jeudi 25 octobre 2007

Gun Club - Preachin` The Blues



On dirait le sud, le morbide du sud, ce suintant mélange de bayou de blues et de fixette vaudou. Un type incertain
Jeffrey Lee Pierce, un white trash man échappé de chez Jim Thompson qui carbure certes à l’alcool mais surtout à la haine. Un type MAUVAIS pour tout dire… Sa musique fusion détonante de blues rural et de hillbilly filtré pat le punk n’est d’ailleurs que ça : un cri de vengeance terrifiant à la face du monde… la vie est dégueulasse, le diable rôde, les représailles seront terribles, il faut savoir être mauvais…

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mercredi 17 octobre 2007

Psychogeographie indoor (3)

« Il faudrait que je retrouve la liste des rues qui ne sont pas seulement des zones neutres, mais des trous noirs dans Paris. Ou plutôt des éclats de cette matière sombre dont il est question en astronomie, une matière qui rend tout invisible et qui résisterait même aux ultraviolets, aux infrarouges et aux rayons x. Oui à la longue, nous risquions d’êtres aspirés par la matière sombre. »



Nostalgie, ennuie, éternel retour, zones neutres, la brume chez Modiano est un trou noir. La brume modianesque comment ça marche ? fin abrupte, Debord et « In girum imus nocte et consumimur igni ». Café et jeunesse perdue, Larronde, et Adamov, petite musique, plus que petite musique… point y de la modernité, point y de la nostalgie, psychogéographie ? En fait tout part de In Girum… regardez In Girum et vous saisirez pourquoi… enfin lisez plutôt In Girum c’est surtout un texte, l’un des plus beaux de la langue française toutes périodes confondues. Ouvrez In Girum pages 34,35 et vous me saisirez. Voilà comment marche Modiano cette fameuse nostalgie qui en fait n’est qu’un prétexte, une doxa poétique, où les souvenirs ne seraient que le fil qui passe dans la trame, car les souvenirs se contentent de piquer l’imaginaire, ce territoire de la fiction(1). Alors si Modiano a bien connu une vague Louki (l’héroïne suicidée de ce roman) elle est aussi la Youki de Robert Desnos… et tout est toujours ainsi chez lui... Modiano… le vrai, le vécu et le vécu des autres mélangés, mêlés… dans une pâte légère, un mortier cristallin, drôles d’ingrédients pour sculpter une brume impressionniste... drôle d’idée que de vouloir sculpter du brouillard… Alors, voilà que tout est dans tout et que tout est éventuellement possible : Desnos qui était l’ami du Docteur Ferdière, celui qui soignait Antonin Artaud… Arthur Adamov qui lui était l’ami d’Antonin Artaud, les amis de mes amis sont mes amis… Pour en revenir à Modiano à sa vie et à une réalité plausible « La place de l’étoile » son premier roman récupérait sans le savoir un titre de Desnos. Modiano découvrira tout ça un soir de déprime chez le Docteur Ferdière « J'étais défait. J'avais l'impression d'avoir volé ce titre à Desnos, à cet homme qui était mort l'année de ma naissance, dans les conditions qu'on sait, des conditions qui ont été si importantes pour ma génération et qui marquent tellement mon travail.» La place de l’étoile, la place du cœur, tout est dans la brume, mais tout est imbriqué, et derrière la brume, un précipice, un trou noir… Le Docteur Ferdière était l’éditeur posthume de Desnos, Ferdière Antonin Artaud, Arthur Adamov les ennemis des mes amis sont mes amis, c’est la ronde… de nuit..
Dans le nouveau Modiano il n’est jamais question du Dr Ferdière, d’Artaud ou de Desnos, il n’est même pas question de ce beau trou noir qu’était Guy Debord autrement que par cette citation en épigraphe (2) qui elle était déjà de la pluie éthylique autour de Dante Alighieri.. Il n’est donc pas question de ces heureux ( ?) absents et disparus mais ils sont tous là en filigranes, un peu flottants parmi une cohorte d’évoqués explicites : Arthur Adamov, Olivier Larronde, Jean Babillée, Maurice Raphaël…
Arthur Adamov suicidé de la société aux yeux liquides, Olivier Larronde, le dernier poète maudit, épileptique, opiomane et alcoolique, mort à l'âge de 38 ans … un Rimbaud qui se serait perdu dans l’absinthe plus qu’en Abyssinie… Jean Babilée parce que c’est un nom qui sonne bien… Maurice Raphaël, collaborateur et tortionnaire sous Vichy auteur de polars sous le nom d'Ange Bastiani….
Il y a bien dans ce nouveau Modiano ce que son lectorat supposé cherche, un programme minimum, la jeunesse perdue, la nostalgie et une intrigue embrumée que je vous laisse découvrir, il y a bien le territoire de Modiano, le territoire des souvenirs… un vague ennui à faire avec la petite musique.. Terme peu ragoûtant… On pourrait y voir pourtant plus qu’un roman rembruni et routinier , une matière pure, avec des spirites, du situ light et une fin abrupte et émouvante… On pourrait voir surtout et au-delà du flottant poétique, l’amour des livres et l’envie de lire tous ces drôles de types, écrivains et poètes … Guy Debord, Dante Alighieri , Arthur Adamov, Olivier Larronde , Robert Desnos, Antonin Artaud, Edgar Poe, James Hilton, Jean Maillard, Theodor Sturgeon, Friedrich Nietzsche, Patrick Modiano, Georges Perec…

