseront le magot sans n’avoir jamais rien misé, des gagnants vulgaires ? Libre à vous de préférer les Dentits, beautiful losers noyés au fond de la première embouchure qui vient.

P.-S. Ceux qui craignent de se retrouver téléportés en 1966 n’auront qu’à mettre un chandail ou passer leur chemin, les autres pourront voyager torse nu, le sourire aux lèvres.

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mercredi 2 juillet 2008

Chambre Verte - (Alain Dister)

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