mercredi 17 août 2005

Splendor in The Grass - Elia Kazan ((1961)




On peut reprocher beaucoup de choses à Elia Kazan, plus même que l’habit de traître social qu’il a enfilé de manière ostensible c’est surtout son style trop théâtral qui me gêne, emprunt de lourdeur métaphysique, comme si toute la pesanteur d’un après-midi moite dans le Sud des Etats-Unis envahissait de manière insidieuse ces films... Il y a également sa direction d’acteur affreusement théâtrale la plupart du temps, qui aujourd’hui paraît extrêmement vieillotte et âcre. Reste que par un miracle inopportun les films en couleurs de Kazan sont tous magnifiques comme si la vérité entrait brusquement dans son univers, pour simplifier la couleur serait chez lui la sincérité, la légèreté le cinéma alors que le n&b représenterait plutôt le vieux théâtre poussif, la manipulation rance des sentiments et des situations, et même la politique et toutes ces compromissions inconscientes ou pas.

Splendor in The Grass est donc un film magnifique comme quasiment tous les Kazan en couleurs, un mélodrame admirable sur le temps qui passe, sur le sentiment amoureux qui forcement s’enfuit, sur la résignation, sur les occasions perdues, un film sensuel aussi et surtout, d’une sensualité exacerbée même je trouve, qui travaille le corps des acteurs au plus près dans des scènes extraordinaires d’intensité physique. Le scénario est aussi magnifiquement écrit (Inge), loin du théâtre, et empreint d’une légèreté insoupçonnée : la dernière scène comme suspendue dans le temps est l’une des plus belles du cinéma américain, un retour à la réalité doux et subtil qui rejoint la plus admirable poésie américaine, celle de Walt Whitman ou d’Emily Dickinson.

Reste Warren Beatty qui reprend le rôle destiné à James Dean qui est un beau corps de cinéma et qui est très bon, reste l’extraordinaire Barbara Loden bouleversante dans le rôle de la fille libre qui se moque des conventions et sur qui retombe toute la lourdeur du monde, et reste surtout et avant tout Nathalie Wood fabuleuse de fragilité de force intérieure et de persévérance butée, Nathalie Wood qu’on a envie d’enlacer très fort contre soi et pour toujours, puisqu’elle est immortelle

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