Finalement, la petite musique embrumée pour lectrice de « Elle » n’est que nécromancie, gisons dans les livres il y a des fantômes dedans.

(1) « Le Paris où j'ai vécu et que j'arpente dans mes livres n'existe plus. Je n'écris que pour le retrouver. Ce n'est pas de la nostalgie, je ne regrette pas du tout ce qui était avant. C'est simplement que j'ai fait de Paris ma ville intérieure, une cité onirique, intemporelle où les époques se superposent et où s'incarne ce que Nietzsche appelait «l'éternel retour.»

(2) « À la moitié du chemin de la vraie vie, nous étions environnés d’une sombre mélancolie, qu’ont exprimée tant de mots railleurs et tristes, dans le café de la jeunesse perdue. »

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jeudi 11 octobre 2007

Le « croquignolet » du jour - James Chance



« Je ne peux pas supporter les intellos de gauche, ils sont stupides, mous et leur philosophie n’a pas de couilles. Ils ne vont pas assez loin. Ce ne sont pas des extrémistes et il n’y a que les gens extrêmes que j’aime »

Quel drôle de vilain petit canard ce James Chance ! A vouloir être James Brown, Albert Ayler ET Iggy Pop à la fois ! Tout blanc par-dessus le marché ! Vraiment n’importe quoi ! James Siegfried en fait (ça ne s’invente pas) petit lactescent maigrichon qui fraîchement débarqué de son gloupissant Wisconsin commence à faire le zozo dans les poubelles du Lower East Side new yorkais… Poum vlan tchac ! On s’enfile de l’héro iranienne plus facile à trouver que la soupe Campbell. On se tortille tel l’épileptique moyen chez la pythie no-wave Lyndia Lunch. On fait le zozo dans des formations free-Jazz sous le regard affligé de types trop cool, et finalement car il faut bien faire le malin, on s’attache bientôt à démembrer les cadavres de la soul, du rock et du jazz réunis en leur insufflant une effarante succession d’électrochocs… vlan ! Voilà donc un saxo pas langoureux, strident et tapageur, ça crisse sec. En sous main une guitare lacère le carambolage rythmique avec la régularité d’un psychotique armée d’un assez problématique coupe-chou. Chance très freluquet quand il lâche sa simili trompette glapit ton sur ton des choses peu aimables et pas palimpseste en surcouche sur le tintamarre. Les Contorsions ! Le truc de James Chance : les contorsions ! Avec cette certitude que finalement ce qui compte vraiment pour lui, chétif blanc bec tout maigre… et bien…c’est la confrontation (les contorsions ?) avec le public… pas uniquement l’agression sonore qui carambole les esgourdes, non surtout la vraie, la bien physique chiffonnade ; celle qui passe par Iggy Pop et se souvient de la croquignolette pâtisserie des sinistres explosés actionistes viennois ! Alors voilà on démolit le visage d’un type à coup de saxophone alto (on altère le type), on mord le téton d’une fille, on tire très fort les cheveux d’une autre, on se jette sur une triste assistance de quidams lénifiés, on les gifles pour les réveiller un peu, on remonte sur scène le visage en sang, et hop ! c’est reparti pour un embrouillamini de saxo qui picote les oreilles avec la délicatesse d'une pelote d'épingles rouillées. Ce n’est plus de la musique c’est du Pollock in vivo avec des secrétions, des démangeaisons, une masse crispée qui explose à la gueule… pur prurit de salopard sans conscience.
