dimanche 18 janvier 2015

Solitude de l'audionaute de fond (1)


5 janvier 2015. Jimmy Giuffre, une vidéo sur YouTube. Rome des ombres, un trio doux et rond  (A little melody). Giuffre est assez oublié, mais pourtant bien plus conséquent que nombres de jazzmens censément fameux. Une carrière longue comme mon bras gauche où il embrasse à peu près tout avec un bonheur égale (en gros du West coast sound aux bidouillages électroniques) et à son meilleur des teintes plus proche du blanc mallarméen que d'une quelconque note bleue. Moins rond, moins doux, moins mallarméen Frank Rosolino, scatteur fou, un type rempli d'humour que l'on surnommait « Lemon drop kid ». Destin tragique, il se suicidera après avoir tué deux de ses enfants.A l'écouter comme ça on ne dirai pas. (Rayon classique) Sublime, forcement sublime : Alfred Deller, Bach Mass in b minor Agnus Dei. Quelques lieds de Schubert par Hans Hotter.

6 janvier 2015. Trois merveilles de Francis Bebey : La condition masculine, Divorce Pygmée, The Coffee cola song. Humour à tous les étages, un Amos Tutuola chantant ? Peut-être bien plus, l’œuvre de Bebey étant plus prolixe et considérable qu'autre chose. Dans le genre Kraftwerk égaré dans la brousse un titre magnifique de William Onyeabor : When the Going is Smooth & Good. Difficile de trouver plus sautillant. Dans un genre moins africain une chanson de Sinatra réécoutée au débotté : I'm a Fool to Want You. Toujours diablement mélancolique et tout autant diablement puissante. Extraordinaire travail de Gordon Jenkins et la preuve que finesse et intensité peuvent faire bon ménage. 

10 janvier 2015. Rien écouté depuis trois jours. Not in the mood (massacre de Charlie Hebdo and co). Aujourd'hui Diasporas de Ghédalia Tazartès, plombant et « déchirant ». Drôle d'écho avec ces quelques Cantors de Gershon Sirota que j'ai écouté avec un nœud dans la gorge et de l'humidité au coin des yeux.

11 janvier 2015. Henryk Górecki – Symphonie N°3. Eno – Music for airports. Nothing else.  

12 janvier 2015. Jeanne Lee et Ran Black, When flamingoes fly. Sublime, forcement sublime. Cette voix en fin de souffle, tellement en fin de souffle qu’elle semble disparaître. La note blanche ? Annette Peacock - The Perfect release (1979). Son album le plus accessible, le moins jazz bidouilleur et le plus jazz-rock dans le sens de Steely Dan. Finition impeccable, voix sexy, détendue et loufoque. Quant aux lyrics, je vous laisse juges : « I don't need to take vvalium or opium to know how is feels to leave you. » . 
Van Morrison – St Dominic Preview (1972) . Un début en fanfare ce Jackie Wilson said que les Dexy' s Midnight Runners reprendrons très bien. Deux titres extraordinaires, Listen to the lion et Almost indépendance day où Morrison renoue avec les épiques explorations mystiques d'Astral Weeks.

13 janvier 2015. Caravan - For girls who grow play in the night (1973).  Pas l'un des sommets de l'école de Canturburry, mais un disque agréable avec de beaux arrangements, quelque chose d'éthéré et un joli art du contrepoint. The Astronauts – Peter Pan hits the suburbs (1981). Collectif anarchisant monté par un certain Mark Astronaut. Drôle de découverte, disque étonnant, oscillant entre les premières petites choses raides de The Fall et une sorte de musique folklorique imbibée à la façon de celle des Pogues. En écoutant tout ça on pourrait presque parler de hippie-punk, il y a de cela ; en chevelu. Moins Canterburry school et pas vraiment hippie-punk réécouté le premier album de Cinerama (le side project de David Gedge). Pas extraordinaire, mais assez agréable,  Gedge y succombe à un léger lymphatisme pop assez éloigné de son habituelle raideur.

14 janvier 2015.  Arto Lindlay - Mundo Civilizado (1996).  Après avoir commis tout ce qu'il était possible de commettre dans le genre expérimental, jouer de la guitare avec des moufles, triturer des textures sonores plus brinquebalantes que mon genou gauche, Arto Lindsay fini par recouvrir un bien beau calme, un calme de crooner brésilien pas plus embarrassé que ça. Beau disque, dans la soie. 
Lewis – Hawain Breeze (2015). nouvel OVNI de l'aéraulique Lewis Baloue. Intriguant comme de bien entendu mais assez vite lassant dans un genre assez catatonique il faut bien l'avouer. Pour le reste soirée erratique passée sur YouTube. Dennis Wilson – River song (demo sublime), Feelies Everybodys get something to hide (impec cover des Beatles), Tappa Zuki – Oh Lord (reggae chamarré), Renato Carosone – Maruzzella (magnifique), This Heat – Paper hats (raide et cahotant comme j'aime), Fall of Saigon – So long (YMG clone by Comelade).

15 janvier 2015. Décès de Kim Fowley, pour l'occasion je copie-colle l'une de mes courtes notules qui n'a certes rien de foudroyant mais a le mérite d'être un poil informative :
« Un fou, mais comme tous les fous qui se tiennent un peu, un fou qui invente sans cesse. Il commence par des tubes Bubble-gum pour teenagers acnéiques étasuniens, il s’installe un court moment en Angleterre et y produit Cat Stevens et Soft Machine à leurs débuts puis il retourne à Los Angeles où il participe au premier album des Mothers Of Invention. Il sort ensuite un tube croquignolet Thev’re Coming To Take Me Away sous le non de Napoléon XIV et compose et produit le dernier simple des Seeds. Il travaille avec le bluesman Texan Johnny Winter, avec Gene Vincent pour un album country avec Warren Zevon...  Kim Fowley est chez lui partout, rock psychédélique, blues, country… Il participe même à la BO d’Easy Rider. Parallèlement à ses activités de « sorcier de studio », il mène une carrière solo débridée dans quelques albums complètement intrigants Good Clean Fun  (1969) ou International Heroes (1973). En 1975  il invente les Runaways, fantasme spectorien assumé, avec une croquignolette de 15 ans : Joan Jett. C’est lui qui découvre les Modern Lovers, en 1971 et produit leurs premières maquettes. Ah!! Oui Spirit et Randy California “Future Games ” il est aussi dans l’histoire comme quoi les croquignolets peuvent naviguer dans les mêmes eaux avant de se noyer. Par charité on n'évoquera pas trop ses collaborations avec Kiss ou Motley Crue, et ses virées nocturnes à la recherche d’un hypothétique oiseau rare, de préférence très jeune et de sexe féminin.
Kim Fowley est un découvreur extraordinaire, qui saisit les talents naissants et les lâchent presque instantanément, ce n’est pas un calculateur qui désire faire carrière ou un démiurge fou comme Phil Spector. Plutôt un excentrique, un aristocrate du bon mauvais goût qui barbote heureusement dans la sous culture américaine et ne cherche rien si ce n’est l’immense plaisir de trouver. »

16 janvier 2015. Eyeless In Gaza - Pale Hands I Loved So Well (1982). Paru sur le label norvégien Uniton c'est l'un des meilleur enregistrement du duo de Nuneaton. Tons inquiétants, tambouille abstraite avec quelque chose de céleste dans le fond et puis deux grandes « chansons » : Blue Distance et Light Sliding.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

et bien...vivement la suite !