mardi 28 février 2006

Le « croquignolet » du jour - Martin Rev


« Avec Suicide, je ne jouais que d'une main, la seconde me servait à me protéger des détritus mordorés lancés contre Alan Vega »

« Je sais pas mec. On en avait vraiment notre claque de la politique comme du reste. Rev voulait tuer Nixon. Rev avait acheté un billet de train pour Washington, pour aller buter Nixon à la maison blanche ? J’ai du l’enfermer dans une chambre pendant une semaine, il avait complètement flippé ; un type si tranquille … »

Un type si tranquille hum ! Si dans le duo Suicide Alan Vega est bien un croquignolet à fort potentiel (on y reviendra !) le plus inquiétant est peut-être le réservé Martin Rev. Un type qui froidement peint une toile incongrue, un lavage minimaliste de toute la musique populaire hypnose et claviers dissonants en vadrouille, le tout en restant stoïque derrière de grosses lunettes noires qui le font ressembler à un insecte terrifiant pendant que l’autre cinglé devant chante, éructe se roule par terre et se prend pour Artaud et l’homme révolté, grande histoire, alchimie totale.

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Tender Forever - The Soft and the Hardcore (2006)



The soft and the Hardcore, c’est bien joli tout ça, simple et charmant des petites pièces rapportées lo-fi qui s’étendent doucement, presque langoureusement. Du laptop doux et narquois, qui se souvient presque de l’enfance, une jolie voix qui chante en Anglais avec un petit accent français délicieux,- la gazelle Mélanie Valera est bordelaise-. C’est simple c’est pur, c’est soft, mais cela manque un peu de hardcore, un peu trop dans les mêmes teintes à l’exception du titre Tender Forever qui projette des couleurs plus Pollockiennes (le synthé ziguigui). Tout ça pour dire que cela ressemble fortement aux Young Marble Giants et aux Raincoats, deux miracles du début eighties, groupes qui inventaient par erreur qui faisaient avec leurs moyen, des petits accidents au cœur de l’œil du cyclone; pureté de l’accidentel. The soft and the Hardcore manque un peu de ça, le coté trébuchant est presque trop volontaire, et l’accidentel prémédité évapore parfois le charme.

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dimanche 26 février 2006

Le « croquignolet » du jour - Jeffrey Lee Pierce

« Et quand tu tomberas amoureuse de moi / On creusera un trou près du saule / Et je te baiserai jusqu'à ce que t’en crèves / T’enterrerai et tirerai ma révérence à ce patelin / Ca te plaira peut-être pas, tu seras peut-être triste / Mais faut bien comprendre que je suis MAUVAIS ! »

 