Plus tard devenu attraction no-wave, notre aigrefin se fait irascible, sax maniac tyrannique et métronomique avec ses musiciens, forçant le tempo dans une vitesse inabordable au commun des mortels. C’est lui le chef, c’est lui qui souffle. Il se trouve une sorte de Yoko Ono (Anya Phillips) qui l’habille et sème la zizanie. Il sort des disques encore tous raides de la scène (Buy The Contorsions) d’autres quasi écoutables (Off White,) se roule dans des postures aristocratiques « Je ne veux PAS avoir de rapport avec les gens ! » De Chance il devient White, plus abordable…disco funky et moins punk jazz, toujours hargneux et encore raide, toujours aussi peu noir alors qu’il voudrait assurément l’être un peu… noir. Sa Yoko à lui meurt d’un cancer.. bientôt il disparaît… quasi… et réapparaît… parfois.
La musique est encore là ; avec la fragrance, la raideur, les yeux exorbités et les os qui craquent d’un héroïnomane tombé depuis quinze jours au pied de l’escalier . Du no bidule funky nihiliste pas pire que les
DNA qui eux jouaient avec des moufles…mais c’est une autre histoire.

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mercredi 10 octobre 2007

Nous tournons en rond dans la nuit



Finalement tout ce qu’il y a de bien chez Debord ce n’est pas le style, le présumé Pol Pot défroqué non plus, ce qu’il y a de bien, c’est la nostalgie, le style dans la nostalgie et la nostalgie du vin et des amis la nostalgie qui l’empêchera à tout jamais d’être un Pol.Pot concret... et ces nuits charbonneuses autour d’un cendrier... et ces types qui discutent avec le vin, de pour et avec le vin

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lundi 8 octobre 2007

Gravenhurst - The Western Lands (2007)



Ainsi les formes naissent d’un protoplasme torturé, elles sont des formes de douleur où même l’aérien n’apaise rien, où l’aérien n’est qu’une énergie exprimante et rien de plus…
On a beau écouter tous ces disques aériens, les disques aériens ne consolent de rien. Encaissés dans les souvenirs, dans ce qui les fait vraiment… Et nous crispés en les écoutant.
Cette figure cachée dans les mains, ses silences à elle qui n’étaient que des voiles, des tendresses de surface…
On a beau écouter tous ces disques lents et célestes, on s’aperçoit qu’ils ont tourné, alors qu’on ne les voit jamais vraiment tourner (et le numérique ne tourne pas), la lenteur leur confère un caractère doux et tranquille mais cette adhésion peut-être inconsciente à leur calme peut donner une impression fausse et singulière, une impression de souplesse totale, alors certes oui vers l’aérien … mais l’aérien n’apaise en et de rien, car il vient de plus loin, des souffrances ramassées, cette somme de calamités …
Nick Talbot est le plus souvent lent et aérien (pas toujours lent) son Gravenhurst flotte et polit sans être lisse…Halo barretien, Red House Painters sans éboulement, Jesus et Marie enchaînés sous hélium, Pale Saints ? Un beau disque aérien ? Un beau disque sans conséquences qui oublie d’où il vient ? Un beau disque tout court ? Non ? Alors reprenons…

