vendredi 29 juin 2018

Nick Drake - Five Leaves Left (1969)



(Lacrymal)

Et voilà venu le moment d'évoquer les disques qui m'auront fait pleurer, de tristesse, de joie, de contentement aussi parfois. Oh ! ils ne sont pas si nombreux, peut-être cinq, peut-être six, peut-être plus je ne sais plus bien. Enfin parmi ceux-ci il y en a un que je n'oublie pas, c'est ce Five leaves Left, le premier disque d'un jeune adulte appelé Nick Drake qui finira mort de trop de barbituriques, de trop de frémissement, de trop d'ennui de vivre aussi.

(Géographique)

Nick Drake était né à Rangoon une grande ville coloniale pleine d'édifices coloniaux, il est mort à Tanworth-in-Arden une contrée un brin campagnarde où les chouettes sont si replètes qu’elles ne peuvent se percher de face sans risquer de basculer tête-bêche.

(Intactile)

Nick Drake ne supportait pas qu'on le touche, il ne voulait pas être regardé non plus. Lorsqu’il se produisait sur scène, il tournait le dos et l'assistance était bien dans l'embarras. Évidemment, tout cela n'avait rien de bon pour sa carrière musicale et pour sa vie en règle générale.

(Aérien)

Dans Five Leaves Left Nick Drake est si aérien qu'il ne risque pas d'être touché par quiconque. On ne le regarde pas non plus et c'est très bien ainsi puisqu’on se contente de l’écouter.

(Arrangé)

Five leaves Left est produit par Joe Boyd, Danny Thompson tient la basse sur la plupart des titres tandis que Richard Thompson joue simplement sur le premier. Il est communément admis de dire que les arrangements de Robert Kirby, un ex-camarade de classe de Nick, sont sublimes, forcément sublimes. C’est loin d'être faux et c'est même tout à fait juste.

(Guitaristique)

Nick Drake jouait sur une Guild M20 en acajou avec une table en épicéa tacheté. Cette guitare dotée d'un diapason plus court qu'a l'ordinaire lui permettait de gratouiller dans un open tuning assez bas et sans trop friser.

(Vocal)

Dans ce disque l’émotion est toujours chez l’auditeur tandis que le chanteur cherche lui une sorte d'abandon non ostentatoire, cet abandon non ostentatoire que l'on retrouve dans la bossa-nova, cet abandon non ostentatoire que l'on retrouve chez quelques bluesmans, ruraux le plus souvent. Voilà, il faut que cela soit dit ce qui est déchirant chez Nick Drake c'est aussi et peut être SURTOUT l’absence de pathos.

(Préféré)

Fruit Tree a longtemps été ma chanson préférée, ou tout du moins la dernière minute de Fruit Tree a longtemps été ma « minute musicale préférée », tous genres et toutes époques confondues. Réentendez cette minute-là et vous me comprendrez peut-être.

(Poétique)

Quand on évoque Nick Drake le mot introspection revient constamment à l'esprit, pourtant ses paroles ressemblent le plus souvent à des petits proverbes épigrammatiques relevant de la pure observation et non à des exercices d'introspection assommants. Pas de « grande poésie » donc, mais des mots qui sont là pour compléter une ambiance que la mélodie dicte en premier.

(Drogué)

Nick Drake expérimente pour la première fois le LSD en 1966 à l'université d'Aix-Marseille, il se rend au Maroc au printemps de la même année à la recherche de la meilleure herbe possible. À son retour en Angleterre il reste cloîtré dans sa chambre et fume du Cannabis comme un chameau. Évidemment, toutes ces pratiques illicites ne sauront pas étrangères au côté pour le moins embrumé de sa musique.

(Filial)

Molly Drake était la mère de Nick Drake, elle est morte en 1993 à l'age de 77 ans près de vingt ans après son fils. Une mère que l'on imagine douce et aimante et qui dans l'intimité de la maison familiale aura enregistré en amateur quelques chansons sobres, pensives et fragiles comme des porcelaines posées en équilibre sur une commode bancale. Voilà peut-être une partie du « mystère » Drake révélé, tout ce qui faisait son charme était presque déjà chez sa mère.

(Mystique)

« Quel est l’exercice d’un être bien détaché ? C’est l’inverse du devenir. »

(Henri Suso, 1296-1366)


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