Encore une claque une, moi j’étais innocent et tout et puis vlan ! J’écoute Jeffrey Lee Pierce, et je me retrouve comme un con les bras ballants, l’air interloqué. Un type pour le moins incertain Jeffrey Lee Pierce, un white trash man échappé de chez Jim Thomson qui carbure certes à l’alcool, mais surtout à la haine, d’ailleurs sa musique fusion détonante de blues rural filtré par le punk n’est que ça : un cri de vengeance terrifiant à la face du monde ! La vie est dégueulasse, le diable rôde, les représailles seront terribles. Ajoutons une déliquescence non passagère dans le carafon de Jeffrey qui se prend simultanément pour Debbie Harry, Robert Johnson, Iggy Pop, Mitchum, Brando, Jim Morrrison ou Malcom Lowry ; ou alors plus croquignolet encore « un blanc de l’Alabama, à chasser le nègre en eaux profondes » ; ou alors « un poor white trash poussant sur sa perche dans les eaux verdâtres et croupissantes de l’Okaloacoochee ». Pour mieux comprendre le toutim il faut peut-être chercher dans les jeunes années du bonhomme. Une mère mexicaine avec des origines joliment mêlées, indiennes françaises, et une enfance dans le Texas patibulaire : « Des déserts pleins de fantômes et une foule de jeunes mecs ignorants et bornés qui s’emmerdent. » On comprend aisément le jeune Jeffrey qui, tourmenté par les fantômes, s’évade de cette prison en plein . Il se fait beatnik et vagabonde, parcourant les États-Unis d’est en ouest, du nord au sud poussant même ses pérégrinations jusqu’en Jamaïque, passant par le Mexique et le Salvador. Il est surtout fasciné par le sud, son côté morbide, le suintant mélange de bayou de blues, et de fixette vaudou …
Il veut effacer les fantômes du Texas en bourlinguant, mais il ne trouve que le diable, car le diable n’est pas derrière lui il est en LUI ! Vaguement résigné il se fixe à Los Angeles : « Un grand désert puant et emmerdant, rempli d’alcooliques. » L’aventure Gun Club peut commencer, et c’est magnifique, un brouet glauque d’influences ingurgitées, mâchées, digérées et vomies à la face du monde, le punk rock surplombant le blues du delta et sa version blanchie : l’hillbilly sudiste (et  même l’esprit du free jazz, Jeffrey Lee Pierce citant Albert Ayler ou Éric Dolphy comme prototypes d’équilibre…) Donc création d’un STYLE primaire qui dépasse ses influences pour trouver sa plus stricte vérité, vérité que l’on retrouve dans cette voix unique : entre l’éructation, la plainte, une voix littéralement saisie par la peur, par les démons, une voix  hantée et magnifiquement funèbre.
Après avoir capturé la bestiole Gun Club de toutes mes esgourdes je me suis aventuré à la contempler de visu : Lyon au cœur des années 80, le West Side Club une salle minuscule aux toilettes très inquiétantes… Jeffrey Lee Pierce totalement déchiré au bourbon, un concert apocalyptique où après avoir évité quelques canettes lancées à mauvais escient il prend petit à petit mesure de lui-même et devient à proprement parler prodigieux, indifférant au pogo dérisoire créé par quelques Punk not Dead complètement has been. Un être singulier enflé par l’alcool et qui ne contrôle plus ce qui s’échappe de lui.
Et plus ce qui émane de lui, son potentiel maléfique s’échappe dans les volutes de sa voix, plus il devient pur, plus il devient bouleversant, grand moment.

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mercredi 22 février 2006

Et une comète une !



« Je rêvais moins de conquérir le monde que de me donner à lui avec violence. Régner sur les foules, sur un pays, m’exaltait moins que de régner sur moi. Le seul empire que j’aie jamais voulu posséder, c’est l’empire sur moi-même. »

Et une comète une ! Jean René Huguenin a traversé le paysage littéraire français avec une fulgurance et un degré d’intensité assez exceptionnels, né en 1936 il débute à l’age de vingt ans par quelques articles dans l’hebdomadaire ARTS et fonde avec quelques amis qui ont pour noms Philippe Sollers et Jean Edern Hallier la revue TEL QUEL, il publie en 1960 son premier roman La Côte Sauvage et quelques articles et essais plus tard il meurt dans un accident de voiture en 1962, la même année que Roger Nimier histoire de devenir un peu mythique mais de manière encore plus souterraine ! Bon derrière la petite légende en marche que reste t-il de lui ? Un roman La Cote Sauvage vraiment magnifique, subtil émouvant et sensuel, un roman solaire sur les sentiments d’un frère pour sa sœur sur encore l’enfance qui s’enfuit, un roman qui fini mal mais de manière très douce et presque sereine, reste aussi et surtout le Journal de Huguenin soit les états d’âme d’un jeune homme au milieu du vingtième siècle, il y a une éternité ? Comme l’écrira le grand F. Mauriac c’est l’œuvre d’un jeune homme qui avait pris la mesure de sa dépouille ! C’est un livre hanté par la prescience d’une mort précoce et certaine, où domine une sorte de métaphysique rimbaldienne, pas loin de Léon Bloy ou Bernanos avec une franchise absolue parfois à la limite du gênant, le Journal D’Huguenin est aussi un précieux recueil de « portraits littéraires » foudroyants et concis, de Montherlant, dont les Carnets présentent une souffrance creuse, à Sollers lisse et lumineux qui a le sacrifice en horreur en passant par Edern Hallier véritable démon dont la haine n’est pas une haine d’homme mais celle des puissances maléfiques, ou de Julien Gracq encore, troublant du mystère dont il a parfaitement su entourer sa vie et son oeuvre, à Michel Butor, myope sournois...