Il faut avoir des ailes, quand on aime l’abîme
Il ne faut pas se cramponner
Comme tu le fais, pendu

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vendredi 5 octobre 2007

La nostalgie et le point Y de la modernité (Vol 2)



Comment dire ? Modiano et le point y de la modernité

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jeudi 4 octobre 2007

Japan - Tin Drum (1981)



Etonnant ! c’est l’un des disques que j’ai le plus écouté avec « La folie » des étrangleurs en chaussettes noires et les trucs tous raides et assez peu guillerets de la division de la joie. (Vraisemblablement que tout cela était lié à mon age de l’époque un vrai petit n’importe quoi fluctuant que j’étais …)
On notera en plus du japonisme de bazar un bassiste mega technique hypra prêt pour les piscines, les saladiers pleins de coke et les blondes communicatives adeptes du lissage de catogans avec une dextérité n’excluant pas une inconséquence très peu relative … On notera surtout
«Ghost» merveille de scie musicale nouvelle vague, et la voix de David Sylvian qui flotte là-dessus. On notera également, et pour finir, la classe persistante de David Sylvian, dandy décalé, précieux pas ridicule… à vous les studios.

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Back in Your Life (1979)



Marie et les Garçons reprennent de maniere admirable « Roadrunner» et sont « In love whith the New York sound » , sur la pochette du merveilleusement accidentel « Crazy Rhythms» les Feelies ressemblent à des étudiants en physique nucléaire sages et propres sur eux, les Young Marble Giants eux font le moins de bruit possible sur le crucial « Colossal Youth» et les Talking Heads dans « More Songs About Buildings and Food » traquent le souffle dissimulé des Buildings et le spleen urbain. Tout est aimablement straight et laisse entrevoir en filigrane l’influence des premiers Modern Lovers …( Vraisemblablement par le biais de Jerry Harrison pour les têtes qui parlent, mais pas uniquement - pour simplifier Modern Lovers +Pere Ubu + …)
Pendant ce temps Jonathan lui, poursuit son petit bonhomme de chemin, construisant une œuvre délicieuse et éclopée, posant une planche grignotée par-ci construisant un magnifique château de sable par-là, du bancal élaboré avec douceur, une œuvre, oui une œuvre presque cohérente dans sa fragilité même !! Et si pour Malraux - le toxico fiévreux à la mèche sybarite- les enfants et les fous ne peuvent produirent que des miracles et jamais une œuvre il est bien évident que notre croquignolet lui ne se laisse dépasser que par ses sentiments et pas par autre chose. C’est LUI qui joue et chante pour les enfants et les fous ! Il joue même pour les autres - le bon peuple sensible mais normé en façade - naviguant toujours entre les deux : l’enfance perdue et la croquignolerie éventuelle …
Pour en venir vraiment à « Back in Your Life » l’album de 1979, il continue « Rock 'n' roll With the Modern Lovers » avec les même moyens super-légers, il y a un peu plus de mélancolie et moins de musique ethnique fantasmée mais c’est en gros la même recette légère sur le cœur .. Jonathan se fait passer pour Abdul et Cleopatre (réunis) ou pour un petit moustique … Il y a des chansons à l’humour nonsensique , plus dada que dadais et une quantité de ballade crève cœurs non négligeable ( I Hear You Calling Me , Emaline …) il y a surtout la bien nommée « Affection » l’une des plus belle chanson du monde , la plus tendre et gracieuse de Jonathan Richman ?
Apres ce disque Jonathan se marie ! Il s’installe en Californie et disparaît de la circulation pendant quatre ans. Néanmoins quelques-uns ont l’immense privilège de l’admirer sur scène où il se produit seul débranché au milieu d’un assortiment de plantes vertes et de pots de fleurs, Jonathan est un grand inventeur …

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