« Qui suis-je ? Qui étais-je ? Je ne trouverai jamais ma nuit. C’est moi que je prie, c’est moi qui m’exauce. Dieu dans sa haine nous a tous laissés libres. Mais il nous a donné la soif pour que nous l’aimions. Je ne puis lui pardonner la soif. Mon cœur est vierge, rien de ce que je conquiers ne me possède ! On ne connaîtra jamais de moi-même que ma soif délirante de connaître. Je ne suis que curieux. Je scrute. J’explore. La curiosité c’est la haine. Une haine plus pure, plus désintéressée que toute science et qui presse les autres de plus de soins que l’amour - qui les détaille, les décompose. Me suis-je donc tant appliqué à te connaître, Anne, ai-je passé tant de nuits à te rêver, placé tant d’espoir à percer ton secret indéchiffrable, et poussé jusqu’à cette nuit tant de soupirs, subi tant de peines, pour découvrir que mon étrange amour n’était qu’une façon d’approcher la mort ? »(La Côte sauvage, 146-147)

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lundi 20 février 2006

Le « croquignolet » du jour - Captain Beefheart

« Je pense que chacun est parfait lorsqu’il n’est qu’un bébé … et je n’ai jamais grandi. »

Enfant le petit Don Van Vliet conçoit le projet assez bizarre de sculpter « tous les oiseaux du ciel, tous les poissons de la mer, tous les animaux de la terre » pour se faire il prend la matière ou elle est, c'est-à-dire dans la nature. Ses sculptures croquignolettes bâties avec quasiment rien le font passer pour un enfant prodigue, un petit Mozart de l’art brut. Effarouchés par le toutim qui commence à nimber un peu trop le mouflet ses parents trouvent refuge dans une petite ville du désert de Mojave … loin des sollicitions cultureuses en cul de poule.. Plus tard après quelques années de désert guilleret il rencontre au lycée Frank Zappa autre croquignolet notoire… On abrège pour se retrouver avec le Magic Band, et il y a de la matière ; La voix de Beefhearth dont on dira qu’elle est assez particulière par charité détruit paraît-il les microphones. Sur l’album « Safe and Milk» il ne se retient pas trop, grande compassion pour les micros fumants. Pendant l’enregistrement de « Trout Mask Replica » produit par Zappa, il s’isole, chante et psalmodie ses textes, joue du saxo comme un zigoto, ses musiciens suivent et improvisent dans une autre pièce . Il réclame la présence d’un chirurgien pour soigner les arbres qui pourraient souffrir des vibrations incontrôlées et s’écrouler. « Trout Mask Replica » est une chose extraordinaire à la croisée des chemins un grand moment avant-gardiste dans le bon sens du terme. Après une petite quinzaine d’années tortueuses et quelques albums magnifiquement mordorés Captain Beefheart se retire vers 1984 dans un bout de désert où retour à l’enfance il peint, malheureusement pour nous ce désert-là, lui n’avance pas.

http://www.beefheart.com/index.html

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vendredi 17 février 2006

Le « croquignolet » du jour - John Cale

« Etre une légende vivante, c’est comme etre un bout de savon dans une douche sans eau : ça ne sert à rien. C’est un gagne-pain précaire. Et c’est une fuite devant les responsabilités. »

John Cale est inquiétant pour le moins, auteur du disque le plus mal aisé et terrifiant qui soit le croquignolet « Music for A New Society » en 1982 un bloc mordoré d’angoisse , il a également posé ligoté dans une camisole de force pour « Helen Of Troy » en 1975, disque sacrement primesautier aussi . Entre les deux, en gros la fin seventies, John Cale est un producteur légendaire ( Patti Smith, Marie et les Garçons ) mais surtout et avant tout un dangereux maniaco-dépressif . Très risqué dans la dramaturgie Rock’n’roll, apparemment un peu désaxé. Il se produit un casque de chantier sur la tête (c’est une manie !) Il a la marotte de s’écrouler sur scène comme un pantin désarticulé simulant une syncope glaçante, un soir un peu énervé il décapite même un poulet vivant !! . Le John Cale de la fin des années 70 est complément azimuté et terriblement paranoïaque, il est obsédé par la guerre, l’espionnage et les armes . Apres « Music for A New Society » qui est peut-être la maladie après les symptômes persistants, il se calme, tout en restant heureusement imbuvable et sinistre , en ne parlera pas ici de ses relations avec Lou Reed son frère maudit toute une histoire…

http://www.xs4all.nl/~werksman/cale/

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mercredi 15 février 2006

Ravel, Echenoz et l’ambiance


J’ai lu Ravel en écoutant Satie ! Sacrilège ultime ! Il y a toujours beaucoup de perversité lasse à lire en discernant confusément une musique que l’on oublie peu à peu. Ces deux activités ne peuvent, ne doivent pas cohabiter, elles s’adressent à une zone peut-être trop voisine de notre sensibilité, la lecture prenant assurément le pas reléguant la musique dans un halo vaguement flottant et confus. Lire en écoutant, c’est prendre un ascenseur musical. Ce qui compte c’est l’Ascension ou l’ambiance ? Et si ce n’était pas si simple ? Donc Satie, M Eno, Ravel, Echenoz et l’ambiance … On pourrait considérer Ravel, le livre, comme un précis de littérature ambiant, d’ailleurs l’œuvre d’Echenoz tournicote autour de cela depuis le début : Prose sans graisse, absence d’adverbes et de synonymes mordorés, intrigues faussement réduites vers l’épure qui semblent toujours retenir quelque chose avec ruse. Là où tout s’imbrique, dans Ravel le livre, et pour reprendre la vieille histoire de la forme et du fond, c’est que le sujet Ravel est dans tout cela : Un « horloger suisse » pour Stravinsky, « une musique sans sauce » pour Jean Cocteau … Donc livre sec et sans sauce, bio pas bio, pas de psychologie et de moraline mais toujours cette ironie qui s’échappe avec beaucoup de malice. Très mince le livre qu’on le croirait destiné à la bobo quinquagénaire pressée et abonnée à ELLE, avec le coté je suis svelte sans gras (on y revient), je suis blanc, immaculé, je suis chez Minuit quoi ! Bon Ravel c’est le sujet : Dandysme, mauvaise humeur, traversée guillerette de l’atlantique, en paquebot délicieusement thirties. Tournée fulgurante en amérique. Retour en France, accélération du temps. Création du Boléro vielle scie pleine de sauce elle. Et bientôt la déchéance, lente, insidieuse. Le concerto pour main gauche pas respecté (le frangin Wittgenstein.)Une contrainte pas respectée grande histoire ! Et sournoisement, de l’inquiétude, l’aphasie. Une opération du cerveau que l’on croirait prise à un film de Jean Painlevé racontée par Franju… Et la fin presque mélancolique, touchante mais toujours factuelle, «Il se rendort, il meurt dix jours après, on revêt son corps d'un habit noir, gilet blanc, col dur à coins cassés, noeud papillon blanc, gants clairs, il ne laisse pas de testament, aucune image filmée, pas le moindre enregistrement de sa voix.» En dehors du petit éclat médiatique trop présent sur Echenoz, le livre existe et il est beau.

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lundi 13 février 2006

Le « croquignolet » du jour - David Thomas


« Le rapport Raison Déraison constitue pour la culture occidentale une des dimensions de son originalité : il l'accompagnait déjà bien avant Jérôme Bosch, et la suivra bien après Nietzsche et Artaud. » MF

Cleveland Ohio au beau milieu des années 70 quand on vient de cette sinistre capitale de la sidérurgie américaine on a tendance à azimuter du carafon, à se découvrir un amour immodéré pour les fleurs et les petits oiseaux ! Aux débuts de Pere Ubu David Thomas se faisait appeler Crocus Benemoth , une fleur un peu particulière, une fleurette déguisée en pachyderme qui semblait ne connaître que la microgravité, un type doucement inquiétant qui parfois sur scène ne se contrôlait plus trop,- on l’aurait vu l'air candide un marteau dans la main – Surprenant Thomas était aussi témoin de Jéhovah « Mes mains sont des pensées compliquées. Mais mes pieds de demandent qu’à partir » tout ça virevoltant dans une esthétique délicieusement branque ou se croisait dadas et mystiques mordorés. Sa voix était une chose comment dire hum !! Inhabituelle, mélange d'exclamations, de fulminations, des frustrations qui ne sortaient pas puis parfois un bouleversant repli dans la douceur, un petit théâtre crucialement absurde, (ne cherchez pas d’où vient la voix du psychopathe David Byrne. ) Accessoirement Pere Ubu est un groupe immensément précurseur, mais cela mériterait un développement plus conséquent, accessoirement aussi David Thomas sort encore des disques et mêmes parfois magnifiques.

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samedi 11 février 2006

Geronimo Black - Geronimo Black (1972)


C'est le seul LP de Geronimo Black sorte de super groupe psysoulprogrock crée par Jimmy Carl Black batteur évadé des Mothers of Invention. Grosse maîtrise technique et grande diversité dans les thèmes abordés : rock bluesy râpeux avec cuivres hâlés « L.A. County Jail '59 C/S, Low Ridin' Man » de la quasi soul avec pédale Wah-Wah supracool « Bullwhip » ; un pur joyeux baroque « Quaker's Earthquake » aussi beau que du Carla Bley grande époque et le morceau qui résume tout « An American National Anthem » Zappesque et Captain Beefheartien sur les bords avec guitare verbeuse et voix irriguée par le mauvais bourbon une jolie cochonnerie mordorée !! Ce n’est pas un disque crucial,il y a un vaporeux manque de personnalité, mais malgré de fort soupçons au départ, il y a beaucoup de plaisir à prendre là dedans, le plaisir d’écouter des musiciens qui maîtrisent totalement leur territoire, celui du rock fin sixties tout azimut, un best off psysoulprogrock donc ! On y revient.

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jeudi 9 février 2006

Il faut dormir au début des films



Quand on se réveille au milieu du Désert Rouge d'Antonioni, tout fusionne. Je me suis réveillé dans l’espèce de baraque ou il y a du rouge vif, avec l’impression de flotter dans le film, d’être une partie de sa chimie intime. Pas un réveille bourru plutôt une étonnante harmonie comme s’il fallait retrouver cet état latent pour recueillir le film. Bizarrerie de l’émetteur récepteur, heureuse singularité des choses ressenties en dehors du filtre parfois sec de la pensée trop articulée. J'ai eu la même expérience avec un film un peu obscur de JC Biette, Le Champignon Des Carpates j’étais seul dans la salle, je me suis endormi au bout de quelques minutes assez lasses, et puis par inadvertance je me suis à peu près réveillé et dans mon demi-sommeil j'ai vu devant mes yeux le film se lever comme un bloc de poésie, une expérience très forte et intime. Cette expérience du sommeil mêlé à la trace de l'instant filmé est paradoxalement un axiome magnifique permettant une complète fusion avec le film, c’est évidemment un postulat assez tordu, mais je suis tordu !! . Un conseil il faut dormir au début des films et lire Robert Desnos

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lundi 6 février 2006

Le « croquignolet » du jour - Daevid Allen


« J’ai deux façons de jouer de la guitare, Rude and Banana et Camembert. Quand je suis pourri, je suis très camembert. Quand je suis pur, c’est plutôt Banana » Croquignolet non ? Daevid Allen est en tous les cas un authentique doux dingue, beatnik australien qui atterrit en Europe au début des années 60, il vit un temps sur une péniche à Paris, rencontre Robert Wyatt et Kevin Ayers à Majorque, et crée bientôt les primesautiers Soft Machine. Toute une histoire ! il se produit par exemple sur scène coiffé d’un casque de mineur lampe frontale allumée dans un grand élan proto-prolo incontrôlé.... Apres un concert en France il est refoulé par les douaniers britanniques qui devant son aspect de freak excentrique lui interdise l’accès de leur délicieuse contrée mordorée. Pas plus décontenancé que cela Allen retourne à Paris où il enregistre deux albums solos Mystic Sister (1970) et surtout Banana Moon (1971) avec le sublime Memories et Robert Wyatt qui gazouille par dessus. C’est lui qui tient la guitare très Camembert-Rude an Banana sur l’album Obsolete (1971) de Dashiell Hedayat. Il vie en communauté dans une ferme de l’Yonne et bientôt l’aventure Gong commence. Une sorte de tribu baba cool qui écumera l’Europe seventies de concerts ravissants en gigs fumeux, drôle et grande aventure , propension à la fumette rigolote assez prononcée . Pourtant au bout d’un nomment Allen fatigué de tout ce toutim bananocosmique se retire dans les îles Baléares et ce pour des raisons à priori purement lysergiques !! En 78 en pleine période punk il réapparaît, très Camembert éclectique il invente le Hippie-Punk avec le groupe Here & Now où il tente dit-il « de combiner le coté rapide et bruyant du punk avec l’élément planant » vaste programme !! Evidemment avec tout ça il se retrouve bientôt sans argent, en 1982 il rentre donc à Melbourne où il devient chauffeur de taxi !! Imaginons le dialogue avec ses clients interloqués « J’ai deux façons de conduire mec : Rude and Banana et Camembert. Quand je suis pourri, je suis très camembert. Quand je suis pur, c’est plutôt Banana, pourquoi tu me regarde comme ça mec ? » Pour finir une délicieuse anecdote il aurait songé un temps filmer et enregistrer son suicide sur scène, bien Camembert tout ça !!

http://www.planetgong.co.uk/maze/blurbs/daevid.shtml

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vendredi 3 février 2006

Plombé-plombant

Oui c’est vrai, ceci n’est pas un livre ; celui qui le touche, touche un homme » Walt Whitman


« Deux choses me remplissent d’horreur : le bourreau en moi et la hache au-dessus de moi »
Difficile de trouver plus plombé-plombant que Stig Dagerman chez lui il n’y a pas d’espoir : angoisse, solitude, absurdité de l’existence tout un programme !! Et le lecteur de s’embourber dans cette prose magnifiquement confinée ou on se demande les pieds dans la boue si c’est la vie de l’écrivain qui contamine ses écrits ou l’inverse ? Stig Dagerman est de son temps, l’immédiat après guerre, existentialisme charbonneux et démoralisation latente... Il n’a que vingt deux ans lorsqu’il écrit son chef d’œuvre officiel « L’Enfant Brûlé » un livre d’une mélancolie proprement terrifiante sorte d’autobiographie en profondeur ensemencée d’admirables aphorismes inspirés par l’angoisse et le désespoir, le tout sur fond de paysages enneigés et de soleil froid irradiant des personnages ravagés, croquignolet non ? Dagerman est un magnifique créateur de forme qui creuse son intime, - le déterre presque – et crée avec cette terre la, qu’il passe par le tamis de son imagination ; un nouveau cosmos, effroyable, hallucinant, une transfiguration proche de la folie. On ne sort pas des livres de Stig Dagerman indemne, ils vous défient continuellement dans un sentiment de malaise permanent, ils portent en eux le destin de son auteur, suicidé à l’age de trente ans.

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jeudi 2 février 2006

Marc Bolan


De son vrai non Mark Feld Marc Bolan est né en 1947 dans la banlieue de Londres. Il quitte l’école à l’age de 14 ans exerce divers métiers traîne dans le quartier de Soho. A 15 ans il devient Mod comme David Bowie ou Rod Stewart. Il pose pour des magazines de mode, adore les disques Motown, les Miracles, les Marvelettes, il lit beaucoup de science fiction et de poésie William Blake, Ray Bradbury et surtout Tolkien l’auteur du Seigneur des Anneaux, inspirateur du futur Tyrannosaurus Rex . A l’age de seize ans il découvre Bob Dylan et pense qu’il sera Dylan à la place de Dylan un jour ! Sous le sobriquet de Toby Tyle il se produit dans divers club londoniens et enregistre deux maquettes qu’il envoie chez Decca le label des Rolling Stones. Bonne pioche il obtient un contrat !! Deux singles vont sortir sous le non de Marc Bolan (contraction de Bob Dylan ! ), the Wizard en novembre 65 The Third Degree en juin 66 . Apres une prestation désastreuse à Top Of The Pops il rencontre le manager des Yardbirds Sam Napier-bell qui lui fait enregistrer un single Hippy Gumbo sorti en décembre 66 sans succès. Sam Nappier-bell decide alors d’associer Bolan à un de ses autres groupes John’s Children l’un des premiers groupes psychédélique anglais, un seul single sera publié Desdemona petit scandale le titre étant interdit par la BBC. Un peu découragé Bolan decide de former son propre groupe mais sans moyens et matériel le groupe se resume en fait à un duo acoustique, Bolan recrutant par une petite annonce un percussionniste Steve Peregrine Took ( Tolkien encore). Le duo prend le non Tyrannosaurus Rex et se produit dans le temple du psychédélisme anglais le UFO club. Tony Visconti avec flair les repères et devient le producteur du duo . Un premier single Deborah sort avec un certain succès. Le groupe bénéficie du soutien de John Pell disc jockey vedette de la BBC et devient vite une attraction underground, malentendu total !! Bolan reniera cette période par la suite. Un premier album (My people were fair and had sky in their hair but now ... au secours) sort suivi rapidement d'un second (Prophets Seers and Sages the angel of age, merci) l’ensemble est assez intrigant la voix monotone et personnelle de Bolan surprend. Les morceaux s’inspirent du folklore celte et de la musique indienne. Ces deux albums restent assez difficiles à écouter aujourd’hui et pour tout dire assez emmerdants, les promesses sont pourtant là elles seront tenues. En février mars 1969 Bolan et en tournée avec David Bowie .. en première partie ! En juillet sort l’album Unicorn au Bolan joue de la guitare electrique, l’instrumentation est plus chargée et l’album traduit une véritable progression. Pourtant fin 1969 le duo se sépare après une calamiteuse tournée americaine ou Steve Took cramé au LSD prend idée de verser de l’acide dans les canalisations d’eau ! Il fondera un groupe plus rock The Pink Fairies.


Marc Bolan commence alors une deuxième carrière il rencontre un nouveau percussionniste Mickey Finn dans un restaurant végétarien. En avril 1970 sort un nouvel album A beards of stars, vite enregistré il est plus electrique et varié, pour simplifier les choses Bolan rebaptise le duo T Rex. En octobre 1970 le single Ride A Withe Swan est numéro deux, enfin un hit ! Il enregistre son premier album complètement électrique T Rex en décembre ou il trouve enfin sa vrai voie, un espèce de rock réduit à l’os, enfantin et allumé ou résonne l’écho de ses premiers émois musicaux « le Rockabilly, Cochran… » Le duo devient bientôt un quatuor électrique Bolan recrutant un bassiste Steve Currie et un batteur Bill Fifield, veritable trahison pour les fans folkeux de la première heure ce n'est pas nouveau, deja Dylan ... L’année 1971 sera l’année T Rex le single Hot Love est numéro un en mars et Get It On en juillet, la Trexmania déferle sur l’Angleterre et l’underground est loin. Les concerts tournent à l’émeute les filles s’évanouissent, son look efféminé ses platform boots imposent Bolan comme l’inventeur du Glam Rock. Fin 1971 sort Electric Wariors le meilleur album de T Rex où Bolan crée une manière de chanter toute en sensualité, les paroles sont quasiment absurdes mais à l’opposé d’un Bowie, Bolan reste presque un innocent. En mars 1972 T Rex donne deux concerts à Wembley devant 9000 fans, le single Children Of The Revolution est numéro deux en decembre, pour rendre compte de la Trexmania un documentaire Born To Boogie est réalisé par Ringo Star en 1973.
L’album The Slider en 1972 reprend les recettes d’Electric Wariors il sonne le glas de la période dorée du groupe. Après une tournée américaine ratée l’album Tanx pourtant numéro deux aux charts paraît bâclé. Bolan se marie avec sa choriste Gloria Jones, part en tournée en amérique et en asie, le succes s’evapore peu à peu le public preferant Bowie ou Roxy Music. Bolan se répète, fait une dépression nerveuse, sombre peu à peu dans l’alcool et les drogues. Tony Visconti lassé se sépare du groupe. Debut 1975 T Rex n ‘éxiste plus Bolan s’établit aux Etats Unis. Mais néanmoins la machine redémarre , il sort en 1976 l’album Futuristic Dragon et entreprend une tournée Anglaise, il abandonne les drogues. En 1977 certains groupes punk le salut comme l’un de leurs héros, il enregistre Dandy In The Underworld . Après quelques apparitions télévisés ou il semble revenir en meilleur forme il part en tournée avec les Dammed. Malheureusement il connaît une fin tragique, le 16 septembre 1977 il meurt dans accident de voiture à deux semaines près il aurait eut 30 ans.

Interview Rock&folk Septembre 1972


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